THE ONE SHOT MI

Microphones in the trees

Il a dix-neuf ou peut-être vingt ans.

Cheese Royal

BKK

je suis.

VN en vrac pour l'instant

crapule

Some B&W

Havana Club

PLATEFORM magazine

hien hien

THE ONE SHOT MI

View from my last bedroom

1+1+ = 1+1

vers la nuit

chicken for lunch

Thai Blancs (VN)

c'est toujours moustiquaires

lulu ou la vie au bord de l'eau

lulu toujours...

selves

Shutter Island VS Haneke - Friouls RMX

square in october

variations

marseille sous la pluie couleur

matinée grise en allant vers les Docks

Marseille l'intermittence

arriver après la fête...

six feet under boats

lichen

Stockholms skärgård

Passages choisis

pour vous...

planète mars

Balade un jour de pluie

marseille sous la pluie...

en mai fais ce qu'il te plaît

Ateliers SNCF @ Arles

Des trains et autour...

Them

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tom et les fantômes...

Solas

Ceux qui m'aiment prendront le train...

Un soir rue des francs-bourgeois...

Loreto di Casinca

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February 09, 04:04 PM

theoneshotmi: @sophierandr les librairies de la plaine sont un régal

February 08, 01:59 PM

theoneshotmi: Tonite, soirée deux pour le prix d'un chez Verdier.

February 07, 09:20 AM

theoneshotmi: Debord version Marseille (oui je sais on a encore des progrès à faire.)

February 05, 04:46 PM

theoneshotmi: Je traversais sa nuit et j'en rêvais le jour (Quebec City) @amaisetti

February 05, 04:45 PM

theoneshotmi: Tu es la ville engloutie (Quebec City) @amaisetti

February 05, 04:44 PM

theoneshotmi: Là où ses petites histoires, mine de rien... (Quebec City) @amaisetti

February 05, 04:40 PM

theoneshotmi: En écho à @amaisetti au bout de ses doigts...matin d'été... à rafistoler ses bouts de rêve. (Quebec City)

February 05, 12:49 PM

theoneshotmi: C'est un peu unreal quand même.

February 05, 12:48 PM

theoneshotmi: Et le palais de justice... Oh gel doux doucement.

February 05, 12:43 PM

theoneshotmi: Pas de neige certes mais fontaines commencent ici aussi à geler (et na).

February 04, 02:31 PM

theoneshotmi: Mon champ de vision.

February 04, 02:29 PM

theoneshotmi: .

February 03, 04:11 PM

theoneshotmi: La voilà la maison du chien liseur dans la todoliste http://j.mp/yCCFGM de @cjeanney... @brigetoun #InTheMiddleOfNowhere #VN

February 01, 03:19 PM

theoneshotmi: @KMS__ Hey la France a finally retrouvé son triple A !

January 31, 10:10 AM

theoneshotmi: Si ça se trouve je me suis trompée de gare, de train... direction les Steppes, le transsibérien.

January 29, 01:11 PM

theoneshotmi: Graou.

January 29, 09:29 AM

theoneshotmi: .

January 27, 10:13 AM

theoneshotmi: Sinon j'ai dormi ici aussi cette nuit. #again

January 27, 09:37 AM

theoneshotmi: .

January 26, 05:25 PM

theoneshotmi: Here we go, 3 ans c'est cool :-) @49swimmingpools @plateform @labellevilloise

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February 06, 08:18 AM
CORRESPONDANCES, VASES COMMUNICANTS

Envoyé en ce jour par Strofka 
qui s'adonne à des remix isocèles 
et en écho à mon Vase Communicant 
d'avec Guillaume Vissac publié ici... merci.

Bon...
Silence.
Il pleut.
Il a plu.
Le vertige.
Vous croyez ?
Pas de réponse.
Dans les rangs.
L’un s’exécute.
Peut-être bien.
Au creux de moi.
Si vous êtes là.
Si c’est le cas.
Quelques minutes.
Vous avez raison.
On n’y voit rien.
Vous aviez raison.
Quelques fois oui.
La lumière tremble.
Personne ne répond.
J’entends la pluie.
C’est un peu pareil.
ça ne me dérange pas.
L’autre ne cille pas.
L’autre ne bouge pas.
La nuit a ses bruits.
Ce sont ces lumières.
Non on n’y voit rien.
De vouloir rester là.
Le vertige de l’apnée.
Vous avez raison oui.
Murmuré comme endormi.
Long moment de silence.
Pour toujours ensemble.
Juste quelques minutes.
Vous venez souvent ici.
J’ai une mine affreuse.
Vous avez l’air exténué.
Venez donc vous coucher.
L’enfermement peut-être.
L’autre a fermé les yeux.
Il est tard si tard déjà.
C’est ce lieu cet espace.
Ni le le jour ni la nuit.
Vous ne vous souvenez pas.
Je ne voulais pas dire ça.
Non pas une fois plusieurs.
Je ne vous avais jamais vu.
Jetant un coup d’œil rapide.
Je ne suis pas encore sorti.
Occupez ce silence avec moi.
Il doit être bien tard déjà.
Je ne vous connais même pas.
Vous perdez tous vos repères.
L’un se rapproche de l’autre.
Vous pensez qu’on restera là.
Je ne comprends pas très bien.
Il se lève enfin vers l’autre.
Ne racontez pas n’importe quoi.
Elle y changerait quelque chose.
C’est que l’heure ne compte plus.
Vous avez appuyé sur la sonnette.
Un peu plus longuement maintenant.
Vous ne savez plus par où respirer.
Vous n’avez jamais fait de plongée.
Vous n’aurez plus le choix maintenant.
Aspiration de votre corps vers le haut.
Et le temps qui ne veut plus rien dire.


February 04, 07:19 AM
CE QUI S’ÉCRIT


Phœbe Killdeer & The Short Straws - Fade Out Lines

Tu crois que je ne sens rien de tes pas derrière la cloison qui se trainent, dos courbe queue dressée, tes ongles qui raclent la paroi, les ombres projetées sur le mur éreinté. Tu crois que je ne vois rien de tes regards qui évitent la couverture négligemment délaissée, le mégot rouge sur le rebord de la fenêtre qui creuse encore noir dans la neige qu'est tombée. Tu crois que tout ça c'est pour rigoler, les cartons, les pelotes les tisser, nos tissus sauvagement arrachés. Tu crois que tu vas pouvoir t'échapper, miaule, et tes pattes sur le canapé ? Mais comment te signifier clairement cette impossibilité : oh non tu ne vas pas m'échapper -
(miaou)


February 03, 07:35 AM


Tom Waits - Dirt in the Ground


Savoir… plutôt que le vide, le plein… suis-je le ciel ou un oiseau ? Une totalité ou une petite brindille ? I want to know am I the sky or a bird.  Et vole au vent. La bande son du concert tourne en boucle, et pieds sur le sol, bien accrochés, sur sol pourtant, qui mélange… agglutine la poussière, gluante. Mes ailes sur les trottoirs de ces villes qui nous accueillent, bercés sommes, par la rengaine, entêtante, et la voix grave, rocailleuse ou brisée, ou hésitante du chanteur qui attend. Puis, regagne navire. Sédentaire, suis, sur ma péniche, mais, nomade, sur tes canaux vers cet ailleurs rêvé. Voudrai savoir gai, voudrai plein d’entrain, voudrai gai savoir, sur un fil, courir… S’envoler, et devenir oiseau migrateur… Nous allons tous au même endroit, il est écrit… We're all gonna be in the same place… …quand nous mourrons…
Savoir… plutôt que le vide, le plein… suis-je le ciel ou un oiseau ? Une totalité ou une petite brindille ? I want to know am I the sky or a bird. Quand j’étais enfant, je courais des heures dans le champ de maïs du square St Laurent où je vivais, un quartier fleuve, un quartier au nom de fleuve canadien. Je traversais les courants de vents des plantes à maïs… rêvais de péniches m’emportant vers les glaces septentrionales… me rappelle encore les morsures des feuilles… et les traces sur nos jeunes peaux… et cela ne nous embêtait pas, et de recommencer la course dans ce piquant océan. Je te suis, tu me cour… ton cou dont je ne me lasse pas. Et Amadeo qui s’immisce entre nos prunelles de souvenir… et c’est malheur… et c’est joie… d’être juste sur le sol… plaqués sur le sol… avec nos envies de voler?
Savoir… plutôt que le vide, le plein… suis-je le ciel ou un oiseau ? Une totalité ou une petite brindille ? I want to know am I the sky or a bird. J’ai… cette chanson qui… rengaine, dans mes oreilles, cet air calme, pourtant répétitif, et cette voix rocailleuse ou brisée, ou hésitante … mémoire vive du moment, de ce moment où vous savez que vous écoutez ce que vous n’aviez jamais entendu auparavant… et ce frisson soudain, et soudain vous transporte… et envie de partager mais vous êtes seul ou seule, c’est selon et c’est la même chose. Etre ici et ailleurs… Ici et maintenant… Savoir… Y a pas d’autre ailleurs que celui qui est dans notre tête… et c’est jardin, si vous le voulez… et sinon, tant pis… Pas besoin de péniches pour s’évader… j’ai longtemps cru que… En écho, mon rêve de funambule. Tu es mon plus beau cauchemar… Dirt in the ground… la la la… m’endors sur la dernière note…


Sauf la voix du chanteur Tom Waits, et sa chanson Dirt in the ground, et sa gestuelle comme celle du concert milanais… et d’autres chants des Narrow Terence, qui sont sur la photographie… et merci à Candice… pour choix… et accueil sur ce One shot mi des découvertes…
Franck Queyraud



 *   *   *

Merci à Franck Queyraud pour cette douce et belle litanie ainsi que son invitation dans le cadre des Vases Communicants de février 2012 sur échange de musiques et de photographies. Ici donc mon choix de Tom Waits et d'une photo des Narrow Terence prise il y a quelques années dans le dernier village de Gaulois (mais anisé) et chez lui, ce morceau d'Ez3kiel qu'il m'a proposé et qui n'a cessé de tourner en boucle depuis lors. 
Je profite de cette occasion pour lancer un petit appel : si vous avez du son à partager avec moi, je suis plus que preneuse, I really need music to write. Thanks.


January 21, 04:03 PM

trois

heures

quarante

deux

de la nuit

parce qu'avant il y a un zéro
parce qu'on n'est pas aux united states des amériques
parce qu'on reboot pas à 12 nous
qu'on tourne H vingt-quatre
vingt-quatre
sans répit.

À 8h21 tu te réveilles en sursaut de mes propres songes, roi des méduses englouti par la mer.

À 9h39 tu as froid de ce creux, de cet air qui s'infiltre par la fenêtre, ta concentration en fuite dans les tuyaux.

À 10h24 tu t'attaches aux détails, matières et couleurs des objets qui t'entourent, ton regard virevolte doucement de l'un à l'autre, tes doigts caressent le quotidien l'anodin - tu t'amuses avec la première chose qui te tombe sous la main : ce cadre vide fait d'or, ta tête au travers, ton sourire enfantin. Le froid ne te quitte pas et tu t'attardes avec ce vêtement déposé sur le fil à linge qui n'est pas à toi.

À 10h43 tu cherches le chat des yeux dans la baraque : te lover contre lui, sa respiration, vous réchauffer.

À 11h30 tu décides d'un brin de ménage, te retrouves à manger de la pâtée pour chat, immondice répugnante, visqueuse, froide, joyeux anniversaire.

À 12h56 Woody Woodpecker se moque de toi et te martèle en tête : tu ne sais rien du chant des oiseaux, tu ne reconnais pas leur voix, tu ne comprends rien d'eux. Tap tap tap une bûche sur ta tête.

À 13h22 tu ne comprends pas les paroles des autres, les voix de ces hommes qui s'accélèrent au travail. Énergie, motivation, stimulation, émulation. Autant parler de sujets qui fâchent tout le monde en réalité personne, autant parler de cochons qu'on engraisse qu'on élit, autant parler de verges luisantes qu'on astique dans les toilettes sales et lugubres.

À 13h55 tu te casserais bien d'ici pour descendre à Marseille, à dos de girafe, oui à dos de girafe. À son cou t'accrocher, la grâce l'élégance, le port de tête élancé. Quitter les cochons la bassesse, retrouver l'exotisme les hauteurs.

À 14h24 ça y est tu y es à Marseille, jeux de boules, le cagnard, les ptits vieux. Je n'invente rien, ni le lieu ni l'heure ni la grande place. Tu y es.

À 14h59 tu crèves maintenant de chaud et rentres te réfugier dans une salle des fêtes au frais, si seulement mais non, à peine moins pire qu'au dehors. Marseille. Et tu te mets à danser comme un fou sur la piste dépeuplée, la musique forte tout autour, en réalité en dedans, tu danses tournoies te donnes le vertige et t'arrêtes net dans un éclat de rire.

À 15h36 un autre jour un autre lieu, tu jettes cette dernière phrase l'air de rien « J'allais oublier que ma famille me manque » et la pensée du travail pour t'y noyer, combler le vide par l'acharnement.

À 17h09 tu es pris de doutes. Sur ce que tu fais. Sur la suite. Sur comment et par où re-commencer.

À 17h21 tu grignotes sur le pouce, le temps de rien, quand le retrouver ?

À 18h40 tu aperçois de la fenêtre cette enfant dans le fond du jardin qui pleure la mort d'un être cher, les entrailles du chien ouvertes noires rouges vertes recueillies dans ses petites mains, le sang et la puanteur mélangés à son chagrin. Tu dis la pitié mais estimes finalement cet être sans grande valeur, les hommes donc auraient-ils donc plus d'importance que le reste des vies sur cette Terre ? Tu oublies le réconfort trouvé par l'enfant seul et glacé auprès du chat ce matin. Tu ravales tes pensées.

19h50 le même jour, dans deux lieux différents et à l'instant même où tu écris le charme qui transpire de la contemplation d'un navire, je regarde par la fenêtre l'horizon, un paquebot qui part. Suivre son mouvement jusque disparition. Dix minutes plus tôt nous contemplions notre propre pierre, et déjà l'audace de la penser avec quelques fleurs dessus : quel passant dévoué, quel enfant de quel enfant encore pour venir ici parsemer. Le paquebot n'a laissé de traces que son souvenir, et déjà ses sillons sont eux-mêmes effacés.

