Microphones in the trees
Il a dix-neuf ou peut-être vingt ans.
Cheese Royal
BKK
je suis.
VN en vrac pour l'instant
crapule
Some B&W
Havana Club
PLATEFORM magazine
hien hien
THE ONE SHOT MI
View from my last bedroom
1+1+ = 1+1
vers la nuit
chicken for lunch
Thai Blancs (VN)
c'est toujours moustiquaires
lulu ou la vie au bord de l'eau
lulu toujours...
selves
Shutter Island VS Haneke - Friouls RMX
square in october
variations
marseille sous la pluie couleur
matinée grise en allant vers les Docks
Marseille l'intermittence
arriver après la fête...
six feet under boats
pour vous...
planète mars
Balade un jour de pluie
marseille sous la pluie...
en mai fais ce qu'il te plaît
Ateliers SNCF @ Arles
Des trains et autour...
Them
Ma blondasse
Solas
Ceux qui m'aiment prendront le train...
Un soir rue des francs-bourgeois...
Loreto di Casinca
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Phœbe Killdeer & The Short Straws - Fade Out Lines
Tu crois que je ne sens rien de tes pas derrière la cloison qui se trainent, dos courbe queue dressée, tes ongles qui raclent la paroi, les ombres projetées sur le mur éreinté. Tu crois que je ne vois rien de tes regards qui évitent la couverture négligemment délaissée, le mégot rouge sur le rebord de la fenêtre qui creuse encore noir dans la neige qu'est tombée. Tu crois que tout ça c'est pour rigoler, les cartons, les pelotes les tisser, nos tissus sauvagement arrachés. Tu crois que tu vas pouvoir t'échapper, miaule, et tes pattes sur le canapé ? Mais comment te signifier clairement cette impossibilité : oh non tu ne vas pas m'échapper -
Tom Waits - Dirt in the Ground
trois
heures
quarante
deux
de la nuit
parce qu'avant il y a un zéro
parce qu'on n'est pas aux united states des amériques
parce qu'on reboot pas à 12 nous
qu'on tourne H vingt-quatre
vingt-quatre
sans répit.
À 8h21 tu te réveilles en sursaut de mes propres songes, roi des méduses englouti par la mer.
À 9h39 tu as froid de ce creux, de cet air qui s'infiltre par la fenêtre, ta concentration en fuite dans les tuyaux.
À 10h24 tu t'attaches aux détails, matières et couleurs des objets qui t'entourent, ton regard virevolte doucement de l'un à l'autre, tes doigts caressent le quotidien l'anodin - tu t'amuses avec la première chose qui te tombe sous la main : ce cadre vide fait d'or, ta tête au travers, ton sourire enfantin. Le froid ne te quitte pas et tu t'attardes avec ce vêtement déposé sur le fil à linge qui n'est pas à toi.
À 10h43 tu cherches le chat des yeux dans la baraque : te lover contre lui, sa respiration, vous réchauffer.
À 11h30 tu décides d'un brin de ménage, te retrouves à manger de la pâtée pour chat, immondice répugnante, visqueuse, froide, joyeux anniversaire.
À 12h56 Woody Woodpecker se moque de toi et te martèle en tête : tu ne sais rien du chant des oiseaux, tu ne reconnais pas leur voix, tu ne comprends rien d'eux. Tap tap tap une bûche sur ta tête.
À 13h22 tu ne comprends pas les paroles des autres, les voix de ces hommes qui s'accélèrent au travail. Énergie, motivation, stimulation, émulation. Autant parler de sujets qui fâchent tout le monde en réalité personne, autant parler de cochons qu'on engraisse qu'on élit, autant parler de verges luisantes qu'on astique dans les toilettes sales et lugubres.
À 13h55 tu te casserais bien d'ici pour descendre à Marseille, à dos de girafe, oui à dos de girafe. À son cou t'accrocher, la grâce l'élégance, le port de tête élancé. Quitter les cochons la bassesse, retrouver l'exotisme les hauteurs.
À 14h24 ça y est tu y es à Marseille, jeux de boules, le cagnard, les ptits vieux. Je n'invente rien, ni le lieu ni l'heure ni la grande place. Tu y es.
À 14h59 tu crèves maintenant de chaud et rentres te réfugier dans une salle des fêtes au frais, si seulement mais non, à peine moins pire qu'au dehors. Marseille. Et tu te mets à danser comme un fou sur la piste dépeuplée, la musique forte tout autour, en réalité en dedans, tu danses tournoies te donnes le vertige et t'arrêtes net dans un éclat de rire.
À 15h36 un autre jour un autre lieu, tu jettes cette dernière phrase l'air de rien « J'allais oublier que ma famille me manque » et la pensée du travail pour t'y noyer, combler le vide par l'acharnement.
À 17h09 tu es pris de doutes. Sur ce que tu fais. Sur la suite. Sur comment et par où re-commencer.
À 17h21 tu grignotes sur le pouce, le temps de rien, quand le retrouver ?
À 18h40 tu aperçois de la fenêtre cette enfant dans le fond du jardin qui pleure la mort d'un être cher, les entrailles du chien ouvertes noires rouges vertes recueillies dans ses petites mains, le sang et la puanteur mélangés à son chagrin. Tu dis la pitié mais estimes finalement cet être sans grande valeur, les hommes donc auraient-ils donc plus d'importance que le reste des vies sur cette Terre ? Tu oublies le réconfort trouvé par l'enfant seul et glacé auprès du chat ce matin. Tu ravales tes pensées.
19h50 le même jour, dans deux lieux différents et à l'instant même où tu écris le charme qui transpire de la contemplation d'un navire, je regarde par la fenêtre l'horizon, un paquebot qui part. Suivre son mouvement jusque disparition. Dix minutes plus tôt nous contemplions notre propre pierre, et déjà l'audace de la penser avec quelques fleurs dessus : quel passant dévoué, quel enfant de quel enfant encore pour venir ici parsemer. Le paquebot n'a laissé de traces que son souvenir, et déjà ses sillons sont eux-mêmes effacés.
À 21h06 tu tentes une échappée et décides d'aller t'aérer. Les pavés que tu foules n'aident en rien la sensation de flottement lourd dans lequel tu es plongé. Seul au milieu de tous sans lumière, plus que le brouhaha des foules diffus tout autour et en toi. Tu rentres énervé.
À 22h35 tu t'insurges contre la littérature au rabais, cet aplatissement des dimensions, amputation des sens, profondeur zéro ramenée à même l'arête du nez. Dans un élan tu englobes modernité et évidement du monde, peut-être l'heure de la verve haine, tu es fatigué.
À 23h18 c'est aux poètes proclamés que tu t'en prends, toujours ce vide, cette facilité, de coller les mots un à un ensemble pour former un nouvel ensemble qui justement ne veut rien dire. Le néant. Parce que ça fait bien. Parce que the dark side of the force. Parce que ça fait passer pour smart quelque chose d'absolument obscur dès l'effleurement de l'idée. Le vide et l'absence de sens, rien d'autre.
À 00h38 tu partages l'insomnie de ce grand-père et de tous les autres, et fais un pas de plus vers ce qui nous attend tous. Tu t'appelles Quentin Leclerc et tu écris depuis l'heure de ta mort. Il est 00h53 et dans moins de trois heures tu seras peut-être définitivement mort auquel cas nous aurions dû convenir de remplir ces vases bien avant l'heure plutôt que de décider d'attendre stupidement 03h42 pour appuyer sur le bouton. Mais c'est oublier pour le roi des méduses que tu es que les méduses se reproduisent lors de leur mort.
on tourne H vingt-quatre nous
sans répit.
parce qu'on n'est pas aux united states des amériques
parce qu'on reboot pas à 12
H vingt-quatre
sans répit.
Lire aussi : 15h42 par Quentin.
The Smiths - There is a light that never goes out
Rêvé ta disparition mon effondrement tes enfants. Ton nom à retrouver, ce courrier leur écrire, mais pour qui ou pour quoi, et pour eux ou pour moi ? Et ce concert de Godspeed rêvé en plein air, son attente, notre excitation et ces chaises longues improbables. Le regard qui se balade, rapide, nous trouver une place parmi elles, mais sans toi, à trois.
Pas de peau, pas de souffle, pas de bras ni tes seins : seulement toi logée là dans mon crâne et le jour qui pointe encore : vraiment vraiment vraiment improbable. À quand le réveil ?
Pas de peau, pas de souffle, pas de bras ni tes seins : seulement toi logée là dans mon crâne et le jour qui pointe encore : repartir, retraverser, oui, mais pour où ? Et leur écrire ? Mais encore ?
Rêvé le café noir fumant à même le rêve pour réouvrir ces yeux laissés clos par la tension baudruche de mes intestins, son odeur qui picote mes yeux qui pétillent : enfin. Et le téléphone qui sonne, bienheureux, bienvenu, messager, oh je t'aime, te voilà enfin revenue. Et ta voix, et moi comme un con qui te dis pas réveillé : Take me out tonight, oh take me anywhere I don't care, I don't care, I don't caaare.
and the final cries of creatures are long behind
and full of spirit the village starts again
with one more year for a man to change his ways
I used to feel things around me stir
grateful for all I - »
Lyon St Exupéry. 11 janvier. Verse de l'acide sur les mégots. Alors que la voix nous rappelle tonitruante l'interdiction de fumer dans l'enceinte de ces murs et sur les quais, j'allume ce que je ne me résous toujours pas à quitter - bientôt. Il est 20h15, le froid tenaille à l'endroit des jambes à peine recouvertes d'un collant noir filé haut encore, converses rouges basses aux pieds. Flingué mes bottes hier sur les pavés du Père Lachaise et la Méditerranée devant.
Winded Curses accompagne ces annotations et j'écris : le vent doit bien tourner.
Comme toujours, emporté avec moi ce petit carnet offert par le libraire mais la poche intérieure de mon sac me dit l'égarement du critérium. Transvasé dans l'urgence les éléments d'un sac à l'autre, partir se poser repartir, le téléphone devient alors seul dépositaire de ce que j'aurais préféré coucher là sur le vélin, dégourdir mes doigts, réapprendre à m'en servir.
