Bonjour noble cyber-voyageur! Si tu as échoué dans cette guinguette, c'est que tu as dû te perdre sur les chemins de l'information. Car ici, il n'y a qu'un bar vieillot au milieu du désert et des vautours. Prends donc un petit verre et fait une pause régénératrice, tu auras grand besoin de toutes tes forces pour rejoindre le monde civilisé.
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L’histoire est connue. Une jeune américaine triste, esseulée, livide, sans confiance en elle, se retrouve perdue dans le fin fond de l’Amérique, dans un village oublié du monde. Là, elle tombe sur le mystérieux Edward, beau comme un prince, mais tout aussi blanc et dépressif qu’elle. Mais elle ignore qu’Edward cache un terrible secret, car quand la nuit tombe…
Voilà un remake de Roméo et Juliette à la sauce gothique praline. Avec dans le rôle de Roméo, un juvénile adolescent, à l’allure d’un vieil aristocrate Viennois. Tout en clichés, en scènes convenues, tout droit issus des délires imaginaires de midinettes naïves, le film n’innove que dans l’exagération totale des clichés. Ou comment faire croire aux jeunes filles non populaires, exclues du groupe des pom-poms girls, isolées par la pression sociale qu’un vampire charmant, tendre, affectueux et compréhensif les attend patiemment, pensant à elle.
Twilight, sous ses allures innocentes, sous-tend un moralisme mormon. Malgré toute sa gentillesse, Edward, peine à retenir ses instincts meurtriers. Au simple toucher sensuel de sa belle Bella, il risque de se transformer en bête furieuse. Leur amour ne peut donc se situer que sur le plan platonique, dans une relation pure d’amour idéelle. Tout les actes sont sublimés intensément par Bella, qui dans ses souffrances, semble jouir de tout son corps exprimé. Autant dans les faits, ils essaient de s’éloigner de toute tentation sexuelle, autant le désir violent qui traverse tout le long du film ne semble parler que de ça.
En voyant toute la niaiserie fantasque, nous aurions presque envie que les vampires finissent par gagner. Et quand je dis vampire, je parle des vrais vampires, non « végétariens », les assassins sans scrupules aux dents aiguisés et tranchantes. Car de voir le navrant Edward, toujours obligé d’être dans la retenue, de résister à ses pulsions, de contenir son désir, cela nous frustrerait presque à force. Donnant envie d’un peu d’agressivité, d’une violence purificatrice, pour évacuer l’inhibition malsaine.
Vous l’aurez compris, ce film est dangereux, surtout pour les jeunes filles. Il les pousse à rester dans une illusion irréelle, d’un amour désexualisé, purement théorique. Et les éloigne passablement du contact avec une vision, certes un peu moins idéalisée, mais bien plus diverse, intense et profonde des relations humaines. Car l’idéalisme ne fait que miroiter d’élégantes bulles de savon qui éclatent dès que l’on essaie de les attraper.
Bien que je n’allais pas vraiment le voir avec un préavis positif, il aura encore eu le talent de me surprendre en mal. Et je sais qu’il ne faut pas tirer sur les ambulances, mais quelquefois, comme dirait certainement Edward en privé, tirer un bon coup ça fait du bien. 2/10
Le style est souvent confondu avec l’emphase, la préciosité, des phrases allongés et complexes qui n’en finissent jamais dans les détours artificiels d’élégants détails raffinés, perçu par les volitions subtiles et évanescentes des traits de caractères aiguisés des personnages gentilshommes emplis d’idéaux pures et de verbiages éloignés de toutes tentations de vulgarités plébéiennes. César, lui est plus direct. Il décrit simplement les choses telles qu’elles sont. Vite et efficace comme le général qu’il est, il évite les pourparlers trop longuets et va droit au but. Il a le style militaire.
Il fut un temps ou Rome était une grande et glorieuse république coloniale, étendant sa puissance tout autour du bassin méditerranéen. La république était riche et prospère et les romains auraient pu se contenter de leurs vastes territoires, mais personne n’arrête pas le désir de conquête de César. Les gaulois eux sont des multiples peuplades divisés. Certains comptent sur l’allié romain pour se protéger, d’autres sont près à préserver leur liberté coûte que coûte. César montre dans ce livre tout son génie de l’art militaire, usant de stratagèmes complexes pour parvenir à vaincre sans trop avoir à combattre.
Et à force que la guerre progresse, les gaulois voyant le péril latin ou César veut les entrainer se liguent, résistent et se fédèrent sous le commandement de Vercingétorix. Les camps se précisent doucement, la tension augmente. Le style très descriptif se charge de suspense. Et le langage devient la parole de l’histoire. A chaque mot, à chaque déplacement de troupes, le destin se dessine peu à peu. Et malgré que nous connaissions tous le fin mot de l’histoire, César parvient à nous faire douter. Il nous montre qu’entre lui et le Vercingétorix rien n’est jamais joué.
Nous avons ici plus qu’un simple compte rendu, la clarté du récit réussi à nous faire revivre l’action, nous plongeant au cœur des décisions décisives, dans les entrailles des stratégies guerrières. Plus qu’un récit historique ce livre est aussi un roman d’action. Plus qu’un roman d’action c’est aussi un récit historique. La propagande au sommet de son art ! Et en plus d’un talent de général, car il faut rendre à César ce qui est à César, il possède aussi une plume efficace et convaincante. 9/10
Avis de Vané Fillubie
Julien Sorel est un enfant des classes modestes, un fils de charpentier jurassien ; il est quelqu’un de peu, comme vous et moi. Mais il rêve de gloire, il se veut Napoléon, il veut conquérir Paris. Malheureusement, l’époque n’est plus aux grandes croisades révolutionnaires, nous sommes en pleine régénérescence ultramontaine, au retour des ducs et des archevêques, d’une société cloisonnée et rigide où l’ascension sociale est verrouillée. Julien Sorel est prêt à tout pour y arriver à son but, il devra donc devenir prêtre et feindre le moralisme, s’abandonner aux dames et feindre la passion, user de tout les calculs fourbes pour parvenir à ses fins.