À 21h06 tu tentes une échappée et décides d'aller t'aérer. Les pavés que tu foules n'aident en rien la sensation de flottement lourd dans lequel tu es plongé. Seul au milieu de tous sans lumière, plus que le brouhaha des foules diffus tout autour et en toi. Tu rentres énervé.

À 22h35 tu t'insurges contre la littérature au rabais, cet aplatissement des dimensions, amputation des sens, profondeur zéro ramenée à même l'arête du nez. Dans un élan tu englobes modernité et évidement du monde, peut-être l'heure de la verve haine, tu es fatigué.

À 23h18 c'est aux poètes proclamés que tu t'en prends, toujours ce vide, cette facilité, de coller les mots un à un ensemble pour former un nouvel ensemble qui justement ne veut rien dire. Le néant. Parce que ça fait bien. Parce que the dark side of the force. Parce que ça fait passer pour smart quelque chose d'absolument obscur dès l'effleurement de l'idée. Le vide et l'absence de sens, rien d'autre.

À 00h38 tu partages l'insomnie de ce grand-père et de tous les autres, et fais un pas de plus vers ce qui nous attend tous. Tu t'appelles Quentin Leclerc et tu écris depuis l'heure de ta mort. Il est 00h53 et dans moins de trois heures tu seras peut-être définitivement mort auquel cas nous aurions dû convenir de remplir ces vases bien avant l'heure plutôt que de décider d'attendre stupidement 03h42 pour appuyer sur le bouton. Mais c'est oublier pour le roi des méduses que tu es que les méduses se reproduisent lors de leur mort.

on tourne H vingt-quatre nous
sans répit.
parce qu'on n'est pas aux united states des amériques
parce qu'on reboot pas à 12
H vingt-quatre
sans répit.


*   *   *


Texte initialement publié chez Quentin dans le cadre des Vases Communicants - décembre 2011 et dont il faut suivre, lire et télécharger l'auguste revue.

Lire aussi : 15h42 par Quentin.
  

February 02, 06:26 PM


« La ville a dessiné un corps de conjectures. Un corps de semble-t-il. A pris l’écharde du chagrin et l’a couchée près des gardes-fous d’acier, des pointes de fer, des récifs de béton. A greffé ce relief sur une géographie sublimée. A rendu la distance décisive, l’a mise à nu. L’a enfoncée, l’a étalée. A voulu d’une certitude. Un fantasme de liberté.

Accompagne-moi alors. Jusqu’à l’extrémité de l’hiver. Jusqu’au souvenir taillé du sommeil. Mets le feu aux villes qui montent en moi. »
Nathalie Stephens, … s’arrête ? Je


Une heure incertaine – la nuit peut-être. Espace confiné. Lumière jaune. Deux êtres alignés qui regardent fixement à leurs pieds. Un miroir derrière eux. Une porte en aluminium au devant, fermée.

L'UN : Il pleut ?
L'AUTRE : Il a plu.
L'UN : J'entends la pluie.
L'AUTRE : Peut-être bien.
On n'y voit rien.
L'UN : Non on n'y voit rien.
L'AUTRE : Vous venez souvent ici ?
L'UN : Quelques fois oui.
L'AUTRE : Je ne vous avais jamais vu. Il doit être bien tard déjà -
L'UN : Je ne sais pas – je ne suis pas encore sorti d'ici aujourd'hui.
L'AUTRE : Excusez-moi, mais suis pas très rassuré dans ces lieux-là... alors je parle... je vous parle... Mais j'vous importune peut-être ?
L'UN : Non non... allez y donc... occupez ce silence avec moi... ça ne me dérange pas...
Mais comment ça... pas très à l'aise avec ces lieux-là... ? L'enfermement peut-être ?
L'AUTRE : Le vertige...

Silence.
Et le regard de l'un qui se lève enfin vers l'autre.

L'UN : De vouloir rester là ?
L'AUTRE : ?

L'autre ne cille pas.

Long moment de silence.

L'AUTRE : De l'apnée... Le vertige de l'apnée...

Silence.

L'AUTRE : Vous savez, quand vous ne savez plus où se trouvent ni le haut ni le bas... et ni le jour ni la nuit...
L'UN : Je ne comprends pas très bien ce que vous me dites...
L'AUTRE : Cette aspiration de votre corps vers le haut ou vers le bas, c'est indifférent.
... Et le temps qui ne veut plus rien dire... Une invention...

Lumière tremble, s'éteint quelques nano-secondes puis se rallume.

L'AUTRE : Vous n'avez jamais fait de plongée ? … C'est un peu pareil... Vous perdez tous vos repères, vous ne savez plus par où respirer... – Oh laissez tomber pardon, je suis en pleine confusion en ce moment – Vous auriez pas l'heure, dites ?
L'UN : Elle y changerait quelque chose ?

Lumière tremble de nouveau, comme si elle cillait à la place de l'autre - et un peu plus longuement maintenant.

L'UN : Si vous êtes là, c'est que l'heure ne compte plus.
L'AUTRE : Vous avez raison oui.
C'est ce lieu – cet espace – qui nous déporte de nous-mêmes.

L'UN : Vous avez l'air exténué. Et votre voix...
L'AUTRE : Ce sont ces lumières, ces lumières affreuses.
La nuit a ses bruits – ses visages aussi ?

L'AUTRE : Vous avez appuyé sur la sonnette ?
L'UN : Oui, rien n'y fait apparemment. Personne ne répond.

L'AUTRE : Bon...

L'autre tousse. Réarrange sa coiffure, son manteau, et jette un coup d'œil rapide et discret dans le miroir derrière avant de retourner à la contemplation de ses pieds.

L'AUTRE : Vous avez raison, j'ai une mine affreuse.
L'UN : Non mais je ne voulais pas dire ça en fait... vraiment... excusez-moi. Regardez-moi, ce sont ces lumières vous aviez raison.

L'autre ne bouge pas. L'un se rapproche de l'autre, contact des coudes. Lenteur - quelque peu oppressante.
Puis doucement, l'autre courbe son dos et vient à s'allonger parterre, enroulé sur lui-même, en position fœtale. Il ne reste alors plus que peu d'espace à l'un. Regard décontenancé de l'un vers l'autre.

L'UN : Vous pensez qu'on restera là ?

Pas de réponse. L'autre a fermé les yeux.

L'UN : Vous pensez qu'on restera là, pour toujours, ensemble ?

Murmuré comme endormi.
L'AUTRE : Ne racontez pas n'importe quoi. Je ne vous connais même pas.
L'UN : Je vous avais déjà rencontré une fois ici. Non pas une fois, plusieurs... Et toujours en ces mêmes heures... Vous ne vous souvenez pas ?

Pas de réponse. L'autre ré-ouvre les yeux et regarde devant lui. Les pieds de l'un sentent le regard de l'autre. Fourmillent.

L'UN : Vous n'aurez plus le choix maintenant, que de me connaître.
L'AUTRE : Vous croyez ?
L'UN : …
L'AUTRE : Si c'est le cas, venez donc vous coucher au creux de moi.
Quelques minutes. Juste quelques minutes. Il est tard, si tard déjà -
Et la fatigue de ces villes est la mienne, et la vôtre.

L'un s'exécute.

On entend le déclic de machines qu'on relance. Léger sursaut de l'espace, tremblement de lumière. L'un et l'autre demeurent lovés l'un contre l'autre.


Il est des rencontres qui n'expliquent pas comment ni pourquoi deux êtres ont l'étrange sensation de se connaître depuis longtemps déjà. Le partage de quelles vues, de quelles expériences séparées les réunissent dans un après qui se passe de mots. Il est des manqués aussi, des trop-tard ou trop-tôt, des co-existences qui, avec tous les mots du monde ne parviendraient jamais à cela.


*   *   *


Texte initialement publié chez Guillaume Vissac dans le cadre des Vases communicants - janvier 2012 : "le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre."


January 27, 05:39 AM
AILLEURS



The Smiths - There is a light that never goes out

« take me out tonight
where there's music and there's people
who are young and alive
driving in your car
I never never want to go home
because I haven't got one anymore »


Rêvé ta disparition mon effondrement tes enfants. Ton nom à retrouver, ce courrier l'écrire, et me rappeler que rien dans nos vies ne nous relie l'un à l'autre si ce n'est cette relation elle-même : ton chemin au mien apposé. Et maintenant ? Ton pays, différent, l'imaginer : ces rues sans fin dans lesquelles je me perds, les fouler : à m'épuiser. Et tes proches, ta vie, l'évoquer, t'évoquer : avec qui ?

Rêvé ta disparition mon effondrement tes enfants. Ton nom à retrouver, ce courrier leur écrire, mais pour qui ou pour quoi, et pour eux ou pour moi ? Et ce concert de Godspeed rêvé en plein air, son attente, notre excitation et ces chaises longues improbables. Le regard qui se balade, rapide, nous trouver une place parmi elles, mais sans toi, à trois.

Pas de peau, pas de souffle, pas de bras ni tes seins : seulement toi logée là dans mon crâne et le jour qui pointe encore : vraiment vraiment vraiment improbable. À quand le réveil ?

Pas de peau, pas de souffle, pas de bras ni tes seins : seulement toi logée là dans mon crâne et le jour qui pointe encore : repartir, retraverser, oui, mais pour où ? Et leur écrire ? Mais encore ?

Rêvé le café noir fumant à même le rêve pour réouvrir ces yeux laissés clos par la tension baudruche de mes intestins, son odeur qui picote mes yeux qui pétillent : enfin. Et le téléphone qui sonne, bienheureux, bienvenu, messager, oh je t'aime, te voilà enfin revenue. Et ta voix, et moi comme un con qui te dis pas réveillé : Take me out tonight, oh take me anywhere I don't care, I don't care, I don't caaare.


January 12, 05:39 PM

« as the spring is made alive the winter dies
and the final cries of creatures are long behind
and full of spirit the village starts again
with one more year for a man to change his ways

I used to feel things around me stir
grateful for all I -
»

Lyon St Exupéry. 11 janvier. Verse de l'acide sur les mégots. Alors que la voix nous rappelle tonitruante l'interdiction de fumer dans l'enceinte de ces murs et sur les quais, j'allume ce que je ne me résous toujours pas à quitter - bientôt. Il est 20h15, le froid tenaille à l'endroit des jambes à peine recouvertes d'un collant noir filé haut encore, converses rouges basses aux pieds. Flingué mes bottes hier sur les pavés du Père Lachaise et la Méditerranée devant.

Winded Curses accompagne ces annotations et j'écris : le vent doit bien tourner.

Comme toujours, emporté avec moi ce petit carnet offert par le libraire mais la poche intérieure de mon sac me dit l'égarement du critérium. Transvasé dans l'urgence les éléments d'un sac à l'autre, partir se poser repartir, le téléphone devient alors seul dépositaire de ce que j'aurais préféré coucher là sur le vélin, dégourdir mes doigts, réapprendre à m'en servir.
Abandonné de fait aussi les croquis des voyageurs de par cette absence oubli : le téléphone ne peut pas tout - et ne sert déjà plus à sa fonction première, je filtre les appels.

Flâné juste avant de rejoindre la gare et acheté rue St Martin - encore et toujours ces pavés, combien de fois rue de la Verrerie, les Juges Consuls, le cloître Saint-Merri, jolis carnets de nus érotiques : Degas, Modigliani, Dali... sobres, élégants, m'ont laissée songeuse. Les annoter et gribouiller un jour, avec des mots propres. Quand la neige aura fini de tomber.

Seule avec juste ce sac à main sur l'épaule et le temps pour moi, je suis rentrée chez Paul Beuscher, comme souvent en passant devant. Testé un Yamaha quart de queue électrifié qui coûte le prix d'une bonne bagnole. Rien que ça. Réalisé en cet instant précis que mon morceau devrait se jouer atténué, comme susurré avec quelques lenteurs, et des hoquets. De ma tendance à aller trop vite. Réintroduire la rupture.

Et puis cet apaisement en moi sur ce chemin retour vers la gare. Comme si j'étais déjà à M.
Peut-être bien parce que je savais que je rentrais.

Et dans la tête qui flotte depuis un certain enchaînement d'évènements le retour à de vieux questionnements. Quels chemins je vais emprunter ces mois à venir. Partir, rester, il me faut rester, changer les perspectives, changer de perspective, les couilles de taureau enfin en main et moi dans tout ça. Mes aspirations, mon refus d'une vie en désaccord, et cet élan de vie parfois trop grand - parfois, qui déborde et me dépasse. Lu ce tweet de V. Décidé alors de filtrer les messages pour un moment. Je ne lirai plus que les bonnes nouvelles and that's all, lança-t-elle à la volée alors qu'elle n'en fera rien. Toujours présente même dans l'absence.