Abandonné de fait aussi les croquis des voyageurs de par cette absence oubli : le téléphone ne peut pas tout - et ne sert déjà plus à sa fonction première, je filtre les appels.
Flâné juste avant de rejoindre la gare et acheté rue St Martin - encore et toujours ces pavés, combien de fois rue de la Verrerie, les Juges Consuls, le cloître Saint-Merri, jolis carnets de nus érotiques : Degas, Modigliani, Dali... sobres, élégants, m'ont laissée songeuse. Les annoter et gribouiller un jour, avec des mots propres. Quand la neige aura fini de tomber.
Seule avec juste ce sac à main sur l'épaule et le temps pour moi, je suis rentrée chez Paul Beuscher, comme souvent en passant devant. Testé un Yamaha quart de queue électrifié qui coûte le prix d'une bonne bagnole. Rien que ça. Réalisé en cet instant précis que mon morceau devrait se jouer atténué, comme susurré avec quelques lenteurs, et des hoquets. De ma tendance à aller trop vite. Réintroduire la rupture.
Et puis cet apaisement en moi sur ce chemin retour vers la gare. Comme si j'étais déjà à M.
Peut-être bien parce que je savais que je rentrais.
Et dans la tête qui flotte depuis un certain enchaînement d'évènements le retour à de vieux questionnements. Quels chemins je vais emprunter ces mois à venir. Partir, rester, il me faut rester, changer les perspectives, changer de perspective, les couilles de taureau enfin en main et moi dans tout ça. Mes aspirations, mon refus d'une vie en désaccord, et cet élan de vie parfois trop grand - parfois, qui déborde et me dépasse. Lu ce tweet de V. Décidé alors de filtrer les messages pour un moment. Je ne lirai plus que les bonnes nouvelles and that's all, lança-t-elle à la volée alors qu'elle n'en fera rien. Toujours présente même dans l'absence.
(Pouvez me retrouver chez lui pour un entre-deux).
Tous mes souhaits de lumière et douce folie à vous.
G@rp et Christopher Selac
Camille Philibert-Rossignol et Éric Dubois
Pierre Ménard et Benoît Vincent
Flo H et Isabelle Pariente-Butterlin
Quotiriens et Jacques Le Cleac’h
Juliette Mezenc et François Bonneau
Cécile Portier et Brigitte Célérier
Christine Zottele et Christine Jeanney
G Balland et Dominique Hasselmann
Melodie Faury et Marie-Anne Paveau
Louise Imagine et Franck Queyraud
Anne Savelli et Joachim Séné
L.Sarah Dubas et Jean-Christophe Cros
Christine Leininger et Danièle Masson
Candice Nguyen et Guillaume Vissac
Josée Marcotte et Michel Brosseau
Ana NB et Lucien Suel
Nolwenn Euzen et Julien Pauthe
François Bon et Philippe Ethuin
Sandra Hinège et Piero Cohen-Hadria
Christophe Sanchez et Franck Thomas
Samuel Dixneuf et Nicolas Esse
Jérôme Wurtz et Urbain trop urbain
Tom Rambault et Wana Toctoumi
Balmorhea - Lament
eau salée diluée / aux notes arrimée / et le jour passera.
eau salée asséchée / dans l'attente suppliciée / et la semaine passera.
en mon chemin trop de morts / et ce rendez-vous au Père Lachaise / une première fois.
oublier les uns / reconnaître les autres / saluer les inconnus.
snober touristes en photo divisions / Amedeo, Oscar, Jim / remballez nos visages pâles.
bouquets de fleurs / et la lumière / Ô viendras-tu bercer un peu nos larmes.
ceux qui manquent à l'appel / par-delà les mers / les enfants, les enfants des enfants et qui.
qui reste-t-il / et viendront-ils / mais qu'importe ici maintenant.
ironie de l'attente / supplice des jours sans fin / pourquoi si loin.
« parce qu'il fallait choisir le bon jour » / ce qui m'échappe / mes racines.
repenser à ce smiley / dénommé dans le rire à son nom / raccourci clavier sourire béat.
et les bretelles / tête du chat / casquette gavroche encore.
Crosby, Stills, Nash and Young - Chicago
On en croise parfois, souvent en fait pour moi, des personnages qui vous marquent de façon indélébile. Des rencontres, furtives, éphémères, qui apparaissent et disparaissent aussi rapidement de votre vie qu'ils n'y étaient entrés.
Personnage haut en couleurs qui vivait dans la rue, rue de la Verrerie, du Roi de Sicile, poussez jusqu'au croisement rue Vieille du Temple, Paris.
Étalage de magnifiques portraits parterre, d'abstractions, de regards qui vous transpercent, profonds, plonger... des mots des pensées dessinés à la volée, des œuvres qui vivent, à faire revivre, déchirer, scotcher, recomposer, loin des sous-verres, des encadrements, figés - des planches à vous réapproprier. Des œuvres composées avec les moyens du bord, une queue de cerise, une pièce de cinq francs, et cet étalage de couvertures, de carton, de Canson - offerts à l'Artiste : mais l'on sait pourquoi. Et les feuilles de journaux qui volent, et les pots de peinture, et les cadavres de bouteilles de Chivas, oui de Chivas, monsieur était le Prince des rues - et toute une ribambelle de belles blondes pulpeuses qui s'arrêtaient pour discuter avec lui encore et encore, arrêter le temps et rire dans la chaleur de l'été.
2003 effectivement me rappelle la biographie trouvée sur cette page. La canicule, et moi qui bossais à raison de soixante heures par semaine sur cette place-là précisément en cet été-ci, entre autres époques également mais pour le souvenir ravivé ici, c'est 2003 oui, le temps de cette rencontre avec lui.
Lui qui juste en face de nous criait, chantait, buvait, peignait, flirtait,
avec les femmes, le whisky, les matières, les couleurs, avec la vie.
Souvenirs heureux retrouvés.
Rock'n'Roll baby.
49 Swimming Pools - The First To Know
il y aurait la fin imperceptible de l'attente, l'heure où s'immobilisent les désirs, les échos en suspens -
Premiers appels pour embarquer. Visages inconnus se lèvent. Certains se tiennent la main. Très solennel.
15h42, texte écrit par Quentin qui accepta gentiment mon invitation de dernière minute dans le cadre des Vases Communicants de décembre 2011 et dont je vous invite chaleureusement à aller vous repaître de son Journal(s). S'il n'est pas inspiré contrairement à moi par les heures de la nuit, c'est qu'il y a déjà bien assez à faire durant et avec les heures du jour.
Vous pouvez retrouver ici la liste des participants aux Vases Communicants collectée par notre irremplaçable et merveilleuse Brigitte.
Syd Matters - Like Horses
Et le petit enfant se remit à chanter... -
Hugo, Les Contemplations, L'enfance, XXIII
Et le petit enfant se remit à chanter... -
La douleur est un fruit : Dieu ne le fait pas croître
Sur la branche trop faible encor pour le porter.***
** Dont je tais le nom mais dont le visage apparaît une fois ici.
*** Des fois c'est complètement dingue. Hugo, c'était un choix, pour diverses raisons et dont celle qui le relie, dans sa critique littéraire et édition en France, à la famille, et donc surtout à lui, dont il est question dans il a dix-neuf ou peut-être vingt ans. Le même sang, la même génération, les mêmes premières années. Mais tomber sur ce poème-ci en premier dans les Contemplations, ça c'était la voix du hasard.
Nick Cave & The Bad Seeds - The Mercy Seat (Acoustic version)
Nous fûmes de ces chats-là. Des bandes affamées. Dressés dès l'enfance dans la mort de Dieu et la soif de vengeance. Dans une sorte d'amalgame terrible nous guettions les inconscients, des étrangers le plus souvent - mais comment aurait-il pu en être autrement, comme s'ils incarnaient ces soldats dont on nous avait appris qu'ils venaient égorger nos fils en nos terres et dont il fallait nous abreuver de leur sang, impur ! Ô ces traîtres ! Ces rois conjurés ces tyrans ! Ô bande de chiens ! Les traquer, les haïr, jusqu'à leur fin ! * De ce passé, de ces années et de la fuite en mer qui a suivi, ma tête est pleine mais le cœur n'a pas assez... Ces jours ces nuits, ces semaines ces mois, et l'eau partout, toujours, tout autour au dehors et en dedans, en dedans... ne suffiront jamais à laver ni à expier les monstres que nous fûmes, que nous sommes, il n'y a ni rémission, ni indulgence, ni grâce possible, nous ne sommes pas des méduses.
Encre - Une nuit à ciel ouvert
il y aurait l'ellipse du temps, les frontières arrachées, les dérapages oubliés et nos faiblesses acceptées. il y aurait l'hiver, l'odeur du temps, cette table en bois, un matelas, ces murs nus et quelques vieilles couvertures qu'il faudrait penser à aérer. il y aurait nos joues creusées par la fatigue, nos ventres par le désir, et les cernes du trajet. il y aurait cette nuit, notre arrivée, il y aurait toi, il y aurait moi, et nos pompes dégueulasses qui trainent entre deux sacs de provisions et trois pots de peinture, rien d'autre.
Led Zeppelin - Babe I'm gonna leave you
on dirait le reflet du miroir comme on dirait ces voix qui martèlent contre lumière blanche pulsions de vie.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait un jour relève-toi, détourne-toi, abandonne, ces êtres ces fantômes, et retourne-toi : il y a le jour qui se lève.
The Sugar Plum Fairy Pr. - Blind
J'habite un pays au-dessus des toits à hauteur de cheminées, sous mes yeux leur absence qui s'étend. D'où je viens les forêts sont pour s'y perdre, les jeunes femmes y partent seules, de nuit, et reviennent quelques matins plus tard le regard fuyant, le ventre vide. Les ruisseaux sont gelés, le poisson prisonnier, des tâches sombres, rouges, se remarquent encore entre les feuillages au pied des arbres. D'où je viens les hameaux s'arrêtent en lisière des forêts, denses, sauvages, redoutées, et l'imaginaire magnifient les femmes et les portent hors de la maisonnée, l'extérieur apprivoisé, le tigre dompté. D'où je viens les hommes sont extérieurs à tout, n'ont rien en propre, pas de tâche assignée, fumer jouer chasser : se faire chasser. Ni des forêts ni des lignées, ils rentrent nus.