Ce roman fait charnière ; son style très classique, aux longues phrases enluminées et alambiqués qui se tortillent allégrement autour de leur signification, s’oppose au fond très moderne, cynique, froid, calculateur, chacun cherchant à conserver mesquinement ses petits privilèges. Stendhal révélant fort bien, l’intérêt égoïste qui se cache derrière les actes d’apparence romantique des personnages. Cela reflète cette vaine régénérescence, où l’on veut remettre le roi, dieu et la morale au centre de la société, alors que plus personne n’y croit guère sincèrement. Nous obtenons donc une histoire à double entrée, avec un présent qui ne serait plus que la réunion du passé et du futur.
Mais la grandeur du bouquin se révèle sur la psychologie fine distillée, où il parvient à décrypter la pensée de chaque protagoniste sur un même acte différemment perçu. En ceci, il nous montre tout l’éloignement d’esprit, et l’incompréhension entre certains couples de héros qui se croient pourtant intimes et proches. De plus, certains sont tellement englués dans l’hypocrisie, qu’ils finissent par se persuader eux-mêmes de la bonté présumée de leurs actes. C’est donc une riche description des multiples tunnels de conscience dans lesquels s’engouffrent les personnages que nous offrent l’auteur. Et ce qui semble parfois être des communications profondes, ne sont que des effleurements des parois dédits tunnels, ou vice-versa.
Hélas, tout à ses défauts, et il ne serait guère honnête de les dissimuler sous prétexte de préserver l’honneur d’un classique, surtout les plus illustres. L’histoire semble parfois bégayer, répétant certaines intrigues quasi identiquement, sans faire avancer réellement le synopsis. Ainsi que certains moments forts du récit, trop à brûle-pourpoint, paraissent totalement capillo-tractés, invraisemblables et aux causes incertaines. Ils tombent du ciel à point nommé pour sortir l’auteur de l’impasse. A force d’avoir romancé autour de son fait divers, Stendhal nous montre que ledit fait divers dissone passablement avec le cours de son roman. Mais, au fond, la vraisemblance a-t-elle vraiment autant d’importance que l’on pourrait le croire dans l’art de fictionner ? 8/10
PS : l’image provient de l’excellente propagande sociale du site
http://editionsterrenoire.blogspot.com/2008/12/propagande-sociale-7.html
Encore une preuve que si les jolies filles en maillot de bain de l’UDC ne sont bonne qu’à buzzer, par contre, celles de ses socialistes-ci poussent aussi à un certain malaise et une réflexion sur les valeurs de promotion des sociétés, depuis Sorel à aujourd’hui.
Avis de Vané Fillubie
La Finlande n’est pas un vrai pays, c’est un morceau de paradis. Contrée du père noël et de l’état providence, elle est composée de gentils quartiers proprets riches et bien rangés et dirigée par des commissions citoyennes d’une probité sans faille. Enfin parait-il, car sous le vernis, la Finlande possède aussi ses clochards, ses drogués, ses terroristes fondamentalistes, ses alcooliques et ses suicidaires. Et pour ceux qui se retrouvent hors de la société, le sentiment d’exclusion et la dépression est d’autant plus grande que la société se veut parfaite. La Finlande est un paradis infernal.
Onni Rellonen, homme d’affaire finlandais s’en va se suicider. Ayant pesé calmement le pour et le contre, il cherche une grange isolée pour se tirer tranquillement une balle dans la tête, mais lorsqu’il trouve l’endroit idéal, une surprise l’attend. Le Colonel Kemppainen qui cherchait lui aussi à attenter à ses jours discrètement est déjà en train de se pendouiller à une corde accrochée à la charpente de la grange. Nos deux compères renoncent provisoirement à leur acte fatal et décide de s’associer pour créer une confrérie finlandaise des suicidaires, souhaitant organiser un immense suicide collectif afin de finir en beauté. L’histoire suit donc le voyage excentrique de tristes lurons dépressif à travers l’Europe, à la recherche du plus abrupte des précipices pour se foutre le tour en chœur.
Malheureusement, bien que le synopsis soit très attrayant, le style est assez plat, convenu et répétitif. Les rares tournures originales et bien senties sont répétés et usités jusqu’à l’usure totale, jusqu’à ce qu’elles perdent tout intérêt. Et les réflexions du narrateur sont empreintes d’un moralisme assez ennuyeux. Pour des suicidaires, ils restent très conventionnels et coincés, comme des finlandais ordinaires. Les multiples personnages n’ont d’ailleurs que peu de personnalité et de caractère, leur comportement grégaire semble plus résulter d’une paresse de l’écrivain que d’une véritable fouille psychologique. De plus, l’histoire est passablement rallongée artificiellement et n’évolue que très peu. Même l’humour noir du livre reste, malgré la force corrosive du sujet, très doux et gentil. J’ignore si l’auteur est surtout trop finlandais ou trop déprimé, mais cette œuvre est d’une fadeur des plus ennuyantes. 4/10
Avis de Vané Fillubie
Les séries télévisées sont devenues plus que de simples ersatz du cinéma. De par leur longueur narrative, elles permettent de développer les habitudes de vie humaines, de créer de nouvelle codifications des mœurs. Ainsi Dr House ou Breaking Bad nous offrent une nouvelle vision des comportements humains, modifiant ce que nous percevions comme bien ou mal, influençant parfois même notre manière de vivre. D’ailleurs, depuis Dr House, toute personne n’étant pas quelquefois hautaine, désagréable ou cynique nous apparait comme un être d’une naïveté enfantine quelque peu bizarre. Les séries ne devraient donc pas être jugées sur le simple critère esthétique, mais sur leur force d’édification morale. Car si la vie imite l’art, les modes de vie de l’humanité du futur risquent fort d’être composés des idées de scenarios d’aujourd’hui. Et Battlestar Galactica est l’exemple type de la grande fable morale, mêlant les grandes décisions mettant en jeu l’humanité, avec les petites de la vie de tous les jours.