January 05, 07:32 PM
VASES COMMUNICANTS

Cent-énième étage

Un ascenseur, on le prend généralement en bas (généralement vivant). On vient coller glacial son plus beau pouce sur le bouton d’appel chromé et puis patience : coulisse l’habitacle, verre et alu, depuis là-bas l’en-haut. On le voit ce bonhomme, costume cintré, cravate nouée, nœud dans la gorge et puce, attendre le suivant depuis l’autre ascenseur, verre et alu, tiré par des poignets perdus (très autre part perdus), lui-même en mouvement vers la cime, quelle qu’elle soit ou quelle qu’elle puisse être. Tu es cette ombre au-dessus des ombres suspendue.
Qui a juré un jour : « Tout ce que je rencontre devient partie de moi » ? Qui te souffle cette phrase ? La moelle mémoire ? La voix métal de l’IA ici en charge du divertissement interne à la capsule ? La semelle du mec posée sur ton épaule pendant que le corps fantôme d’icelui se dépêtre autant que faire se peut des câblages du plafond ? Roulent tes billes vers l’en haut des pupilles. Qui c’est l'allumette ? Il se fout dans le coin de la cabine et relace ses pompes. S’excuse pour la pastille verte (semelle droite) imprimée sur ton thorax pendant dégringolade. Il va où ce tacot, dis-moi ? (sa voix est celle d’un autre). Ta réponse : au cent-énième étage.
Crépitent à l’envers du plafond de la cabine des traces de pas (mais en mouvement). Chut, te dit l’autre, ferme-la, main pleine asphyxiée sur la bouche pour allier, roulé depuis l’arrière des omoplates, le geste à la parole. Ondulent alors la tôle et les parois, les câbles. Une fois silence revenu à bord de la cabine le type grille le bout fauve d’un mégot. La voix IA décrète, métallique, une certaine interdiction de fumer, à quoi le type répond par un majeur, des orages de fumée. Où j’en étais, dit-il ? Il tire, avale, crache et souffle et parle dans le même air d’épaules. Elles tournent, l’une après l’autre, toutes autour de leur axe. Tu lui demandes qui sont ces mecs. Il te répond. Leur devait du fric ou des corps, je sais plus. D’après sa voix serait membre d’un groupe, en surface, appelé, ouais, Les puceaux. On est assez confidentiels. Contractent à quatre (car ils sont quatre) dettes et leur lot de poursuites judiciaires. Il tire (grand sourire trois fois le tour de sa tête) et crachavale la même langue de fumée déjà grise (elle se dissipe sous l’œil de l’IA qui mate faire). Et toi ? Tu vas tout seul au cent-énième étage. Elle est là, laconique, ta réponse. Lui dit je vois. Tu dis ben ouais. Lui dit ok et voguent au vent les nuages de papier, indemnes, autour de la capsule en ascension. Sans doute, dehors, au-delà de ce verre et en amont, l’altitude gèle.
Tu n’as jamais fumé ni vu le vide enfler sous verre ; lui oui. Je peux peut-être te balancer, dis-tu. Lui n’y croit pas. Il porte sur sa peau sa propre fortune, soit des fringues, des pompes, c’est tout ce que je possède. Tout le reste est ailleurs. Qu’est-ce que tu fais, tu chantes ? Je chantes, joues de la puce biologique, connais par cœur des airs morts mais vivants que tu crois oubliés. Tu n’as jamais chanté juste, ni faux. Ta voix est une voix blanche. Tes bras tombent sans orbite. Lui bouge. Sans bouger il lévite. J’ai jamais demandé à foutre les pieds dans cet ascenseur. Moi non plus. J’ai jamais perdu pieds dans le vide. Moi non plus. J’ai toujours avalé ma salive derrière ce genre d’idées. Moi jamais. Il crache entre blanches ses deux pompes : et sa langue bouffe le tour de sa tête. Et si ensemble on s’y laissait choir ?
Personne ne saute. Personne n’est mort. Et lui toujours vivant te siphonne les orbites, te gâte l’égo. Il se hisse, de lui-même, dans la cabine de toutes ses allumettes (d’épaule). Il te traite de sale tout. Son ombre le tire par les chevilles et il s’écroule au sol. Il dure combien de temps au juste l’aller simple vers ce jusqu’où si haut ?
Toi et moi on va r’partir du bon pied veux-tu ? Lui torgne le 100% coton si blanc qu’il avait sur le dos pour faire fuir les dix litres de sueur (sévère et froide la sueur) et souffler. Toi planté fond de la cabine, la trouille que vide te happe. Y a quoi au cent-énième étage qui mérite qu’on entasse toute sa vie dans une bouteille en verre ? Les portes de la capsule sont béantes (marmonne la voix IA). Alors ? Tu réponds quoi, ton job, appart, un bordel ou le cercueil futur ? Tous ces trucs à la fois, en une syllabe, même bouche, langue pour mélanger les sons, goût quand l’haleine blanche émerge. Clôture des deux portes déversant sur le vide. Tympans sifflotent. La carotide se cambre. On respire mieux pas vrai ? Pas vrai. Ce type filé derrière les épaules t’a étranglé au cou un collier cuir de clebs et il te tient en laisse, alors ça baigne ?
Le mec pourrait te faire la peau, s’abstient. IA (la voix microscopique) regarde faire sans rien trouver à redire. Le grand ascenseur de verre continue d’arpenter verticalement l’espace (interminable espace). Depuis quand est-ce qu’on s’trouve dans ce minable espace ? Infini minuscule. Depuis toujours tu crois. Tu y es né faut croire. Qu’est-ce que naître veut dire ? L’IA s’époumone trop vite, bonne philosophe de synthèse. Et y aurait-il seulement un fond au fond du fond de la tour ? Ce mec en doute et sec te traîne par le collier jusqu’aux portes fermées. Que se passerait-il si on plongeait ensemble dans l’inconnu très très en bas ? Que dalle je crois. Ce serait juste le même trajet, mais à l’envers c’est tout. Une mise en bière nous attendrait tous deux. Un cercueil est là chaud qui patiente au cent-énième étage. Peut-on tenir à deux dans une seule et même tombe ? Il te traîne la gueule sèche jusqu’à l’écume du bord des lèvres au bord du bord du vide. Fais-tu vraiment partie d’un sale groupe qui s’appelle Les puceaux ? Peu importe. Je me rends, avec ou sans toi, en haut ou en bas, au même putain d’étage. L’IA mate, acquiesce.
À l’instant pile où le grand saut serait soudain possible, voilà que la tôle ondule et au-dessus de la tôle les mêmes câbles et plafond remuent tous comme lorsque le mec a planté ses talons sur ta chemise. Merde, dit-il, ils reviennent. Vite, te traîne le cou vers les deux chevilles, échange ses fringues avec les tiennes, te tasse les os de quinze bons centimètres et noue d’une main sa cravate (donc la tienne). Bouge-toi donc, dit-il sous l’oeil d’IA, hilare, ta voix en gorge, autre voix que la sienne, j’vais tenter d’les retenir. Quant à toi tu n’auras, son coton détrempé sur le dos, qu’à te hisser, à l’envers, sur le même câble que lui, et attraper, muet, prochaine capsule en route vers tout en haut, où que ce soit, et où que tout puisse être, étage ou pas. Tu sautes. Là-haut un autre mec tombe sur toi bis, s’excuse pour la pastille verte imprimée sur le thorax pendant dégringolade.


"Cent-énième étage", texte écrit par Guillaume Vissac dans le cadre des Vases Communicants de janvier 2012 et à retrouver sur son site Fuir est une pulsion absolument, attendez je remets en lettres capitales ici et maintenant : ABSOLUMENT.
(Pouvez me retrouver chez lui pour un entre-deux).

Tous mes souhaits de lumière et douce folie à vous.

"le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre." :

G@rp et Christopher Selac
Camille Philibert-Rossignol et Éric Dubois
Pierre Ménard et Benoît Vincent
Flo H et Isabelle Pariente-Butterlin
Quotiriens et Jacques Le Cleac’h
Juliette Mezenc et François Bonneau
Cécile Portier et Brigitte Célérier
Christine Zottele et Christine Jeanney
G Balland et Dominique Hasselmann
Melodie Faury et Marie-Anne Paveau
Louise Imagine et Franck Queyraud
Anne Savelli et Joachim Séné
L.Sarah Dubas et Jean-Christophe Cros
Christine Leininger et Danièle Masson
Candice Nguyen et Guillaume Vissac
Josée Marcotte et Michel Brosseau
Ana NB et Lucien Suel
Nolwenn Euzen et Julien Pauthe
François Bon et Philippe Ethuin
Sandra Hinège et Piero Cohen-Hadria
Christophe Sanchez et Franck Thomas
Samuel Dixneuf et Nicolas Esse
Jérôme Wurtz et Urbain trop urbain
Tom Rambault et Wana Toctoumi


January 11, 08:27 PM
CE QUI S’ÉCRIT



Balmorhea - Lament


eau salée mélangée / sur les notes déversée / et la nuit passera.
eau salée diluée / aux notes arrimée / et le jour passera.
eau salée asséchée / dans l'attente suppliciée / et la semaine passera.

en mon chemin trop de morts / et ce rendez-vous au Père Lachaise / une première fois.
oublier les uns / reconnaître les autres / saluer les inconnus.
snober touristes en photo divisions / Amedeo, Oscar, Jim / remballez nos visages pâles.
bouquets de fleurs / et la lumière / Ô viendras-tu bercer un peu nos larmes.
ceux qui manquent à l'appel / par-delà les mers / les enfants, les enfants des enfants et qui.
qui reste-t-il / et viendront-ils / mais qu'importe ici maintenant.
ironie de l'attente / supplice des jours sans fin / pourquoi si loin.
« parce qu'il fallait choisir le bon jour » / ce qui m'échappe / mes racines.

repenser à ce smiley / dénommé dans le rire à son nom / raccourci clavier sourire béat.
et les bretelles / tête du chat / casquette gavroche encore.



December 11, 03:30 AM
PORTRAITS



Crosby, Stills, Nash and Young - Chicago

Souvenirs heureux ravivés de ce peintre disparu : Jean Pacôme dit Joseph.

On en croise parfois, souvent en fait pour moi, des personnages qui vous marquent de façon indélébile. Des rencontres, furtives, éphémères, qui apparaissent et disparaissent aussi rapidement de votre vie qu'ils n'y étaient entrés.

Personnage haut en couleurs qui vivait dans la rue, rue de la Verrerie, du Roi de Sicile, poussez jusqu'au croisement rue Vieille du Temple, Paris.

Étalage de magnifiques portraits parterre, d'abstractions, de regards qui vous transpercent, profonds, plonger... des mots des pensées dessinés à la volée, des œuvres qui vivent, à faire revivre, déchirer, scotcher, recomposer, loin des sous-verres, des encadrements, figés - des planches à vous réapproprier. Des œuvres composées avec les moyens du bord, une queue de cerise, une pièce de cinq francs, et cet étalage de couvertures, de carton, de Canson - offerts à l'Artiste : mais l'on sait pourquoi. Et les feuilles de journaux qui volent, et les pots de peinture, et les cadavres de bouteilles de Chivas, oui de Chivas, monsieur était le Prince des rues - et toute une ribambelle de belles blondes pulpeuses qui s'arrêtaient pour discuter avec lui encore et encore, arrêter le temps et rire dans la chaleur de l'été.

2003 effectivement me rappelle la biographie trouvée sur cette page. La canicule, et moi qui bossais à raison de soixante heures par semaine sur cette place-là précisément en cet été-ci, entre autres époques également mais pour le souvenir ravivé ici, c'est 2003 oui, le temps de cette rencontre avec lui.
Lui qui juste en face de nous criait, chantait, buvait, peignait, flirtait,
avec les femmes, le whisky, les matières, les couleurs, avec la vie.
Souvenirs heureux retrouvés.
Rock'n'Roll baby.


December 06, 03:53 AM
POST-IT



49 Swimming Pools - The First To Know


il y aurait la fin imperceptible de l'attente, l'heure où s'immobilisent les désirs, les échos en suspens -


H.G. qui rapporte la nuit dernière ce que cette inconnue lui a balancé en pleine gueule : Nous sommes tous malades sans exception, vous n'êtes pas le seul, alors n'en faites pas le centre de votre vie. Pensez à autre chose. Vivre, il n'y a que ça à faire.
Il faut croiser des inconnus, de purs inconnus sur ses trajectoires fragiles, pour avoir la chance de s'entendre dire ça. Un lieu neutre, une heure quelconque, toutes les attentes annihilées par la banalité du moment. Et paf, recevoir ça.

Puis j'ai enchaîné avec les terrasses de l'île d'Elbe, survolé. Ces élans de condescendance de révolte de morale, si peu pour moi, survolé.

Dévoré d'une traite cette courte allégorie par la suite : cet être qui se laisse bouffer le foie par son aigle chétif, qui se donne à corps perdu à cet oiseau et d'un même élan se détourne des hommes. Quoi de plus beau que de voir les ailes de l'oiseau prendre couleurs et ampleur ? Que le brouhaha et l'agitation des hommes semblent absolument ineptes en comparaison de cela. Mais plus le temps passe, et plus l'aigle se remplume et l'homme s'affaiblit. Principe de vases communicants. Et dieu qui se cache, qui se joue des hommes, mais lui qui finit par apprendre, au détour d'une rencontre avec de fortuits inconnus encore, que c'est ce dieu moqueur lui a envoyé l'aigle, que ce n'est qu'un jeu, sans règles ni vainqueur. Lui sait maintenant, qu'il n'y a rien de sérieux, rien d'écrit, rien de définitif. Et cet oiseau qui lui prend toute sa force alors ? - il le tue. Paf. Et il retrouve son corps d'homme, son embonpoint, le sérieux le quitte, et le voilà le plus léger des hommes à faire des blagues aux enterrements. Laissez les morts ensevelir les morts l'entend-on dire à la fin.

Ce cut up dominical ne pourrait se finir sans cette dernière image de Xavier et son regard sur ce qui l'entoure lorsqu'en ce dimanche soir tard, et dans ces lieux hors du monde, il s'avança vers le dernier avion :
Premiers appels pour embarquer. Visages inconnus se lèvent. Certains se tiennent la main. Très solennel.



December 02, 04:31 AM
 VASES COMMUNICANTS


« Trois heures. Trois heures, c'est toujours trop tard ou trop tôt pour tout ce qu'on veut faire. Un drôle de moment dans l'après-midi. Aujourd'hui, c'est intolérable. » 
Jean-Paul Sartre, La Nausée


Sculptée avec minutie mais triste de mauvais goût, tout en abritant dans ses recoins une poussière sèche, l’horloge indiquait 15:42 au moment où sortit de son cadran un étrange coucou jaune piaffant l’heure dite. Il n’était pourtant que 15:42. Je regardai ma grand-mère qui accompagna mon questionnement d’un signe de tête rassurant, et, levant son bras avec une lenteur minutieuse, m’indiqua par-delà la vitre de ma chambre, le clocher du village, qui, lui, n’en était qu’à 14:00.

L’aiguille, au loin, avait déjà énormément de retard. Les nuages, car ils étaient nombreux et immobiles, se distinguaient nettement sur le pâle bleu du ciel, ondulant dans leurs contrastes comme la mer quand elle mousse en écume sur le bord du sable. Un arbre, qui avait du vaciller, emporté dans la bourrasque d’une énorme tempête, s’était figé la tête en bas, son feuillage caressant le crâne d’un cerf mâchant ridiculement de l’herbe quelconque. La forêt en face de notre grange se présentait comme une mousseline foisonnante, au dehors de laquelle à divers endroits tentaient de s’échapper des pinsons, des merles, des étourneaux.

Ma première envie fut de vouloir les chasser, puis les tuer, pour en faire je ne sais quoi, les empailler peut-être, et les exposer comme de jolies petites sculptures desquelles je me serai lassé plus tard, et qui auraient traversé les années sans ne rien ressentir ni absorber. Je savais mon grand-père en possession d’un fusil à deux canons, que j’entendais résonner lorsqu’il partait le jeudi, et que nous deux, moi et ma grand-mère, nous restions à table pour observer le vide, notre bouche pleine de petits pois. Il m’empêcha de le prendre, non à cause de mon jeune âge, mais il craignait que je ne perturbe l’ordre du temps.