Et puis il vint des étrangers comme il en vient à chaque époque, en chaque lieu. On commença alors à faire tomber les arbres aux abords des sentiers et peu à peu nos peurs de la forêt sacralisée furent bientôt remplacées par la peur de sa propre disparition. On nous prédit l'expropriation, l'avènement d'un nouveau dieu, on mit à jour la futilité de nos croyances, à sac nos rites et nos terres. D'aussi loin que je me souvienne, peu ont résisté, il n'est de cycles qui se renouvellent sans le refus de s'enfermer.
Stuart Staples ft. Lhasa de Sela - That leaving feeling
Est-ce que la nuit serait déjà tombée ?
Allons nager.
Philip Glass - The Poet acts
C'est le temps arrêté, précieux, les pensées vides, le flottement hors de soi, de son corps, de sa vie, c'est le temps précieux, tous les soirs à la même heure, au même endroit, le temps de ces quelques instants pour elle, lui, qui se prépare, le soir, entre la grande ville et la poubelle de l'humanité. C'est le temps précieux avant ce qui doit et va arriver comme tous les soirs entre la grande ville et la poubelle de l'humanité. C'est la coiffure qu'elle, il, réajuste, c'est le tissu qu'on étire, la robe rouge qu'on repasse de ses doigts, c'est l'expiration et les yeux qu'on referme, c'est le calme d'avant l'entrée en scène. Et la chair et les sexes et les monstres et les rires. Et moi qu'est-ce que je fous là, entre deux couloirs, entre deux bâches, je ne suis pas là. Et moi qu'est-ce que je fous là, l'appareil en main, à prendre ça, ces moments précieux, à voler cette solitude, ici, je ne suis plus là, l'appareil m'en tombe, et la photo suivante de la pellicule est celle du jour, d'oiseaux multicolores, plumes jaunes, bleues, crête rouge, et comment je serais arrivée ici de toute façon, je ne sais pas. Je ne sais rien, je ne sais jamais rien sur le moment, j'ai juste toujours mon appareil avec moi. Et un an après, qu'est-ce que je saurais de plus quand ma mémoire se serait entre temps amusée.
Je voulais vous parler du vent, des pluies cévenoles, de l'alerte rouge et des trains dont on ne sait s'ils vont partir et puis j'ai bifurqué. Sur ces deux photo parmi mille autres, sur ce soir-là, quelque part entre la belle Bkk et l'infâme Pattaya, alors en fait j'ai aucune envie d'en dire plus là-dessus, c'est terrible, il y a des mots qu'on n'a pas envie de trouver. Mais comme j'ai commencé consciencieusement un billet, il va bien falloir livrer quelque chose, alors voilà une vidéo qui vous parlera elle du vent, et de l'insupportable clic du photographe.
Lou Reed - Magic and Loss (The Summation)
pleure le jour qui vient trop vite, les premières portières de voitures qu'on ouvre et qui claquent
main sur le cuir, le frein à main qu'on desserre, ce coup d'œil lâche dans le rétro : le jour vient trop vite.
pleure la fatigue de ces gens, la fin de la nuit, le jour vient trop vite.
pleure l'oubli l'oblivion, pleure l'orage et la pluie, pleure les baïnes et les plages, et ces noyades manquées. pleure ces actes héroïques dont il ne reste que cauchemars, les marées les tsunamis, de la plage aux rochers au parking ad vitam eternam propulsés. pleure les étendues de sable le Crotoy, pleure ce lieu où la mer n'existe pas. pleure le Touquet ses galets, les premiers pas les piques-niques, le mal au cœur la nausée, la bagnole et l'odeur du plastique chauffé. pleure l'enfance ses peurs et le retour des vacances, pleure l'odeur du tabac aux baisers mélangé. pleure les manqués les lâchetés les silences les murs, pleure l'absence l'oubli et le sable qui coule du jour qui vient trop vite.
à celui qui pleure la veille de la nuit veillée comme une amante, une sœur de charité, une mélodie tremblée à la bougie sous l'orage,
et depuis cœur gros chamallow, lire Arnaud Maïsetti en partage réponse : à celle qui dit je pleure et Maryse Hache accolade embrassade réunies à travers nos lucarnes et nos mots : à candice nguyen "celui qui pleure" @theoneshotmi
Webmonde est grand, frontières distances tombées, et la vie belle très belle.
Merci.
Jack The Ripper - Liberation
Et pourtant, tu es juste de l'autre côté du fleuve, presque à portée de bras, presque à portée de doigt. Te revoir, te parler, il suffirait de traverser. Je me délie ce soir et me libère. Te revoir, te parler, il suffirait en pensée. Et ce soir, ce soir je reprends la route pour la continuer là où on l'avait laissée. L'heure n'est pas au passeur pour moi.
Nancy Sinatra - Bang Bang
On nous préparait pour le dernier voyage.
Dès l'annonce du décès, les femmes sortaient des armoires et des housses nos plus magnifiques costumes, ces étoffes travaillées chamarrées que nous ne portions plus depuis longtemps tellement avec le temps coulant sous nos pas et cherchant à nous faire trébucher, nous avions fini par comprendre que nous nous approchions, justement, du jour où l'on nous glisserait mais cette fois morts dans ces étoffes noires et grises et vertes et lacérées d'argent et de fils d'or - évidemment, dès l'instant où cette pensée nous traversait, nous ne voulions plus les porter et ils s'en allaient patienter en quelque endroit où nous n'allions jamais fourrer le nez dans la gangue de naphtaline légère dont le parfum serait ainsi le dernier que nous sentirions si l'on veut bien oublier celui de notre propre décomposition.
Encombrées des tissus et puis aussi, il faut le dire, pour avoir quelques heures encore cette impression que nous étions toujours debout, elles suspendaient à même fenêtre nos tenues d'apparat, elles nous mettaient ainsi ou presque comme en vitrine et les passants surpris, souvent ces touristes qui ne savaient rien de nous, se gaussaient de la tradition, ne respectaient même pas notre mémoire pendue dans les courants d'air du soir.
Cela n'importait pas. Nous déjà morts n'étions plus touchés par grand chose et puis quand même, par-dessus tout, nous étions pleins maintenant de cette joie qu'ont les enfants qui se costument alors mourir, vraiment, ce n'était rien.
"Sapes", texte écrit par Daniel Bourrion sur photographie mienne dans le cadre des Vases Communicants d'octobre 2011 qui a gentillement accepté de surboumer avec moi en l'automne naissant et qui reçoit mon texte "Et Pourtant" sur photo sienne chez lui : "le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre."
A Silver Mount Zion - Broken Chord Can Sing a Little
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Ai testé pour vous toutes sortes de moyens de locomotion. À deux roues, à trois, à quatre. Moteur et sans. Sur terre, sur l'eau, dans les airs. Des bacs et des barques, des jonques et des bateaux, des motos des vélos, des scooters, des 4x4, des minivans, des cars, des avions... mais la palme d'or revient sans hésitation aucune au Chat-bus, bien plus rigolo que n'importe quel mauvais minibus local.
Le Chat-bus ? Mais si le Chat-bus voyons, lui !
Bonzes, hommes, femmes et enfants nus-pieds à bouquiner, papoter, lire le journal et surtout ronfler pendant des heures pendant que moi, oh dieu, oui moi, j'attachais ma ceinture de peur de me retrouver propulsée ni une ni deux hors du Chat-bus aux amortisseurs magiques !
J'ai eu vite fait de troquer ma place du milieu - la place du mort - qui me semblait bien plus inquiétante encore que les autres, d'autant que la hotte de l'air conditionné se trouvait juste au-dessus de ma tête. Happée, que dis-je, aspirée dans et par le nombril du Chat-bus, non non, je ne tiens pas à être éjectée au-dehors.
D'une imagination débordante dites-vous ? Que nenni. Me suis retenue par ailleurs d'aller faire pipi (oui le Chat-bus pense à tout), imaginant une scène que les mots ne suffiraient point pour vous décrire. Rires, oh rires, vivement la pause déjeuner et son arrêt.
Après neuf heures mouvementées, nous voilà enfin arrivées à Nha Trang, une station balnéaire du Sud Vietnam et le passage obligé pour moi. Moins pour sa mer qui est bien plus belle ailleurs, ni pour sa ville qui n'a rien de particulièrement charmant, que parce que cette étape représente une sorte de mission familiale hautement matérielle à défaut d'être hautement spirituelle (...) : c'est là que je viens faire le réassort de colliers de perles.
Non non, la monomaniaquerie ne concerne pas que mes lectures ou goûts musicaux.
Elle me gagne jusqu'au cou.
Nha Trang est connu par ailleurs pour son micro-climat très appréciable : alors que tout le reste du pays est submergé par les eaux, Nha Trang reste un petit coin où il fait toujours beau et chaud, où l'on se fait masser sur la plage, où l'on part en mer pour la journée à bord de bateaux sur lesquels on mange, danse, chante et ris.
Nous avons cherché pendant longtemps son micro-climat.
Peux vous dire qu' ON NE L'A PAS VU.
Les masseuses de la plage s'étaient cachées également. Ne sais si c'est dû à cette période de l'année qui est moins touristique, au mauvais temps ou plus probablement parce qu'elles se sont faites virées toute simplement de là. Les marchands ambulants et ce genre d'activités sont extrêmement surveillées désormais dans pas mal de coins du pays ou interdites.
On s'en fout, on a quand même pris le temps de déjeuner chez cette charmante dame et de goûter à toute sa carte. Même payé une clope à une coquine de Mamie qui s'était enfilé deux ou trois assiettes et n'avait pas assez d'argent pour tout payer.
