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Il ne semble pas utile de chercher de sens caché dans les limpides paroles qui émaillent la chose :
Little darling, it’s been a long cold lonely winter
Little darling, it feels like years since it’s been here
Here comes the sun
Here comes the sun, and I say
It’s all right
Il n’est pas utile de chercher et c’est très bien comme ça. Les belles chansons n’ont pas toujours besoin de se faire plus chargées de sens qu’elles ne le sont.
Par ailleurs, dans les années qui viennent, des dizaines de milliers de doigts d’étudiants s’échinent sur la simple - mais pas si simple que ça - mélodie d “Here Comes The Sun”. En ces temps reculés, une approximative maitrise de la guitare folk permet aux jeunes hommes sous testostérone & LSD d’avoir raison des plus coriaces barrières à l’entrée en osmose. “Here Comes The Sun”, le joli morceau d’Harrison, inoffensif et encourageant, se prête de bonne grâce à la sérénade. Le “Little Darling” devient une invitation à la romance, et le chanteur se fait hérault de moments cools à venir, puisque ‘Here comes the sun and I Say, It’s all right.” Et maintenant que tout le monde est détendu, faisons l’amour.
Parmi les milliers d’étudiants susurrant “Here Comes The Sun” à l’être aimé, on trouve mon papa (il devait jouer ça sur sa 12 cordes, très jolie mais plus du tout fonctionnelle aujourd’hui : le soleil est trop venu et a tout déformé son manche, cruelle ironie…). Dans les rangs des êtres aimés, on trouve ma maman.
“Je ne sais même plus combien de fois ton papa me l’a jouée… Beaucoup de fois.” dit-elle aujourd’hui dans un sourire plein de jolis souvenirs.
Peut être mon père était-il obsessionnel.
Peut être ma mère était-elle tenace.
Les deux hypothèses se valent.
Quoi qu’il en soit, deux ans après je suis né, ce qui prouve bien que la technique “Here Comes The Sun” produisait des résultats.
Plus tard, bien plus tard, une sorte de Bible des Beatles trônera près des guitares de mon papa. Un joli Gros Livre Blanc comprenant l’intégralité des partitions des Beatles. En le feuilletant, je découvre avec un sourire quelques annotations sur certains morceaux. Dont “Here Comes The Sun”. Il y a quelque chose d’intrinsèquement cool dans la façon dont mon Papa replonge dans ses vingts ans en abordant sa retraite.
Quelques hivers longs et froids passent, et le soleil arrive toujours. Sous ses premiers rayons, les sourires se font.
Et puis un jour - un jour ordinaire planté au milieu d’un hiver long et froid - des internes fêtent quelque chose. Un départ ou une arrivée. C’est joyeux et il y a des chips. Ils sont un petit groupe , autour d’une grand table, au centre de la vaste pièce principale du service Réanimation A. Ils rient mais pas trop fort, pour ne pas réveiller les mourants. Autour d’eux, il y a une dizaine de chambres. Elles n’ont de chambre que le nom. On n’y trouve que peu ce que l’on trouve d’usage dans une chambre, y compris d’hôpital.
Il n’y a pas de chevet, par exemple. Il n’y a pas de cabinet de toilettes. Il n’y a pas d’interrupteur, non plus. Un néon arrose en permanence les lieux de son éclat sans pitié. Cette chambre là n’est pas faite pour le repos, elle est conçue pour la fin de vie, ou pour le début de mort, c’est selon. Le soleil n’y entre pas, mais ce n’est pas fait pour ça et de toute façon, c’est un hiver long froid et solitaire, donc ce n’est pas le moment.
Si l’on s’approche des appareils compliqués qui encadrent le lit médicalisé à outrance, on discerne sans trop de peine les différents ronronnements. Celui de la machine à dialyse, celui des intraveineuses, avec de grosses seringues qui envoient à l’organisme inerte dont elles ont l’objet juste assez de tout un tas de produits qui permettent aux fonctions vitales de rester en activité.
Des bips, aussi. Tellement récurrents que vous ne les percevez qu’à peine. Des bips qui disent que tout se passe bien.
Et puis il y a le tchhhhh du respirateur, d’une impeccable régularité.
Sous les draps du lit médicalisé il y a un corps humain qui ne lutte même plus de lui même. Ce corps est relié à toutes ces machines qui font son travail de corps. Forcément il y a des tubes partout.
Des tubes qui disent que le pire est toujours certain. Et je ne pense pas du tout au soleil qui viendra bientôt mettre fin à cette saloperie d‘hiver long froid et solitaire. D’ailleurs je ne pense pas. Il y a des endroits où votre juke box mental refuse toutes vos pièces. Débrouillez- vous avec le silence qui vous reste.
Ici le temps n’existe pas. Il faut dire qu’ici, il n’a à peu près aucune signification.
Dans la chambre 102, il y a mon père.
Lorsque je le visite, une infirmière très gentille et plutôt prévenante m’indique des choses encourageantes ou pas. Des événements. Un événement, dans une journée type de mon père, c’est quand sa température passe en dessous des 35°C, ou quand sa tension chute à 6, ou quand il y’a un problème de potassium ou de n’importe quel autre chose dont un corps en vie a besoin mais pas trop. L’infirmière ne me dit pas que le soleil va revenir. Elle n’est pas encourageante à ce point.
Parfois, mon père “désature”. J’ai mis quelques temps à comprendre que ça signifie ” arrêter de respirer donc ne plus avoir d’oxygène donc mourir”.
“Désaturer”, quoi.
On passe sa vie à saturer pour finir par la perdre en “désaturant” enfin. C’est somme toute logique.
Sur les murs de la chambre, il y a les dessins de ma fille. Des peintures d’arbres japonais mal foutus avec écrit dessus “Pour Papi je t’aime”, d’une maladroite écriture d’enfant.
Sur les appareils, il y a des boutons, des écrans, et tout un tas d’acronymes ésotériques. Certains sont allumés, d’autres non. A force de les fixer, lorsque vous êtes à son chevet, l’envie peut vous prendre d’appuyer dessus, au hasard, pour voir, et puis vous ne le faites pas, et vous vous dites que peut être auriez-vous dû. Néanmoins, les boutons des machines du Service Réanimation A inspirent un instinctif respect. Il n’est pas explicitement interdit d’y toucher mais personne n’ose s’en approcher.
Dans ces chambres où l’on meurt le plus doucement possible, il est d’usage de parler du malade comme s’il n’était pas là. C’est plus simple pour tout le monde. En contradiction avec cet usage, le personnel soignant vous encourage à vous adresser à l’organisme vivant mais inerte qui respire artificiellement. Le personnel soignant vous assure qu’il vous entend et c’est peut être vrai.
Mon père ne m’écoutait pas trop de son vivant (c’est faux mais vous voyez l’idée), il ne va pas s’y mettre à mi décès, donc je ne dis rien. J’écoute sa respiration artificielle. Je n’ose pas le toucher. J’ai peur de bouger un tuyau. Il y a vraiment beaucoup de tuyaux. Et puis je lui passe la main sur le front en me disant que c’est peut être la dernière fois. Je cherche parmi les phrases celle que je regretterai de n’avoir prononcée. Ca me fait quelque chose à dire. Comme rien ne vient, je murmure des mots simples. J’essaie de parler avec les yeux mais ça ne donne rien de probant, alors je l’embrasse sur le front, doucement, tout doucement. Et soudain, rien ne se passe.
A la fin de cet hiver plus long plus froid et plus solitaire que tout ceux auxquels Georges Harrison a pensé lorsqu’il a composé sa chanson, mon père a vu le soleil revenir, puisqu’il est resté en vie. C’était un miracle ou quelque chose s’en approchant assez pour vous faire douter de l’absence de Dieu.
Alors il est rentré chez lui et à recommencé à vivre. Son corps souffrait encore, mais des rayons de soleil pointaient et c’était bouleversant de le voir debout. Juste debout, chez lui.
Quelques semaines après, son corps s’est estimé trop fatigué pour ces sottises et il est mort définitivement. Les beaux jours revenaient, pourtant.
En préparant la cérémonie, j’ai feuilleté la Bible. Pas Celle Là, l’autre : le Gros Livre Blanc savamment ouvragé et comprenant toutes les partitions des Beatles, annotées par mon papa. Entre deux sanglots, j’ai sacrifié “Here Comes The Sun”. La ritournelle d’Harrison s’est dévouée pour faire le sale boulot : accompagner mon papa là où le soleil brille toujours après les hivers longs froids et solitaires.
C’est une belle chanson. Elle se termine par “It’s all right”.
Pas encore, Georges, pas encore.
Mais ça viendra, un jour.
In Memoriam Mon Papa (juin 1948 - Mai 2012)
Billy Idol : “Dancing With Myself”
Une soirée festive entre amis, en milieu à vocation clubbisante, la musique coule à flots, les alcools aussi, et là c’est le drame : le DJ / préposé à la programmation musicale propre à faire onduler les bodies envoie une purge irrésistible. La nuit est belle, vos quelques verres en trop vous trahissent et c’est l’appel du beat.
Les neurones aux abonnés absents, vous tendez l’oreille.
Un sourire envaporé éclaire votre visage goguenard d’imbécile tardif. Vous voilà propulsé sur la piste, tous membres dehors ou presque. Vous vous lancez dans une série de gesticulations dont le ridicule vous échappe.
Qu’importe : vous venez de répondre aux sirènes du morceau indéfendable. On vous le rappellera avec malice le lendemain, car vous l’auriez oublié.
Ce morceau indéfendable, qui vous fait, donc, donner votre corps à la danse en état d’ébriété avancé (d’où le titre), il n’est pas impossible que ce soit le « Dancing With Myself » de cet âne bâté de Billy Idol.
Notez que, même parfaitement sobre, j’aime réellement ce morceau.
Billy Idol, aussi stupide soit-il, est tout de même l’inventeur bien involontaire de l’electro punk rock en plastique, amusant sous-genre dont il fût l’ardent défenseur durant une poignée d’albums ignobles.
Détail cocasse : ce morceau génère des comportements bien souvent hilarants : rictus Idolien (soulever le coin gauche de la lèvre supérieure), chorégraphie de type Power Ranger à bout de piles (bras tendus vers l’avant, les jambes tentent d’onduler en rythme), déhanchements de pelvis avec entrechoquage de genoux, ou même pour les plus imbibés, une lamentable danse de rock’n’roll classique en couple. Il y a de quoi faire.
Et s’il fallait démontrer que « Dancing With Myself » constitue une impeccable machine à donner son corps à la danse en état d’ébriété avancé, voici la traduction intégrale des « paroles » ornant l’oeuvre :
Sur le sol de Tokyo
Ou à londres pour se la donner
Avec la playlist
Avec mon reflet dans le miroir
Je danse avec moi-même
Quand il n’y a personne en vue
Seul dans la foule de la nuit
Bon, j’ai attendu tellement longtemps
Pour ma vibration d’amour (hein ?)
Et je danse avec moi-même
Oh Oh Danser avec moi-même
Oh Oh Danser avec moi-même
Quand il n’y a rien à perdre
Et qu’il n’y a rien à prouver
Je vais danser avec moi-même
Oh Oh Oh
Si je regarde partout dans le monde
Et il y a tous les genres de filles
Mais ton regard vide
Semble ne pas me calculer
Laisse moi danser avec moi-même
Alors, hop, vidons un autre verre
Comme ça, ça va me donner le temps de penser (hein ?)
Si j’avais une chance
Je demanderais au monde de danser
Et je danserais avec moi-même
Oh Oh Danser avec moi-même
Oh Oh Danser avec moi-même
Quand il n’y a rien à perdre
Et qu’il n’y a rien à prouver
Je vais danser avec moi-même
Oh oh Oh Oh
Oh oh Oh Oh
Oh oh Oh Oh
Oh oh Oh OoooOOOOh
WoouuahHHH
Si je regarde partout dans le monde
Et il y a tous les genres de filles
Mais ton regard vide
Semble ne pas me calculer
Laisse moi danser avec moi-même
Alors, hop, vidons un autre verre
Comme ça, ça va me donner le temps de penser (hein ?)
Si j’avais une chance
Je demanderais au monde de danser
Et je danserais avec moi-même
Oh oh Danser avec moi-même
Oh Oh Danser avec moi-même
Si j’avais une chance
Je demanderais au monde de danser
Si j’avais une chance
Je demanderais au monde de danser
Si j’avais une chance
Je demanderais au monde de danser
Oh oh Oh Oh
Oh oh Oh Oh
Oh oh Oh Oh
Oh oh Oh Oh
Oh oh Oh Oh
Choeurs :
Danser avec moi-même
Danser avec moi-même
Danser avec moi-même
Danser avec moi-même
(ad lib)
Solo vocal :
Ohhh, c’est tout mouillé…
Et je transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Transpire
Waaah
Yeeeeeehaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.
Wouhou.
Bien.
Mais qu’est donc devenu Billy Idol ?
Rien.