Je me suis réfugié au grenier, face à l’immense maison de poupées qui tombe présentement en lambeaux, et dont les meubles voyagent dans les mains de petites filles aux quatre coins du monde. J’ai attendu que le temps reprenne sa lente descente vers la mort. A 15:43 j’observai, comme saisi d’une angoisse intense par un minuscule carreau sali et aux jointures pourries, l’aiguille du clocher qui d’un coup s’aligna sur l’heure réelle. Un vieillard toquait sa canne contre un mur pour en faire tomber la terre, mais il tapa tant et tant encore qu’un énorme tas vint le recouvrir. On ne voit plus dépasser depuis que sa canne, et personne n’est encore venu l’en sortir. Alors subitement tout accéléra sa course mais dans une vitesse prodigieusement centrifuge, absorbant et les nuages, et les arbres, et les oiseaux nichés dedans. Tout disparut. J’allais voir mon grand-père en courant, hors d’haleine, mais seul un ridicule tas de poussière trônait sur le cuir enfoncé du fauteuil à bascule. Alors ma grand-mère, se vernissant les ongles d’horribles couleurs rappelant le sang et les chairs, me regarda d’un air attristé, et elle me répétait « ce n’est pas de ta faute, tu ne pouvais pas savoir... », tout à la fois en sanglotant, en hurlant jusqu’à briser des glaces, en me prenant dans ses bras, pour me consoler, mais c’était elle qui se consolait.

En colère d’avoir écoute son conseil, je pris le fusil et tirai trois coups en l’air qui décolèrent les plaques de plâtre du plafond. Deux oiseaux tombèrent. Ils étaient déjà empaillés. L’horloge indiquait 15:44.



*  *  *


15h42, texte écrit par Quentin qui accepta gentiment mon invitation de dernière minute dans le cadre des Vases Communicants de décembre 2011 et dont je vous invite chaleureusement à aller vous repaître de son Journal(s). S'il n'est pas inspiré contrairement à moi par les heures de la nuit, c'est qu'il y a déjà bien assez à faire durant et avec les heures du jour.

Vous pouvez retrouver ici la liste des participants aux Vases Communicants collectée par notre irremplaçable et merveilleuse Brigitte.

"le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre." 

February 09, 03:51 PM
AILLEURS



Syd Matters - Like Horses

La mère alla dormir sous les dalles du cloître ;
Et le petit enfant se remit à chanter... -
Hugo, Les Contemplations, L'enfance, XXIII

Il a dix-neuf ou peut-être vingt ans. Il est né en Cochinchine, de père français, de mère indigène. Il a grandi là-bas, à Saigon, dans le delta. Un jour, son père retourne vivre en France, avec sa femme, son « officielle », qui n'est pas sa mère à lui. Lui reste avec sa mère, là-bas, en Cochinchine, il est de là-bas, c'est là que son enfance a lieu. Laquelle, comment le savoir, qui encore pour en parler, on ne sait pas. À l'âge dû, il part faire son service militaire en métropole puisque lui aussi est « français ». Toulon ? Nice ? Marseille ? Où ? L'ai peut-être entendu, ne le sais déjà plus. Puis il rentre en Cochinchine puisque ce n'est pas la France son pays, pour lui, c'est là-bas. Il y est né. Il y a grandi. Il l'a choisie.

Il rentre vit et se dirige vers les Hauts-Plateaux du Centre, vers les plantations. Les caféiers les théiers, celles-là. La terre rouge. Toujours. Il y travaille dur. Il se marie. Tard. À une femme, plus vieille que lui, aisée, qui a déjà des enfants, qui ne peut déjà plus en faire. Peut-être. Oui c'est ça, qui ne peut déjà plus. Il se marie tard mais on ne sait pas quand, ni ce qu'il a fait avant.* En Cochinchine, cet autre temps. Ils ont une bonne. Une bonne qui a une fille. Il s'éprend d'elle, de la fille. Il lui fait un enfant. Puis deux, puis trois. Comptez jusqu'à sept comme ça. La Cochinchine n'existe plus. Il me faut un dictaphone, je ne retiens rien, peut-être que des fois je fabule, il ne faut pas croire tout ce que je dis. Il y a donc cette plantation, cette vieille femme, l'officielle l'aisée (dont on dit qu'elle est vieille ici pour la différencier mais en vrai, elle n'est pas encore vieille, elle est juste plus âgée que lui, et assez déjà pour ne plus avoir d'enfants), il y a aussi la bonne, et sa fille, et les sept enfants qui sont maintenant nés. Des clans. D'un mariage officiel à une relation secondaire acceptée. D'usage. Un autre temps. Il y a l'argent d'un côté. Le travail dans la plantation de l'autre. Et la pauvreté. Et les sept enfants. Ceux de la fille de la bonne, ses enfants à lui, pas ses enfants à elle, l'officielle l'aisée. Et les habits trop petits, les manches de trois quarts, les lainages mités. Les pantalons qui arrivent aux mollets, les pieds nus, la terre battue. Et ce grand arbre à l'entrée sur la route. Les nattes dans les cheveux, le travail dans les caféiers et les théiers encore, le bois la maison sur pilotis, l'eau, en trombes, la terre, recommencer.

Et puis vient la guerre. Les bombardements, les militaires, les civils. Les frères d'armes, les traitres, les putains. Les frères ennemis, les communistes, le napalm, les enfants. Et le rapatriement. Puisque oui ils sont français. Tous. Ses enfants. Lui. Français. Alors 68. L'avion. Une aubaine. Tant mieux. Mais pas pour tous. Ils sont six à prendre cet avion. Lui et cinq enfants. Où est la mère des enfants, qui est la fille de la bonne, qui est la seconde et pas la vieille, l'officielle. On ne sait pas. Sur les sept enfants, il y en a cinq, cinq qui prendront l'avion. Où sont les deux autres, les deux autres enfants, on ne le sait pas non plus. On sait qu'ils sont avec la mère mais on ne sait pas où. On prend l'avion. À six. On oublie, on mémorise, on fixe quoi de ce jour-là. À six. Puis on fabule, on tait, on projette, on imagine que, on méprise, on dit l'abandon, on en veut, on en veut longtemps, mais on ne sait pas, cet abandon. Qui envers qui. Comment. Où. Pourquoi. Pour qui. On ne sait rien. Mais moi j'écourte. Et la guerre, et le chemin des cœurs, qui pour savoir, qui pour juger. Alors oui j'écourte. Et je fabule. Beaucoup aussi. Et si peu. Il me faut un dictaphone. Et puis la vie en France, un autre jour remplir les bandes. Il n'y a pas de retour possible. Pas une fois qu'on est parti. Et puis revenir pour quoi ?

Les portes sont closes. Une fois que tu es parti, les portes sont closes. Il n'y a pas de retour possible. Et puis tu es français. Tu es né là-bas, tu as fait ta vie là-bas mais tu es français. Français. Et puis la vie continue. En France. Il s'occupe de ses cinq enfants. Il travaille encore. Dans un centre d'accueil. De nuit. Comme surveillant. Pour les rapatriés, comme lui, puis pour les filles-mères, le foyer Pauline Roland. De nuit. Il boit. Il a toujours bu. Il boit beaucoup. Quand il a bu, il hurle crie et s'endort. Il aime. Il aime fort, très fort. Il s'occupe de ses cinq enfants. Il l'a toujours fait. Il l'a toujours fait. Lui. Et la vie passe encore, et les enfants deviennent grands. Ils vivent dans ce nouveau pays, les pantalons pattes d'ef, les brushing, les carrés plongeants, les vieux Polaroïds, la côte les bikinis, et le soleil jauni sur le papier. Ils connaissaient le français puisqu'ils étaient français. Ils l'avaient appris à l'école, française elle aussi. Ils l'avaient appris chez les bonnes sœurs. Des bonnes grognasses, celles-là aussi. Là-bas, au pays. Et puis ils sont en âge, ils se marient. Chacun vit sa vie. Lui rue Péan, des mercredis entiers sur des années. Eux chacun chez eux, cette nouvelle vie. Ils le récupèrent quand il est vieux. Ils s'en occupent. Lui il se fait de plus en plus vieux, il commence à perdre la tête. Il n'y a pas de nom sur sa maladie encore. Plus tard on dira qu'elle vient d'Angleterre. Des vaches. Mais bien plus tard. Pour l'instant, il est juste vieux, il délire, comme beaucoup de vieux, il perd le Nord, il perd la boule, comme beaucoup de vieux, la vie.

Et puis il continue à boire. Mais son vin quand on le surveille comme maintenant on le fait, il est coupé à l'eau. De plus en plus d'eau. On dirait presque du sirop. S'il avait su ça. Cette infamie. Mais il délire, il délire encore. Et plus le temps passe et plus il délire. Sur ses dernières années. Il crie la nuit son prénom. À elle, sa petite enfant. Il ouvre les fenêtres, va dans le jardin, et crie encore son prénom, à elle, sa petite enfant. Sa petite de Cochinchine. Et toutes les époques se mélangent. Et l'on entend son nom, hurlé. La nuit le plus souvent. Et le jour, il confond les gens, les générations, ses petits-enfants avec ses enfants. Ses arrières-petits-enfants avec ses petits-enfants. Et il crie son nom, encore, à elle sa petite enfant. Sa petite de Cochinchine. Celle qui n'a pas pris l'avion. Où était-elle ? Sa petite enfant.** Il boit encore. Un jour il a beaucoup bu. Il raconte. Il raconte enfin. Il raconte qu'il est allé faire son service militaire en France, oui, qu'il était déjà venu ici, dans les années 30, avant cet avion, avant 68. Et qu'il est revenu au pays après, dans son pays à lui. Il raconte. Qu'il avait dix-neuf ou peut-être vingt ans. Qu'il est né en Cochinchine, de père français, de mère indigène. Qu'il a grandi là-bas, que son père était retourné en France, avec sa femme, son « officielle », qui n'était pas sa mère à lui. Lui, il était resté avec sa mère là-bas, y avait passé son enfance et un jour il avait dû partir. Faire son service militaire. En métropole puisqu'il est « français ». Il a bu. Beaucoup. Il délire mais pas tant que ça, il livre. Il répète. Il crie. Il pleure. Il dit qu'il est rentré dans son pays, dans son pays à lui, la Cochinchine, après son service militaire en France qui n'était pas son pays, et qu'après il est allé chez sa mère, dans son pays, chez lui. Chez sa mère qui était seule là-bas, sans homme sans mari. Il crie presque et puis se tait. Et dans un soupir il livre. Il dit, il pleure. Il raconte qu'il est rentré de son service militaire, qu'il est rentré chez elle, sa mère, qu'il l'a retrouvée seule, chez elle, chez lui, pendue, dans son pays. Qu'elle était seule. Que lui l'avait retrouvée pendue. Chez elle. Chez lui. Dans son pays. À lui. Pendue. À eux. Pendue. Il dit qu'elle avait bu. Il dit qu'elle avait bu comme lui peut boire. Beaucoup, violemment, sans s'arrêter. Il répète encore. Elle avait bu, comme lui peut boire. Qu'elle était seule, sans son mari, qui était parti. Sans ses enfants, partis eux aussi.

Puis il dit qu'on dit qu'elle avait bu. Il dit qu'on dit plein de choses. Qu'on stigmatise. Les mauvaises personnes. Les chuchotements. La honte. Qu'on ne se donne pas la mort. Non. Jamais. Qu'il ne faut pas. Que c'est la honte. Une famille maudite. Une mauvaise femme. Qui buvait. Qui avait bu. Qui s'est pendue. On tait. On dit que c'est l'alcool, une maladie. On dit plein de choses. On dit comment. On ne dit jamais pourquoi. On s'en fout de savoir pourquoi. On dit que c'est l'alcool, cette maladie. On ne se demande jamais pourquoi. Et puis on tait. On tait ça pendant des années. Il tait ça pendant des années. Il n'a pas voulu partir lui. Et il a dû. Deux fois. Et il est parti. Une fois pour son service militaire dans les années 30 oui, et la deuxième fois en 68. Deux fois. Mais avec ses enfants, lui. Pas sans. Deux fois. Deux déchirements. Une mère, sa propre mère. Deux enfants, ses propres enfants. Irrémédiables. Deux fois. Deux abandons. Une femme aussi. Et pas de retour possible. Les portes du temps sont closes. Il dit que lui aussi il est parti finalement sans la mère de ses enfants. Comme son père à lui. Que lui aussi il est parti avec son « officielle ». Sans ses deux enfants. Il dit. Il dit que la vie en France c'était quand même une chance. Cet avion, ses enfants, pas tous, mais avec ceux qui étaient là, ce jour-là, présents. Pas tous. Mais on ne sait pas où étaient les deux autres. Les petits. Et la guerre, les bombardements. Il pleure. Oui une chance. Une chance cet avion et la France. La vie qui se redonne comme possible. Il se fait vieux. Il délire. Ce jour-là, il a beaucoup bu, il raconte pour la première fois. Pour la seule fois peut-être. Et une oreille pour l'écouter. Une oreille pour ne pas poser de questions, une oreille pour laisser venir. Laisser sortir. Il n'a pas bu. Il ne délire pas. Il raconte. Encore et encore. Qu'il avait dix-neuf ou peut-être vingt ans, qu'il est né en Cochinchine, de père français, de mère indigène. Que son père était reparti en métropole avec sa femme, son « officielle », qui n'était pas sa mère à lui. Que lui était resté là-bas, avec sa mère, dans son pays, et qu'un jour il avait dû partir en France faire son service militaire, qu'il était déjà venu ici, oui en France, dans les années 30, qu'il connaissait déjà et qu'il en était reparti pour rentrer chez lui, dans son pays à lui qu'on dit « français », et qu'il l'a retrouvée, elle, sa mère, pendue, seule, sans mari, sans enfants, qu'on dit qu'elle avait bu, comme lui quand il a bu, qu'elle s'est pendue, que c'est l'alcool, cette maladie.