On s'en fout, on a quand même pris le temps de revenir deux soirs de suite manger de la langouste (la langouste n'a pas de pince contrairement au homard - merci Virgile pour ces précisions :o) ), des calamars et coquillages sur ce petit bout de trottoir, même ramené de quoi faire l'apéro là-bas, même dû aller se cacher avec nos tables pour enfants dans les fourrés à deux reprises à cause de rondes de flics.
Folklorique est le mot.
Bon à part ces petits épisodes anecdotiques, il est évident que j'aimerais dire, écrire, montrer plus mais je réserve mon temps à autre chose. :)
Mardi je prends l'avion pour Bangkok. On va voir ce qu'il se trame par là-bas et ce que mes yeux voudront bien y voir ou pas. N'ai jamais voulu aller en Thaïlande et ce pour des raisons bien précises. Prostitution, infantile notamment, ma sensibilité face à ce genre de sujets, entre autres. Un passage par Pattaya est également prévu. Alors là, je vous passe tous les clichés que j'ai en tête et en mémoire aussi. Ne vous avais-je dit que j'avais passé cinq années en Anthropo à Nanterre dont les dernières spécialisées sur l'Asie du Sud-Est. Des sujets de mémoire et des terrains d'autres amis me reviennent comme si c'était hier.
Demain : de mes propres yeux.
Au retour de Bangkok, rapide passage par la famille à l'ancien Cap Saint Jacques (ah vive les appelations coloniales) puis Saigon, retour sur Hanoi avant le grand retour. Le temps file.
Prochaine fois, je pars deux mois...
Nina Simone - Tell Me More and More and Then
Photographies : de Vung Tau à Nha trang, Vietnam
Ai rajouté des photos ici et là. De la parcimonie au trop de, au trop d'images, au trop d'émotions au manque de temps. Au temps qui défile, au temps suspendu, aux retrouvailles.
Vous passe les retrouvailles du Sud, du bord de mer, du père pour arriver directement sur la route de Di Linh.
Di Linh, Bao Loc, Loc Son, sans pluie, sans brume, un miracle.
Les rizières du Nord remplacées par les plantations de caféiers et de théiers des Hauts-Plateaux du Centre. Passée par le village natal maternel, pas eu le temps de m'y arrêter ni attarder.
Sept heures pour faire à peine deux cents kilomètres dans un mauvais minibus local, 15 places, 25 passagers, 35 cartons sur la galerie, dans le coffre, aux pieds, sur les genoux, du nuoc mam accroché en haut de l'oreille gauche, deux bonnes femmes qui vomissent par devant et une vieille qui se défonce au baume du Tigre par la droite, ça anéantit tout reste de velléités d'aventure. Roots mais pas trop. Que ce trajet en finisse ou nous mourrons tous d'asphyxie. De quoi ? Ne pouvons plus savoir.
La terre toujours de ce rouge brique, la chaleur assommante, le bleu du ciel, le no man's land
nous descendons à Bao Loc
Soeur a le regard un peu hagard, de ceux qui disent : "Ah bon, on descend là, au milieu de nulle part ?". C'est que la gare routière a changé d'emplacement, on est dans ces lieux indéfinis où l'on aurait pu se retrouver totalement ailleurs que cela aurait été pareil.
Mission : retrouver maintenant la maison de la grand-mère maternelle. Une surprise quant à notre arrivée matinale. Après quelques quêtes de renseignements, quelques tours de hameaux et quelques bonnes rigolades avec des présupposés voisins qui se moquent du fait qu'on ne connaisse ni nom ni adresse de la grand-mère qu'on vient visiter, c'est adieu les tongs et les pieds à même la gadoue.
Quoi ? Bin oui, ma grand-mère, elle s'appelle Grand-mère c'est tout... :)
Un mur a été rajouté, n'avais point reconnu la maison, on était passé devant.
Les photos qui ornent les murs ont changé, les enfants ont grandi, se sont mariés, la maison mieux arrangée. Ce même confort rustique, système de récupération de l'eau de pluie (il vaut mieux dans une région où il pleut trois cents jours par an), douche froide et bassines, ces mêmes ventilateurs de mort, ces mêmes moustiquaires. Échappé aux feuillets d'école à l'encre noircis et aux pages de livres déchirées comme papier toilette. Échappé ai-je bien dit. Roots mais pas trop. ;)
On se couche à l'heure des poules, au son des grillons et des crapauds, quelques mauvaises effluves remontent des terrains mitoyens à cause des eaux de pluie qui ont stagné : une chance pour nous, peut-être était-ce ici les derniers jours de la saison des pluies.
Pour le reste, ma grand-mère : un sacré bout de bonne femme qui ne manque ni de tempérament ni d'humour...
Hanoi en vrac, Hanoi qu'on quitte demain. Je remets ici pêle-mêle quelques photos que j'avais balancées sur twitter.
Aurais voulu photographier le même endroit à différents moments de la journée pour vous montrer la vie là-bas qui se succède. Marchands ambulants, échoppes alimentaires du petit-déjeuner au dîner, magasin qui ouvre et ferme, l'heure de la sieste, le trafic de dix-sept heures, le tout sur le même spot, le même lieu traversé par les heures différentes et les gens différents.
Mais l'aube ne me réussit pas. Encore moins après quinze jours de vadrouille et quelques rhum hier soir. Me suis levée à 6h ce matin pour cela et puis finalement quand on a les yeux encore à moitié fermés, c'est pas que l'inspiration ne vient pas, c'est qu'on n'y voit simplement rien. Du coup, après quelques tours de pâtés de maison pour trouver "mon spot", j'ai attéri au lac pour mater les vieilles faire leur feng shui tai chi (suis vraiment pas sportive ha !) matinal et me suis rentrée faire une grosse sieste. :o)
Plus tard dans la journée, j'aurai réalisé que mon spot parfait se trouvait hélas juste devant l'hôtel où je dormais. Ballot hein.
Hanoi en vrac donc.
Puis Ha Long.
Ha Long dont j'avais rêvé, Ha Long fantasmée, Ha Long par trop visitée, Ha Long saccagée, Ha Long protégée, Ha Long décriée.
Ha Long de mes propres yeux.
Ha Long sans les sacs plastiques que j'avais redoutés sur ses eaux, Ha Long dans des conditions plutôt privilégiées sur une jonque privée.
Ha Long en évitant Disneyland, autant que faire se peut.
Je hais la sensation de rentrer dans un zoo. Ici, ailleurs, partout.
Ha Long de jour, Ha Long de nuit. Ha Long sans la brume. Ha Long que jai aimé au crépuscule.
Ha Long, sa nuit.
Ha Long d'où j'aurais regardé les étoiles filantes passer encore pendant une éternité ou deux. Ha Long sous la nuit noire, Ha Long scintillant ici et là d'agitation humaine sur les quelques jonques alentours.
Ha Long, le calme.
Sinon, hier on a sauvé une jonque d'un naufrage.
Sinon, j'ai encore ce foutu mal de terre.
Cap sur le Sud demain en avion.
Le prochain billet sera écrit dans l'effervescence des retrouvailles ou ne sera pas !
Atterrir à Hanoi plutôt que Saigon pour une fois.
Ne pas raconter Hanoi, une ville où j'aurais pu me voir vivre. Le dédale de ses rues, sa circulation douce (loin, très loin de la surréaliste saigonnaise), sa poussière, sa pollution, mes bronches qui accusent le coup difficilement. Ne pas raconter mais partager cette photo en attendant de prendre le temps, un photo prise dans la rue du train, une parmi la masse de couleurs, de formes, d'odeurs, de sensations.
Impossibilité de dire, impossibilité de retranscrire, les moments de calme pour écrire sont pour le moment inexistants et j'ai quitté Hanoi pour quelques jours.
Pouvoir vous dire seulement de façon anecdotique que j'avais oublié combien j'avais une tête bizarre pour les gens ici vu comment on me dévisage : à Hanoi c'est en permanence. Ca épuise ma mère, ça augmente ma non-chalance (mère qui m'a rejoint à Hanoi tout comme soeur canadienne - nos premières retrouvailles ici...). Je ris, elle grogne un peu. Un peu de ces flics qui descendent même de leur bagnole pour m'interpeller avec un "hellooo" un peu coquin à la tombée de la nuit : quelque peu déroutant effectivement. Je regarde mes fringues : je ne fais pas prostituée non. Non, non. Alors ? Alors ne sais pas... mais à mon habitude : j'emmerde le monde. :o)
Oh bonheur : l'accent du Nord que je redoutais tant n'est que douceur et ô joie allégresse je comprends !
Quitter la ville et prendre la direction du Nord-Ouest. Ses montagnes, rizières en terrasse, ses feux, routes accidentées, ses minorités ethniques... Des photos sans légende je m'en excuse, peu de temps et une grande fatigue.
Beaucoup ont été prises au sein de ces minorités peuplant les régions montagneuses du Vietnam : Thai Blancs, Hmong noirs, rouges, Dao, Tay... quel bonheur de revoir les enfants courir les rues, les plaines, les vallées, les montagnes, les rizières et les ponts de partout. Buffles, oies, canards, cochons, enfants, ça grouille de rigolades.
Passer quelques nuits chez l'habitant, au goût fort de bon et mauvais alcool de riz, au son du hurlement incessant des chiens et des coqs le matin (que dis-je la nuit, 4 heures et demi c'est encore la nuit), à l'odeur des cochons et des rats morts, en pleine montagne, en plein milieu de nulle part, à l'odeur des fumées. Mais ce soir, dormir là (dernière photo) et c'est plutôt le top confort... D'ailleurs, je sombre déjà.
Redescendre doucement vers les plaines demain.
Quant à Ha Long... week-end prochain.
Enfin ces dernières images à la verticale... pour mes soeurs restées
Les années passent
Les gens changent
Demain
Demain déjà.
Demain en plein vol
J'irai voler des petites cuillères
Eh ouai.