Après avoir poussé le mauvais goût jusqu’à commettre une affreuse reprise de « L.A. Woman », rare morceau presque audible des atroces Doors, Billy se repose… comme doivent le faire, à coup sûr et après deux Doliprane 1000, tous ceux qui, une nuit de trop, ont donné leur corps à la danse sur le terrible « Dancing With Myself ».
-
Quand un inédit des Beatles sort, il est autorisé de lever un sourcil circonspect, tant le moindre bout de bande du quatuor à l’improbable capillarité a fait l’objet d’analyses poussées faisant passer les recherches sur le Saint Suaire pour d’aimables divertissements.
Et pourtant, le voilà, le morceau que peu ont entendu, qui ne figure sur aucun album, et qui constitue une parfaite chanson étonnamment inédite puisque particulièrement réussie.
Juré.
Seulement, « Never tell a story because it’s true, tell it because it’s a good story. » (en gros, » Ne racontez pas une histoire parce qu’elle est vraie, racontez là parce qu’elle est bonne. ») écrivait John Petland Mahaffy, qui n’avait rien d’un rigolo lui même mais ne pensait pas que des conneries.
Note à l’attention des gardiens du temple : je sais que c’est fastoche pour les initiés et qu’il il suffit d’un coup de Wikipedia pour se douter de la vérité, mais c’est moins amusant.
En 1964, au sommet de la Beatlesmania hystérique qui frappe le monde civilisé, à coté de laquelle l’épidemie H1N1 et autres bricoles constituent d’amusants épiphénomènes, nos quatres amis font les imbéciles dans « A Hard Day’s Night », comédie en noir et blanc de Richard Lester. Ils en profitent pour en composer la bande son, évidemment. La chose constitue, outre un objet pop parfait, le premier album des Beatles ne comportant aucune reprise.
Le morceau « Lies » est composé, comme la majeure partie des chansons de l’album, par Lennon. « Lies » est un parfait morceau énervé des Beatles d’alors : assez pop pour séduire, assez rock pour enthousiasmer, doté d’un chorus d’emblée et de quelques accords mineurs typiques du groupe. Le couplet est impeccable, le refrain poussé par les choeurs, comme d’habitude, et, surtout, Lennon s’arrache la voix comme jamais sur des paroles agacées préfigurant son écriture à venir. « Lies are breaking my heart … ». Peut-être tient-on là l’un des premiers aveux de burn out d’un lad devenu prince et ne supportant qu’avec difficulté les flagorneries d’usage… Allez savoir.
Problème : George Martin, producteur et mentor musical des quatre petits rigolos, déteste « Lies », qu’il considère « très agressif » et dont il abhorre le refrain, qui, selon lui, tombe à plat. Lennon fait la gueule, comme toujours. Mais « Lies » est remplacé par « Tell Me Why », composition abordant la même thématique avec plus de distance et de douceur. La même année, Lennon essayera de placer « Lies » sur « Beatles For Sale », sans succès. Le groupe se révèle tellement prolifique et inventif que le morceau n’aura plus aucun rapport avec le répertoire du groupe dès la sortie de « Help ». Lennon le refilera à un obscur groupe londonien - The Knickerbockers - pour honorer ce qu’il évoquera plus tard et à mots couverts comme une “dette morale” (ce qui impliquait probablement une fille ou de la drogue ou les deux, compte tenu du contexte). Problème : le chanteur des Knickerbockers est incapable de passer le refrain et c’est donc Lennon lui même que l’on entend puisque c’est le master original qui servira finalement aux tristement pas connus Knickerbockers, sans que personne n’en sache rien du coté des maisons de disques respectives des deux groupes, évidemment. Tombée dans le trou des toilettes de l’histoire, cette anecdote fût racontée - rarement mais tout de même - par un George Harrison encore effaré devant l’outrecuidance de Lennon, capable de brader sans en parler à personne des pépites comme “Lies”.
Regret : l’excellent « Lies », morceau maudit, ne figure pas au pourtant copieux menu des Remasters 2009.
En 1964, au sommet de la Beatlesmania hystérique qui frappe le monde civilisé, à coté de laquelle l’épidemie H1N1 et autres bricoles constituent d’amusants épiphénomènes, nos quatres amis ne manquent pas de remarquer que partout où ils passent, les fans se foutent plus ou moins de leur musique et ne pensent qu’à pousser des cris d’hystérie.
Certains s’en amusent (Ringo Starr, comme toujours), d’autres s’en agacent (John Lennon, comme toujours) mais les quatre sont d’accord sur un point : c’est un peu chiant quand même.
Nos facétieux compères se mettent en tête de sortir un single sous pseudo, histoire de voir ce que ça donnerait. Ils ressortent des cartons « Try », un bon morceau encore inutilisé et désormais un peu daté. Lennon et Mc Cartney poussent le vice jusqu’à modifier le titre et les paroles, désormais à tiroir(s). « Try » devient « Lies » et moque ouvertement les groupies qui ne manquent pas d’entourer le groupe : « You think you’re such a smart girl, and I believe what you say, but who do you think you are girl, to lead me on this way ? ». Les paroles de « Lies », distanciées, ironiques, sonnent évidemment comme celles de Beatles ayant décidé d’arrêter de chanter des conneries avec « love » dedans. Deuxième appel au secours de Lennon après« Help! » ? Allez savoir.
« Lies » est un parfait morceau énervé des Beatles d’avant : assez pop pour séduire, assez sauvage pour enthousiasmer, doté d’un chorus d’emblée et de quelques accords mineurs typiques du groupe. Le couplet est impeccable, le refrain poussé par les choeurs, comme d’habitude, le riff d’Harrison revient à point nommé et, surtout, Lennon s’arrache la voix comme jamais sur des paroles agacées peu surprenantes : « Lies are breaking my heart … ».
Le bidule sort en catimini fin 1965. « Lies » – le titre annonce la farce d’emblée – est soi-disant interprété par « The Knickerbockers », obscur groupe du New Jersey dont personne n’a jamais entendu parler, et pour cause… (le nom du groupe lui même constitue une bonne blague puisque inspiré de Diedrich Knickerbocker, auteur fictif inventé par Washington Irving, hahaha). Il atteint tout de même le Top 20 US, ce qui fait certainement bien marrer nos compères, tout en les rassurant sur la qualité de leur musique, décidément universelle. ‘Sont forts ces Beatles. Ils sortent en même temps « Rubber Soul », tout de même.
Mieux, le canular fonctionne à plein : tout le monde se fait avoir et les éphémères Knickerbockers seront considérés comme les meilleurs copieurs des Beatles ayant existé (tu m’étonnes). Aujourd’hui encore, les oreilles ayant entendu les« Knickerbockers » (si ça c’est pas du nom à la con…) sont persuadées que le groupe du New Jersey n’est qu’une très bonne mais pâle copie, malgré l’évidence: c’est bien Lennon qui chante et hurle sur ce morceau ! (même Lenny Kaye, sur son indispensable compilation sommet en 4 volumes : « Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 1965–1968″,crédite les Knickerbockers pour « Lies ») Mais aucun des Beatles n’a JAMAIS avoué ouvertement la plaisanterie. Le groupe se révèle de surcroît tellement prolifique et inventif que le morceau n’a déjà plus aucun rapport avec son répertoire, et leur single à eux (« We can Work it out / Day Tripper » tout de même) éclipsera rapidement le petit tube déjà bien daté des petits « Knickerbockers » du New Jersey.
Reste un excellent morceau, mais comment en douter ? Même pour rire, les Beatles d’alors ne savaient pas faire de mauvais morceaux…
Regret : l’excellent « Lies » ne figure pas au très officiel menu des Remasters 2009. C’était pourtant l’occasion rêvée d’avouer en faisant plaisir à tout le monde.
En 1964, au sommet de la Beatlesmania hystérique qui frappe le monde civilisé, à coté de laquelle l’épidemie H1N1 et autres bricoles constituent d’amusants épiphénomènes, les Knickerbockers, originaires du New Jersey, formés en 1962, sont à juste titre considérés comme de sympathiques mais laborieux artisans copieurs, pondant avec un brin de talent mais un manque cruel d’imagination des chansons presque déjà écrites par d’autres… De besognieux soutiers de la pop, en somme. Le cas est aggravé par un manque de charisme évident de type Beach Boys / garçons charcutiers (voir photo).
Certains apprécient la chose, d’autres moins mais tous le monde est d’accord sur un point : on s’en fout un peu quand même, des Knickerbockers.
Fin 1965, nos Knickerbockers, toujours à la bourre d’un ou deux ans sur le train pop d’alors, se mettent en tête de sortir un single intitulé « Lies ». Un truc dans la veine du « Can’t buy me love » des Beatles, ce genre… Les Beatles en question sont déjà à des années lumières de leurs premiers titres et sortent « Rubber Soul », album sous LSD qui les emmène loin des rivages rock’n’roll des débuts. « Lies » aurait pû constituer un sous produit de plus, sauf que les Knickerbockers, plutôt doués sur ce coup là, pondent un authentique morceau des Beatles. Miracle. A s’y tromper. D’ailleurs, on s’y trompe encore.
Il faut dire que « Lies » est un parfait morceau énervé des Beatles circa 1964 : assez pop pour séduire, assez sauvage pour enthousiasmer, doté d’un chorus d’emblée et de quelques accords mineurs typiques du groupe. Le couplet est impeccable, le refrain poussé par les choeurs, comme d’habitude, et, surtout, Lennon s’arrache la voix comme jamais. Bon, ce n’est pas Lennon en fait, mais on y croirait. D’ailleurs on y croit encore. Le titre atteint à l’époque le Top 20 US et il est autorisé de penser qu’il aurait fait un tube planétaire un ou deux ans avant si les Beatles l’avaient chanté. Triste ironie, les Knickerbockers s’offriront par la suite une bien belle carrière de merde, jusqu’en 1970 environ… comme les Beatles, le génie en moins et le « de merde » en plus.
Reste ce « Lies » imparable, considéré comme la meilleure imitation des Beatles ayant jamais existée – c’est déjà ça – et exhumé par Lenny Kaye pour son indispensable compilation sommet en 4 volumes : « Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 1965–1968″.
Regret : « Lies » n’a pas été remasterisé en 2009, puisque les Knickerbockers, tout le monde s’en fout complétement, même eux. Autant dire qu’on est pas près de voir sortir un coffret prestige de nos pauvres amis…
Les Beatles, comme tous les mythes, n’ont pas eu leur pareil pour en générer, du mythe. En 10 ans de carrière, nos quatre amis ont inventé sans le faire exprès – ou pas – ou presque – la chanson à clés, la chanson cachée, les messages sataniques à l’envers, la fausse mort de Paul Mc Cartney, l’utilisation pop de cette saloperie de citar qu’on aurait dû confisquer à George Harrison pour le salut du monde, les déclarations surréalistes, la chanson à fausses clés (les paroles d’« I am The Walrus », joli foutage de gueule en règle), les chansons à vraies clés, la moustache, le vrai faux groupe, les pochettes symboliques, et on va s’arrêter là parce que ce n’est pas le propos.
Ami lecteur, tu peux désormais choisir la version qui te plaît le plus.
N’oublie pas, cependant, ami lecteur, que tout ça n’a guère d’importance. Après tout, le morceau « Lies » existe – il suffit de cliquer pour s’en convaincre – et constitue, pour ceux qui ne le connaissaient pas, une heureuse surprise, d’où qu’il vienne… Vrai faux indice : on pourra à l’occasion méditer cette sublime – et authentique pour le coup – réponse de l’ineffable Ringo Starr à une question de type stupide :
« - Journaliste : Are you a mod or a rocker?
- Ringo : I’m a mocker. »
Et là tout est dit.
The Wipers : “Over The Edge”
Stress, pollution, promiscuité en milieu urbain, augmentation du coût de la vie, Vincent Delerm : nombreuses sont les incitations à – pardonnez moi l’expression – tout envoyer paître.
Qui n’a pas un jour, en milieu professionnel, en transports en commun, lors d’un repas de famille dominical, ou lors d’une partie de Mille Bornes un brin tendue, hurlé en silence des choses que la bienséance réprouve mais qui font du bien par où elles passent comme :
» Allez vous faire foutre ! Tous ! Oui, toi aussi là bas. »
« Sacré bon sang de bois, je commence à en avoir ras la casquette ! »
» Nom d’une pipe, tu vas la fermer, connard ?!! »
ou même un sobre :
« Allez tous vous faire enculer. »
Ne niez pas, ça arrive aux meilleurs.
Dans ce genre de cas, deux solutions s’offrent à l’homme moderne :
1) Hurler la phrase susdite à pleine voix, en prenant le risque de passer pour un malotru, de perdre des amis, des collègues, de la famille ou l’usage d’un membre suite à la vive réaction que n’aura pas manqué de susciter l’apostrophe.
2) Se doter d’un casque fermé de type Audio Technica ATH 50 et écouter à plein volume le « Over The Edge » des Wipers.