La mère alla dormir sous les dalles du cloître ;
Et le petit enfant se remit à chanter... -
La douleur est un fruit : Dieu ne le fait pas croître
Sur la branche trop faible encor pour le porter.
***



* On sait qu'il a fait la guerre, aux côtés des français. On le sait depuis son enterrement, le drapeau des anciens combattants. On en déduit aussi que c'était la seconde qu'il a faite, par recoupements, contre les japonais, oui la seconde, et son poignet qui le dit.

** Dont je tais le nom mais dont le visage apparaît une fois ici.

*** Des fois c'est complètement dingue. Hugo, c'était un choix, pour diverses raisons et dont celle qui le relie, dans sa critique littéraire et édition en France, à la famille, et donc surtout à lui, dont il est question dans il a dix-neuf ou peut-être vingt ans. Le même sang, la même génération, les mêmes premières années. Mais tomber sur ce poème-ci en premier dans les Contemplations, ça c'était la voix du hasard.

November 16, 08:32 AM
MÉDUSES, AILLEURS



Nick Cave & The Bad Seeds - The Mercy Seat (Acoustic version)



# Flash # Le soir venu, les rues étaient plongées dans l'obscurité la plus totale. La ville comme recroquevillée sur sa propre nuit ne se donnait qu'en étroite verticalité : les murs suintaient l'abandon, les rues étaient désertées et de leur imperceptible fin on ne pressentait que les profondeurs ramenées à même le sol. Pas d'éclairage public, pas de lumière aux fenêtres, pas le moindre bruit. Quid des promeneurs nocturnes dans le labyrinthe de ces villes portuaires. Ceux-là savaient d'avance où ils allaient, il n'y avait pas de balade possible, pas ici. Un égaré que l'ignorance aurait propulsé là par hasard n'aurait senti que la peur monter : le grignotement insidieux, le fourmillement au bout des doigts et cette prise de conscience soudaine de tout son corps, de tout son être et d'une existence comme devenue par un malheureux concours de circonstances si disconvenue. En ces lieux-ci, en ces heures-là, qu'aurait-il pu faire d'autre que de guetter les yeux des chats dans la nuit et se mettre à courir du plus vite qu'il put ?

Nous fûmes de ces chats-là. Des bandes affamées. Dressés dès l'enfance dans la mort de Dieu et la soif de vengeance. Dans une sorte d'amalgame terrible nous guettions les inconscients, des étrangers le plus souvent - mais comment aurait-il pu en être autrement, comme s'ils incarnaient ces soldats dont on nous avait appris qu'ils venaient égorger nos fils en nos terres et dont il fallait nous abreuver de leur sang, impur ! Ô ces traîtres ! Ces rois conjurés ces tyrans ! Ô bande de chiens ! Les traquer, les haïr, jusqu'à leur fin ! * De ce passé, de ces années et de la fuite en mer qui a suivi, ma tête est pleine mais le cœur n'a pas assez... Ces jours ces nuits, ces semaines ces mois, et l'eau partout, toujours, tout autour au dehors et en dedans, en dedans... ne suffiront jamais à laver ni à expier les monstres que nous fûmes, que nous sommes, il n'y a ni rémission, ni indulgence, ni grâce possible, nous ne sommes pas des méduses.

An eye for an eye
And a tooth for a tooth
And anyway I told the truth
And I'm not afraid to die


January 14, 09:01 PM



Encre - Une nuit à ciel ouvert

il y aurait une maison bâtie à même la roche et le bruit des vagues qui éclatent contre. il y aurait pas très loin, distinct, le bruit de cordes, un violoncelle peut-être, un violoncelle dont on prend soin, comme on réchauffe un enfant à la sortie des rouleaux... lent... appuyé... grave... il y aurait si l'on tendait l'oreille un peu plus, le bruit de cordes qu'on frappe, sec, arythmique, aigu, les dernières touches d'un piano, celui laissé en arrière peut-être, à la ville-lumière il y a quelques années, et la sensation de ta présence derrière moi.

il y aurait cette baie vitrée, vieille, crasseuse, qui laisse l'air s'infiltrer et qu'on aurait du mal à réouvrir après tant d'années, combien de temps, assez longtemps pour devoir passer la main dessus, surface rugueuse, poussiéreuse, calque marronnasse, pour réussir à voir ce qui git en contrebas : la roche, l'eau, la nuit, le blanc. il y aurait nos souvenirs restitués, séparés, et l'effleurement de nos silences, pleins, à l'idée de ces lendemains : communs. notre émotion, palpable... il y aurait cette bouteille de vin, pourpre, lourd, dont on laisserait docile, patient, la respiration se faire, et nous : vivre.

il y aurait l'ellipse du temps, les frontières arrachées, les dérapages oubliés et nos faiblesses acceptées. il y aurait l'hiver, l'odeur du temps, cette table en bois, un matelas, ces murs nus et quelques vieilles couvertures qu'il faudrait penser à aérer. il y aurait nos joues creusées par la fatigue, nos ventres par le désir, et les cernes du trajet. il y aurait cette nuit, notre arrivée, il y aurait toi, il y aurait moi, et nos pompes dégueulasses qui trainent entre deux sacs de provisions et trois pots de peinture, rien d'autre.

November 12, 09:47 AM
CE QUI S’ÉCRIT



Led Zeppelin - Babe I'm gonna leave you

on dirait le reflet du miroir comme on dirait la révolte.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait l'attente, l'attente des nuits sans lumière en fin, le cœur serré et cette image qui me vient : le tissage de cordes d'amarrage en câbles d'acier.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait l'incompréhension, les paupières tremblantes, les sourcils froncés, le regard tout à la fois perdu au loin et en quête d'un point auquel se raccrocher, incapable de se maîtriser.

on dirait le reflet du miroir comme on dirait l'espoir tué dans l’œuf avant même son propre fantasme.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait le désespoir, le désespoir devant l'aveu de sa propre impuissance : à prendre au corps sa vie comme il en va de nager dans ce monde-ci et pas un autre.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait le regard de l'autre, vitreux, parqué, dilué dans la prise de conscience de sa propre solitude et de celle de tous les êtres.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait l'incapacité d'aider qui ne veut ni ne peut, se mettre dans les pompes de l'autre : si peu vrai, si peu probable, comment.

on dirait le reflet du miroir comme on dirait la jalousie du pire ennemi, de la pire des amantes, blanche, celle qu'on ne pourrait jamais être, le combat sans adversaire, sans adversaire de chair, la remplacer, oui mais comment. saloperie.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait la révolte de l'injustice et son consentement tout en même temps.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait mensonges de l'autre, aussi invraisemblables que récurrents, et pour lesquels on se damnerait. vouloir y croire, encore, sans fin.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait la colère, colère de cet amour, ses mensonges les nôtres, ni plus, ni moins.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait l'apnée, le manque de celui qui connaît l'asthme, sa panique, son étouffement.

on dirait white light white heat comme on dirait ces fantômes, ces êtres. et nous ?
on dirait le reflet du miroir comme on dirait ces voix qui martèlent contre lumière blanche pulsions de vie.
on dirait le reflet du miroir comme on dirait un jour relève-toi, détourne-toi, abandonne, ces êtres ces fantômes, et retourne-toi : il y a le jour qui se lève.


November 09, 06:39 PM
MOMENTS SUSPENDUS

Marseille, 8 novembre 2011       


January 14, 09:03 PM
AILLEURS



The Sugar Plum Fairy Pr. - Blind

J'habite un pays au-dessus des toits à hauteur de cheminées, sous mes yeux le creux qui s'étend. D'où je viens les eaux sont profondes, les cieux peu cléments, les lendemains incertains. Le grain des voix est cassé par la solitude des départs, de ceux qui durent trop longtemps, pour des destinations lointaines et se répètent souvent. D'où je viens les enfants partent en masse vers les tours de verre et reviennent rarement. D'où je viens les attentes sont plus grandes que par-delà les plaines, rêves à l'automne moins pâle, le crépitement du bois dans les foyers nombreux contre l'hiver intransigeant.

J'habite un pays au-dessus des toits à hauteur de cheminées, sous mes yeux leur absence qui s'étend. D'où je viens les forêts sont pour s'y perdre, les jeunes femmes y partent seules, de nuit, et reviennent quelques matins plus tard le regard fuyant, le ventre vide. Les ruisseaux sont gelés, le poisson prisonnier, des tâches sombres, rouges, se remarquent encore entre les feuillages au pied des arbres. D'où je viens les hameaux s'arrêtent en lisière des forêts, denses, sauvages, redoutées, et l'imaginaire magnifient les femmes et les portent hors de la maisonnée, l'extérieur apprivoisé, le tigre dompté. D'où je viens les hommes sont extérieurs à tout, n'ont rien en propre, pas de tâche assignée, fumer jouer chasser : se faire chasser. Ni des forêts ni des lignées, ils rentrent nus.

Et puis il vint des étrangers comme il en vient à chaque époque, en chaque lieu. On commença alors à faire tomber les arbres aux abords des sentiers et peu à peu nos peurs de la forêt sacralisée furent bientôt remplacées par la peur de sa propre disparition. On nous prédit l'expropriation, l'avènement d'un nouveau dieu, on mit à jour la futilité de nos croyances, à sac nos rites et nos terres. D'aussi loin que je me souvienne, peu ont résisté, il n'est de cycles qui se renouvellent sans le refus de s'enfermer.

November 08, 11:22 AM



Stuart Staples ft. Lhasa de Sela - That leaving feeling

Tu ne sais rien des oiseaux qui s'affolent, des cœurs qui s'emballent, ils partent par centaines par milliers, danser tournoyer hésiter et reviennent épuisés. Tu ne sais rien d'eux qui bousculent les nuages et dansent contre le vent - ta propre brasse épouserait-elle le ciel que tu ne le reconnaitrais. Tu crois encore qu'ils dansent avec quand ils brassent tout contre, et des nuages bas au point qu'ils se confondent avec les eaux tu ne retiens que les embruns qui viennent à ton visage s'arrimer.

Je ne sens que cela. Tes vêtements détrempés, le gris bleu, ta peau glacée.
Est-ce que la nuit serait déjà tombée ?

Tu embrasses les questions, il n'y a de réponses à donner. Si les oiseaux partent, reviendront-ils, si ton cœur s'assèche, la pluie suffirait-elle, si cette mer est tienne, serait-elle mienne aussi. La nuit tombe et n'est tombée. Ce que tu crois entendre est le simple bruissement des jours qui se succèdent, et le sel que tu sens, la marque de ceux qui vivent.

La nuit tombe chaque jour pour qu'on s'en relève.

Peut-être est-il encore de nombreux voyages, il ne peut y avoir de trajets qu'inattendus - ou totale serait la nuit. Et des oiseaux qui s'emballent quand les cœurs eux peuvent encore s'affoler, laisse à la pluie la possibilité de les guider.

En ton pays on ne sait pas ce qu'est la pluie.

En mon pays on ne connait la pluie mais on sait la reconnaitre. En mon pays s'il n'y a de certitudes, il n'y a de choses dont l'envol saurait être retenu. Je ne sais rien de la pluie, rien des oiseaux, ni d'où ils viennent ni où ils vont, ni rien des cœurs, ceux qui s'emballent ceux qui se ferment, mais la possibilité même du recevoir est peut-être ce premier pas à poser dans la nuit qui n'en finit de tomber. La nuit tombe encore pour qu'on s'en relève.

Peut-être est-ce la peur qui -

Peut-être est-ce la peur qui -. Mais qui n'est déjà tombé ne peut se relever et tes craintes sont celles des années. Je pose la question, et si novembre était le mois pour nager ?

On ne tombe plus une fois dans l'eau.
Allons nager.


November 06, 08:36 AM
AILLEURS




Philip Glass - The Poet acts

C'est quelque part entre la grande ville et la poubelle de l'humanité, un soir, entre les tours de verre et les grains de sable. C'est elle, lui, qui se prépare. Le raffut des applaudissements, le silence de la loge et le calme intérieur. C'est le rouge de la robe, ce sang qui afflue à fleur de peau, des hommes, des femmes, encore des enfants, à se produire tous les soirs, le maquillage à outrance, la peau défaite, la chair des lèvres données non pas données, livrées, tombées, exhibées, aux yeux de qui, aux yeux de tous, à la faim, la faim de quoi, le soir, exigées, entre la grande ville et la poubelle de l'humanité.

C'est le temps arrêté, précieux, les pensées vides, le flottement hors de soi, de son corps, de sa vie, c'est le temps précieux, tous les soirs à la même heure, au même endroit, le temps de ces quelques instants pour elle, lui, qui se prépare, le soir, entre la grande ville et la poubelle de l'humanité. C'est le temps précieux avant ce qui doit et va arriver comme tous les soirs entre la grande ville et la poubelle de l'humanité. C'est la coiffure qu'elle, il, réajuste, c'est le tissu qu'on étire, la robe rouge qu'on repasse de ses doigts, c'est l'expiration et les yeux qu'on referme, c'est le calme d'avant l'entrée en scène. Et la chair et les sexes et les monstres et les rires. Et moi qu'est-ce que je fous là, entre deux couloirs, entre deux bâches, je ne suis pas là. Et moi qu'est-ce que je fous là, l'appareil en main, à prendre ça, ces moments précieux, à voler cette solitude, ici, je ne suis plus là, l'appareil m'en tombe, et la photo suivante de la pellicule est celle du jour, d'oiseaux multicolores, plumes jaunes, bleues, crête rouge, et comment je serais arrivée ici de toute façon, je ne sais pas. Je ne sais rien, je ne sais jamais rien sur le moment, j'ai juste toujours mon appareil avec moi. Et un an après, qu'est-ce que je saurais de plus quand ma mémoire se serait entre temps amusée.

Je voulais vous parler du vent, des pluies cévenoles, de l'alerte rouge et des trains dont on ne sait s'ils vont partir et puis j'ai bifurqué. Sur ces deux photo parmi mille autres, sur ce soir-là, quelque part entre la belle Bkk et l'infâme Pattaya, alors en fait j'ai aucune envie d'en dire plus là-dessus, c'est terrible, il y a des mots qu'on n'a pas envie de trouver. Mais comme j'ai commencé consciencieusement un billet, il va bien falloir livrer quelque chose, alors voilà une vidéo qui vous parlera elle du vent, et de l'insupportable clic du photographe.