L’histoire commence par une attaque surprise des cylons, robots humanoïdes créé par l’homme qui finirent par se révolter. Et au vue de la puissance très supérieure des machines, la race humaine frôle l’extinction, seule une infime part de survivants parviennent à échapper au massacre. Ainsi nous suivons l’exode forcé d’une humanité qui tente de survivre à travers l’espace infini. Et les dangers sont grands, car en plus d’être traquée inlassablement, tous les défauts et les faiblesses de la nature humaine risquent de mettre en péril cette survie. Et de plus, les cylons, dans leur sournoiserie calculée, ont fabriqué des robots d’apparence humaine afin d’avoir des agents doubles dissimulés dans la flotte humaine. Les cylons s’aidant des défauts humains les ont d’ailleurs créés d’allure extrêmement sexy.
S’ensuit donc un virevoltant théâtre politique, avec putsch, coup d’état, terrorisme, lutte des classes, populismes, torture, dictature, démocraties et états fantoches. Les diverses mesures radicales s’appuyant sur l’argument de sécurité de l’humanité, rappelant souvent les diverses lois d’exceptions de l’administration bush pour la sécurité nationales suite au 11 septembre. Battlestar Galactica permet ainsi de voir avec perspective ces évènements de l’histoire récente en évitant toute explication manichéiste. Et en plus des pouvoirs politiques et militaires, les pouvoirs scientifiques et religieux viennent encore complexifier les rapports de puissances entre les différentes parts de l’humanité. Avec tout le lot de problèmes éthiques que cela engendre.
La lutte contre l’ennemi cylon pose aussi quelques problèmes éthiques d’ailleurs. Les robots, ces « enfoirés de toasteurs » sont considérés comme le mal absolu, pour avoir commis le génocide de l’humanité. Ils sont donc traités comme des choses dangereuses à supprimer sans aucune pitié. Mais serions-nous vraiment coupable de mal agir, si nous avions été programmés ainsi ? Et l’humanité dans son désir de vengeance, ne finira-t-elle pas par devenir aussi calculatrice, cruelle et inhumaine que les robots qu’elle a créés ? Ou les cylons, à force de vouloir se camoufler au mieux parmi les humains ne finiront-ils pas par devenir plus moral que les humains ? Car comme le fait remarquer le commandant Adama lors du premier épisode :
- Quelqu’un s’est-il déjà demandé si l’humanité méritait vraiment de survivre ?
Chaque protagoniste se voit confronté à ces nombreux dilemmes, et tente d’y apporter des solutions, parfois fortement ingénieuses et honorables, parfois lâches et stupides, souvent le tout à la fois. Car voilà la force de Battlestar Galactica, nous montrer qu’entre être un héros et un salaud, ce n’est parfois qu’une question de point de vue. Et comme l’homme est capable du meilleur comme du pire, sa survie ne dépend parfois que de petits détails apparemment insignifiants. 8/10
Ce roman nous plonge dans un univers fort contrasté. Côté jour, la cour se veut exemple de haute vertu, d’élégance et de galanterie. Côté nuit, le libertinage, l’attrait du pouvoir et les manigances secrètes prévalent. De plus dans une société d’apparence patriarcale, les femmes, de part leurs facultés relationnelles, arrivent à dicter en sous-main non seulement la codification morale des passions (cartographie du tendre), mais aussi certaines décisions politiques internationales. Ainsi, une Stasi d’honorables demoiselles surveille les moindres indices pouvant trahir un comportement suspect, tel les lettres égarées ou la concordance chromatique des accoutrements. Pour survivre les protagonistes se voient contraints de dissimuler leurs relations graveleuses jusque dans les expressions du langage courant. Ceux qui ne se haïssent point s’arrangent par un effet du double langage pour se déclarer passions et désirs sous les mots les plus anodins et les plus convenables. Toute l’énergie sexuelle qui se déverse dans ces si simples allusions leur donne l’apparence de libellules survoltées, créant ainsi une forme d’érotisme extrêmement raffinée et hypocrite. Bien que la plupart des courtisans arrivent à concilier vices et vertus, la pauvre madame de Clèves en semble incapable. Toute la surcharge émotionnelle, la tension entre le respect envers son mari et l’amour porté à Monsieur de Nemours l’empêche d’affronter la situation qui lui permettrait d’évacuer une part de son désir. En feignant la maladie elle augmente encore la passion entre elle et le duc, se poussant dans un stoïcisme bouillonnant autodestructeur et poussant le duc dans un avilissant voyeurisme et un désespoir grandissant. Elle n’arrivera a contrôler ses envies qu’en se plongeant intégralement dans l’opium austère du christianisme sacrifiant sa vie à la perfection de la vertu.