La solution 1 se comprend d’elle même, en revanche, pour mieux saisir la portée de la solution 2, il n’est pas inutile, si nécessaire d’écouter la chose ci dessous (à plein volume hein sinon l’efficacité s’en trouve diminuée) :
Voilà, ça date de 1983. Ce truc a donc 26 ans.
On pourrait, à première oreille, suggérer bien d’autres morceaux aptes à vous faire exploser en silence : l’intégrale de Ministry, les travaux des mêmes zouaves avec Jello Biafra dans Lard, le premier album de Rage Against the Machine, les machins les plus agacés de Reznor pour Nine Inch Nails (« Gave up » vaut son pesant de doigts qui grincent et de dents tendues, par exemple). Problème : ces morceaux sont hors sujet. Il ne s’agit pas d’avoir envie de tout péter, ce que n’importe quel membre actif de Motley Crue fait très bien.
Non, il s’agit de relacher la pression par procuration, et pour le coup, le « Over The Edge des Wipers » se pose un peu là : la voix de Greg Sage contient juste ce qu’il faut de dégoût contrarié, les guitares ne lâchent jamais prise, la chanson est expéditive et constitue surtout une vraie chanson, puisque Greg Sage était, à mon humble avis mais je suis d’accord avec moi, l’un des rares songwriters punks avec Joe Strummer.
Les vénérés Wipers, originaire de Portland, sont responsables d’une bien belle rafale d’albums impeccables sortis entre 1977 et 1984 en gros, dont ce « Over The Edge » pas piqué des hannetons.
Les Wipers partagent probablement avec les Zombies le titre peu envié de groupe le plus mésestimé du monde. Sauf que là où les Zombies n’avaient pas de bol (sortir un unique album parfait, en 1968, comme tout le monde, n’était pas l’idée du siècle, a posteriori), les Wipers faisaient quand même un peu exprès. A dire vrai, dès ses débuts, le groupe envisageait carrément de ne pas se produire sur scène et l’immense Greg Sage lui même n’a pas hésité a le reconnaître : pour lui, il est impossible de vivre de sa musique et d’avoir une démarche véritablement artistique. Une bien belle tête de mule punk, ce Greg, en somme. Ce qui lui vaudra de poliment refuser d’ouvrir pour Nirvana (Cobain vouait un culte absolu aux Wipers, et ça s’entend), alors au sommet absolu, quand d’autres formations auraient tué l’ensemble de leur famille, cousins éloignés compris, pour profiter d’une miette du gargantuesque gâteau empoisonné nirvanesque …
Résultat : paf, oubliés le Wipers, ou presque… Les songwriters punks sont respectables, ça oui, mais n’oeuvrent guère pour l’ouverture d’oreilles de leurs contemporains, force est de le reconnaître.
Qu’importe : « Over The Edge », parfait morceau pour exploser en silence, ne venez pas dire que vous ne saviez pas.
Restent deux hypothèses :
1) Youpi, ça marche, vous voilà calmé, et vous affichez la sérénité d’un bonze grégorien (je sais que ça n’existe pas et que c’est même complètement con, comme image, mais c’est pour vous donner une idée du stade de sérénité auquel vous pouvez arriver).
2) Drame : vous êtes encore plus agacé qu’avant car vous faites partie de cette frange de la population aux oreilles empathiques : vous écoutez un truc et vlan, vous voilà dans le même état que celui qui le chante. Bien. Ca arrive aux meilleurs. C’est triste à dire, mais dans ces cas là, n’importe quel machin de folk fera l’affaire. Je sais, c’est moche mais au moins arriverez vous à cet état de neurasthénie néo folk qui vous rendra très chiant, certes, mais totalement inoffensif. C’est déjà ça.
Johnny Cash : “Hurt”
A la question « Quel est votre sentiment préféré ? », environ 0,2 % des personnes interrogées répondent « la profonde tristesse ». Et c’est bien légitime.
Pourtant, certaines chansons produisent ce miracle musical : générer un genre de sorte de profonde tristesse agréable.
Le « Hurt » de Johnny Cash est bien évidemment de celles là.
Pour situer, Johnny Cash a été l’incarnation même de l’attitude. Cet homme n’a jamais rien lâché. Surtout, il a pratiqué une country hantée, sombre, que lui seul savait vraiment faire exister. Johnny Cash n’était pas un sain(t), oh que non, l’homme ayant a son actif plus que son compte de substances illicites, dérapages en règle et bonnes grosses conneries pas toujours bien nettes dans sa tête. C’est même, avec ses morceaux évidemment, ce qui en fait une légende.
Seulement la vieillesse est un naufrage, même pour les légendes, et c’est un Cash semi aveugle qui enregistre « Hurt » pour Rick Rubin, vers 2002. C’était juste avant le décès de l’amour d’une vie : June Carter. Johnny Cash y survivra quatre mois, puis son coeur décide d’arrêter de (se) battre et il raccrorche définitivement la guitare pour aller retrouver celle sans qui il ne pouvait pas respirer. « Hurt » constitue donc l’un des ultimes enregistrements de Cash – je me suis promis de ne jamais écrire « l’homme en noir » – et une perle absolue. Une élégie, pour tout dire. Les paroles de ce morceau, déjà fort émouvantes, sont ici bouleversantes, pour un bon tas de raisons, voilà.
Je vous livre la fin, pour que ceux qui ne connaissent pas la chanson comprennent :
(…)
What have I become
My sweetest friend
Everyone I know goes away
In the end
And you could have it all
My empire of dirt
I will let you down
I will make you hurt
If I could start again
A million miles away
I would keep myself
I would find a way …
Poignant, c’est le mot, quand ces mots là sont dits par un homme au crépuscule d’une vie que l’on devine remplie de tourments.
Comment ce vieil homme pouvait-il chanter ça sans songer à ses propres regrets ?
Comment pouvait-il chanter ça sans penser à June Carter ?
Comment pouvait-il chanter ça sans y croire ?
Il ne pouvait pas, et ça s’entend. Voilà pourquoi « Hurt » est une Chanson Qui Serre La Gorge De Là à Là. Pour tout vous dire, écrire ceci me serre la gorge de là à là. Pour mémoire « Hurt » est une reprise de Nine Inch Nails. L’original est déjà – peut être – le plus beau morceau jamais composé par Reznor et clôt le très grand » The Downward Spiral ». Interprété par un Cash affaibli, en guise de conclusion d’une vie plus que dissolue, les paroles pèsent lourd, très lourd …
Et le silence qui suit aussi.
In Memoriam, donc.
Motorhead : “Ace of Spades”
“Headbanging”
nom, masc.
(de l’anglais headbanging : « se fracasser la face »)
syn. : headbang
dériv. :headbanger
- Ensemble des pratiques rituelles impliquant de violents mouvements de la tête de là à là, en cadence avec la musique diffusée. Le Headbanging est bien souvent associé au hard rock, au heavy metal, au hardcore et autres sous genres de rock extrême à vocation défoulatoire.
”A force de pratiquer le headbanging, Vincent souffrait de dommages irréversibles aux vertèbres cervicales. “
”Emilie apprécie le grindcore allemand. Emilie pratique le headbanging en compagnie de ses amis. “
“Charles se trouvait en pleine séance de headbanging lorsque le téléphone sonna. Charles n’entendit pas le téléphone. “
” Il y a des hommes qui ne sont point éloquents, parce que la pratique du headbanging les empêche d’entendre ce qu’ils disent.” ( François René de Chateaubriand : « Le speed Metal, expérience du sacré »)
Ci-dessous, deux radiographies de Vincent, headbanger assidu, prises avant et après un concert de Motorhead. Notez l’atlas subluxé (image de droite) :
Ne nécessitant ni talent artistique, ni grâce, ni élégance, le headbanging a su séduire d’entières générations d’amateurs de musique du diable. Offrant une jubilation proche de la transe, le headbanging s’avère bien souvent amusant, à condition de ne pas hésiter à avoir l’air con et d’être doté de vertèbres cervicales en bon état.
Le headbanging a l’avantage de pouvoir être pratiqué en de nombreuses circonstances, puisqu’il ne nécessite, dans sa forme originelle, aucun équipement particulier, sinon votre tête et une chanson adéquate. Ainsi, lors d’un repas de famille, d’un mariage, d’une soirée entre amis, en voiture, en ascenseur, sous la douche, dans un living room, le headbanging apporte une communion avec la musique se rapprochant de la danse modern jazz, mais pas vraiment.
C’est que le headbanging n’est pas adapté à tous les styles musicaux. De fait, un headbangueur headbangant sur ”Bridge over troubles water”, de Simon & Garfunkel, est un headbangueur malheureux. En revanche, les styles musicaux faisant la part belle à des rythmes rapides, binaires, et, soyons clairs, bien rentre dans le lard, offrent d’intéressantes opportunités de headbanging.
Forcément, des morceaux de ce type, on en rencontre plein les sections Métal.
Mais quel est le roi des morceaux rapides, binaires, et soyons clairs, bien rentre dans le lard ? Quelle est la matrice originelle du morceau marteau-pilon, façonné à l’huile de vidange et à l’acier en fusion ?
LE “ACE OF SPADES” DE MOTORHEAD.
Voilà une chanson qui ne se l’envoie pas dire. Et ça fait plus de 30 ans que ça dure. Rigoureusement nihiliste, soignant l’absence de mélodie avec le soin du joaillier,« Ace of Spades » est emporté par la voix de Lemmy Kilmister, que l’essence, l’éther, la colle à maquettes, la colle à bois, la colle à rustine, la colle UHU, la colle à moquette, la colle Cleopatra, l’enduit semi liquide, le joint epoxy, les cigarettes, les filtres de cigarettes, le goudron pur, les dérivés morphiniques, le speed, la cocaïne, l’acide chlorydrique, les Dragibus, et autres produits rigoureusement contre-indiqués ont transformé en sorte de rocaille monolithique entièrement dénuée de sensibilité, ce qui sied à merveille au style épuré de Motorhead : la chanson qui arrache la gueule.
Note : Un puissant saut groupé sur l’introduction d’ »Ace of Spades », à l’issue du roulement de batterie, fera son petit effet (peut causer des dégâts métacarpiens à la réception)
N’écoutez pas les petits esprits affirmant que Motorhead est un groupe de « métal ». Sottises. Motorhead est un groupe en métal. Nuance.
N’écoutez pas non plus les vilaines langues affirmant que Motorhead est un groupe de brutes épaisses tout juste bon à envoyer du boum dans ta gueule en braillant des conneries. C’est vrai et c’est exactement pour cette raison que Motorhead est, pardonnez moi l’expression, un sacré groupe de rock’n’roll.
BONUS : DECOUVREZ TOUTES LA RICHESSE DU HEADBANGING A TRAVERS L’ENSEMBLE DE SES VARIANTES.
(Jeu amusant : 5 variantes imaginaires du headbanging se sont glissées dans ce bonus, sauras-tu les reconnaître ? Retrouve les et gagne quelque chose d’enviable)
Comme le patinage artistique, le jazz modal et la peinture sur soie, le headbanging offre de nombreuses variations. Ci-dessous quelques pistes à l’attention de l’amateur, tirées de wikipédia et complétées par mes soins, parce que bon.
Le up and down : le style le plus courant: il implique de bouger la tête de haut en bas. On en a un aperçu dans le film ‘‘Wayne’s World’’ sur la chanson « Bohemian Rhapsody ».
Le circular swing : remuer la tête de façon circulaire. Ce style est plus connu sous le nom de ‘‘windmill’’ (« moulin à vent ») ou hélicoptère. Il a été popularisé par Blackie Lawless de W.A.S.P. et George Fisher de Cannibal Corpse, et est pratiqué par les membres de Amon Amarth, Slipknot, Meshuggah, Apocalyptica, par l’ancien bassiste de Metallica, Cliff Burton, ainsi que par Dimebag Darrell, Brian Fair de Shadows Fallet Corey Beaulieu de Trivium.
Le Drunk Style (« style saoul ») : le headbangueur remue la tête dans différentes directions, à la façon d’un type bourré comme une otarie à la bière. Kurt Cobain était un adepte de ce style.
Le Crush your Friend (“Défonce ton Ami”) : dérivé plus radical du « up and down », bouger la tête de haut en bas en direction d’un ami, l’impact entre le front du headbangueur et le nez de l’ami suit le tempo de la musique.
Le Half-Circle (« demi-cercle ») : balancer la tête d’un coté à l’autre vers le bas dans un mouvement de balancier. Ce style est pratiqué par Tom Araya de Slayer.
Le Wall Headache (« migraine murale ») : le headbangueur marque le rythme en balançant le haut du corps de haut en bas vers un mur épais, de bonne fabrication. Les cheveux amortissent l’impact, mais il est d’usage de ne pas abuser du Wall Headache afin de ne pas endommager les fondations du lieu.
Le All Way Down (« tout en bas ») : Forme particulièrement stupide de Up and Down. Prendre un élan conséquent avant de frapper le sol avec le visage.