October 30, 04:49 AM
CE QUI S’ÉCRIT



Lou Reed - Magic and Loss (The Summation)


Il dit que parfois, quand il n'attend personne, il laisse la nuit venir dans la maison, il n'allume pas. Cela afin de savoir ce qui peut survenir dans une maison vide.
Duras, Les Yeux Bleus, Cheveux Noirs


pleure les rencontres les ratés comme ces mélodies obsédantes dans le silence de l'appartement
pleure le jour qui vient trop vite, les premières portières de voitures qu'on ouvre et qui claquent
main sur le cuir, le frein à main qu'on desserre, ce coup d'œil lâche dans le rétro : le jour vient trop vite.

pleure la fatigue des gens, le froid la rue ses bruits, pleure le coton qui tient chaud, les traces sur la peau et les formes incurvées laissées par les corps : qui sommeille encore oublie que le jour vient trop vite.

pleure la lune qui se cache, les vêtements qu'on empile, les lampadaires qui s'éteignent et ces minutes comme mortes pour les reflets des lumières sur l'eau. pleure le fleuve pleure les quais, pleure le trafic qui reprend, les lumières des taxis et les bus qui se rabattent et emportent avec eux les premiers passants, suspension clignotants un rendormissement.

pleure cette Ville qui ne s'arrête jamais, pauvre brisé bat le pavé encore ivre de son sort
pleure la fatigue de ces gens, la fin de la nuit, le jour vient trop vite.

pleure les boulangeries dont on guette l'ouverture, toque à la grille l'odeur du pain, juste nous l'arrière-boutique, juste nous les néons blancs dans ces heures vides raccrochées encore au sommeil de l'autre. pleure le stress des examens, les nuits de révisions inutiles, le café noir qu'on avale, tord boyaux l'attente et la jeunesse. pleure les caves de la ville et la crasse de la nuit, pleure les conversations égarées, cages d'escalier et velours, l'obscurité n'a plus de nom. pleure la foule les rires et la musique trop forte, pleure les personnages de perdition et les murs qui retiennent en eux les secrets de la nuit. pleure les travelos les putains les sdf les gamins et les vieux dégueulasses poches pleines l'embonpoint : le jour vient trop vite.

pleure la fin de la nuit, l'agitation des humains, pleure la campagne sous le brouillard et cette biche apeurée qui traverse. pleure le chemin qui mène à la maison du père et de la mère, et pleure encore le brouillard. pleure octobre novembre, pleure les morts les enfants, les frontières l'Histoire, les navires et les plaines. pleure le jour qui vient trop vite, les caféiers les théiers, les vivants qui s'oublient et les vivants qu'on oublie.
pleure l'oubli l'oblivion, pleure l'orage et la pluie, pleure les baïnes et les plages, et ces noyades manquées. pleure ces actes héroïques dont il ne reste que cauchemars, les marées les tsunamis, de la plage aux rochers au parking ad vitam eternam propulsés. pleure les étendues de sable le Crotoy, pleure ce lieu où la mer n'existe pas. pleure le Touquet ses galets, les premiers pas les piques-niques, le mal au cœur la nausée, la bagnole et l'odeur du plastique chauffé. pleure l'enfance ses peurs et le retour des vacances, pleure l'odeur du tabac aux baisers mélangé. pleure les manqués les lâchetés les silences les murs, pleure l'absence l'oubli et le sable qui coule du jour qui vient trop vite.

c'est poussière qui s'évapore et la main qui traverse, les lunettes qu'on repose et la lampe qui observe. dans le silence de l'appartement le temps flotte incertain, les dernières volutes se dispersent dans la nuit qui prend fin.

à celui qui pleure la veille de la nuit veillée comme une amante, une sœur de charité, une mélodie tremblée à la bougie sous l'orage,

Il dit que parfois, quand il n'attend personne, il laisse la nuit venir dans la maison, il n'allume pas. Cela afin de savoir ce qui peut survenir dans une maison vide. Elle dit : Justement moi.



* * *


et depuis cœur gros chamallow, lire Arnaud Maïsetti en partage réponse : à celle qui dit je pleure et Maryse Hache accolade embrassade réunies à travers nos lucarnes et nos mots : à candice nguyen "celui qui pleure" @theoneshotmi
Webmonde est grand, frontières distances tombées, et la vie belle très belle.
Merci.


October 18, 02:31 PM
VASES COMMUNICANTS



Jack The Ripper - Liberation


Tu traines la nuit avec toi, dégoulines, t'amouraches des orages qui imposent l'obscurité au jour – à croire que tu as soudoyé les cieux.
Lieu après lieu, le souffle de ta marche laisse les traces de ton abandon. Les couleurs s'amenuisent, les costumes s'éliment, le chemin défait ses lignes, la lumière tremble et mes contours s'épuisent peu à peu dans un flou qui converge fatalement vers la réalité de ton inexistence.

Je t'ai appelé onze fois aujourd'hui, pour entendre le son de ta voix. Mécanique, voilée, précipitée - un autre monde. Je suis allée rechercher les photos de notre dernier week-end, le vent le froid la côte, cet Atlantique que je ne connaissais pas. Ses vagues, rouleaux impétueux, sauvages et nos imper détrempés. Le réchaud, le camping, la batterie de cuisine qu'on oublie sur le toit de la bagnole en partant, ton anniversaire. Ton visage - pixellisé, ton regard absent - de la scène, des gens qui t'entourent, de notre vie, de ta vie : je ne t'y reconnais pas.

De mon impuissance face à la maladie, de ces derniers mois qui s'apparentent à un progressif détachement, je n'ai pas vu venir voulu voir venir ton abdication. Qui suis-je pour juger de ton refus de continuer ? Cette douleur incandescente, ta présence qui brille par son absence aux autres, qui donc pour comprendre ? Je t'ai pourtant vu t'effondrer parmi les autres, ton corps craquer et basculer vers poussière et que n'ai-je fait ? Le ciel est lourd ce soir comme chargé de ma culpabilité.

Et pourtant.

Et pourtant, tu es juste de l'autre côté du fleuve, presque à portée de bras, presque à portée de doigt. Te revoir, te parler, il suffirait de traverser. Je me délie ce soir et me libère. Te revoir, te parler, il suffirait en pensée. Et ce soir, ce soir je reprends la route pour la continuer là où on l'avait laissée. L'heure n'est pas au passeur pour moi.


* * *


Texte initialement publié chez Daniel Bourrion dans le cadre des Vases communicants - octobre 2011 :
"le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre."

Lire aussi : "sapes" par Daniel Bourrion
Photographie : Daniel Bourrion

November 16, 08:32 AM
MÉDUSES, AILLEURS



Nancy Sinatra - Bang Bang



J'ai récupéré cet après-midi une vieille carte postale représentant un chien mordant le mollet d'un ange. C'était dans une échoppe moisie située à quelques rues derrière le port de Rønne. Je ne sais pourquoi je l'ai prise, ni à qui l'envoyer... sûrement pas à toi... il n'y a plus de mots pour t'écrire... plus d'adresse... il n'y a plus que nos sangs hurlés comme les chiens de Keffer. Et je repense à ces voix qui me hantent de jour comme de nuit, et à ces notes que je prends dont je ne sais que faire. Et le mal de terre et les gens... bang bang, et mon impossibilité d'un retour à la vie... bang bang... that awful sound... bang bang... did we shot them all down...




October 09, 12:49 PM
VASES COMMUNICANTS

On nous préparait pour le dernier voyage.
Dès l'annonce du décès, les femmes sortaient des armoires et des housses nos plus magnifiques costumes, ces étoffes travaillées chamarrées que nous ne portions plus depuis longtemps tellement avec le temps coulant sous nos pas et cherchant à nous faire trébucher, nous avions fini par comprendre que nous nous approchions, justement, du jour où l'on nous glisserait mais cette fois morts dans ces étoffes noires et grises et vertes et lacérées d'argent et de fils d'or - évidemment, dès l'instant où cette pensée nous traversait, nous ne voulions plus les porter et ils s'en allaient patienter en quelque endroit où nous n'allions jamais fourrer le nez dans la gangue de naphtaline légère dont le parfum serait ainsi le dernier que nous sentirions si l'on veut bien oublier celui de notre propre décomposition.

Encombrées des tissus et puis aussi, il faut le dire, pour avoir quelques heures encore cette impression que nous étions toujours debout, elles suspendaient à même fenêtre nos tenues d'apparat, elles nous mettaient ainsi ou presque comme en vitrine et les passants surpris, souvent ces touristes qui ne savaient rien de nous, se gaussaient de la tradition, ne respectaient même pas notre mémoire pendue dans les courants d'air du soir.

Cela n'importait pas. Nous déjà morts n'étions plus touchés par grand chose et puis quand même, par-dessus tout, nous étions pleins maintenant de cette joie qu'ont les enfants qui se costument alors mourir, vraiment, ce n'était rien.


*   *   *


"Sapes", texte écrit par Daniel Bourrion sur photographie mienne dans le cadre des Vases Communicants d'octobre 2011 qui a gentillement accepté de surboumer avec moi en l'automne naissant et qui reçoit mon texte "Et Pourtant" sur photo sienne chez lui"le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre." 

Autres vases communicants d'octobre 2011 :
October 09, 12:49 PM
MOMENTS SUSPENDUS


A Silver Mount Zion - Broken Chord Can Sing a Little

"Les nuits de première neige. Elle tombait... Tombait... 
Cachait les petites maisons. Les champs... Notre rivière sombre... 
Toute la nuit neigeait. Et. Le matin - tout était blanc. 
Je me réveillais de blancheur. Partout... 

Je dis - patience... La neige couvrira tout. 
Nos forces, nos chagrins... Nos traces. Nos pas. 
Les miens - lourds. Les tiens - si légers (...) 
Doucement elle couvrira mes morts. Mes années à venir. 
Elle couvrira notre vieillesse. Notre misère. Patience..."


Emil qui dit : le réel me donne de l'asthme et moi une mauvaise nuit.
j'ai dormi me suis réveillée me suis rendormie, combien de fois la toux la fatigue se lever.
une mauvaise nuit oui.

mais il faut bien ressortir de ce lit.

procrastine
vampirise
et pourtant.

d'un été qui n'en finit pas.

qui rechignent à se dévoiler comme de peur de l'échec.

qui coule plus vite que le temps que la vie.

qui attend quoi. qui attend qui.

en toi en nous en eux la nuit.

l'espérance la croyance en l'indépendance.

d'un soleil qui force les nuages.

ses reflets sur ma table que je lape.

d'un jour qui perd le printemps.

ma vie est ici. entre ces murs entre ces rues.

écartelée bousculée possédée
par quoi. ces musiques ces cordes ces images qui défilent.

je suis l'attente de l'automne.

je suis fainéantise. je suis la personne qui prend le + de photos de son balcon.

Posts

December 05, 04:02 AM

Ai testé pour vous toutes sortes de moyens de locomotion. À deux roues, à trois, à quatre. Moteur et sans. Sur terre, sur l'eau, dans les airs. Des bacs et des barques, des jonques et des bateaux, des motos des vélos, des scooters, des 4x4, des minivans, des cars, des avions... mais la palme d'or revient sans hésitation aucune au Chat-bus, bien plus rigolo que n'importe quel mauvais minibus local.

Le Chat-bus ? Mais si le Chat-bus voyons, lui !

 

 

Bonzes, hommes, femmes et enfants nus-pieds à bouquiner, papoter, lire le journal et surtout ronfler pendant des heures pendant que moi, oh dieu, oui moi, j'attachais ma ceinture de peur de me retrouver propulsée ni une ni deux hors du Chat-bus aux amortisseurs magiques !

J'ai eu vite fait de troquer ma place du milieu - la place du mort - qui me semblait bien plus inquiétante encore que les autres, d'autant que la hotte de l'air conditionné se trouvait juste au-dessus de ma tête. Happée, que dis-je, aspirée dans et par le nombril du Chat-bus, non non, je ne tiens pas à être éjectée au-dehors.

D'une imagination débordante dites-vous ? Que nenni. Me suis retenue par ailleurs d'aller faire pipi (oui le Chat-bus pense à tout), imaginant une scène que les mots ne suffiraient point pour vous décrire. Rires, oh rires, vivement la pause déjeuner et son arrêt.

 

 

Après neuf heures mouvementées, nous voilà enfin arrivées à Nha Trang, une station balnéaire du Sud Vietnam et le passage obligé pour moi. Moins pour sa mer qui est bien plus belle ailleurs, ni pour sa ville qui n'a rien de particulièrement charmant, que parce que cette étape représente une sorte de mission familiale hautement matérielle à défaut d'être hautement spirituelle (...) : c'est là que je viens faire le réassort de colliers de perles.

Non non, la monomaniaquerie ne concerne pas que mes lectures ou goûts musicaux.

Elle me gagne jusqu'au cou.

Nha Trang est connu par ailleurs pour son micro-climat très appréciable : alors que tout le reste du pays est submergé par les eaux, Nha Trang reste un petit coin où il fait toujours beau et chaud, où l'on se fait masser sur la plage, où l'on part en mer pour la journée à bord de bateaux sur lesquels on mange, danse, chante et ris.

Nous avons cherché pendant longtemps son micro-climat.

Peux vous dire qu' ON NE L'A PAS VU.

 

 

Les masseuses de la plage s'étaient cachées également. Ne sais si c'est dû à cette période de l'année qui est moins touristique, au mauvais temps ou plus probablement parce qu'elles se sont faites virées toute simplement de là. Les marchands ambulants et ce genre d'activités sont extrêmement surveillées désormais dans pas mal de coins du pays ou interdites.

On s'en fout, on a quand même pris le temps de déjeuner chez cette charmante dame et de goûter à toute sa carte. Même payé une clope à une coquine de Mamie qui s'était enfilé deux ou trois assiettes et n'avait pas assez d'argent pour tout payer.

 

 

On s'en fout, on a quand même pris le temps de revenir deux soirs de suite manger de la langouste (la langouste n'a pas de pince contrairement au homard - merci Virgile pour ces précisions :o) ), des calamars et coquillages sur ce petit bout de trottoir, même ramené de quoi faire l'apéro là-bas, même dû aller se cacher avec nos tables pour enfants dans les fourrés à deux reprises à cause de rondes de flics.

Folklorique est le mot.