Petites cuillères dans ma poche
remplaceront galets
Sans l'ombre d'un scrupule
Sourire enfantin au coin des lèvres
une pensée émue
Les années passant
Accumuler n'est plus
léger léger léger
S'est défait du superflu
à l'essentiel re veux nue
Plus que la sève
Elle seulement elle
Ce nouveau gadget aussi qui j'espère marche bien
car mosquitos m'aiment bien
Mosquitos m'aiment trop
Tentatives.
Tentative tenant dans un bracelet
Mosquito m'aimeras-tu ?
Savoir prendre des risques
Et se mettre parfois en péril
N'est-ce pas
:p
Angus & Julia Stone - Big Jet Plane (Down the way - 2010)
- Pourquoi me parlez-vous de la lèpre ?
- Parce que j'ai l'impression que si j'essayais de vous dire ce que j'aimerais arriver à vous dire, tout s'en irait en poussière... - il tremble -, les mots pour vous dire, à vous, les mots... de moi... pour vous dire à vous, ils n'existent pas. Je me tromperais, j'emploierais ceux... pour dire autre chose...
Duras, Le Vice-Consul, Gallimard,1966
Les déchets s'amoncellent ici. Les trottoirs sont pleins. Certains commerçants ferment boutique faute de pouvoir remonter le store de leur devanture complètement obstruée par les ordures. On apprend à slalomer d'un trottoir à l'autre, on hésite avant de descendre ses poubelles en bas de son immeuble, on se les garde une bonne semaine chez soi, puis finalement, on les descend comme tout le monde en ayant pris soin de fermer un peu mieux le sac qu'à l'habitude et on les dépose sur une belle montagne haute de deux mètres.
La Sécurité Civile est venue en renfort il y a trois jours. Bennes militaires, hommes tout de blanc vêtus, des apiculteurs récoltant nos excréments avant que les conditions sanitaires de la ville ne tournent à la catastrophe. Une seule goutte de pluie et tout le monde crie au pipi de rat, à la fermentation, à la peste, au choléra. Mais finalement peu de gens pour se plaindre de la grève elle-même. Elle gêne tout le monde, pas de transport, pas de service de cantine, pas d'essence, pas pas pas, un pas remplacé par des effluves nauséabondes. Nauséabondes. On vit avec les rats.
On crame alors les poubelles, on déblaie devant chez soi mais on ne peste pas sur la grève non. On s'imagine plutôt monter à Paris un à un et déposer un seul sac de nos ordures ménagères devant l'Élysée. Un seul sac par foyer. Histoire de. On en vient même à comprendre ceux qui crament les poubelles. J'aimerais juste sortir de chez moi.
De vieilles peurs remontent des égouts. Avec la pluie. Avec les rats. Tout ça. On s'imagine le retour de la peste sur la ville, on prie le ciel pour que le Mistral chasse les mauvais nuages, on en allumerait presque un cierge à Sainte Rita. Et c'est chose entendue : après un ciel parsemé d'éclairs et le grondement impétueux du tonnerre, il n'a que très brièvement plu hier soir. C'est qu'il pleut rarement ici. Et on en est content de ça, particulièrement en ce moment. On se dit aussi qu'on est content de la chute récente des températures. Imaginez-vous une ville où huit tonnes de détritus jonchent le sol par trente degrés : parfois, c'est bien l'automne aussi.
Au loin, la protestation statique et silencieuse des pétroliers continue. Le soir, ça fait plein de lumières à l'embouchure du Vieux-Port. Ca scintille de partout. Jusqu'à la Côte Bleue, jusqu'à l'endroit que je vois de mon balcon et que j'avais pris en photo la dernière fois : ce ciel rouge illuminé par les flammes, ce funèbre feu de forêt. J'avais pris cette mauvaise photo le coeur battant, presque le goût de fumée dans la bouche, un terrible stress devant la violence de ces flammes visibles à l'oeil nu à quelque trentaine de kilomètres du lieu du drame, presque fait exprès de prendre une mauvaise photo. Quand c'est trop, c'est trop.
Là, les lumières sont différentes. Elles transportent en elles la force sereine, l'immobilité paisible et silencieuse, l'horizon ne vacille plus. C'est beau. Là encore ça a pu gêner quelques milliers de passagers venus d'ailleurs en énormes bateaux de croisière, avec l'obligation de débarquer pour eux à bords de petites embarcations improvisées, de vulgaires chaloupes, une arrivée plutôt folkorique sur cette terre.
La grève partout à l'horizon.
Et moi je vous parle de tout ça lorsque je m'apprête à quitter cette ville que j'aime jusqu'à ses trottoirs puants et tagués de tous côtés.
Et moi je vous parle de ça alors que je voulais vous parler d'autre chose qui se passe ailleurs, plus près de Lahore que d'ici.
J -7
The Wedding Soundtrack - Berceuse #1 mix (2007)
Photographie : Marseille 20 Octobre 2010
L'occasion est rare !
Mais que faire ?
Gardez-en un souvenir.
En réponse à Maryse Hache qui vient de publier hanoï hélène baky 1932
Du souvenir, j'en garde des traces bien plus profondes que la simple curiosité ramenée des foires. Vous le décrivez si bien, ces petits trésors tenus en quelques babioles exotiques qui amènent avec eux tout un monde dont on ne connait rien et qu'on imagine pourtant de mille façons.
Ça me rappelle, il y a douze ans en arrière, la première fois où j'ai débarqué chez ma grand-mère maternelle dans les hauteurs du Centre à quelques kilomètres de Dalat, cette terre rouge dont j'ai parlé et qui a marqué de façon indélébile mon premier contact avec une famille que je ne connaissais pas et dont pour tout dire j'ignorais même l'existence jusqu'à peu.
Une terre rouge, une brume aux flancs des montagnes, des caféiers et théiers à perte de vue. Une région pauvre, touchée par les bombardements au plus haut point. Le napalm. Et tout le reste. Trente ans après, j'y allais pour la première fois. Bien avant le premier retour de ma mère dans sa région natale, bien avant. Je n'avais alors aucunement essayé d'anticiper telle rencontre, ne sachant à quoi m'attendre. Je me souviens d'une énorme appréhension avant cela, sur le trajet, même un peu avant. Je me souviens de la soudaineté de cette rencontre dans mon esprit lorsque mon père m'avait interceptée de retour d'une baignade pour me dire : « minh di tham ba ngoai » (on va voir grand-mère). Enfin non, je mens, je ne m'en souvenais pas. Je ne me souviens pas de tout ce qui me marque profondément. Je l'occulte. Je le laisse enfoui dans mon intérieur intérieur (pour rebondir à vos propos) jusqu'à ce que quelque chose me le rappelle des années après, avec autant de parcimonie que de violence que ces actualisations sont toujours trop soudaines.
Remonte à la surface, geysers d'émotions.
Je ne m'en souvenais pas mais j'ai retrouvé ce petit carnet dans lequel y est notée cette fameuse première fois et dont je ne voulais pas encore parler.
« - Minh di tham ba ngoai.
- Ouai, ok, quand ?
- Tout de suite.
- Quoi ??? Tout de suite ? Là ? Maintenant ?
Psychologiquement non préparée. On y va. Quatre heures de route. (…) Je le sens mal. Comment ça va se passer ? »
Des histoires familiales comme chacun peut en avoir.
Ici, la cristallisation de l'Histoire en quelques rapports humains et beaucoup de migrations par-delà les mers dans un sens et dans un autre. De l'Auvergne à l'Indochine, de l'Annam à la France, de la France au Vietnam. Sans compter tous les autres, au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, à Nouméa et où ne sais-je d'autre encore.
Maryse, je ne connais pas Hanoï. Je ne connais le Tonkin que par les mots des autres, d'où ce chemin dans quinze jours. J'ai dû passer dans les treize semaines dans cette partie du globe mais je ne connais pas. Rien.
Je ne connais que les mots des autres encore, soit aux effluves nostalgiques et colonialistes, fameuses chasses aux tigres, soit aux peurs associées au communiste, il faut comprendre : ma famille vient du Sud, soit encore j'entends ici et là les propos touristiques considérant le Nord du pays comme le plus authentique et le plus préservé. Authentique de quoi, préservé de quoi ? Voilà des considérations que j'aurais bien du mal à trouver sensées même avec toute la bonne volonté qu'il me serait possible d'avoir. Il faut comprendre. Dans quinze jours peut-être de nouvelles lueurs.
Ça me rappelle, ces pêles-mêles de photos jaunies par le temps sur les murs de son salon. Nous y sommes toutes. Mes sœurs, moi, ma mère, mon chien, tout le monde, mon grand-père – l'homme de ma vie. J'ai deux ans sur cette photo, nous sommes en vacances en ex-Yougoslavie. J'ai huit ans sur l'autre, douze sur certaines. La relation épistolaire n'a donc jamais été coupée. Le fil jamais rompu. Je le découvre à l'instant. Une personne dont je ne connaissais même pas l'existence a en réalité toujours connu la mienne, la nôtre, les nôtres.
Onze mille kilomètres et trente années.
Ça me rappelle, ses mains, les mêmes que ma mère. Belles. Présentes.
Ça me rappelle, ce regard que j'ai trouvé dur et qui d'un coup comme pour me rassurer m'a sourit.
Peut-être elle m'aurait même pas regardée ?
Mais non, elle me sourit.
Ca me rappelle, mes fringues que j'ai trouvées indécentes, mes talons, ma peau blanche, ma robe d'occidentale.
Ça me rappelle, les histoires d'argent, les dettes, l'alcool.
Ça me rappelle, que j'avais mes règles ce jour-là et que ma grand-mère m'avait demandé de rester une semaine avec elle dans ces Hauts-Plateaux pleins de brume et de terre rouge.
Ça me rappelle, l'air suppliant que j'ai pris face à mon père pour qu'il me sorte de là. Mes règles, ici, détail somme toute insignifiant qui ne l'est pas.
Voilà, je lis votre billet et je pleure
et je vous dis merci
et merci à twitter aussi :o)
D'un vase à l'autre, on finira bien par en remplir quelques uns.