La trame sentimentale de l’histoire préfigure ce que sera Atala de Chateaubriand. Un amour rendu impossible par la morale chrétienne suivi par un désespoir adouci grâce à la mystique chrétienne. Alors que l’ambiance sournoise de la cour rappelle plutôt la série littéraire et télévisuelle « Gossip Girl ». L’importance de l’apparence et des détails, les complots, les fausses amitiés, les conflits d’amour et d’intérêts des riches midinettes de l’Upper East Side semblent tout droit hérités des mœurs versaillaises. Ainsi les époques changent, mais les méthodes et les sujets persistent.
Le style reflète fortement les sophistications de l’histoire. Tout se dit sans y paraître vraiment. Avec de surcroît, la désuétude de certaines expressions, cela rend difficilement intelligible les ramifications compliquées de l’intrigue. La ribambelle de personnages n’arrangeant rien à l’affaire. Mais ces déguisements de la vérité apportent de la grâce aux lâchetés de Madame de Clèves et magnifie les vices de la cour en une orfèvrerie de réflexions et de passions. Les vils caprices des uns et des autres deviennent les engrenages nécessaires d’une esthétique horloge. Madame de Lafayette arrive aussi avec subtilité à s’identifier profondément aux personnages tout en gardant une distanciation ironique face à leurs hypocrisies, les rendants sympathiquement pitoyables.
Ce roman dévoile bien que malgré l’apparente frivolité du monde, l’angoisse et les peurs sont en chacun de nous. La condition humaine n’épargne personne et tous cherchent l’amour ou tout du moins l’attention des autres par milles preuves insuffisantes alors que nous sommes finalement toujours seul. Ainsi que le déclarait si brillamment Nietzsche :
« Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité »
Nous sommes aux prémisses de l’inquisition, dans ce moyen-âge hésitant entre le royalisme pur et dur et une libéralisation progressive du monde, en plein milieu des jeux de cour et d’alliances entre monarque. Et nous suivons l’histoire vraie de Salomon, l’éléphant, cadeau du roi du Portugal João III à son cousin l’archiduc Maximilien d’Autriche. Ce prestigieux animal, avec son cornac Subhro seront les témoins privilégiés de l’hypocrisie de temps, à travers toute l’Europe. Car il ne suffit pas d’offrir un éléphant à l’archiduc, il faut pouvoir encore l’amener de Porto à Vienne, en passant patiemment par des multiples obstacles. Et avec les loups, les brigands et les divers jeux de pouvoir, ceci ne sera pas une mince affaire.
L’éléphant dans son voyage, est un élément d’incompréhension pour les multiples protagonistes, tantôt un sublime animal de par sa carrure, tantôt une laideur aux excréments immense, tantôt un exotisme rafraîchissant, tantôt une créature diabolique et possédée. Tous étant naturellement déstabilisé face à cet être d’un autre monde. Ce qui donnera au roman un ton drôle et léger très sympathique. Et cette société moyenâgeuse est montrée non enjolivé, avec l’inculture crasse des personnages et la crasse tout court dans laquelle ils vivent. Les acteurs principaux du récit devenant assez touchant, qui malgré leur peu de connaissances des sentiments humains, tentent néanmoins d’être au plus bon et au plus civilisé. Tout en restant très simple et passablement naïf face au monde.
Il faut encore toucher deux mots du style. Le point n’apparaît qu’avec parcimonie dans les pages de Saramago, étant donné que sa plume suit la pensée en mouvement des personnages, alternant les différents points de vue avec celui du narrateur. Narrateur que l’on pourrait qualifié d’omniscient amnésique, ayant connu un jour la totalité du récit, mais ayant oublié peu à peu certains éléments. Ce qui correspond bien à la posture que nous avons face à cette époque, où l’histoire que nous en connaissons nous est parvenu en bribes. Et l’écriture reprend les entournures et les salamalecs princiers, en montrant bien dans des exagérations ridicules toute l’ironie de l’auteur. Et cet avec un immense talent que ce livre nous est servi, au vu de la sophistication des personnages, des évènements et des discours qui font de ce livre qui a du être fort difficile à écrire, très plaisant et facile à lire. Vous aussi, soyez curieux, venez rendre visite à l’éléphant Salomon ! 8/10
Anathème de Vané Fillubie
Je ne me prononcerais point ici sur la qualité du film, ou sur le jeu des acteurs. Car il faut en convenir, Casino Royale est un bon film d’action avec son lot de suspens, de violence et de destruction. Mais il n’est aucunement un James Bond, tout d’abord parce que l’agent spécial de sa majesté n’est pas blond. Mais surtout car les réalisateurs ont voulu faire de notre héros légendaire un personnage humain, trop humain. Ce qui est totalement absurde, voir à la limite du ridicule. Bond ne se laisse pas torturer de manière sanglante, car il ne doit jamais froisser son smoking. Il ne surgit pas torse nu, muscle saillant de l’eau, son charme flegmatique suffit déjà amplement à rendre les filles folles. Il ne tombe jamais amoureux, s’il couche avec des femmes, c’est uniquement que sa galanterie naturelle l’oblige à exaucer les fantasmes légitime de ses compagnes d’aventure. Et il ne panique jamais, quittant une table de poker dans la plus grande goujaterie, même si il est empoisonné et en danger de mort. D’ailleurs il ne se laisse pas bêtement empoisonné, si il risque sa vie, c’est face à des requins ou face à un rayon laser surpuissant concocter par son ennemi machiavélique. Le Chiffre fait aussi un très mauvais grand méchant, il ne veut ni détruire, ni conquérir le monde, il n’est pas mégalo, il ne prône pas une utopie personnelle et déjanté, il n’a pas de base secrète digne d’un Crésus Byzantin et il ne souhaite que s’enrichir un peu, ce qui est vraiment pitoyable.