 

 

Bon à part ces petits épisodes anecdotiques, il est évident que j'aimerais dire, écrire, montrer plus mais je réserve mon temps à autre chose. :)

Mardi je prends l'avion pour Bangkok. On va voir ce qu'il se trame par là-bas et ce que mes yeux voudront bien y voir ou pas. N'ai jamais voulu aller en Thaïlande et ce pour des raisons bien précises. Prostitution, infantile notamment, ma sensibilité face à ce genre de sujets, entre autres. Un passage par Pattaya est également prévu. Alors là, je vous passe tous les clichés que j'ai en tête et en mémoire aussi. Ne vous avais-je dit que j'avais passé cinq années en Anthropo à Nanterre dont les dernières spécialisées sur l'Asie du Sud-Est. Des sujets de mémoire et des terrains d'autres amis me reviennent comme si c'était hier.

Demain : de mes propres yeux.

Au retour de Bangkok, rapide passage par la famille à l'ancien Cap Saint Jacques (ah vive les appelations coloniales) puis Saigon, retour sur Hanoi avant le grand retour. Le temps file.

 

Prochaine fois, je pars deux mois...

 

15_-_Tell_Me_More_and_More_and_Then_Some.mp3 Listen on Posterous

 

 

 

 

Nina Simone - Tell Me More and More and Then

Photographies : de Vung Tau à Nha trang, Vietnam

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November 27, 05:55 AM

Ai rajouté des photos ici et là. De la parcimonie au trop de, au trop d'images, au trop d'émotions au manque de temps. Au temps qui défile, au temps suspendu, aux retrouvailles.


Vous passe les retrouvailles du Sud, du bord de mer, du père pour arriver directement sur la route de Di Linh.

 

 

Di Linh, Bao Loc, Loc Son, sans pluie, sans brume, un miracle.

Les rizières du Nord remplacées par les plantations de caféiers et de théiers des Hauts-Plateaux du Centre. Passée par le village natal maternel, pas eu le temps de m'y arrêter ni attarder.

Sept heures pour faire à peine deux cents kilomètres dans un mauvais minibus local, 15 places, 25 passagers, 35 cartons sur la galerie, dans le coffre, aux pieds, sur les genoux, du nuoc mam accroché en haut de l'oreille gauche, deux bonnes femmes qui vomissent par devant et une vieille qui se défonce au baume du Tigre par la droite, ça anéantit tout reste de velléités d'aventure. Roots mais pas trop. Que ce trajet en finisse ou nous mourrons tous d'asphyxie. De quoi ? Ne pouvons plus savoir.

 

 

La terre toujours de ce rouge brique, la chaleur assommante, le bleu du ciel, le no man's land

nous descendons à Bao Loc

Soeur a le regard un peu hagard, de ceux qui disent : "Ah bon, on descend là, au milieu de nulle part ?". C'est que la gare routière a changé d'emplacement, on est dans ces lieux indéfinis où l'on aurait pu se retrouver totalement ailleurs que cela aurait été pareil.

Mission : retrouver maintenant la maison de la grand-mère maternelle. Une surprise quant à notre arrivée matinale. Après quelques quêtes de renseignements, quelques tours de hameaux et quelques bonnes rigolades avec des présupposés voisins qui se moquent du fait qu'on ne connaisse ni nom ni adresse de la grand-mère qu'on vient visiter, c'est adieu les tongs et les pieds à même la gadoue.

Quoi ? Bin oui, ma grand-mère, elle s'appelle Grand-mère c'est tout... :)

Un mur a été rajouté, n'avais point reconnu la maison, on était passé devant.

 

 

Les photos qui ornent les murs ont changé, les enfants ont grandi, se sont mariés, la maison mieux arrangée. Ce même confort rustique, système de récupération de l'eau de pluie (il vaut mieux dans une région où il pleut trois cents jours par an), douche froide et bassines, ces mêmes ventilateurs de mort, ces mêmes moustiquaires. Échappé aux feuillets d'école à l'encre noircis et aux pages de livres déchirées comme papier toilette. Échappé ai-je bien dit. Roots mais pas trop. ;)

 

 

On se couche à l'heure des poules, au son des grillons et des crapauds, quelques mauvaises effluves remontent des terrains mitoyens à cause des eaux de pluie qui ont stagné : une chance pour nous, peut-être était-ce ici les derniers jours de la saison des pluies.

 

 

Pour le reste, ma grand-mère : un sacré bout de bonne femme qui ne manque ni de tempérament ni d'humour...

 

 

 

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November 15, 04:31 AM

Hanoi en vrac, Hanoi qu'on quitte demain. Je remets ici pêle-mêle quelques photos que j'avais balancées sur twitter.

Aurais voulu photographier le même endroit à différents moments de la journée pour vous montrer la vie là-bas qui se succède. Marchands ambulants, échoppes alimentaires du petit-déjeuner au dîner, magasin qui ouvre et ferme, l'heure de la sieste, le trafic de dix-sept heures, le tout sur le même spot, le même lieu traversé par les heures différentes et les gens différents.

Mais l'aube ne me réussit pas. Encore moins après quinze jours de vadrouille et quelques rhum hier soir. Me suis levée à 6h ce matin pour cela et puis finalement quand on a les yeux encore à moitié fermés, c'est pas que l'inspiration ne vient pas, c'est qu'on n'y voit simplement rien. Du coup, après quelques tours de pâtés de maison pour trouver "mon spot", j'ai attéri au lac pour mater les vieilles faire leur feng shui tai chi (suis vraiment pas sportive ha !) matinal et me suis rentrée faire une grosse sieste. :o)

Plus tard dans la journée, j'aurai réalisé que mon spot parfait se trouvait hélas juste devant l'hôtel où je dormais. Ballot hein.

Hanoi en vrac donc.

 

 

Puis Ha Long.

Ha Long dont j'avais rêvé, Ha Long fantasmée, Ha Long par trop visitée, Ha Long saccagée, Ha Long protégée, Ha Long décriée.

Ha Long de mes propres yeux.

Ha Long sans les sacs plastiques que j'avais redoutés sur ses eaux, Ha Long dans des conditions plutôt privilégiées sur une jonque privée.

Ha Long en évitant Disneyland, autant que faire se peut.

Je hais la sensation de rentrer dans un zoo. Ici, ailleurs, partout.

Ha Long de jour, Ha Long de nuit. Ha Long sans la brume. Ha Long que jai aimé au crépuscule.

Ha Long, sa nuit.

Ha Long d'où j'aurais regardé les étoiles filantes passer encore pendant une éternité ou deux. Ha Long sous la nuit noire, Ha Long scintillant ici et là d'agitation humaine sur les quelques jonques alentours.

Ha Long, le calme.

 

 

Sinon, hier on a sauvé une jonque d'un naufrage.

Sinon, j'ai encore ce foutu mal de terre.

 

Cap sur le Sud demain en avion.

Le prochain billet sera écrit dans l'effervescence des retrouvailles ou ne sera pas !

 

 

 

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November 09, 11:49 AM

Atterrir à Hanoi plutôt que Saigon pour une fois.

Ne pas raconter Hanoi, une ville où j'aurais pu me voir vivre. Le dédale de ses rues, sa circulation douce (loin, très loin de la surréaliste saigonnaise), sa poussière, sa pollution, mes bronches qui accusent le coup difficilement. Ne pas raconter mais partager cette photo en attendant de prendre le temps, un photo prise dans la rue du train, une parmi la masse de couleurs, de formes, d'odeurs, de sensations.

 

 

Impossibilité de dire, impossibilité de retranscrire, les moments de calme pour écrire sont pour le moment inexistants et j'ai quitté Hanoi pour quelques jours.

 

Pouvoir vous dire seulement de façon anecdotique que j'avais oublié combien j'avais une tête bizarre pour les gens ici vu comment on me dévisage : à Hanoi c'est en permanence. Ca épuise ma mère, ça augmente ma non-chalance (mère qui m'a rejoint à Hanoi tout comme soeur canadienne - nos premières retrouvailles ici...). Je ris, elle grogne un peu. Un peu de ces flics qui descendent même de leur bagnole pour m'interpeller avec un "hellooo" un peu coquin à la tombée de la nuit : quelque peu déroutant effectivement. Je regarde mes fringues : je ne fais pas prostituée non. Non, non. Alors ? Alors ne sais pas... mais à mon habitude : j'emmerde le monde. :o)

Oh bonheur : l'accent du Nord que je redoutais tant n'est que douceur et ô joie allégresse je comprends !

 

Quitter la ville et prendre la direction du Nord-Ouest. Ses montagnes, rizières en terrasse, ses feux, routes accidentées, ses minorités ethniques... Des photos sans légende je m'en excuse, peu de temps et une grande fatigue.

 

 

Beaucoup ont été prises au sein de ces minorités peuplant les régions montagneuses du Vietnam : Thai Blancs, Hmong noirs, rouges, Dao, Tay... quel bonheur de revoir les enfants courir les rues, les plaines, les vallées, les montagnes, les rizières et les ponts de partout. Buffles, oies, canards, cochons, enfants, ça grouille de rigolades.

 

 

Passer quelques nuits chez l'habitant, au goût fort de bon et mauvais alcool de riz, au son du hurlement incessant des chiens et des coqs le matin (que dis-je la nuit, 4 heures et demi c'est encore la nuit), à l'odeur des cochons et des rats morts, en pleine montagne, en plein milieu de nulle part, à l'odeur des fumées. Mais ce soir, dormir là (dernière photo) et c'est plutôt le top confort... D'ailleurs, je sombre déjà.

 

 

 

Redescendre doucement vers les plaines demain.

Quant à Ha Long... week-end prochain.

 

 

Enfin ces dernières images à la verticale... pour mes soeurs restées

 

 

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November 02, 09:14 AM

 

... première photo

 

 

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October 30, 08:08 PM

Les années passent

Les gens changent

 

Demain

Demain déjà.

 

Demain en plein vol

J'irai voler des petites cuillères

 

Eh ouai.

 

Petites cuillères dans ma poche

remplaceront galets

 

Sans l'ombre d'un scrupule

Sourire enfantin au coin des lèvres

 

une pensée émue

 

04_Big_Jet_Plane.mp3 Listen on Posterous

 

 

Les années passant

Accumuler n'est plus

 

léger léger léger

 

S'est défait du superflu

à l'essentiel re veux nue

 

Plus que la sève

Elle seulement elle

 

Ce nouveau gadget aussi qui j'espère marche bien

car mosquitos m'aiment bien

 

Mosquitos m'aiment trop

 

Tentatives.

 

Tentative tenant dans un bracelet

Mosquito m'aimeras-tu ?

 

Savoir prendre des risques

Et se mettre parfois en péril

 

N'est-ce pas

 

:p

 

 

 

Angus & Julia Stone - Big Jet Plane (Down the way - 2010)

 

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October 25, 03:45 PM

- Pourquoi me parlez-vous de la lèpre ?

- Parce que j'ai l'impression que si j'essayais de vous dire ce que j'aimerais arriver à vous dire, tout s'en irait en poussière... - il tremble -, les mots pour vous dire, à vous, les mots... de moi... pour vous dire à vous, ils n'existent pas. Je me tromperais, j'emploierais ceux... pour dire autre chose...

Duras, Le Vice-Consul, Gallimard,1966

 

Les déchets s'amoncellent ici. Les trottoirs sont pleins. Certains commerçants ferment boutique faute de pouvoir remonter le store de leur devanture complètement obstruée par les ordures. On apprend à slalomer d'un trottoir à l'autre, on hésite avant de descendre ses poubelles en bas de son immeuble, on se les garde une bonne semaine chez soi, puis finalement, on les descend comme tout le monde en ayant pris soin de fermer un peu mieux le sac qu'à l'habitude et on les dépose sur une belle montagne haute de deux mètres.

La Sécurité Civile est venue en renfort il y a trois jours. Bennes militaires, hommes tout de blanc vêtus, des apiculteurs récoltant nos excréments avant que les conditions sanitaires de la ville ne tournent à la catastrophe. Une seule goutte de pluie et tout le monde crie au pipi de rat, à la fermentation, à la peste, au choléra. Mais finalement peu de gens pour se plaindre de la grève elle-même. Elle gêne tout le monde, pas de transport, pas de service de cantine, pas d'essence, pas pas pas, un pas remplacé par des effluves nauséabondes. Nauséabondes. On vit avec les rats.

On crame alors les poubelles, on déblaie devant chez soi mais on ne peste pas sur la grève non. On s'imagine plutôt monter à Paris un à un et déposer un seul sac de nos ordures ménagères devant l'Élysée. Un seul sac par foyer. Histoire de. On en vient même à comprendre ceux qui crament les poubelles. J'aimerais juste sortir de chez moi.

 

De vieilles peurs remontent des égouts. Avec la pluie. Avec les rats. Tout ça. On s'imagine le retour de la peste sur la ville, on prie le ciel pour que le Mistral chasse les mauvais nuages, on en allumerait presque un cierge à Sainte Rita. Et c'est chose entendue : après un ciel parsemé d'éclairs et le grondement impétueux du tonnerre, il n'a que très brièvement plu hier soir. C'est qu'il pleut rarement ici. Et on en est content de ça, particulièrement en ce moment. On se dit aussi qu'on est content de la chute récente des températures. Imaginez-vous une ville où huit tonnes de détritus jonchent le sol par trente degrés : parfois, c'est bien l'automne aussi.

 

The_Wedding_Soundtrack_-_Berceuse.mp3 Listen on Posterous

 

Au loin, la protestation statique et silencieuse des pétroliers continue. Le soir, ça fait plein de lumières à l'embouchure du Vieux-Port. Ca scintille de partout. Jusqu'à la Côte Bleue, jusqu'à l'endroit que je vois de mon balcon et que j'avais pris en photo la dernière fois : ce ciel rouge illuminé par les flammes, ce funèbre feu de forêt. J'avais pris cette mauvaise photo le coeur battant, presque le goût de fumée dans la bouche, un terrible stress devant la violence de ces flammes visibles à l'oeil nu à quelque trentaine de kilomètres du lieu du drame, presque fait exprès de prendre une mauvaise photo. Quand c'est trop, c'est trop.

 

Là, les lumières sont différentes. Elles transportent en elles la force sereine, l'immobilité paisible et silencieuse, l'horizon ne vacille plus. C'est beau. Là encore ça a pu gêner quelques milliers de passagers venus d'ailleurs en énormes bateaux de croisière, avec l'obligation de débarquer pour eux à bords de petites embarcations improvisées, de vulgaires chaloupes, une arrivée plutôt folkorique sur cette terre.

 

La grève partout à l'horizon.

 

Et moi je vous parle de tout ça lorsque je m'apprête à quitter cette ville que j'aime jusqu'à ses trottoirs puants et tagués de tous côtés.