Marseille, 19 Octobre 2010
Yann Tiersen / Claire Pichet, Summer 78 (Goodbye Lenin ! 2003)
Photographies : Di Linh, Vietnam
Cette nuit j'ai rêvé que j'étais à la baie (déjà), on cherchait un endroit où manger avec ma sœur, pas celle qui sera dans quelques jours mon autre voix (…) mais une autre avec qui j'ai déjà partagé un voyage là-bas, il y a quelques années, le troisième dans le delta du Mékong et ses méandres de rizières alors submergées par les pluies - c'était en août.
On avait de l'eau jusque la taille, on s'enfonçait tant bien que mal dans des recoins à la lumière étouffée - je n'arriverais même pas à dire si dans mon rêve c'était le jour ou la nuit: c'est que ça y est, la victoire de l'automne ici sur les heures du jour m'a complètement déprimée. Je hais comme beaucoup de gens ce jour qui déclare forfait trop vite, ne laissant le temps de rien que c'est déjà la nuit, noire. Et encore, nous ne sommes que la mi-octobre, et encore, j'ai la chance d'habiter ces pays cléments de la Méditerranée qui narguent avec insolence encore l'ordre des saisons.
Dans mon rêve, de l'eau partout, du ressac à chaque pointe rocheuse, du monde aussi : tout autour j'entends les conversations se mêler au bruit discret que peut faire l'eau lorsqu'on tente de braver ses ondes. Pas de brume mais cette lumière crépusculaire dans laquelle on distingue si mal les choses et les gens (le rêve me direz-vous), on ne perçoit rien autour que des mouvements désordonnés et une agitation humaine, diffuse. Il y a mon cousin aussi, celui qui est de l'autre côté de l'Atlantique et que je n'ai pas vu depuis des années. Tout se confond dans mon esprit alors pour arriver à ce même point, là-bas, dans quelques jours. Ces fragments épars, ces personnes des quatre coins du globe, ces frontières et ces eaux qui nous séparent au même point rejoints.
C'est bien la première fois que je tente ce genre d'imagination même en rêve. C'est que oui, mon esprit l'a imprimé... bientôt. Je n'ai toujours pas réglé tous les détails de mon départ, évidemment, et une liste de choses à faire avant à m'en donner le vertige.
Ce matin, en allumant ma petite lucarne, les yeux encore collés, le café fumant à peine entamé, je tombe là-dessus : Peut-être Dubaï sur un site dont je commence à me délecter depuis quelques jours (Urbain trop Urbain) et je m'enthousiasme alors de tous ces voyages, de toutes ces villes, de tous ces coins du globe encore à découvrir.
Patrick Watson - Traveling Salesman (Wooden Arms 2009)
Photographie : Marseille, 05 Août 2008
Nuit agitée sans sommeil hier. Comme tous les soirs je laisse les fenêtres grandes ouvertes, l'été n'a pas fini de venger le printemps cette année. Mais l'air humide, les cheveux hirsutes, frisés, c'est l'air de la mer qui revient dans la chambre. Aucun nuage à l'horizon et pourtant on devine la brume qui s'apprête à amarrer d'ici peu, là, demain, cette nuit, dans quelques heures, maintenant. Nuit agitée sans sommeil, un moustique pour toute compagnie, le bourdonnement insidieux au coin de l'oreille, dans le creux de mon cou, je sens la présence proche comme la présence sent mes cheveux pleins de l'iode de la mer et de la fatigue, fatigue de ces mouvements sans cesse répétés : j'attends toujours l'immobilité retrouvée.
De cette compagnie l'exaspération, je rebranche la prise anti-moustiques trop tard, mon corps déjà sucé en deux endroits - ne veut-on pas de mon repos. Je me camoufle sous la couette, me rendors quelques minutes, quelques secondes, et la valse reprend de plus belle. Je me relève, n'allume point les lumières : inutile c'est déjà le jour dans la nuit. Je suis exténuée. Lumière jaune, la mousson. Je suis déjà là-bas. Levée malgré moi et encore plongée dans des rêves indistincts où tout se chevauche, je ne sais plus rien de cette réalité ou d'une autre. Je m'allume une cigarette et repense à la magnifique dernière partie de Fuir et l'état de suspension dans lequel le narrateur est plongé pendant toute la durée de son voyage entre Pékin et l'île d'Elbe :
« mon esprit ne parvenant pas à passer fluidement de l'un à l'autre, à abandonner l'un pour se consacrer à l'autre, mais restant en permanence dans cet entre-deux provisoire du voyage, comme si cet état transitoire, extensible et élastique, pouvait être étiré à l'infini, et que, finalement, je n'étais, en pensées, plus nulle part, ni à Pékin ni à l'île d'Elbe, mais toujours à la surface de ces lieux transitoires que je traversais, à la fois arrêté et en mouvement ».*
Les yeux encore à demi fermés et ces putains de klaxon qui commencent dès l'aube. Le plaisir de la sieste possible comme unique pensée pour pouvoir démarrer une nouvelle journée en pleine nuit.
* Jean-Philippe Toussaint, Fuir, éd. de Minuit 2005-2009 - "double" n°62, pp.122-123
PJ Harvey, Silence (White Chalk 2007)
Photographies : Iles du Frioul au large de Marseille, Juillet 2010
N'en peux plus de rêver
fragments épars
se rejoignent
confus
vers ce pays que je ne connais pas
que j'ai oublié ?
à force d'y penser
tout finirait bien par renaître
les morceaux se recoller
un à un
trésaille
Cette inquiétude, encore ce soir, que je n'ai pas su rassurer. Ne suis vraiment pas douée pour cela, comme une préférence pour l'enfant le plus insouciant de tous, la tête en l'air, les bleus sur les genoux, les tibias dans les coins de table, je ne peux m'empêcher d'en être agacée, d'elle cette inquiétude, et de développer une intolérance à peine extériorisée mais pourtant si palpable dans mes longs (?) silences - pour moi : ils sont éternité.
Lis entre mes mots
je n'arrive plus à t'écouter
écoute mes souffles
mais tu ne fais que parler
tu n'entends rien
je n'y arrive plus
M'agace et pourtant touchante - autant folle que fondée, celle d'une mère pour ses enfants, d'un frère pour son cadet, celle de l'amour qui prend peur devant ce qu'elle ne connait pas, devant celle qu'elle ne connaît plus - la peur pour l'être aimé. Mais je le redis, elle m'exaspère en ce moment, je n'entends plus rien, rien. Laissez-moi rêver même encore quand je n'en pourrais plus de rêver, ne pas brouiller les flux confus qui n'habitent en ce moment, j'essaye de me retrouver.
L'immobilité paisible après le chaos de la foule, la ville, son animation perpétuelle, elles seules dont je me souviens et qui tourbillonnent encore jusqu'au fond de mes entrailles -
je fuis
Fantasme n'est pas fantasmer, de cette immobilité je retrouverai la force pour continuer. Pourchasser le vent et bouffer la poussière de la terre, rouge la terre et humide l'air entre mes deux poumons infiltrés. La brèche, ridicule, par laquelle bouffée après bouffée s'immiscera tout l'oxygène dont j'ai besoin pour continuer. Les yeux fermés, reconstituer l'aube de ma pensée qui s'est éparpillée en mille miettes, en mille endroits, en mille temps que je ne sais plus très bien où elle a pu se cacher.
N'en plus pouvoir de rêver
fragments épars
se rejoignent
confus
vers ce pays que je ne connais pas
que j'ai oublié ?
à force d'y penser
tout finirait bien par renaître
les morceaux se recoller
un à un
novembre
en attendant
A Silver Mount Zion, For Wanda (He Has Left Us Alone But Shafts of Light Sometimes Grace the Corners of Our Rooms 2000)
Photographie : lulu, Montpellier 2009
Mon voisin du deuxième m'alpague un après-midi de juin en bas de la cage d'escaliers. L'air gai comme un pinson, il arbore un sourire aussi large que sa bedaine. Échanges de banalités, sourires convenus, il tente de regagner ma sympathie suite à quelques déboires de voisinage, problèmes de tuyauterie habituels et autres gouttières bouchées qui n'arrivent à défaire le nœud de nos relations. Je suis une voisine qui ne fait pas d'efforts avec ses chers et tendres voisins en règle générale mais vu l'air niais et empli de bonheur qui l'assaille aujourd'hui, je ne peux que me résoudre à lui sourire en retour et ne pas prétexter quelque rendez-vous pressé - pour une fois. Vous m'avez l'air bien en forme Monsieur D. aujourd’hui dites donc. Un peu que je le suis, regardez donc ma boite aux lettres. Un nom vient de se greffer au sien, charmante étiquette qu'on ne saurait manquer à vrai dire vu la blancheur de son papier et la taille démesurée qu'on a pris soin de lui tailler.
Monsieur D. affiche donc cet air victorieux parce qu'il vient de se ramener une femme philippéenne. Enfin. Une demi-heure d'épanchements sur le ton de l'aimable confidence dans laquelle il a le temps de me parler de ses trois précédentes femmes vietnamiennes avec qui ça n'a jamais pu se faire - dont une avec une paire de nibards, vous n'avez jamais vu ça sur pareille vietnamienne. Un canon : rare ! Rare. De la chirurgie peut-être ? C'est qu'elles sont difficiles et bornées les vietnamiennes quand même. Alors que je me demande si je dois le savoir mieux que lui - Bornées et fières, la question me reste en suspens et je suis soudainement prise de fascination pour le personnage. Yeux grands ouverts et appétit naissant pour mon voisin - jusque là entité vague et indéterminée - et le flot d'insanités qu'il s'apprête à m'abattre. Ça y est : il va se dévoiler. Je souris de nouveau, j'aime les gens qui jouent cartes sur table comme ça. Monsieur D. m'évoque alors la triste réalité des mariages mixtes lorsque l'on ramène une femme étrangère dans sa propre patrie : elles deviennent feignantes ici, de vraies petites princesses qui s'habituent au luxe et à la paresse - C'est quand même mieux d'aller là-bas. Enfin, Manille, c'est mieux pour la retraite, un paradis fiscal en prime. Les militaires américains sont heureux là-bas. La retraite à 40... avec une petite minette de 25. Ça donnerait envie d'être à la retraite à 30 ans.