Non, non et non, présenter les côtés sombres de James Bond ne relève pas de l’expression artistique, mais du sacrilège pur et simple. Car 007 n’est pas un simple mercenaire de la démocratie à la Jack Bauer, il est le sauveur du Royaume-Uni, de la Reine, et de l’élégance flegmatique anglo-saxonne. En ce sens, il est Dieu. Il défait ses ennemis par la subtilité et son corps sacré ne doit pas être amoché. Il est né comme ça et n’a point eu de jeunesse difficile ou de débuts chaotiques. La perfection, ça ne s’acquiert pas, c’est inné.
Peut-être n’avons-nous là que le reflet de notre époque, plus cynique et désabusé que lors de la guerre froide. Ne voyant dans les services secrets qu’une mafia obscure et amorale au service des puissants. Et que nous sommes passés de la figure héroïque d’agent secret servant la nation à celle de divulgateur publique dénonçant les abus de la nation. Julian Assange incarnant l’ultime forme d’héroïsme à laquelle nous puissions encore croire sans paraître trop naïf. Mais a-t-on le droit de changer de mythes sous prétexte que nous changeons d’époque ? Car les mythes sont comme les diamants de nos civilisations, et les diamants sont éternelles.
Hier, lorsque je suis tombé par hasard sur cette photo de Shiina Ringo, j’ai juste voulu aller voir quel type de musique cette chanteuse pouvait bien interpréter. En m’imaginant trouver une Avril Lavigne nippone. Mais étant donné mon absence totale de culture musicale japonaise, je me suis retrouvé vite déboussolé. Je ne trouvais aucun véritable repère pour classer cet artiste. Cela ressemblait à du Mylène Farmer pour l’univers sombre et déjanté. Mais ça aurait tout aussi pu être du Radiohead pour la profondeur psychologique. Ou bien alors du Nirvana pour la capacité à crier mélodieusement. Voir même certains morceaux pourrait faire penser à du jazz moderne. Ou d’autres avait un côté dynamite et joie de vivre très ACDC. Avec souvent une imagination immense à la Bjork et des accents de flamenco. Et pour combler le tout, il y avait parfois comme des effluves de musique classique qui s’émanèrent de sa mélopée.
Et soudain, j’ai compris ; Shiina Ringo n’est pas humaine, elle sait tout faire avec une grâce infinie, elle est muse de tout les styles et se ballade dans nos émotions comme un oiseau dans l’air. Shiina Ringo est une déesse ! Et plus je l’écoutais, plus je percevais au mieux ses subtilités mélodiques, plus j’adorais sa musique et plus je voulais l’écouter encore, comme une drogue à accoutumance inverse. Sans compter que sa diversité, rend chaque nouvelle chanson surprenante avec toujours sa griffe fabuleuse. Je suis juste triste de ne point pouvoir comprendre ses paroles, car en plus d’avoir du talent musical, paraît-il qu’elle écrit dans le japonais le plus littéraire et le plus raffiné qui soit. Ce qui la rend à peu près intraduisible.
Et ses airs doux et acidulés transforme à chaque fois l’atmosphère de la pièce. Où comme dirait Jankélévitch, elle est ce presque-rien qui bien que ne bouleversant pas grand chose laisse un je-ne-sais-quoi à l’âme qui change tout. A découvrir absolument, mais attention, elle est très addictive ! 10/10
Avis de Vané Fillubie
J’admire les chasseurs d’images, ces photographes qui vont au contact le plus intime de la vie. Cet art de l’extrême vivacité se distingue de tout les autres par la quête de l’instant décisif. Alors que les peintres et les musiciens s’entraînent continuellement pour augmenter et perpétuer leurs talents, le photographe doit attendre sur le qui-vive pour pouvoir n’exercer son talent qu’au bon moment, produire quelques seconde de pur génie, afin de transformer l’instant en éternité. Ils travaillent à l’adrénaline et joue leur vie sur une fraction de seconde.
Ce cliché résume notre époque dans son intensité. On y voit l’angoisse de la violence absurde, ces hommes habillés en noir, incarnant la pulsion de mort et le désespoir travaillant notre monde. Dans notre société à la dureté artificielle, où nos sols d’asphalte, d’une froideur brûlante, sont bronzés par les lumières ambrés des réverbères. La vie, loin de son cocon naturel, amplifie ses rudesses et malmènent parfois les individus hystérisés par l’accroissement sans fin des désirs. Le feu et la mort dansent et jouent dans un tourbillon qui nous entraîne sans ménagements.
Ainsi, on aperçoit la détresse de la demoiselle, effrayée et accrochée au coup de son amour, tentant désespérément d’arracher à ses lèvres un peu de plaisir et de réconfort. Les jambes aussi nues que l’asphalte rajoute encore de la sensualité et un sentiment d’insécurité. Elles sont exposés dans leurs crispations au monde entier. Et l’homme, plongé au secours de son amie blessée, parvient dans ce moment de panique à conjuguer les vertus viriles ancestrales et modernes. A la fois protecteur, chevalier servant, et d’une galanterie attentionné ultramoderne. Utilisant le plaisir féminin comme remède contre l’angoisse. C’est donc avec un certain frisson que nous voyons ces deux êtres tentant d’oublier la brutalité du monde dans l’étreinte. Et en cet instant, sacrifiés mutuellement l’un à l’autre, ils préfigurent l’amour total du futur. Cette splendide photo n’est pas qu’un moment quelconque, mais aussi la survie inattendue dans notre monde désabusé ,un pur instant de vérité. 9/10
Un ancien premier ministre britannique souhaite écrire ses mémoires. Et comme tout politicien qui veut que son livre soit lisible, fait appel à un nègre. Un second, car le premier s’est suicidé en mer. Le nouvel écrivain de l’ombre est donc convié à venir dans sa villa pour pouvoir écrire le livre. Mais cette maison se situe sur une île sinistre et paumé, uniquement accessible en ferry, dans une région aux nuages lourds et tempétueux. Car il faut dire qu’Adam Lang, l’ex-premier ministre préfère rester discret. Il est accusé de crime contre l’humanité, à cause d’une guerre qu’il a exécuté au côté des Etats-Unis. Toute ressemblance avec le monde réel est forcement troublante.