Le Figure Eight : remuer la tête de façon à former un huit.
Le Smash Your Knees (« frappe tes genoux ») : reservé aux plus souples. Ivre de violence, le headbangueur s’appuie sur le mouvement de base du All Way Down mais associe le geste a un brutal mouvement vertical de la jambe, fléchie. Chaque genou vient alternativement frapper la face, en rythme.
Le Side to Side : remuer la tête de droite à gauche, en se fouettant le visage avec les cheveux. Ce style est utilisé par Wayne Static de Static-X, Alexi Laiho de Children of Bodom, James Root de Slipknot (souvent durant la première partie d’une chanson), Martin Mendez de Opeth, et le bassiste Robert Trujillo de Metallica.
Le Whiplash (« coup de fouet ») : une forme particulièrement violente du « up and down », caractérisée par le fait que les cheveux bougent si vite qu’ils cachent le visage. Ce style a été instauré par Angus Young de AC/DC, et est utilisé par Mick Thomson de Slipknot et Cliff Burton, le défunt bassiste de Metallica.
Le Two up, Two down : Similaire au whiplash mais au lieu de bouger alternativement de haut en bas, l’on donne deux coups de tête en haut et deux en bas, afin de tenter d’imiter les mouvements de Angus Young. Si le mouvement est bien effectué, le talon de la jambe arrière est soulevé lorsque la tête est en arrière, et le talon avant est soulevé pendant que la tête est en avant.
Le Devil Drive Blind (« rouler aveugle du Diable ») : à usage exclusivement automobile. Le headbangueur frappe le volant du véhicule avec le front. Lorsque le véhicule n’est pas à l’arrêt, le Devil Drive Blind génère de fréquents accidents de la route.
Le All-Out : l’on est penché vers le sol, en se tenant avec les bras, et l’on balance violemment la tête entre les bras. Ce style implique souvent de s’agripper à une table ou à un objet fixe, les mouvements étant en effet si violents qu’ils peuvent affecter l’équilibre. Sid Wilsonet Craig Jones de Slipknot le pratiquent souvent en live.
Le Tandem : Les guitaristes de Judas Priest, K. K. Downing et Glenn Tiptonont initié et amélioré cette forme de headbanging, dans laquelle ils sont côte à côte et headbanguent à l’unisson (voir aussi Wolf Hoffmann et Jörg Fischerde Accept ou pour des exemples plus récents, voire I Killed The Prom Queen et Parkway Drive).
Le Friendly Wall Smashing (« amical coup dans le mur ») : le headbangueur, muni d’un ami, frappe le mur le plus proche avec la tête de son complice. Le martèlement suit le rythme de la musique.
Le Thrust (« poussée » ou « coup »): une forme antisociale de headbanging où l’on bouge violemment d’avant en arrière depuis la taille, et où l’on heurte souvent les personnes devant soi, voire dans les cas plus extrêmes, derrière.
Le Hammer (« marteau« ) : une forme de headbanging pratiquée par Till Lindemann de Rammstein caractérisée par une position plus ou moins accroupie et par le fait que l’on se frappe le genou opposé avec le poing, pendant que l’on bouge la tête d’un côté à l’autre ou de haut en bas. La vitesse du martèlement est proportionnelle au rythme de la batterie.
Le Breakdown : Quand plusieurs membres d’un groupe (en particulier les guitaristes, s’ils sont deux) headbanguent simultanément violemment de haut en bas pendant un moment particulièrement intense de la chanson. Shawn Crahanet Sid Wilson (Slipknot) le pratiquaient souvent ensemble.
Le Low-Profile (« profil bas ») : une variante du « up and down » quand les mouvements sont plus courts et plus subtils, mais néanmoins perceptibles (également nommé « emobanging »)
Le Full Body : aussi connu comme « body bang », est une variante du « up and down » où le headbangueur amène sa tête presque au niveau de ses genoux, la ramène en arrière, fait un mouvement de la tête, et revient aux genoux, dans un mouvement circulaire. Genre utilisé abondamment par Jens Kidman de Meshuggah, Jason Peppiatt, le chanteur de Psycroptic et Jonathan Davis, chanteur de Korn. Ce style est particulièrement populaire chez les groupes de metalcore.
Le Half body : Similaire au full body, le half body est une variation bizarre du « up and down » où le headbangueur garde la tête droite, mais cambre les hanches, en général dans le deuxième temps de chaque mesure. L’angle adopté est en souvent de 45°, pour garder l’équilibre. On peut avoir un aperçu de ce style de headbanging avec James Root et Paul Grayde Slipknot, grâce à leur apparition dans le film Rollerball. Il est possible que cette variante ait été inventée par des guitaristes qui trouvaient que le headbanging classique détournait trop leur attention de la musique pendant les concerts.
Il est courant de mixer les pratiques, selon les goûts, le tempo et l’agressivité de la musique. Ces mouvements peuvent également être pratiqués les yeux fermés et /ou accompagnés de gestes inquiétant de type cornes du diable avec les doigts.
“Le headbanging peut se pratiquer en chantant, en hurlant, ou bien seulement en remuant les lèvres, réduisant ainsi la tension sur le cou et faisant bouger le corps comme un serpentin”
(je n’ai pas compris cette dernière phrase mais je l’aime bien, elle vient directement du wikipedia francophone).
La pratique du headbanging autorise toutes les fantaisies. C’est pourquoi le headbangueur peut adopter maintes postures , de la plus audacieuse à la plus confortable :
Figure ci-dessous : “Headbanging ferroviaire”
Monsieur Quentin Tarantino,
Les miracles existent.
Pour preuve : vous n’avez JAMAIS utilisé The Sonics, formation de Tacoma ayant oeuvré de 63 à 68 et meilleur groupe énervé du monde jusqu’aux Stooges, pour bande sonoriser vos films. Surtout pas « He’s Waitin‘ », l’un des meilleurs morceaux pas connus du meilleur groupe énervé du monde jusqu’aux Stooges.
Et « Inglorious Basterds« , votre dernier opus. l’épargne encore.
Si c’est pas du miracle ça.
Ouf.
Et pourtant, « He’s Waitin » des Sonics a TOUT pour figurer sur l’une de vos B.O. Quentin (vous permettez que je vous appelle Quentin ?) : sauvage, vindicatif, inconnu, vintage, immédiat, menaçant, le truc vous saute à la gorge comme un Jaguar sous speed dans « Apocalypse Now ». Songez, Quentin: les hystériques Sonics hurlaient des standards rock’n’roll en appliquant avec …euh..application la devise qu’ils ont du inventer (ou piquer à Link Wray), c’est pas possible autrement : « TOUT A FOND ! ».
Et effectivement, chez les Sonics, c’est tout à fond, Quentin, et sans blaguer en plus : les guitares saturent, le sax sature, la batterie sature (!), la voix sature (qui a hurlé autant que le chanteur des Sonics ? Franck Black ? James Brown ? Cobain ?) et le tout forme des giclées de sauvagerie comme on en a pas connu jusqu’à… jusqu’à… ben… j’en sais rien moi. Comme on en a pas connu, voilà. Il se murmure, non, il se hurle, que les Sonics ont choisi leur nom en référence aux usines Boeing d’à coté de chez eux.
Ca explique pas mal de choses.
Ces gens n’avaient plus de tympans, voilà tout.
Quentin, j’adore les Sonics en général et « He’s Waitin’ « en particulier. Cette chanson est une bombe. Du TNT, « les putain de Canons de Navaronne dans les doigts, mec. » (tiens voilà pour vous, Quentin).
Et vous n’avez jamais utilisé la musique des Sonics ?
Et c’est une heureuse nouvelle ?
Oui. et re Oui.
Monsieur Tarantino (vous permettez que je vous appelle Monsieur Tarantino ?), je sais qu’il est de bon ton de vous baver désormais dessus alors que vous épatâsse tout le monde dont moi avec Reservoir Dogs et Pulp Fiction, mais ne nous le cachons pas, depuis Kill Bill 2, vous êtes devenu le plus grand petit cinéaste de votre génération.
Et ça c’est moche.
S’écouter dialoguer et oublier de faire de vrais films, c’est moche.
Piquer des morceaux inconnus de Charlie Feathers pour crâner, c’est moche.
Ne niez pas. Les Cramps lui rendaient hommage, eux.
Monsieur Tarantino, je vous remercie de tout mon coeur de ne pas utiliser la musique des Sonics car vous avez fait plus pour le désossage en règle de morceaux magiques que Nike, Apple et le riz Taureau Ailé réunis.
Prenons Bobby Womack et son « Across the 101th Street » : l’impeccable standard soul est désormais devenu le générique de VOTRE Jackie Brown. Pire encore, le splendide « Son of a preacher man » de Dusty Springfield, aujourd’hui indissociable de … John Travolta en imperméable. Merci Monsieur Tarantino, vraiment. Alors oui, c’est un hommage à la chanson. Ca part peut être même d’une bonne intention… et puis le morceau est vampirisé. Ne me dites pas le contraire. Et ne venez pas m’expliquer que vous leur offrez l’opportunité de la découverte par le grand public, à ces morceaux. On le sait ça. Et alors ?
Si c’est pour les laisser exsangues et vidés de dignité, pardon pour le langage, hein, mais vous faites chier, Monsieur Tarantino.
Je vous propose donc, en guise de commencement de début d’ébauche de repentir, d’observer une minute de silence pour les artistes vampirisés par vos B.O.
J’ai une idée de mise en scène pour ce solennel moment, je vous la soumets :
EXT JOUR.
FOND SONORE : ON ENTEND RAISONNER LA « SONNERIE AUX MORTS » DE L’ARMEE U.S.
QUENTIN TARANTINO S’APPROCHE D’UN PUPITRE, UNE FEUILLE DE PAPIER EN MAIN. IL EST VETU D’UN COSTUME NOIR SOBRE. IL A L’AIR PREOCCUPE ET MULTIPLIE LES TICS NERVEUX.
IL SE RACLE LA GORGE, LE MICRO DU PUPITRE EMET UN LEGER LARSEN.
QUENTIN TARANTINO :
« Hum, well, … hum, Hi everyone, so, em, … straight to the point : Killed In Action in my movies…”
D’UNE VOIX DIGNE MAIS MAL ASSUREE, QUENTIN TARANTINO LIT SUR LA FEUILLE QU’IL A EN MAINS.
T Rex
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
Charlie Feathers
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE, ON ENTEND UN RACLEMENT DE GORGE
Chuck Berry
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
Dick Dale
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE, QUINTE DE TOUX DISCRETE DANS LE FOND DE LA SALLE
George Baker
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
Stealers Wheel
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
Bobby Womack
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE LONGUE PAUSE, LA FOULE EMET UN « OOOOHHH » DE DESAPROBATION
The Delftonics
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
Nancy Sinatra
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE, ON ENTEND UN SANGLOT AU LOIN
Ennio Morricone
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE, QUELQUES HUEES ET RICANEMENTS S’ECHAPPENT DE LA FOULE
Dusty Springfield
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE LONGUE PAUSE, LA FOULE EMET UN LONG »OOOOOOOOOOOHHH » DE DESAPROBATION
Kool and the Gang
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
Ricky Nelson
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
Neil Diamond
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
… and The Rock-A-Teens
QUENTIN TARANTINO MARQUE UNE PAUSE
Well, I mean I’m sorry guys, I really didn’t want to fuck up with your songs… (SILENCE) oh man, i’m so sorry. I mean come on, you know the deal, but hey, what can I do ? I fuckin need music, man. I fucking NEED songs. I’m desperate for songs, actually !
I mean, do you want me to hire Danny Elffman every time I make a movie ?
Let me tell you : no, you DON’T !
PAUSE THEATRALE DE TARANTINO, ATTENDANT UNE SALVE DE RIRES, UN TEMPS ET SILENCE GÉNÉ
Well, emm,.. anyway, I’m sorry guys. Can we cut the crap now ? It’s embarrassing. It really is.
QUENTIN TARANTINO RENIFLE, LE MICRO EMET UN LEGER LARSEN
LA SONNERIE AU MORTS DE L’ARMEE US REPREND POUR LE SAUVER. QUENTIN TARANTINO EST VISIBLEMENT TRES EMU.
ICI INSERER UNE MINUTE DE SILENCE (EN FOND SONORE, LA SONNERIE AUX MORTS DE L’ARMEE U.S. TOURNE EN BOUCLE)
LA FOULE SE LEVE, SOLENNELLE.
QUENTIN TARANTINO, DROIT COMME UN I DERRIERE SON PUPITRE, REGARDE LE SOL, AGITE DE TICS DE PLUS EN PLUS NERVEUX.
A 50 SECONDES, LENT FONDU AU NOIR
MUSIQUE : « HE’S WAITIN’ » DE THE SONICS
GENERIQUE
FIN
Voilà, Maintenant vous pouvez vous ruer sur les Sonics, Monsieur Tarantino : « Strychnine », « The Witch », « Boss Hoss », « Have love will Travel », « Psycho »… etc. Et puis « He’s Waitin » et tous les autres. Mais surtout, respectez les, honorez les : ne les utilisez JAMAIS dans vos B.O.