Stan Getz & Joao Gilberto Featuring Antonio Carlos Jobim, The girl from Ipanema (Getz/Gilberto 1964)
Photo : Marseille, juin 2009
Pourquoi ne pas tout mettre au même endroit ? Bonne question... Mon côté psychomaniaque peut-être ? Première question évacuée, hop, je fais ce que je veux de toute façon.
Ce qui semblait être loin approche à tous grands pas, tic tac fait la montre et rien fait de ce que je pensais. La feuille de route, le semi réapprentissage de la langue, rêver un peu des endroits vers lesquels je pourrais trainer un peu mes guêtres, appareil photo dans une main, produit anti-moustiques dans l'autre.
Rien. Évidemment.
L'organisation et moi ça fait deux
la projection et prévoyance trop de [pr] qui m'écorchent le cerveau
le temps file un peu vite
mon sens de l'exagération marseillais est proportionnel à mon emploi de l'euphémisme.
Il est aussi beaucoup plus simple pour moi d'ouvrir un nouveau blog. Mais combien de comptes a-t-elle ? Retour à la première question, n'en parlons plus. Partons d'ici.
J - 30
J'ai déjà tout ce qu'il me faut en réalité.
Je l'ai mentionné : l'appareil photo, le produit anti-moustiques.
À cela rajoutez mon ordinateur parce que ce ne sera pas les vacances
mon Ipod - où je meurs avant même d'avoir atterri
3 bouquins - dont le premier est déjà fixé et sera Cent ans de solitude.
J - 30
J'aime Posterous et ce service sera beaucoup plus simple pour y déposer plusieurs images en même temps et quelques bribes de mots entre deux villes, deux habitations.
Mon quatrième voyage là-bas. D'aucun n'ont été semblables. Ni les lieux ni les gens ni les conditions. Il y a des gens qui partent, un peu trop tôt à mon goût, il y a ceux qui restent, il y a ceux qui partent mais ailleurs par-delà les mers, il y a les paysages qui changent, il y a les circonstances qui diffèrent aussi. La vie.
Lorsque j'ai pris mes billets il y a quelques mois de ça, j'imaginais faire ce voyage seule, du moins ses trois quarts. Atterrir au Nord, découvrir le Nord Nord du pays que je ne connais pas.
ce pays que je ne connais pas
jamais eu le temps de remonter plus au Nord que le Sud du Centre
alors c'est pour dire
je ne connais pas ce pays
ses gens du Sud, peut-être un peu plus oui
au-delà non.
Atterrir au Nord. Poser ses affaires quelques jours dans un hôtel à Hanoï, se balader autour du lac et plus loin
se balader
dîner tard
manger à n'importe quelle heure du jour et de la nuit
dans des échoppes ridiculement petites
à même le trottoir
sur les marchés
manger encore
à n'importe quelle heure du jour et de la nuit
Surpasser les limites de mon vietnamien dans des contrées où il y a autant de disparités linguistiques que l'occitan puisse être différent ici du chti
ne pas me faire comprendre
me faire rire au nez
de ma pratique calamiteuse de la langue
en rire
pour la première fois
ne plus complexer de ce manque - car c'est un manque
me faire arnaquer
peau trop blanche, fringues trop blanches
peau trop mâte, origines incertaines
Aimer
Repartir
où je ne connais pas
Aller dormir deux trois nuits sur une jonque dans la Baie d'Ha long ou sur l'un de ses îlots
seule encore
paysage dégagé
ou brume tout feu tout vent
la brume me plairait
Tout le monde s'écrie : "J'espère que tu auras beau temps là-bas. Tu ne verras rien sinon, tu n'en profiteras pas."
ça me plairait la brume
je ne dis rien mais je ne suis pas d'accord avec ce qu'ils disent.
La Baie d'Ha Long.
J'ai l'impression de fantasmer en écrivant. Ce lieu n'existe pas, je l'invente en l'écrivant.
Il n'est pas possible que j'y sois un jour
de chair et d'humeurs.
Revenir à Hanoi, monter vers Sapa, humer l'air des montagnes, ouvrir grands les mirettes et tendre les oreilles parmi ces populations que je ne connais pas
humer l'air et les odeurs toujours
Ne connaitre ces populations que par les mots encore
ceux de ma littérature scolaire passée
ceux d'études autant passées que désuètes
avec quelques relents colonialistes
il ne faut pas le nier
- euphémismes poussés.
aujourd'hui et depuis toujours mises sous silence
des médias
du monde
du dehors
sauf pour l'artisanat
ah ça oui l'artisanat des minorités ethniques, c'est bon pour le tourisme
on peut laisser cette extériorité-la venir jusqu'ici
pour l'artisanat et le folkore
mais pas trop
pas plus
Des populations dans un pays qui pratique autant l'étouffement de ses minorités que son principe de gouvernement est celui du parti unique
un pays qui s'ouvre aujourd'hui aussi autant aux capitaux étrangers, à la modernité, aux Iphones et autres gadgets qu'il conserve le contrôle des médias et chérit l'imagerie soviétique
encore
Le temps n'est plus au paradoxe, il faut concilier face et nécessités.
Prendre le train
encore le train
et quelques bus
Redescendre tranquillement vers le Centre, son Sud, ma grand-mère.
Continuer encore,
Revenir là où je suis allée
là où je connais
là où il y a ma famille
le soleil, la mer, toujours.
Là où les conditions ne sont plus les mêmes
les mêmes qu'au Centre, qu'au Sud du Centre, que sur la route de Di Linh
où il y a beaucoup de pluie
de pluie
et encore de pluie
de la terre rouge aussi
des caféiers
des théiers
et de la pluie encore
Redescendre
Là où la richesse a pris le pas sur la pauvreté
où les chemins de terre ont été remplacés par le bitume encore fumant, les ronds point mégalos
l'aménagement des plages
le petit Dauville des Saigonnais
Là où les gens ne sont plus tous les mêmes
partis trop tôt
partis ailleurs
nouveaux arrivants
départs
revenants
les enfants
ça grouille de partout
ça court
on chahute, on s'amuse
on fait des bonhommes avec des épluchures de fruits
on va au karaoké
au karaoké
puis mon père aussi
J -30
Je ne vais pas faire ce voyage seule.
Il sera tout différent de ce que j'avais imaginé il y a quelques mois.
Du monde s'est greffé à mon périple depuis
quelle émotion
par-delà les mers on aura réussi à se donner rendez-vous là-bas.
l'expérience que plus enrichie
d'impressions, de sentiments et de regards
J'espère que ces carnets pourront s'enrichir d'autres voix que la mienne.
novembre
en attendant
Photographies : Marseille été 2010 / Phan Thiet, Bao Loc, Dalat, Vung Tau, Vietnam août 2006)
Posts
"Quand je reviens de voyage, quoique ayant songé à lui bien souvent dans mes heures de mauvaise humeur et de faim d'autrui, je suis d'abord quelque temps à coqueter avec mon désir, n'allant pas directement à lui, ni même le regardant.
Après des dizaines et des dizaines de minutes seulement, après avoir lancé un coup d'oeil comme à demi indifférent, et découvert avec flegme puis refermé l'instrument, tout à coup de désir plein, trop longtemps retenu, je m'y jette, je m'y rue (n'ayant pas depuis lontemps un piano, je dois avoir encore la peur de le perdre et de ne plus en avoir jamais), cette fois je ne me retiens ni des doigts ni du coeur, je m'y allonge par dessus les touches d'où émane la nappe sonore, je m'y trempe, je m'y masse, je m'y dénoue et m'y noie.
Cette fois, c'est bien le retour."
Michaux, Passages, 1950, Gallimard (nouvelle édition de 1963)
Il y a quelques mois déjà, j'écrivais ceci : Se réapprivoiser. Sentiments et comportement toujours autant partagés depuis l'âge de mes... deux ans ?
Je crois que j'ai dû naître dans l'antre d'un piano.
En bande son, un rush d'impro de nos retrouvailles, tant de chantiers ouverts qui à la fois m'exaltent et me désespèrent.
Photographie : Paris, Mai 2007
Je relis à tête reposée et je suis bien obligée de partager de nouveau : Arnaud Maïsetti : Internet | temps réel et ses fragments de réflexion non fragmentaires mais plutôt denses, bien ouverts sur ce qui se joue et trame aujourd'hui autour et dans les rapports entre internet, écriture, question de l'auteur, de la polyphonie, des échos qui se propagent dans la toile et trouvent parfois - souvent, réponse dans un temps très court voire dans l'instant. Les portes se sont déplacées, celles de la bibliothèque, celles de la solitude du lecteur, celles oserai-je dire aussi, celles de l'écriture, un peu, beaucoup.
Quatorzième fragment :
"Internet, ça voudra dire : en lisant en écrivant dans tous les sens, et comment ça nous a maintenu vivant de nommer le monde, un endroit du monde non localisé, en déplacement constant, lieu qui existait quand on le faisait fonctionner sous nos doigts, et la solitude en partage qui circulait : et la vie entre qui battait."
Parce qu'aujourd'hui, à travers Internet et aussi le basculement dans quelque chose que j'ai encore bien du mal à percevoir clairement : la génération deux point zéro - alors même que c'est partie intégrante de mon travail et environnement * -, les solitudes se rencontrent, se font face et se répondent ensemble dans le même temps, les espaces différents autrefois isolés convergent dans "cet endroit non localisé du monde, en déplacement constant". La(/à), les fenêtres ouvertes devant soi ne sont plus celles que de l'auteur, de ses mondes, de ses mots, mais deviennent aussi celles du lecteur, des lecteurs tous en même temps tout en même temps - des fenêtres allumées. Il y a de la lumière allumée là oui, dans ce qui semble être un dédale de flux, masses informes d'informations et d'expériences. Derrière ces flux, de vrais gens, qui se répondent, des portes qui se déplacent, des murs qui éclatent, des écritures et des lectures qui se lient, des processus en vie.