L’ambiance est très louche, et notre nègre cherche à comprendre dans quelles mystères il s’est empêtré. Mais à force de vouloir fouiller les tombes, les fantômes se réveillent et obscurcissent toujours plus le brouillard. Polanski maintient tout au long du film un suspens inquiet, tout en laissant le doute s’accroître. Les questions s’accumulant plus vite que les réponses n’arrivent. Et les feuilles qui s’envolent, jamais, n’arriveront à être rassembler.
Le final, effrayant car crédible, est à la fois inattendu et en totale cohérence avec l’esprit du film. Nous voilà bluffé par cette vision sombre de notre monde. Où les politiciens ne deviennent que des outils spectaculaires, entourés de mille conseillers et serviteurs leur permettant de n’avoir jamais à agir vraiment. Et où le pouvoir finalement flotte autour d’une localisation incertaine, dans l’obscurité embrumée. Polanski nous convainc si bien, que l’on en vient à se demander si son arrestation ne pourrait pas être plus qu’une simple coïncidence. 8/10
Que reste-il de la musique si l’on y enlève tout le faste et le baroque qui l’accompagne dans nos sociétés de consommations ? Qu’est-ce qui fait l’essence minimale d’une bonne chanson ? Voici la réponse de la post-bourgeoisie. Une mélodie de trois notes pour faire un rythme, des paroles scandés au mégaphone et Karl Marx qui s’élance sur le dance-floor. De plus, au lieu de fixer un concert afin de donner rendez-vous à son public, ils préfèrent débarquer sans prévenir n’importe où afin d’amener directement la musique au public plutôt que d’attendre le contraire. Ainsi vous pourrez peut-être les voir se produire bientôt chez vous ou à la décharge municipale. Les deux endroits n’ont d’ailleurs que peu de différence en soi finalement. Les ordures ne sont que autrement agencés.
Tout cela semble bien bizarre et incongru, mais acquiert étrangement un accord poétique décalé. Les paroles claquent comme des slogans de propagande malgré l’ineptie totale des propos. Et la mélodie bien que simpliste finit par nous emporter dans une transe mystique et pixelisée. Cette musique qui semble être sorti tout droit d’un cerveau psychotique paranoïaque assailli de bug nous laisse la drôle d’impression que si nous avons pu l’écouté jusqu’au bout avec un certain plaisir, l’asile devrait surgir aussitôt pour venir nous chercher. Dernier rappel avant la mort du sens et de l’art, voilà l’arrière-fond sonore de notre société endormi par l’avalanche de pop assourdissante. Car si un jour, nous cessions de contempler le spectacle perpétuel et la mythologie informative bombardée par les médias pour contempler à nouveau les restes de monde réel abandonné au bord de l’autoroute du progrès, nous verrions sûrement quelque chose d’approchant. Un vague air cinglé et dérangeant qui lutte d’un automatisme froid pour une survie désespérée. Et la joie cynique, à la fois explosive et retenu d’un Karl Marx sachant qu’il avait raison, dansant la victoire, mais qui sait aussi que cela est futile. Car rien ne peut plus aujourd’hui séparer l’homme de son ombre, de son illusion marchande. 7/10
Et pour ceux qui en veule encore un peu, une reprise du clip hyperviolent de justice. Les paroles sont fort désopilantes, du bel humour absurde.
Le fondement des dictatures ne vient pas du sadisme et de l’instinct de cruauté, hélas, bien au contraire ! Trop de gens sont prêt à sacrifier leur liberté plutôt que de se risquer à devoir s’en servir. Le délice d’obéir, est malheureusement le plus ancré et le plus dangereux des sentiments humains. C’est en vous obéissant que les autres vous transforment peu à peu en esclave. Car nous sommes tous enclins naturellement à fuir, au plus vite, au plus loin de soi-même. Et celui qui doit diriger, ne serait-ce que soi-même se condamne à devoir se voir en face, dans la pureté effroyable de la lucidité. Sommes-nous vraiment adapté pour vivre éternellement sous notre regard, coincé avec nous-même dans le vestibule de notre conscience ? N’est-il pas plus sage de se laisser guider et divertir par nos maitres : cette émission de télévision, ce papillon voletant ou la beauté hypnotique du bout du bar ? Mais si rien n’est plus doux que d’opiner du chef face aux vapeurs alanguissantes, rien n’est plus traître aussi. Le doux charme de s’abandonner à l’oubli de soi risque de nous empêcher totalement de se retrouver.
Voilà pourquoi avant que d’offrir démocratie et liberté au peuple souverain du monde, il faudrait donner aux individus le goût et le talent d’être libre. Car faire ce que l’on veut est la chose la plus difficile à faire, chose que nous tentons tous d’éviter à tout prix. Trop peu sont capable d’être libre même si tous ont la possibilité de l’être. Pourquoi avoir le courage de se réaliser, alors que la fête et l’alcool nous soulage de la douleur de vivre ? Pourquoi chercher à vivre mieux alors qu’il est si simple de s’oublier dans l’altruisme ? Nous sommes d’ailleurs si incapables et si peu habitués de faire ce que l’on veut, que nous ignorons même le plus souvent ce que nous voulons. Que voulez-vous vraiment ? Un indice, la réponse est ce que vous n’arrivez même plus à envisager, le point mort vers lequel votre esprit est incapable de se tourner, ce désir ineffable qui vous hante. Mais je vous laisse chercher par vous-mêmes. Et lancez-vous, car parfois, faire ce que l’on veut peut être aussi la chose la plus facile à faire.