D’avance mille mercis Quentin, et continuez à piller Morricone. Lui au moins, il est intouchable.
Olivier R.
(les cascades de cet article ont été réalisées par Pauline Germain, qui a eu la bonne idée de suggérer une lettre ouverte)
The Cure : “Siamese Twins”
On me demande souvent « Olivier, toi qui t’y connais en musique pas fun, je souhaite rompre mais je n’ai pas trouvé le morceau idéal pour exprimer mon dégoût de la vie, peux-tu m’apporter la lumière, tu seras bien aimable ? »
C’est faux on ne me demande jamais ça, et c’est une heureuse nouvelle.
A cette question que l’on ne me pose jamais, Where Is My Song apporte une réponse de saison. Car l’automne approche. Les feuilles meurent et les souvenirs aussi, et tout ça se ramasse à la pelle, je parie. Haaaa, « Automne, saison de merde où les coeurs se serrent, les âmes se déchirent, les feuilles tombent et les jupes rallongent. » écrivait Lamartine (à vérifier tout de même). N’empêche : Temps maussade, crachin semi hivernal, ciel grisâtre, capuches : autant de bonnes raisons d’en vouloir à son prochain.
Et à son prochain le plus proche en particulier.
Alors oui, en automne, les couples se séparent. Ne me demandez pas comment je le sais, c’est pour les besoins du sujet.
Donc, parfois il est utile de ne plus aimer. Une rupture n’est jamais cocasse. Soit. D’où la question qui vous brûle les lèvres crispées par l’angoisse et la perplexité :
« Comment réussir musicalement sa rupture ? »
Cette question, que Femme Actuelle n’ose pas poser, Where is my Song y répond puisqu’il faut bien que quelqu’un s’y colle. Et la réponse tient en deux mots :
“Siamese Twins”
Oui, le « Siamese Twins » de The Cure, ce groupe au chanteur obèse maquillé comme une prostituée volée et coiffé comme la même au réveil. Comme quoi. Mais revenons en 1982. Ne me demandez pas pourquoi, c’est pour les besoins du sujet.
1982 : sale année pour Robert Smith, le chanteur de The Cure, qui nous fait une bien belle dépression que la prise de drogues à doses massives ne fait rien pour arranger. (« 1982, année de merde où la musique a découvert le synthétiseur Yamaha DX7 » écrivait Lamartine).
Résultat : Robert casse l’ambiance et le moral de son entourage, et personne ne peut plus se saquer chez les The Cure, qui s’enferment dans un pathos appuyé et en studio d’enregistrement, ce qui finira par constituer une bonne nouvelle puisque les joyeux drilles, qui n’étaient pas là pour rigoler, accouchent, entre deux sessions de grincements de dents collectifs, du miraculeux « Pornography », album sommet, sombre comme un premier étage sur cour en automne (haaaa, l’automne, saison de merde où.. je l’ai déjà dit) et aussi difficile d’accès qu’une chambre de bonne sans ascenseur. Et vers le quatrième morceau de « Pornography », meilleur album inécoutable du monde, se cache cette pépite de « Siamese Twins ». Peut être le morceau de The Cure le plus triste, le plus déchirant, le plus abouti, et surtout le plus beau.
L’album tenait déjà du miracle faustien (enfermez 3 psychotiques qui ne se supportent plus, secouez, et hop : 3 morts ?… Ha ben non : « Pornography ») et ouvrait sur une profession de foi (« It doesn’t matter if we all die … » , in « One Hundred Years ») dont on pourrait affirmer sans se tromper que l’on a connu plus guilleret.
Impeccable dans le registre grincements de dents slash merci de ne pas sourire, minimaliste, opaque, martial, percussif, le bidule envoie à la gueule de l’auditeur une bordée de chansons dont aucune ne vient dévisser l’étau oppressant dès les premières secondes d’écoute les coeurs serrés et les âmes déchirées cheres à Lamartine (à vérifier, vraiment). Même le son est fermé, c’est dire. Gaffe : « Pornography », c’est 43 minutes de colère froide. Pas de place ici pour les lamentations crypto lacrymalo gothiques placebesques ( » Hou, comme j’ai bobo à l’âme, tiens files moi du rimmel, steuplait. « ). Et au milieu coule « Siamese Twins » ou la haine la plus déchirante jamais pondue en 5:30. Entre la rage et les larmes. entre la menace et la supplique, Smith y chante comme un homme à qui on vient d’arracher le cœur. Autant dire que le silence qui suit pue l’absence … mais pas longtemps puisque après vous avez droit à « The Figurehead« , 6 minutes 15 qui vous replombent pour la semaine, si besoin était.
« Siamese Twins » : gaffe,ce morceau là vous rongera. En revanche, si vous souhaitez détester quelqu’un dont vous étiez jusqu’alors entiché, vous tenez la bande son idéale. « Siamese Twins » garantit la rancoeur contre l’être aimé et son éviction mentale en moins de 10 écoutes.
Attention : ceci n’est pas un médicament. Evitez tout mélange avec un état mélancolique avancé. En cas de surdosage, se précipiter sur le Louis Prima le plus proche (ou sur Placebo, vous ne risquez rien sinon perdre du temps).
Bien entendu, Ce Cure là n’a rien à voir avec celui, grotesque, quand on y songe, de “The Head on the Door” et des sottises qui ont suivi. Le The Cure boursouflé et bien dans sa tête manque cruellement d’intérêt. Oubliez également les inepties dark wave, gothiques, batcave ou je ne sais quoi encore se réclamant du fondateur opus de Smith et de ses 2 co-internés. Amusantes pantalonnades indignes du réel malaise ressenti à l’écoute de « Pornography ».
Car le The Cure de « Pornography » en général et de “Siamese Twins” en particulier suinte le mal être et la claustrophobie borderline, le nihilisme non feint et la folie toute proche. Vous êtes prévenu(e) : ne cherchez pas d’interrupteur, tout est sombre et l’issue de secours est condamnée. Un grand album malade que ce « Pornography ». Comme quoi, c’est en touchant le fond qu’on peut atteindre les sommets.
… et “Siamese Twins” au passage, ou la meilleure des pires façons de rompre.
Et pour terminer sur une bonne nouvelle, sachez que ce « Pornography » a sauvé Robert Smith puisque, ayant expulsé son malaise existentiel de jeune mais pas son maquillage, il prendra du poids et pondra une flopée d’albums sans intérêt nous valant au passage des troupeaux de cheveux crêpés teints au henné.
Il y a des saluts qui ne valent pas la perdition.
Hüsker Dü : “Never Talking To You Again”
Attention chanson piège !
On l’écoute d’une oreille distraite et on pourrait prendre la chose pour une inoffensive ballade acoustico approximative sous speed. Il n’en est rien. Le bazar est expéditif (1’40), mal embouché, et constitue une bien belle profession de foi à adresser d’urgence à l’indélicat de votre choix.
EDIT : dans le cadre d’une fort bienvenue série Bob Mould / Hüsker Dü, publiée sur l’indispensable site Playlist Society, j’ai poursuivi, dans le texte qui suit, l’analyse en profondeur de ce morceau d’une minute quarante. Si toi aussi, tu aimes analyser en profondeur les morceaux de moins de deux minutes, tu peux continuer à lire.
A cause du folk, j’ai une relation à la guitare acoustique que l’on qualifiera sobrement de « compliquée ».
La guitare acoustique constitue l’instrument de prédilection du folk, or le folk – ou la folk, tout ça m’est bien égal – constitue l’un des genres musicaux les plus inintéressants du vingtième siècle. Et désormais du vingt et unième siècle, la faute à une palanquée de chanteurs d’âneries confondantes de morosité qu’il est d’usage de considérer comme « sensibles » (le métal symphonique instrumental constitue également un genre musical atroce, mais comme il n’a aucun rapport avec Hüsker Dü, je ne m’étendrai pas sur ses méfaits).
La plupart des artistes fondant leurs mélodies sur des guitares non branchées me font peur aux oreilles. La hantise de l’ennui. Je suppose que ce comportement peu rationnel est dû aux trop longues soirées passées à essayer de comprendre l’intérêt de Bob Dylan lors de traditionnelles prises d’otages folk organisées par des amis cultivés et sensibles, donc fascinés par l’art désormais fondateur du ménestrel folk qui nous a valu tous ces machins lo-fi enregistrés avec les pieds et ayant pour vocation d’ouvrir les consciences des étudiants en école de commerce trop calmes pour écouter du hardcore punk.
MAIS CE N’EST PAS LE PROPOS.
Enfin si, c’est un peu le propos tout de même puisque Hüsker Dü est censé avoir posé les bases du hardcore punk tout en ayant eu l’intelligence – ou la sensibilité, tout ça m’est bien égal – d’enregistrer l’un des trop rares morceaux acoustiques non ennuyeux. En l’occurrence « Never Talking To You Again ».
« Never Talking to you again » est une excellente chanson acoustique non ennuyeuse déroulant une mélopée implacable sur laquelle la voix plaintive de Grant Hart, batteur du trio, apostrophe un(e) ex ami(e) pour lui signifier avec fermeté qu’il ne lui adressera plus la parole, parce que ça va bien comme ça. C’est une très bonne idée de sujet pour un morceau acoustique puisque ça ne dénonce rien (les folk songs qui dénoncent sont évidemment les pires, puisque les paroles en sont importantes). Les choeurs ne sont pas au cordeau et il semblerait que la rythmique des guitares ne soit pas toujours impeccable, ce qui donne à la chanson un aspect légèrement cabossé qui lui va très bien. En fait, on jurerait que le groupe a enregistré« Never Talking to You Again » comme s’il enregistrait l’une de ses meilleures cavalcades punkoïdes. Ils ont simplement délaissé la section rythmique et négligé de brancher les guitares. Du coup, forcément, le bazar est expédié en moins de deux minutes. Heureusement, Hüsker Dücompose de bonnes chansons, ce qui nous épargne l’écoute d’un morceau de punk acoustique aussi expérimental que mal foutu.
Je sais que, dans le cadre de cette série Bob Mould, il peut sembler incongru d’avoir choisi, parmi tous les morceaux composés par Bob Mould, un morceau composé et chanté par Grant Hart, l’autre moitié pensante de Hüsker Dü. Je sais. CECI DIT, même si je n’en ai pas la certitude absolue, je suis convaincu que Bob Mould jouait de la guitare sur ce morceau. Ou faisait les choeurs. Et à supposer que Bob Mould ne faisait rien de tout ça, je suis certain qu’il a validé ce morceau. Et même s’il n’a pas validé ce morceau, il a accepté qu’il figure sur l’album, et il a peut être même donné son avis d’une façon ou d’une autre, à moins que Bob Mouldn’ait jamais écouté Zen Arcadepassés les deux premiers morceaux, ce qui me semblerait pour le moins surprenant de la part d’un artiste de cette envergure.
Quoi qu’il en soit, « Never Talking to You Again » ne dure qu’une minute quarante. Soit 100 secondes. C’est très peu, loin d’être assez pour un pensum, et c’est très bien comme ça. C’est même exactement pour cette raison que l’oeuvre acoustique d’Hüsker Dü s’avère épatante à l’écoute : on n’a pas le temps de s’y ennuyer. La plupart des groupes qui souhaitent inclure un morceau acoustique sur un album finissent par accoucher de ce que l’on a coutume de nommer poliment une « ballade » mais que la plupart des amateurs connaissent sous le terme de « morceau chiant de fin de face ». Lorsque il est placé dans le contexte d’un double album concept, la probabilité pour qu’un morceau acoustique constitue une interminable ballade de remplissage est d’environ 98,7 %. On mesure à la lecture de cette statistique l’exploit que représente « Never Talking To You Again ».
« Never Talking to You Again » constitue le troisième titre de Zen Arcade, double album concept d’Hüsker Dü dont la principale qualité, outre son caractère inusable, s’avère de n’avoir pas du tout l’air d’un double album concept, puisqu’on ne s’y ennuie jamais, malgré les 23 titres composant le tracklisting. A condition d’apprécier le hardcore punk mélodique des origines, cela va de soit.
La pochette de Zen Arcade n’est pas défendable : c’est une sorte de photo des trois membres du groupe posant mains dans les poches dans une casse automobile, le tout colorié aux crayolas. C’est suffisamment laid pour être raté et ça ne donne pas du tout envie d’écouter l’album (qui voudrait s’atteler à la découverte d’un double album concept dont la pochette semble avoir été dessinée par l’un de ces lycéens griffonnant leur mal être sur leur cahier de texte entre deux équations du second degré ?). C’est précisément l’une des caractéristiques fascinantes d’Hüsker Dü : une esthétique merdique qui n’affecte en rien les immenses qualités de leur musique.