Un putain de raffut ça fait quand on y pense que ça me donnerait presque le vertige. Mais là c'est dû aussi à mes activités qui font que je dois parler beaucoup, constamment, tous les jours, à ce que j'appelle avec tendresse mes tamagoshis, expression reprise d'une personne autre bien présente aussi sur la toile, et que je trouve délicieuse pour plaisanter de nos inclinaisons à ne pas aimer que nos relations IRL mais à chérir aussi ces nouvelles solitudes qui se vivent ensemble. Bref, je m'éloigne. Ou pas. J'ai perdu le fil, je ne sais plus où je voulais aller. On me pardonnera de la non-clarté de mes propos ici : c'est que ça fait déjà bien longtemps que je n'ai plus réfléchi, pas le temps.
On dit "pas le temps" à propos d'Internet du côté François Bon, moi je dis "pas le temps" à propos de réfléchir actuellement - le contemporain me tue : je suis noyée dans ce surplus d'informations que je n'ai pas le temps de digérer mais surtout pas la force d'avaler - les gens qui me connaissent diraient peut-être l'envie. Ça a commencé avec la télévision dont j'ai fini par me séparer, ça a continué avec ce flot d'images dont le nombre est devenu totalement insensé avec le passage de l'argentique au numérique (je parle là des photographes amateurs et aussi professionnels qui prennent un milliard six cents mille photos en une heure et ne savent plus faire le tri, se séparer, jeter, ne garder que la sève pour ne montrer plus qu'elle), ça continue avec les mots, les blogs, les articles, les billets, les gazouillis, la "TIMELINE", mais quel mot étrange - pas si étrange que ça **, ça n'en finit plus, ça défile très vite, trop vite, qu'on en oublie cinq minutes à peine après ce qu'on vient de lire, de dire, de vomir.
* peut-être justement à avoir le nez trop dedans on en oublie de reculer, peut-être qu'on surestime aussi ces changements (moi), peut-être pas, et alors toutes ces questions vaseuses que je me pose subrepticement, je devrais me les poser un peu plus (beaucoup plus) clairement.
** tous ces derniers sujets qui font partie d'un même ensemble pour moi qui m'obsède un peu et qui mériteraient encore 600 autres heures de réflexion intense mais bon, je ne vais pas redire "pas le temps" ou que ces trucs d'intello c'est pour ceux qui crèvent pas la dalle
« Là où l'imaginaire est le plus fort c'est entre l'homme et la femme. C'est là où ils sont séparés par une frigidité dont la femme se réclame de plus en plus et qui terrasse l'homme qui la désire. La femme elle-même, la plupart du temps, ne sait pas ce qu'est ce mal qui la prive de désir. Elle ne sait pas, beaucoup plus souvent qu'on le croit, ce qu'est le désir, comment il se présente à la femme, elle croit qu'il y a des choses à faire pour qu'elle ressente à son tour comme certaines autres femmes. Il n'y a rien à dire sur ce point sauf ceci : c'est que là où on croit que l'imaginaire est absent, c'est là qu'il est le plus fort. C'est la frigidité.
La frigidité c'est l'imaginaire du désir par cette femme qui ne désire pas l'homme qui se propose à elle. Cette frigidité est celle du désir de la femme pour un homme qui n'est pas encore venu à elle, qu'elle ignore encore. La femme est fidèle à cet inconnu avant même que de lui appartenir. La frigidité c'est le non-désir de ce qui n'est pas cet homme. La fin de la frigidité est une notion imprévisible, illimitée qu'aucun homme ne peut tout à fait rejoindre. C'est le désir que la femme n'a que pour son amant. Quel qu'il soit, (…) cet homme sera l'amant de la femme si c'est pour lui qu'elle éprouve du désir. La vocation à un seul être au monde, incontrôlable, elle est féminine. Il arrive qu'entre amants, dans l'hétérosexualité, le désir soit de même attaché à la personne, que l'homme de même que la femme devienne frigide, impuissant s'il change de compagne mais c'est beaucoup plus rare. Même si ce sont là des notions radicales, désespérantes, ce sont celles qui s'approchent le plus de la vérité. [...]
Là où nous sommes atteintes par le désir de notre amant, c'est dans cette cavité du vagin qui résonne comme un creux dans notre corps. Un endroit duquel la verge de notre amant est absente. Nous ne pouvons pas nous tromper sur cet amant. C'est-à-dire que nous ne pouvons pas imaginer une verge étrangère dans cet endroit qui a été fait pour un seul homme, celui qui est notre amant. Quand un homme étranger nous touche, nous crions de dégoût. Nous possédons notre amant comme lui nous possède. Nous nous possédons. Le lieu de cette possession est le lieu de l'absolue subjectivité. C'est là que notre amant nous assène les coups les plus forts que nous le supplions de donner pour qu'ils se répandent en écho dans tout notre corps, dans notre tête qui se vide. C'est là que nous voulons mourir. »Duras, « Les hommes » in La Vie matérielle (éds. Gallimard, Folio n°2623, pp. 43-46)
Je me dis qu'à force de lire, je finirais bien par écrire.
Je me dis aussi qu'il faudrait que j'arrête ce genre de lectures, qu'alors peut-être, je n'aurais plus cette boule au ventre.
Voilà un blog pour me séduire et qui accompagnera mes prochaines soirées : Les idées heureuses. Non non détrompez-vous du nom qu'il porte, ce n'est pas un blog de psychologie féminine pour Bridget Jones dépressives mais plutôt celui d'un auteur qui jalonne des mots et égrenne des notes de piano, et qui partage des morceaux de choix d'écrivains et de compositeurs variés.
Un billlet datant du 21 Septembre 2009 nous annonce la fin de l'aventure puis finalement paraît en ce jour un nouveau billet sur l'asile et le piano comme "l’une des formes les plus adéquates de la fameuse “pensée qui ne pense à rien”..." : Cortège de phénomènes.
La toile, un dédale. Des blogs par milliers, des textes par millions, des mots par milliards. Et parfois, rare, une écriture qui touche mon âme, une surprise, heureuse : Le Petit Monde de Nicolas Esse qui regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir et qui nous offre ici de bien jolies Promenades du dimanche.
Dégustez chers amis,
et celle-ci en particulier : Deuxième Promenade : entre demain et aujourd'hui
Cela fait des semaines et des semaines maintenant que je n'ai rien posté. Des bribes de textes deci delà, commencées dans le train pour la plupart ou jetées à une heure bien trop tardive de la nuit pour mon cerveau, éparses, sans queue ni tête, insuffisantes ou non assumées. De belles lectures cependant, et nombreuses, dont celle-ci : Jean-Philippe Toussaint, La Télévision. Je recommande vivement. Et c'est seulement à cette lecture que je me suis rendue compte pourquoi j'aimais Toussaint, Duras ou encore Colette dans une moindre mesure... La narration à la troisième personne me dérange, je lui préfère le "je" - sans raisons.
Faire l'Amour de Toussaint vaut le détour aussi. Une sorte de Lost in Translation par les mots, tranche de vie étalée sur à peine un peu plus d'une nuit. Étant rentrée enfin chez moi, je vais peut-être retrouver le temps d'écrire mais j'ai d'abord à finir mes peintures.
Il faut que je me penche sur la question d'une écriture jetée aussi rapidement sur la toile, sans corrections, relectures ni même le recul de vingt quatre heures.
Me pencher également sur la question plus troublante encore pour moi d'une écriture modifiée a posteriori et de textes remaniés en ligne directement ni vu ni connu.
Me pencher enfin sur la disparition du "brouillon", des traces des différentes versions, chronologiques et tout ce qui s'ensuit.
Je suis retombée sur un manuscrit qu'un soir dans un troquet, un client m'avait donné. Cela doit faire bien trois ou quatre ans, je ne sais plus. Je ne l'avais jamais lu, allez savoir pourquoi. Le bon dans tout ça, c'est l'énorme surprise que de retomber sur ce genre d'objets alors même qu'on n'y pense plus voire même dont on avait complètement zappé l'existence. Sorte de bouteille à la mer, quelque chose qui regorge de bonnes surprises, peut-être - intérêt soudain, appétit, yeux tous ronds.
Feuilletage, il n'est pas signé. Cela pique encore plus ma curiosité à vif, pour les mots qui s'y cachent. Je ne connais pas le nom de son auteur et ne le rencontrerai jamais plus a priori (même s'il ne faut jamais dire jamais).
Lecture, de nombreuses coquilles et fautes de grammaire, tiens, si je l'avais lu avant, j'aurais peut-être pu le lui corriger.
Puis le verdict, la découverte de l'objet est bien plus intéressante que l'objet en lui-même. Je dirai donc quand même merci. Mais merci à qui ?
Puisqu'il faut commencer. Rompre avec les points de suspension inutiles. Ceux qui jouent la fausse humilité, ceux qui s'imagineraient amener d'eux-mêmes par un côté faussement énigmatique un intérêt supplémentaire au sujet. Lorsque les mots manquent, lorsque la formule se fait capricieuse, lorsque l'esprit est à court : faire une pause et souffler. Leur rendre toute leur portée - dire les pauses, dire le souffle qui se prolonge, dire les silences. Mesurer, tempérer, bref arrêter d'en abuser.
Il faut que je pense à faire mes notes d'écriture. Le raté intéresser, la coquille prendre sens, l'anecdote insérée. Bref faut que je m'y colle.
Je lis là que toute vérité n'est pas bonne à dire. Dans l'hypothèse où celle-ci pèserait de trop pour la garder en soi, cela revient-il à dire que la dévoiler, c'est faire acte d'égoïsme - ou de faiblesse ?
"J'aime mettre quelques mots entre deux virgules, comme un décrochement dans la grande avenue d'une phrase, une ruelle où deux amoureux iront se réfugier, le temps que dure un baiser."
"De "géniale" à "génitale", il n'y a qu'un thé."
C'est par ici : Merlinades. Notes quotidiennes au cœur du royaume familier