Alors, que voulez-vous vraiment ?
J’ai toujours eu un faible pour les cafetières italiennes. Bien sûr, Nespresso a imposé sa vision du café, facile, simple, régulier, efficace, luxueux, écolo… J’en conviens, les dosettes individuelles nous amènent dans un monde moderne où chacun reçoit la quantité exacte de caféine dont il a besoin, où plus rien n’est laissé dans les griffes du hasard. Un monde où même un enfant de quatre ans arriverait a tiré un café en moins de deux minutes grâce aux célèbres machines de la multinationale Suisse. Mais j’ai toujours eu un faible pour les cafetières italiennes.
Evidemment, pensons donc : D’une part nous avons une drôle de taule aérodynamique qui vibre et fait le bruit d’un broyeur à déchets. De l’autre, une tour de fer blanc octogonale chauffe patiemment, faisant coïncider la montée graduelle de l’eau dans son étage supérieure avec la montée graduelle du désir de café dans l’esprit du consommateur. De surcroit, pendant l’attente fébrile dû à ce processus, une odeur suave commence déjà à nous exciter progressivement, suivi d’un signal d’alarme quasi magique, le sifflement guilleret du bec fumant.
Car si la version moderne est une machine fort utile et fort développée par des ingénieurs et designer talentueux, l’ancêtre, elle, possède encore plus qu’un simple charme. Cet objet est le centre névralgique d’un cérémonial raffiné, hédoniste et sensuel à la portée de tous. Alors que la machine ne fait que servir un café, l’ancêtre enjolive l’acte en lui-même, perfectionne l’idée même de « servir un café ».
Pour ainsi dire, la machine n’est qu’un produit, un outil poussé à son niveau de rendement maximal. Tandis que l’ancêtre est une pure invention, elle crée et satisfait une nouvelle organisation du désir, elle fond ici-bas un instant de vie qui n’existait pas auparavant. Et s’il est aisé de comprendre le raisonnement du concepteur de la machine (elle n’est finalement qu’une amélioration de ce qui fût alors), il est plus dur de concevoir comment quelqu’un est parvenu à imaginer cette fameuse cafetière italienne. Elle ne ressemble à rien qui la précède ou qui la suit, son concept ne semble dériver d’aucun autre outil, d’aucun autre appareil existant. Comme si l’idée semblait avoir surgit spontanément dans la cervelle de son créateur, car voilà pourquoi cette cafetière est une pure invention. Et s’il faut des brillants ingénieurs chez Nespresso, il leur manque tout de même l’étincelle qui transformerait ces ingénieurs en inventeurs. A force de trop réfléchir, ils s’éreintent les neurones et ne peuvent plus penser simplement. Ils perdent toute aisance à force de se crisper l’esprit.
Et comme va le monde, l’invention semble devenu un luxe que notre société de production ne peut plus se permettre. L’I-phone est l’objet moderne et l’objet utilitaire par excellence. Il peut un peu tout faire assez bien ; il photographie, mais moins bien qu’un appareil photo ; il téléphone, mais est moins ergonomique qu’un téléphone ; Il permet d’écouter de la musique, mais est moins discret et solide qu’un baladeur numérique ; etc… Bref il ne possède pas en lui l’essence de l’invention, il ne perfectionne aucun instant précis de la vie courante pour le rendre plus élégant, plus sensuel ou plus artistique. Il n’est qu’un vaste assemblage hétéroclite et informe d’outils poussés chacun à son rendement maximal, mais il n’est jamais, pour aucune action définie, le meilleur objet qui soit ou un procédé révolutionnaire. Pour ainsi dire, il n’y a rien de nouveau dans l’I-phone, rien d’inventé, que du vioque remanié et développé à son rendement maximal. Et si nous regardons notre monde d’aujourd’hui, rares sont les inventions pures. Alors que nous sommes submergés d’ingénieurs, il semble que le fait même de produire ces ingénieurs en masse empêche tout idée originale, novatrice, toute création d’objet depuis l’imagination pure.
Car si jadis, florissaient les toasteurs, hovercrafts, boomerangs, télégraphes Chappe, guillotines, thérémines, orgues, ondes Martenot, moulins à poivre, tire-bouchons, monocles, longues-vues, menottes, pics-à-glace, cendriers, scaphandres, parachutes, gratte-dos, chausse-pied, casse-noix, balais de toilette, coupe-ongles, agrafeuses, side-car, fours à micro-ondes, radio-transmetteurs, calculatrices, parapluies, fers à repasser, zeppelins, feux d’artifices et paratonnerres. Tant d’inventions, d’objets à la fonction précise remplissant leurs devoirs avec tout le tact nécessaire. Tant d’objet qui chacun à sa façon améliorait un peu la vie ici-bas. Et dans notre époque où rien de vraiment nouveau ne semble venir sous le soleil, j’en viendrai à regretter tous les anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycles qui ne sortent plus des esprits fous et visionnaires. Car moi, j’ai toujours eu un faible pour les cafetières italiennes.