Les photos d’époque parlent d’elles – mêmes : Hüsker Dü composait de sacrées bonnes chansons mais il est avéré que ses membres se moquaient totalement de leur apparence. C’est pourquoi Hüsker Dü se situe à l’exact opposé des demeurés de Mötley Crüe sur le spectre du rock distordu, et ce malgré l’usage du double umlaut, commun aux deux formations.
De fait, les membres d’Hüsker Dü ont plus l’apparence de chauffagistes ordinaires que de rock stars inadaptées. D’un point de vue strictement physique, il peut être admis qu’Hüsker Dü n’avait aucun intérêt.
Plus problématique : lors de la sortie de Zen Arcade, la moustache de Greg Norton, bassiste d’Hüsker Dü, rappelle sans équivoque les attributs pileux de Paul Rutherford, le danseur inutile de Frankie Goes To Hollywood, au moment même où Frankie se trouve aux sommets des charts anglais. Malaise.
Ce qui nous amène à préciser que Zen Arcade est sorti en 1984, soit durant l’année de parution du « Wake Me Up Before You Gogo » de Wham, du« Look That Kills » de Mötley Crüe, et du fameux single du collectif Band Aid, « Don’t They Know It’s Christmas? « .
Pendant que Hüsker Dü enregistrait « Never Talking To You Again », Van Halen enregistrait « Jump ». Van Halen m’a dégouté des pantalons à poutre apparente, Hüsker Dü m’a réconcilié avec les chansons acoustiques.
Toots & The Maytals : “Funky Kingston”
S’il était question d’établir un Top 5 des courant musicaux les plus pénibles, je ne sais pas pour vous mais de mon coté ça donnerait ça, à peu près :
1) RnB radiophonique prépubère, évidemment.
2) Eurodance – notamment italienne – 90′s (c’est pas la peine d’appeler ça “italo-disco” pour faire passer la pilule)
3) No Wave new yorkaise early 80′s (une vraie saloperie, ça)
4) Reggae
5) Zouk Love
En 4ème position, le reggae, donc.
Pas vraiment original, notez. Prenez 10 personnes au hasard et lancez un machin off beat (le fameux rythme en contretemps, vous voyez ?) jamaïcain tout mou et vous trouvez toujours un honnête homme, pas méchant pour un sou, pour lâcher un « On s ‘emmerde là, non ? T’as pas autre chose ?«
Si, j’ai autre chose. Et tant mieux, parce que le reggae c’est tout de même souvent ça. Ne nous mentons pas.
Heureusement, il y a Toots & the Maytals.
Ce valeureux Toots Hibbert est d’ailleurs, accrochez vous, quasi officiellement crédité comme inventeur du terme « reggay » fin sixties. Carrémment.
Comme Toots a fait ses gammes dans le rock steady des débuts et a oublié d’être chiant, il pratique depuis, pfiouuu fort longtemps, un « reggay » donc, résolument enthousiaste, à vocation patatisante, même si les paroles balançent plus qu’à leur tour (voir l’excellent « 54-46 was my number », par exemple). Une sorte de James Brown jamaicain en mieux, si vous voulez.
Parce que Toots c’est pas pareil. Chez lui, les volutes ne générent guère cette apathie démobilisatrice qui nous a valu, par paquet de douze, de longues séries d’affreusetés vaguement ondulatoires façon Marley et suiveurs (il avait l’air sympatique, cet homme, mais Dieu qu’il a commis d’excécrables chansons, excepté la très jolie « Redemption Song », appréciable à condition d’aimer la paix dans le monde et toutes ces sortes de choses, bien entendu).
Toots Hibbert a la voix déraillante et survoltée de ceux qui ont abusé de toutes sortes de choses limite légales. Résultat :« Funky Kingston », l’album sorti en 1973, ce qui ne nous rajeunit pas, nous offre un Toots au mieux de sa forme, balançant du off beat à qui mieux mieux avec l’énergie soul possédée d’un James Brown au bord de l’extinction de voix. Rien que ça.
Mais venons en à ce « Funky Kingston », morceau tiré de l’album éponyme et idéale bande son de départ en vacances. Cinq minutes impeccables, roots et fiévreuses, loin, très loin, des idioties interminables que d’aucuns appellent « reggae ».
Attention, « Funky Kingston » C’EST du reggae.
Problème : Toots, comme les autres, a pati de la légende Bob Marley (amusant comme tous les styles ont leurs martyrs, qui, à vrai dire, se posent là comme des arbres cachant une forêt de perles, métaphore sans aucun sens mais tout de même : Lennon, Cobain, Hendrix, Tupac, et désormais Jackson pour la fonk… ces gens là n’étaient pas des saints mais les ailes qu’ils n’ont pas font de l’ombre à tout le monde).
Personne ne pourra jamais avancer « On s’emmerde là, non ? » à l’écoute du bidule. Impossible : la voix éraillée limite brisée, à bout de souffle, enflammée, du Toots vous emmène là où tous les hurleurs souls veulent vous faire aller. Tout ça respire l’énergie positive, le fun, la ferveur et surtout, surtout, ça vous fait bouger de là à là.
C’est peu pratique pour faire une valise et on prend le risque d’oublier des choses essentielles mais qu’importe. « Funky Kingston », Bande son idéale pour partir au soleil.
The Kinks : “Sunny Afternoon”
Ma petite soeur préférée me demandait hier soir, avec le sens de l’à -propos qui la caractérise : » C’est quoi la playlist d’un dimanche matin zen et ensoleillé ?«
Sof, j’ai une réponse, mais figures toi que parfois, les Beatles font chier.
Attention, vous écoutez « Rubber Soul », « Revolver », « Sgt Pepper » ou même le White Album et vous ne trouvez rien à jeter (à part « Obladi-Oblada« , ce caca que l’on jurerait composée par Carlos Dolto).
Non, les Beatles font chier car ils ont éclipsé une bonne partie des merveilles sorties durant les mid sixties. (demandez aux Zombies ce qu’ils pensent du sort de leur somptueux « Odessey & Oracle« , passé dans la cuvette des toilettes de l’histoire malgré une palanquée de titres impeccables qui remettent les pendules à l’heure durant tout l’album).
Par exemple, prenons « Sunny Afternoon« , des Kinks.
Voilà une sublime chanson de dimanche matin zen et ensoleillé.
Il y est question de lézarder au soleil, d’oublier, de souffler enfin. Bref, de se faire, passez moi l’expression, lâcher la grappe, pour mieux profiter d’un joli dimanche d’été.
Je cite le refrain, pour que ce soit bien clair :
» … And I love to live so pleasantly.
Live this life of luxury,
Lazin’on a sunny afternoon
in the summertime…«
Si c’est pas une chanson chaise longue idéale ça, une ode à la flemme, une bande son de glandouille assumée.
Vous écoutez ça et vous pouvez vous entendre bronzer. Dans le genre vous ne trouverez pas mieux que » I’m only sleeping » des Beatles.
Chose amusante, le clip des Kinks, facétieux, les montre en pleine neige. Ha l’humour anglais, C’est comme les paroles des Beatl… Non rien.
Des Kinks, la plupart des êtres humains vous citeront « You really got me« . Un belle tuerie, soit. Mais c’est vite oublier que Ray Davies a par la suite composé des choses proprement insensées comme ce truc imparable, « Sunny Afternoon« , qui vous oblige littéralement à ne pas décoller de votre transat tout en convoquant, dans des arrangements extra terrestres, une voix impeccable, une composition parfaite et même des clarinettes à la limite du ragtime laidback.
Bref, « Sunny Afternoon » c’est beau.
Il était capable de ça Ray Davis, avant de faire de la merde comme tout le monde sauf Michael Jackson, à l’orée des années 80 (tiens, encore un qui aurait dû mourir plus tôt).
Le problème, c’est que « Sunny Afternoon » (qui a tapé, tout de même, le N°1 des charts anglais pendant 15 jours) est sorti en juin 66.
Pîle entre le single « Paperback Writer« , des… Beatles (loin d’être leur meilleur truc, mais tout de même premier partout d’emblée), sorti début juin, et la fameuse déclaration de Lennon à propos de comme quoi les … Beatles (et merde) seraient plus célèbres que le Christ et tout ça, qui a fait des histoires et énervé tout le monde aux USA, début juillet 66 (‘faut reconnaître que c’était pas malin malin, non plus)
Paf, oublié, le « Sunny Afternoon« , chanson sidérante de beauté, et qui rendrait zen un Hell’s Angel bourré. (quoique, alcool + soleil, pas bon ça).
Il en a fait d’autres par la suite, des merveilles, à l’époque, Ray Davies. Plein.
Je vous laisse deviner par qui elles ont été écrasées.
Parfois, les Beatles font chier, tout de même.
Néanmoins, écouter « Sunny Afternoon » un dimanche matin ensoleillé, c’est se préparer à ne rien faire avec allégresse et élégance. Personnellement, je n’en demande pas plus.
(« Sunny Afternoon » fonctionne également sur la plage)
Les Thugs : “Dead Dreams”
Pensez « Chanson adolescente avec de la rébellion dedans », et que vous vient-il à l’esprit ? Du « fuck you », du « motherfucker », du « life equals shit », voire du « I hate myself & I wanna die », ce genre …
Des choses écoutées pour faire chier les parents, quoi (et c’est bien légitime, jeune).
J’en étais où ?
Ha oui : des choses écoutées pour faire chier les parents, quoi (et c’est bien légitime, jeune).
Trop Facile.
Il y a bien le « Killing in the name » de Rage Against The Machine et son désormais fameux » Fuck you I won’t do what you tell me ! » scandé pendant le dernier tiers du morceau. Oui, ça marche.
Il y a bien le « Territorial Pissing » de Nirvana, brûlot punkoïde coincé sur un « Nevermind » un poil surproduit. Oui, c’est efficace et ça envoie chier la terre entière. Bon.
Plus proche de nous, on trouvera une flopée de machins Marilyn Manson (« The Beautifull People », « Hate Anthem », etc…). Oui, mais c’est tout de même un peu béta.
Et pourquoi pas Slipknot ?
Parce que j’y comprends rien.
On ne va pas se mentir, j’ai 37 ans, donc j’avais 17 ans en 1989. Comme ça tombe bien, c’est pîle l’année de sortie du mini LP « Electric troubles » des Thugs. Comme je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, comme on dit en Arménie (quoique, si ça se trouve, en Arménie, ils ne disent pas ça, en fait, si ça se trouve il y a des arméniens qui ne sont PAS Charles Aznavour). Comme je vous parle d’un temps d’il y a pas mal de temps, donc, il n’est pas inutile de resituer l’action : Les Thugs sont le plus grand groupe mythique français du monde. Voilà, c’est dit. Et « Electric troubles » une claque absolue. 2ème LP du groupe (la production du premier était approximative, tout de même) et authentique chef d’oeuvre tout en binaire / mur du son. La chose s’ouvre sur « Dead Dreams » : une minute de réels chants tribaux au son dégueulasse mais qui vous mettent dans l’ambiance : ça va chier.
Et effectivement.
« Dead Dreams », c’est une cavalcade de 2 minutes 30 comme seuls les Thugs savaient les pondre : boum dans ta face, 4 accords, merci, bonsoir. Mur de guitares et pas de répit. Sans violence et sans haine. C’est la beauté du geste. Les Thugs n’étaient jamais violents et toujours énervés. Miracle, en somme, qui leur vaut encore aujourd’hui le statut envié de meilleur groupe punk français mythique du monde. Ne nous y trompons pas, ces gens là étaient salués par les critiques US et signés sur Sub Pop, rien que ça.
Le tout « sans crête et sans pose » (salut Stéphane ! ).
Les Thugs venaient d’Angers. Comprendre la ville française la moins punk du monde avec Compiègne. Je le sais, j’en viens aussi. (d’Angers, pas de Compiègne, j’ai ma dignité). A 17 ans, à Angers, je peux vous le dire, vous n’avez rien à faire. Comme dans toutes les villes de province qui ne sont pas Rennes ou Marseille.
A part écouter « Dead Dreams » en boucle. a part aller voir les Thugs en live, et constater le boucan, l’énergie, la ferveur. La baffe. A part monter un groupe pour essayer de faire pareil ou presque. De quoi forger durablement vos goûts musicaux à base de poum tchack à guitares.
Ces gens là ont changé ma vie. Carrément (et pourri mes premières enceintes comme les oreilles de mes parents, accessoirement). Et tout ça sans violence et sans haine. A l’énergie.
J’ai écouté « Dead Dreams » des centaines de fois, au bas mot. Je l’écoute encore, parfois. Et devinez quoi ? Dès que ça part, j’ai encore envie de dire merde à tout le monde en général et à mes parents en particulier (c’est rien contre toi maman, c’est juste pour expliquer). 20 ans après. Oui, j’ai l’air con, et alors ? Je vous emmerde moi (tiens ça marche encore !).
Un grand merci messieurs, et respects éternels au passage, pour tout et pour le reste.