Longtemps que j’attendais ça, voyant la lassitude et la fausse perfection désespérante de la société. De ce monde avec son vernis de pacification cachant mal ses troubles intérieures. Où tous, pour paraître bon voisin, bon citoyen, bon humaniste feignent d’ignorer les crises qui fissurent le monde. Sous le prétexte d’être tous ensemble, la tolérance polie et insipide forme un lien imaginaire entre les cultures ghettoisés. Ces pauvres âmes avaient besoin d’une splendide décharge pour sortir de la léthargie. Faire face enfin à la vérité derrière l’hypocrisie. Je serais leur héros, leur révélateur. Celui qui leur permettra de voir ce conflit latent, qui les forcera à combattre pour pouvoir vaincre. Je suis le sauveur de la nation, fière, fidèle et équipé tel le chevalier impitoyable dont mon pays a besoin.
Je suis allé en catimini dans le camp de formation des traîtres. Cette île où ils décervellent et castrent les forces vives de la jeunesse pour les transformer en hippies peureux. Et du haut de mon arme, sans trembler, l’œil fixé au viseur, avec la précision de l’aigle, je les ait abattu un à un, tente par tente, prenant soin de viser pour tuer. Et parmi le chaos déchaîné par ma venue, je suis resté impassible, exécutant ma tâche par la force de mes convictions, sachant qu’un jour tous reconnaîtront que mon acte était cruel mais nécessaire.
91, 92, 93… Le compte est bon, je peux me laisser cueillir en paix par la justice de ma patrie. Aujourd’hui, ils croient encore que je suis un monstre, mais ils saisiront bientôt au fond d’eux-mêmes que je suis celui qui posséda le courage et l’audace des précurseurs. Ils m’haïssent, mais ils m’adouberont. Et en 2083 au plus tard, ils me considèreront comme l’héros national que je suis. Car vous n’avez encore rien vu à Utoeya.
Vous l’aurez compris, le texte ci-dessus bien qu’œuvre de ma main, n’est point œuvre de mon esprit, et n’est pas la révélation de mes pensées sombres et sanguinaires. Ceci n’est pas une diatribe admirative du désormais célèbre tueur de masse du pays du Nobel de la paix. Il est là pour vous faire prendre conscience du péril dans lequel notre monde s’engouffre sans crier gare. La naissance d’un néo-hitlérisme, prêt à décimer tous ceux qui s’opposeraient à leurs idéologies d’hommes culturellement pur. Où la seule manière de trancher les conflits deviendrait la force brute, et où tous ceux qui dévierait du sentiment national périront sous la percée des balles. Car si Anders Behring Breivik a agit en homme seul, beaucoup de courants de pensées s’abreuvent de sa même pulsion meurtrière de manière inavouée. Et pour beaucoup d’européens, délaissés par le libéralisme, se sentant agressé par l’immigration, frustré par les promesses de notre monde publicitaire et si réfugiés dans le désastre social informatisés, cet homme risque de devenir un exemple, une ultime raison de croire encore en ce monde, une ultime raison de vivre.
Alors que nos nations blacks-blancs-beurs semblait s’unir dans un accord mystique scellé par la magie millénariste, que l’équipe de France rassemblant moult cultures sous la fraternité victorieuse, qu’un certain optimiste semblait auto-réaliser une société universaliste, l’effondrement des twins towers ainsi que la crise financière ont stoppés nets la légèreté de vivre ensemble pour redonner une gravité maladive aux différences de cultures. Et si nous voulons toujours vivre entre être humains libre, et non plus dans des communautés fragmentés aliénant les hommes, nous devront nous battre, défendre notre statut d’individu bec et ongles envers les faux idéaux qui voudraient créer ce que nous sommes à notre place. Car nous qui nous régalons de sushis, kebabs, pizzas, hamburgers, et dont la culture ne se résume plus à un lieu géographique, mais s’étend des musiques africaines aux mangas et aux punks, si nous voulons préserver la diversité de penser, de vivre et d’être, nous devons nous défendre de tout traditionalisme sectaire, s’arracher à nos racines pour parvenir à devenir ce que nous désirons être. Et cette effort important ne pourra pas se réaliser dans la politique, au pouvoir trop général, trop survolant ne pouvant pas s’adapter aussi profondément que nécessaire dans la vie des gens sans risque de devenir totalitaire. L’effort viendra de chacun, de personne, de tous, tâchant de se fortifier pour résister et aux élans nationalistes et afin d’arrêter de nourrir par notre faiblesse les petits caporaux de banlieues. Car comme le dit l’autre célèbre terroriste barbu : « Quand les gens voient un cheval fort et un cheval faible, par nature, ils aimeront le cheval fort. » Donc si les hommes veulent vivre dans la tolérance, il ne leur suffit pas d’avoir une tolérance passive du laisser-faire, il leur faut la tolérance active du courage, celle qui les poussera à s’opposer aux injustices et à défaire les aliénations religieuses et nationalistes.
Il nous faut des fils d’Europa, de cette vieille déesse grec avant qu’elle ne soit corrompue par les monothéismes sectaires, uni pour la liberté, uni pour que les hommes puissent enfin se construire au-delà de leurs cultures initiales. Redonnant à la vie son champ d’expérimentations infini dans lequel l’homme pourra aimer, manger, s’amuser, s’occuper loin des contraintes des traditions limités dans lesquels il a grandi. L’universalisme n’est point un vain mot abstrait, il est le passage nécessaire d’un nouvelle humanité d’individus capable de choisir librement leurs modes de vie.
Sinon Oussama et Breivik parviendront à leur guerre des cultures. Ils réduiront chacun des peuples à leur lieu d’origine, et l’affrontement inévitable de ces bastions civilisationnels sclérosés se fera au son des AK-47 rugissantes.
Ecrasons l’infâme !