PS : ça n’a rien à voir mais les Thugs ont vécu de leur musique durant toute leur carrière (de leur lives principalement, en refusant systématiquement toute signature sur une major). Ils éditaient leurs albums sur leur label, Black & Noir (salut Stéphane !) à un prix tel qu’on se demande quelle était la marge appliquée. Si les Thugs avaient pu proposer leurs morceaux en libre téléchargement gratuit, je n’aurais pas été autrement étonné.
Je dis ça, je dis rien.
Lee Hazlewood & Nancy Sinatra : “Summerwine”
Lee Hazlewood avait une moustache et un nom imprononçable, ce qui constitue deux bonnes raisons de ne pas s’en souvenir.
Sauf que Lee Hazlewood composait de grandes chansons. » These boots are made for walking », pour situer. Mais Lee a écrit des tas d’autres choses plus confidentielles et hautement recommandables. Evidemment il les filait à Nancy Sinatra, qu’il a bien connue bibliquement.
C’est humain.
Parfois, cependant, il en gardait pour lui, ou les chantait lui même, ou en duo avec Nancy Sinatra (qu’il connaissait par ailleurs bibliquement). C’est le cas de ce superbe « Summerwine ». Il faut reconnaître que Lee, outre ses évidents talents de compositeur / arrangeur / faiseur de chansons (qui a dit Gainsbourg ?) était doté d’un organe vocal du plus bel effet, entre Barry White et John Spencer, pour vous donner une idée. Oui, c’est la classe et ça fait vibrer le bas ventre. D’où ce « Summerwine », parfaite chanson à faire écouter aux pâles heures à la proie sexuelosentimentale de votre choix. Je vous ai rien dit hein, mais le dialogue entre Lee et Nancy est l’équivalent musical d’un cocktail gingembre / viagra. Et tout ça avec l’air de ne pas y toucher (ce qui ne saurait tarder, de toute façon, hahaha).
Certains malheureux croient encore que le sale et humide » Love to love you baby « , giclé par Donna Summer, avec ses feulements orgasmique pas suggestifs du tout, explicites que c’en est génant, et tout le bataclan ambiance coït, produira toujours son petit effet à condition de le placer au bon moment (trop tôt, c’est un poil malvenu et ça peut heurter) . Bon, ils n’ont pas tort. Mais le procédé est outrancier et nettement moins classe que le « Summerwine » de Lee Hazlewood. La différene est la même que celle que vous trouverez entre un porno gonzo californien style « Dirty Debutantes 17″ et un recueil de photographies du Richard Kern des débuts, en termes d’émoustillage à vocation amoureuse.
« Summerwine » : Il y a dans cette chanson de la testostérone (sa voix, bordel, sa voix), de l’élégance (sa voix, enfin, sa voix), des promesses de douceur et d’abandon, et la certitude que c’est toujours la fille qui gagne à la fin. Si avec ça, deux êtres humais sexuellement compatibles restent chacun de leur coté du canapé trois places, je me fais moine.
D’ailleurs, « Summerwine » constituait la chanson idéale sur MON canapé à moi avant que je ne me tire une balle dans le pied en la citant.
Sunshiners : “Back in Black”
Dès les premiers accords de ukulélé (!), cette reprise de l’immense « Back in Black » d’AC/DC me donne immanquablement envie de dorer nu dans une crique isolée, ou de dorer pas nu au soleil d’une terrasse pas isolée. Bref, il fait beau dans ma tête, il fait beau dans mon coeur, comme qui dirait. Pour vous donner une idée de la force de persuasion de la chose, ma fille (3 ans et demi au compteur) shake systématiquement son booty au son du bidule en environ 4 secondes (EDIT : ma fille a désormais 6 ans, et shake son booty à peu près en permanence, cet exemple a donc perdu sa force de démonstration, mais vous voyez l’idée).
Les Sunshiners viennent de l’archipel de Vanuatu, en plein coeur du pacifique. Plus perdu que ça je vois pas. Une belle histoire puisque les brillants garçons, repérés par deux ex Mister Gang (pour ceux qui connaissent, et ils ont bien raison), vont enregistrer deux albums de reprises quasi parfaits de grands standards eighties / rock. Mieux, ils vont les (re)interpréter avec brio alors même qu’ils ne connaissaient pas les originaux (juré, c’est un Mister Gang lui même qui me l’a confirmé, alors …). Le résultat est à l’avenant : paf une reprise impeccable, chaloupée comme il faut et gorgée de soleil comme pas deux de « Back in Black », le morceau le plus binaire du monde après Paranoid de Black Sabbath. Faire de cette chanson (impeccable d’emblée d’ailleurs) un truc qui vous met le sourire de là à là en moins de 30 secondes et vous donne envie de shaker votre booty en moins d’une minute, relève de la gageure, on en conviendra.
Ce truc est une perle.
Rare, la perle, car les Sunshiners restent encore trop confidentiels, eu égard à l’évidente qualité de leurs reprises, qui revisitent avec un immense talent des chansons parfois fort médiocres. Alors bon, le reggae n’est pas loin, les cuivres vous pêtent aux oreilles et le flow des chanteurs en remontre à beaucoup. La preuve ici : le Myspace des Sunshiners et sur l’Itunes store où vous pouvez acheter (hé oui) d’autres tueries sunshinisantes comme celles là (testez « Modern Love« , « In between Days » ou » Such a Shame » vous m’en direz des nouvelles), vous rendrez service à votre moral en berne.
Mais surtout, surtout, quand on écoute « Back in Black » par les Sunshiners, on entend les sourires.
Nine Inch Nails : “March of the Pigs”
Idéalement martial et schizophrene, « March of the Pigs » incarne à lui tout seul la raison d’être des amplis hifi de plus de 100 watts.
Alternant quelques trompeurs moments de douceur rassurant les oreilles situées à proximité indirecte de la source et, surtout, de brusques poussées de violence sonore, qui, à fort volume, pourront avoir raison des patiences les plus éprouvées, « March of the Pigs » constitue une authentique chanson d’aliénés apte à vous mettre à dos votre voisinage entier, pour peu que vous l’écoutiez TRES fort. Evidemment, ce morceau ne peut s’écouter que TRES fort. Pire, la chose n’a pas pris une ride, puisque c’est avant tout une excellente chanson.
Le clip est iconique dans le genre « Hop là, Vraie prise live où on fait les malins, tout à 11, sur fond blanc, je jette mon micro quand je veux et je vous emmerde … » (notez le moment où Trent Reznor part manifestement en vrille en faisant rien qu’à se jeter sur son guitariste de gauche avant de sauter sur place dans un mouvement des plus désordonnés, vers 1min 50…).
(EDIT : depuis, Trent Reznor est devenu assez gros, porte le smoking, s’est coupé les cheveux et laissé pousser les récompenses, le monde change…).
AC/DC : “Back in Black”
On me demande souvent « Olivier, toi qui t’y connais en riffs de guitare qui tâchent, tu écoutes quoi quand tu veux entendre un riff de guitare qui tâche ? »
Réponse : » Back in Black » d’AC / DC
On me demande souvent « Olivier, quand tu es plein de joie de vivre, que tout en toi fait youpla, tu écoutes quoi ? »
Réponse : » Back in Black » d’AC / DC
On me demande souvent « Olivier, quand tu as le moral dans les chaussettes, ce qui arrive à tout le monde, rassure toi, tu écoutes quoi ? »
Réponse : » Back in Black » d’AC / DC
On me demande souvent « Olivier, quand tu te sens d’humeur rageuse, grrrggrrrrr, pas content et tout ça, tu écoutes quoi ? »
Réponse : » Back in Black » d’AC / DC
On me demande souvent « Olivier, quand tu es plein d’entrain et que tu dis oui à la vie, tu écoutes quoi ? »
Réponse : » Back in Black » d’AC / DC
On me demande souvent « Olivier, toi qui aimes les machins qui font du boucan, tu écoutes quoi quand tu veux entendre un machin qui fait du boucan ? »
Réponse : » Back in Black » d’AC / DC
J’exagère, bien sûr, on me pose assez rarement ces questions. Mais SI on me les posait, je répondrai : « Back in Black » d’AC / DC
Alors bon, deux hypothèses :
1) Je suis complètement con et je n’écoute QUE « Back in Black » d’AC / DC.
2) « Back in Black » d’AC / DC constitue un morceau ultime, pour peu que vous ne soyez guère réfractaire au binaire à guitares.
Je choisis l’hypothèse 2. D’abord parce que j’ai ma fierté, et ensuite parce que oui, « Back in Black » d’AC / DC, est un morceau ultime comme il s’en pond environ un par décennie.
Mieux, la chose tient du miracle. Pensez : 1980, Bon Scott, chanteur historique d’AC/DC est décédé dans des circonstances pas obscures du tout (en l’occurrence comme un con dans son vomi suite à l’ingestion de plein de choses qui rendent nigaud, une belle mort rock historique, en somme) et Brian Johnson, vaguement roadie du groupe, il me semble, débarque au débotté pour le remplacer (Edit : Brian Johnson n’était pas du tout roadie, puisqu’il hurlait déjà dans un autre groupe lors de son audition, mais IL AVAIT L’AIR d’un roadie, ce qui revient à peu près au même) . Sachant que Bon Scott faisait partie des ces hurleurs mutants dont la voix fait vibrer de là à là, le pari n’était pas gagné, à tout le moins.
Miracle, l’album « Back in Black » est parfait. et la chanson titre, « Back in Black », donc, une sorte d’impeccable hymne au riff de type imparable. Bing. C’est gagné. Il y a de la magie (noire, of course) dans ce diamant en acier brut (si, ça existe, et merci de me laisser pondre des images qui n’ont aucun sens). Je dis « acier » car AC / DC ce n’est PAS du métal. Ha la la. Non, c’est du gros rock qui sent l’huile de vidange et la chaussette sale. Du « hard rock » si ça vous chante. Si quelqu’un vous dit un jour, lors d’une soirée bien arrosée : » Ha oui, AC / DC ? C’est du bon métal, ça ! », vous avez le droit de vous sentir autorisé à lui fracasser la gueule à coup de talon, en toute amitié, afin de lui rendre service en lui apprenant les bonnes manières, à ce gougnafier.
J’en étais où moi ? Ah oui, « Back in Black », chanson increvable.
Mine de rien, ce morceau va bientôt fêter ses 29 ans, ce qui ne nous rajeunit pas, et le truc n’a pas pris une ride. Dès l’intro, vos cheveux poussent de 3 à 4 centimètres (vérifiez).
« Back in Black » est une chanson increvable. La chose est dite.
Pourquoi ? La réponse est dans la question.
Mieux, la réponse est dans « Big Jack« , issu dur dernier opus en date d’ AC / DC, (groupe de rock, donc et non de « métal », hein…) et qui sonne comme un excellent morceau des Rolling Stones. Mieux, comme un PARFAIT morceau des Rolling Stones. Le genre de morceau qu’ils auraient du composer s’ils étaient encore vivants.
AC / DC (je passe sur la période 1982-2002, qui n’a rien vu de mémorable sortir de leur studio), c’est ça : des gars increvables (à part Bon Scott, qui l’avait un peu cherché quand même, soyons honnêtes) qui font des chansons increvables. Ni plus, ni moins.
Taxi Girl : “Paris”
Le talk over vacillant de Daniel Darc, sur le beat de synthèse de ce bidule qui se danse en regardant ses pieds, me laisse à chaque écoute un goût amer dans les oreilles, pour peu que ce soit possible d’avoir un goût amer dans les oreilles.
Quand j’ai découvert « Paris », je n’y habitais pas encore, j’avais 17 ans. On avait vite fait d’imaginer des rues pleines de punks qui avaient oublié de décéder, cherchant quelques grammes de finesse à s’envoyer, histoire d’échapper un instant à ce monde de brutes qu’étaient devenues leurs 80′s après la fête.
Marrant, comme le mythe de l’âge merdique est plus crédible que celui de l’âge d’or.
En attendant, Daniel Darc, vouté comme c’est pas permis et doté désormais d’un gros défaut de prononciation (ambiance purée dans la bouche, ce genre) n’est pas décédé, ce qui le fait entrer, de justesse parce qu’il est tout de même bien abimé, au panthéon des mutants autrefois toxiques mais vivants (Iggy Pop, Lemmy, et toute la clique… euh, non ça fait pas tant que ça en fait).
« Paris », donc, polaroid d’une époque en polyester fondu. La fête était finie. Le Palace n’était plus ce lieu de culture branchouille mélangeant punks, aristos, jet setters, peoples et disco queens. Pacadis était décédé comme il avait vécu. N’importe comment. et tout ça sentait le lendemain de cuite. Pire, les substances hier tendances (« wow, trop cool ton speedball ») montraient leur vrai visage en pourissant allègrement la vie des branchés parisiens d’alors, devenus junkies à la loose.
Bobby Darin : “Not For Me”
A la question : ” Tu fais quoi ce soir ?” Rares sont les individus qui, spontanément, vous répondent :
” Ce soir, je m’apitoie sur mon sort, je me suis prévu une bière pour pleurer dedans”.
Et pour cause : s’apitoyer sur son sort n’est socialement guère considéré, hormis dans certains cercles gothico-romantiques où il est de bon ton de se lire des extraits des Fleurs du Mal en s’envoyant des larmes de crocodile à la gueule dans le cadre de concours de mal de vivre généralement remportés par le plus pâle des participants, qui se voit remettre, à l’issue de la lacrymale compétition, l’intégrale des Sisters of Mercy pour la peine, c’est le cas de le dire, haha. Bien. Oublions ces sottises.
Quitte à s’apitoyer sur son sort, autant le faire avec élégance. Et “élégance”, c’est l’un des mots qui vient lorsque l’on évoque Bobby Darin. Chanteur semi crooner brillant à l’âge du rock et du roll huileux, acteur de talent trop frêle pour jouer les jeunes premiers, Bobby Darin avait l’élégance discrète du Vespa garé au milieu d’un cortège de Harley Davidson.
“Not For Me” constitue l’un des plus beaux morceaux de Bobby Darin, et l’un des moins connus, résumant en deux minutes et vingt secondes la vie de celui qui aurait pu devenir un Paul Anka, un Dean Martin ou n’importe quel autre pensionnaire roucoulant de Las Vegas.
“Not For Me”, bande son idéale pour s’apitoyer sur son sort avec élégance ?
Elégance n’est pas le mot qui convient mais c’est le premier qui vient à l’esprit, comme dirait Chuck Palahniuk. C’est que la chose, sorte d’anti-gospel damné, joyau d’amertume ciselé par l’invraisemblable production de Jack Nitzche, suinte le mal être avec plus de classe que n’en aura jamais la discographie complète de Vincent Delerm.
Dans “Not for Me”, il est question de regarder le bonheur passer en comprenant que vous n’y aurez jamais droit. Un bijou empoisonné, tout en cordes et en réverbérations, où perce la voix, puissante et fragile, d’un Bobby Darin chantant comme un homme ayant réalisé qu’il était voué au purgatoire.
On a connu plus cocasse.
Certes mais le moins que l’on puisse dire, c’est que, quoique non gothico-romantique, Bobby Darin n’a pas eu de bol. Pour commencer, Bobby Darin est le fils de sa soeur ainée. Disons qu’on a appris au petit Bobby, à sa majorité, que sa soeur Nina était en fait sa mère et que son père, pfiouuu, voilà voilà voilà tu reprendras du thé ?
Enfin tant qu’on a la santé.
Le problème, c’est que la santé, le petit Bobby il ne l’a pas non plus, rapport à une insuffisance cardiaque des plus facétieuses puisqu’elle le fera décéder à 37 ans, un âge largement inférieur à l’espérance de vie moyenne, même chez les rock stars. D’autant que Bobby Darin n’était même pas une rock star.
Le “Not For Me” de Bobby Darin, c’est le Vespa de la Dolce Vita qui s’empale contre un arbre au détour d’un virage, laissant son conducteur, brisé mais bien vivant, appeler au secours dans le vide.
“Personne” n’est pas le premier mot qui vient à l’esprit mais c’est celui qui convient.
(Eternelle gratitude à Georgina T. sans qui je n’aurais jamais connu l’impeccable “Not For Me”…)
Le “Not For Me” de Bobby Darin n’est pas tout simple à dénicher. On ne saurait que conseiller à l’amateur de se jeter sur l’essentielle compilation : “The Jack Nitzsche Story - Hearing is Believing: 1962 - 1979 », comprenant les meilleurs travaux de Jack Nitzsche, le producteur fou, dont … “Not For Me”.
Bon, moi la moto, c’est moyen mon truc.
Mais si c’était mon truc, la moto, je traverserai les grandes étendues sauvages où l’homme se souvient qu’il est libre au son de « Free Bird », comme tout le monde.
« Cause i’m free as a bird now, and this bird you can not change… », comme qui dirait. Le bidule, d’anthologie, fait ses 9 minutes 7 secondes et contient quelques instants de bravoure qui lui ouvrent les portes du club très fermé des morceaux inreprenables (on pense ici au solo : 4 minutes de pur génie guitaristique nécessitant au moins une main dotée de 7 doigts pour être reproduit). “Free Bird” commence comme une jolie ballade sudiste un peu chiante apte à faire chialer un Hell’s dans sa biere et puis… 4:39 : ça décolle pour ne jamais atterrir (comme certains membres du groupe, d’ailleurs, bêtement décédés dans un accident d’avion en 1977).
A partir de ce moment, la chose devient culte (donc détestée par certains et adulée par d’autres, dont votre serviteur) (et accessoirement un parfait morceau à air guitar, pour les amateurs). “Freebird”, c’est le morceau de rock sudiste ultime. (bon, je ne compte pas “Fortunate Son”, de Creedence, qui est le morceau de rock sudiste ultime aussi)
L’envolée finale (illustrée par le solo surhumain, donc) survoltée comme il faut, conviendrait parfaitement à un emplafonnage de platane (bien qu’il n’y ait guère de platanes dans les grandes étendues sauvages où l’homme se souvient qu’il est libre).
PS : en parlant de ça, Rob Zombie (qui ressemble beaucoup au batteur de Lynyrd Skynyrd, à propos), a utilisé avec un certain génie “Freebird” lors de la scène finale du culte ” The Devil’s Reject”. Résultat apocalyptique garanti.
Le cœur qui fait youpla, le ventre qui fait boing de là à là, et les jambes qui cotonnisent de concert.
Oui, l’amour, c’est épatant.
« Shout » fait partie de ces chansons qui vous persuadent que tout va bien, et que tout va aller encore mieux. « Shout » garantit également les retours d’affections, la conjuration du mauvais œil, et la séduction de l’être aimé en moins d’une semaine.
Les Isley Brothers, à l’époque, n’étaient pas très beaux (après non plus mais la coupe Afro arrangeait les choses). Seulement “Shout” C’était en 1959 et beaux ou pas, on s’en tape, si vous me pardonnez l’expression. Oui, ce morceau à 50 ans et une puissance de feu (cette voix !) qui, en Delerm (l’unité de mesure de la chanson française), équivaut à environ 19 766 252 (de tête).
Ca calme.
Bref, l’amour, c’est épatant.
Turn based online multiplayer Races. Perfect fit when you don’t have any time for any multiplayer time consuming app.
Spider-Man : Shattered Dimensions Action (Xbox 360 / PS3)
Spectacular action & amazing artwork. Pages are going live & True Believer goes psycho. Arachnorgasmic experience. Nuff’ said.
Action / adventure (Xbox Live Arcade) : astonishing redux of a masterpiece by Michel Ancel.
Ultimate Cute.
Critique publiée sur Playlist Society (play me sexy)
Au regard des autres formes narratives, le jeu vidéo fait figure d’adolescent. Surdoué certes, mais adolescent tout de même.
La force d’immersion dont fait preuve Dead Space 2 constitue donc une terrifiante surprise.
Attention, Dead Space 2, suite du déjà fort réussi Dead Space (2008) et sorte d’Actioner / Survival Horror / Third Person Shooter, puisqu’il lui faut une case, vaut son pesant d’emprunts à peine déguisés.
Le jeu vidéo est un adolescent sous influences.
Résumons : dans une lointain futur mais pas trop, il s’agit d’incarner Isaac Clarke. Ingénieur sur l’USG Ishimura, un vaisseau qui n’est pas sans évoquer le Nostromo d’Alien. Isaac a passé l’essentiel de Dead Space premier volet a démembrer du Nécromorph (comprenez du cadavre mutant belliqueux) dans des couloirs sombres aux murs ensanglantés avant de sauver l’univers d’un monolithe extra terrestre très inquiétant qui n’est pas sans évoquer celui de Kubrick en plus laid. Le tout au son d’une comptine lancinante qui n’est pas sans évoquer le cinéma de David Lynch.
Les Necromorph de Dead Space constituaient un mix des zombies de George Romero et de la créature parasite imaginée par Carpenter dans son remake de The Thing. La rythmique comme le gameplay s’inspiraient ouvertement de la série Resident Evil, maître étalon du Survival Horror.
Parlez d’influences.
Trois ans plus tard, Isaac Clarke, rendu plus ou moins cinglé par le premier opus, est gardé en observation psychiatrique sur la station Titan (que tout le monde appelle «The Sprawl» pour une raison qui m’échappe), quand soudain – tadaammm – tout recommence, et la folie se répand à nouveau : Nécromorphes partout / couloirs sombres / murs ensanglantés / sauver l’univers et tout ça.
Il s’agit de donner au joueur ce qu’il attend : de l’action, du gore, des monstres qui font sursauter et une prise en main aisée. Il s’agit de jouer en terrain connu. Pesanteurs inhérentes au modèle de la franchise à gros budget.
Le jeu vidéo est un adolescent qui ne voit guère plus loin que le bout de sa licence.
Blockbuster aux ambitions avouées, Dead Space 2 remplit le contrat. Techniquement irréprochable, doté d’un gameplay sans défauts et d’une durée de vie conséquente (compter une douzaine d’heures pour terminer la campagne solo)Dead Space 2 constitue un excellent divertissement d’action SF à l’atmosphère soignée, pour peu que l’on apprécie les démembrements de cadavres mutants réanimés. On recommandera donc aux coeurs les moins bien accrochés de se tenir à distance respectable. La chose s’avère assez dégueu, tout de même.
Mais le jeu vidéo est un adolescent bien né.
Moins contraint que le cinéma. Doté d’outils narratifs impensables sur support écrit. Le jeu, une fois respecté le cahier des charges AAA, peut s’offrir toutes les outrances scénaristiques. Comprenez les plus indigestes (ici insérez d’innombrables exemples) comme les plus raffinées. On pardonne encore bien souvent au jeu son indigence, en l’exonérant d’une lourde charge : raconter.
La liberté de ton du jeu réussi tend vers l’absolu. On tient déjà un bon divertissement. Restent les figures libres. Carte blanche est donnée, ou quasi : là où le cinéma dit «de genre» ne peut compter que sur sa capacité à capter l’audience sur la base de postulats simples, le jeu doit compter sur un gameplay captivant dès les premières minutes.
Avantageuse contrepartie: une fois le contrat rempli, Dead Space 2 s’offre le luxe de pouvoir conter.
Miracle : le jeu vidéo est un adolescent surdoué.
Dead Space 2, sous ses airs de train fantôme spatial abusant d’effets de manches efficaces mais aisés, pratique un audacieux entrisme psychologique en distillant chez le joueur malaise bien réel et terreur durable. En explorant The Sprawl, station dévastée, on visite des lieux de vie familiers désormais saccagés (l’école élémentaire, glaçante…). Le procédé est commode et redoutable, utilisé avec brio par les séries Fall Out et Bioshock, mais aussi par The Road, et The Walking Dead, brillant comic book auquel Dead Space 2 emprunte sa séquence d’ouverture.
L’ennemi est ici intérieur : la folie meurtrière, collective, qui mène à l’Apocalypse selon Isaac est bel et bien humaine. Et l’on songe aux réflexions de Stephen King, affirmant le récit d’horreur comme reflet des angoisses collectives au travers des thématiques abordées.
Pire – ou mieux, c’est selon : L’Eglise de l’Unitologie, fort crédible, fondée sur la foi en un humain créé par une entité extra-terrestre, joue un déterminant rôle dans l’apocalypse dont le joueur s’avère l’impuissant témoin. Là où un Bioshock abordait la critique du modèle politique et social, Dead Space 2 flirte avec la mise en cause de la religion en cristallisant de facto ses dérives fanatiques.
Encore pire ? D’accord. Isaac Clarke, protagoniste principal, ne fait pas que croiser la folie. Il l’incarne. En se payant le luxe de questionner sans équivoque la santé mentale de son héros, Dead Space 2 construit une profondeur narrative insoupçonnée, diffuse une peur viscérale et tutoie les sommets de trouille atteints par le Silent Hill de Konami en son temps.
Pour exemple, la bande-son – cruciale ici car ce qui ne se voit pas terrifie – malmène le cortex en permanence. Il faut entendre des voix féminines presque inconnues, chuchoter « Make us one », mantra oppressant, tandis que le joueur se demande si, après tout, ce qu’il voit est bien réel ou constitue le vénéneux fruit d’hallucinations démentes.
Oublions les quelques facilités embarrassantes auxquelles cède parfois Dead Space 2 (les climax et twists prévisibles, la voix d’Isaac, trop héroïque pour être honnête) pour n’en garder que l’essentiel : un remarquable voyage au plus profond de l’effroi.
Au détour d’un couloir, une demi-heure après le début du jeu, une laverie automatique. Des machines, hublots fermés. Juste assez grandes pour y enfermer un enfant. De l’une d’elles proviennent soubresauts et cris étouffés, à peine humains.
Le diable est dans le détail. La peur aussi.
Note : 8/10
Gainsbourg en studio / Londres / création d’Initials B.B.
Attention : comporte un miracle à 5:12.