 

Et moi je vous parle de ça alors que je voulais vous parler d'autre chose qui se passe ailleurs, plus près de Lahore que d'ici.

 

J -7

 

 

The Wedding Soundtrack - Berceuse #1 mix (2007)

Photographie : Marseille 20 Octobre 2010

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October 19, 06:04 AM

L'occasion est rare !

Mais que faire ?

Gardez-en un souvenir.

En réponse à Maryse Hache qui vient de publier hanoï hélène baky 1932

 

Du souvenir, j'en garde des traces bien plus profondes que la simple curiosité ramenée des foires. Vous le décrivez si bien, ces petits trésors tenus en quelques babioles exotiques qui amènent avec eux tout un monde dont on ne connait rien et qu'on imagine pourtant de mille façons.

 

Ça me rappelle, il y a douze ans en arrière, la première fois où j'ai débarqué chez ma grand-mère maternelle dans les hauteurs du Centre à quelques kilomètres de Dalat, cette terre rouge dont j'ai parlé et qui a marqué de façon indélébile mon premier contact avec une famille que je ne connaissais pas et dont pour tout dire j'ignorais même l'existence jusqu'à peu.

 

Une terre rouge, une brume aux flancs des montagnes, des caféiers et théiers à perte de vue. Une région pauvre, touchée par les bombardements au plus haut point. Le napalm. Et tout le reste. Trente ans après, j'y allais pour la première fois. Bien avant le premier retour de ma mère dans sa région natale, bien avant. Je n'avais alors aucunement essayé d'anticiper telle rencontre, ne sachant à quoi m'attendre. Je me souviens d'une énorme appréhension avant cela, sur le trajet, même un peu avant. Je me souviens de la soudaineté de cette rencontre dans mon esprit lorsque mon père m'avait interceptée de retour d'une baignade pour me dire : « minh di tham ba ngoai » (on va voir grand-mère). Enfin non, je mens, je ne m'en souvenais pas. Je ne me souviens pas de tout ce qui me marque profondément. Je l'occulte. Je le laisse enfoui dans mon intérieur intérieur (pour rebondir à vos propos) jusqu'à ce que quelque chose me le rappelle des années après, avec autant de parcimonie que de violence que ces actualisations sont toujours trop soudaines.

 

Remonte à la surface, geysers d'émotions.

 

Je ne m'en souvenais pas mais j'ai retrouvé ce petit carnet dans lequel y est notée cette fameuse première fois et dont je ne voulais pas encore parler.

« - Minh di tham ba ngoai.

- Ouai, ok, quand ?

- Tout de suite.

- Quoi ??? Tout de suite ? Là ? Maintenant ?

Psychologiquement non préparée. On y va. Quatre heures de route. (…) Je le sens mal. Comment ça va se passer ? »

 

Des histoires familiales comme chacun peut en avoir.

Ici, la cristallisation de l'Histoire en quelques rapports humains et beaucoup de migrations par-delà les mers dans un sens et dans un autre. De l'Auvergne à l'Indochine, de l'Annam à la France, de la France au Vietnam. Sans compter tous les autres, au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, à Nouméa et où ne sais-je d'autre encore.

Maryse, je ne connais pas Hanoï. Je ne connais le Tonkin que par les mots des autres, d'où ce chemin dans quinze jours. J'ai dû passer dans les treize semaines dans cette partie du globe mais je ne connais pas. Rien.

Je ne connais que les mots des autres encore, soit aux effluves nostalgiques et colonialistes, fameuses chasses aux tigres, soit aux peurs associées au communiste, il faut comprendre : ma famille vient du Sud, soit encore j'entends ici et là les propos touristiques considérant le Nord du pays comme le plus authentique et le plus préservé. Authentique de quoi, préservé de quoi ? Voilà des considérations que j'aurais bien du mal à trouver sensées même avec toute la bonne volonté qu'il me serait possible d'avoir. Il faut comprendre. Dans quinze jours peut-être de nouvelles lueurs.

Ça me rappelle, ces pêles-mêles de photos jaunies par le temps sur les murs de son salon. Nous y sommes toutes. Mes sœurs, moi, ma mère, mon chien, tout le monde, mon grand-père – l'homme de ma vie. J'ai deux ans sur cette photo, nous sommes en vacances en ex-Yougoslavie. J'ai huit ans sur l'autre, douze sur certaines. La relation épistolaire n'a donc jamais été coupée. Le fil jamais rompu. Je le découvre à l'instant. Une personne dont je ne connaissais même pas l'existence a en réalité toujours connu la mienne, la nôtre, les nôtres.

Onze mille kilomètres et trente années.

Ça me rappelle, ses mains, les mêmes que ma mère. Belles. Présentes.

Ça me rappelle, ce regard que j'ai trouvé dur et qui d'un coup comme pour me rassurer m'a sourit.

23_Summer_78.mp3 Listen on Posterous

 

Peut-être elle m'aurait même pas regardée ?

Mais non, elle me sourit.

 

Ca me rappelle, mes fringues que j'ai trouvées indécentes, mes talons, ma peau blanche, ma robe d'occidentale.

Ça me rappelle, les histoires d'argent, les dettes, l'alcool.

Ça me rappelle, que j'avais mes règles ce jour-là et que ma grand-mère m'avait demandé de rester une semaine avec elle dans ces Hauts-Plateaux pleins de brume et de terre rouge.

Ça me rappelle, l'air suppliant que j'ai pris face à mon père pour qu'il me sorte de là. Mes règles, ici, détail somme toute insignifiant qui ne l'est pas.

 

Voilà, je lis votre billet et je pleure

et je vous dis merci

et merci à twitter aussi :o)

D'un vase à l'autre, on finira bien par en remplir quelques uns.

 

Marseille, 19 Octobre 2010

 

 

 

Yann Tiersen / Claire Pichet, Summer 78 (Goodbye Lenin ! 2003)

Photographies : Di Linh, Vietnam 

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October 12, 03:14 AM

 

Cette nuit j'ai rêvé que j'étais à la baie (déjà), on cherchait un endroit où manger avec ma sœur, pas celle qui sera dans quelques jours mon autre voix (…) mais une autre avec qui j'ai déjà partagé un voyage là-bas, il y a quelques années, le troisième dans le delta du Mékong et ses méandres de rizières alors submergées par les pluies - c'était en août.

On avait de l'eau jusque la taille, on s'enfonçait tant bien que mal dans des recoins à la lumière étouffée - je n'arriverais même pas à dire si dans mon rêve c'était le jour ou la nuit: c'est que ça y est, la victoire de l'automne ici sur les heures du jour m'a complètement déprimée. Je hais comme beaucoup de gens ce jour qui déclare forfait trop vite, ne laissant le temps de rien que c'est déjà la nuit, noire. Et encore, nous ne sommes que la mi-octobre, et encore, j'ai la chance d'habiter ces pays cléments de la Méditerranée qui narguent avec insolence encore l'ordre des saisons.

Dans mon rêve, de l'eau partout, du ressac à chaque pointe rocheuse, du monde aussi : tout autour j'entends les conversations se mêler au bruit discret que peut faire l'eau lorsqu'on tente de braver ses ondes. Pas de brume mais cette lumière crépusculaire dans laquelle on distingue si mal les choses et les gens (le rêve me direz-vous), on ne perçoit rien autour que des mouvements désordonnés et une agitation humaine, diffuse. Il y a mon cousin aussi, celui qui est de l'autre côté de l'Atlantique et que je n'ai pas vu depuis des années. Tout se confond dans mon esprit alors pour arriver à ce même point, là-bas, dans quelques jours. Ces fragments épars, ces personnes des quatre coins du globe, ces frontières et ces eaux qui nous séparent au même point rejoints.

C'est bien la première fois que je tente ce genre d'imagination même en rêve. C'est que oui, mon esprit l'a imprimé... bientôt. Je n'ai toujours pas réglé tous les détails de mon départ, évidemment, et une liste de choses à faire avant à m'en donner le vertige.

Ce matin, en allumant ma petite lucarne, les yeux encore collés, le café fumant à peine entamé, je tombe là-dessus : Peut-être Dubaï sur un site dont je commence à me délecter depuis quelques jours (Urbain trop Urbain) et je m'enthousiasme alors de tous ces voyages, de toutes ces villes, de tous ces coins du globe encore à découvrir.

 

Patrick_watson-traveling_salesman.mp3 Listen on Posterous

 

 

 

Patrick Watson - Traveling Salesman (Wooden Arms 2009)

Photographie : Marseille, 05 Août 2008

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October 11, 04:46 AM

 

Nuit agitée sans sommeil hier. Comme tous les soirs je laisse les fenêtres grandes ouvertes, l'été n'a pas fini de venger le printemps cette année. Mais l'air humide, les cheveux hirsutes, frisés, c'est l'air de la mer qui revient dans la chambre. Aucun nuage à l'horizon et pourtant on devine la brume qui s'apprête à amarrer d'ici peu, là, demain, cette nuit, dans quelques heures, maintenant. Nuit agitée sans sommeil, un moustique pour toute compagnie, le bourdonnement insidieux au coin de l'oreille, dans le creux de mon cou, je sens la présence proche comme la présence sent mes cheveux pleins de l'iode de la mer et de la fatigue, fatigue de ces mouvements sans cesse répétés : j'attends toujours l'immobilité retrouvée.

De cette compagnie l'exaspération, je rebranche la prise anti-moustiques trop tard, mon corps déjà sucé en deux endroits - ne veut-on pas de mon repos. Je me camoufle sous la couette, me rendors quelques minutes, quelques secondes, et la valse reprend de plus belle. Je me relève, n'allume point les lumières : inutile c'est déjà le jour dans la nuit. Je suis exténuée. Lumière jaune, la mousson. Je suis déjà là-bas. Levée malgré moi et encore plongée dans des rêves indistincts où tout se chevauche, je ne sais plus rien de cette réalité ou d'une autre. Je m'allume une cigarette et repense à la magnifique dernière partie de Fuir et l'état de suspension dans lequel le narrateur est plongé pendant toute la durée de son voyage entre Pékin et l'île d'Elbe :  

« mon esprit ne parvenant pas à passer fluidement de l'un à l'autre, à abandonner l'un pour se consacrer à l'autre, mais restant en permanence dans cet entre-deux provisoire du voyage, comme si cet état transitoire, extensible et élastique, pouvait être étiré à l'infini, et que, finalement, je n'étais, en pensées, plus nulle part, ni à Pékin ni à l'île d'Elbe, mais toujours à la surface de ces lieux transitoires que je traversais, à la fois arrêté et en mouvement ».*

Les yeux encore à demi fermés et ces putains de klaxon qui commencent dès l'aube. Le plaisir de la sieste possible comme unique pensée pour pouvoir démarrer une nouvelle journée en pleine nuit.

 

PJ_Harvey_-_Silence.mp3 Listen on Posterous

 

 

* Jean-Philippe Toussaint, Fuir, éd. de Minuit 2005-2009 - "double" n°62, pp.122-123

 

PJ Harvey, Silence (White Chalk 2007)

Photographies : Iles du Frioul au large de Marseille, Juillet 2010

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October 07, 02:48 PM

Photographie : Vung Tau, Vietnam août 2006

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October 07, 03:37 AM

N'en peux plus de rêver

fragments épars

se rejoignent

confus

vers ce pays que je ne connais pas

 

que j'ai oublié ?

 

à force d'y penser

tout finirait bien par renaître

les morceaux se recoller

un à un

 

trésaille

 

Cette inquiétude, encore ce soir, que je n'ai pas su rassurer. Ne suis vraiment pas douée pour cela, comme une préférence pour l'enfant le plus insouciant de tous, la tête en l'air, les bleus sur les genoux, les tibias dans les coins de table, je ne peux m'empêcher d'en être agacée, d'elle cette inquiétude, et de développer une intolérance à peine extériorisée mais pourtant si palpable dans mes longs (?) silences - pour moi : ils sont éternité.

Lis entre mes mots

je n'arrive plus à t'écouter

écoute mes souffles

mais tu ne fais que parler

tu n'entends rien

je n'y arrive plus

M'agace et pourtant touchante - autant folle que fondée, celle d'une mère pour ses enfants, d'un frère pour son cadet, celle de l'amour qui prend peur devant ce qu'elle ne connait pas, devant celle qu'elle ne connaît plus - la peur pour l'être aimé. Mais je le redis, elle m'exaspère en ce moment, je n'entends plus rien, rien. Laissez-moi rêver même encore quand je n'en pourrais plus de rêver, ne pas brouiller les flux confus qui n'habitent en ce moment, j'essaye de me retrouver.

L'immobilité paisible après le chaos de la foule, la ville, son animation perpétuelle, elles seules dont je me souviens et qui tourbillonnent encore jusqu'au fond de mes entrailles -

je fuis

Fantasme n'est pas fantasmer, de cette immobilité je retrouverai la force pour continuer. Pourchasser le vent et bouffer la poussière de la terre, rouge la terre et humide l'air entre mes deux poumons infiltrés. La brèche, ridicule, par laquelle bouffée après bouffée s'immiscera tout l'oxygène dont j'ai besoin pour continuer. Les yeux fermés, reconstituer l'aube de ma pensée qui s'est éparpillée en mille miettes, en mille endroits, en mille temps que je ne sais plus très bien où elle a pu se cacher.

N'en plus pouvoir de rêver

fragments épars

se rejoignent

confus

vers ce pays que je ne connais pas

 

que j'ai oublié ?


à force d'y penser

tout finirait bien par renaître

les morceaux se recoller

un à un

 

novembre

en attendant

 

A_Silver_Mount_Zion_-_For_Wanda.mp3 Listen on Posterous

 

 

A Silver Mount Zion, For Wanda (He Has Left Us Alone But Shafts of Light Sometimes Grace the Corners of Our Rooms 2000)

Photographie : lulu, Montpellier 2009

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October 03, 04:41 PM

Mon voisin du deuxième m'alpague un après-midi de juin en bas de la cage d'escaliers. L'air gai comme un pinson, il arbore un sourire aussi large que sa bedaine. Échanges de banalités, sourires convenus, il tente de regagner ma sympathie suite à quelques déboires de voisinage, problèmes de tuyauterie habituels et autres gouttières bouchées qui n'arrivent à défaire le nœud de nos relations. Je suis une voisine qui ne fait pas d'efforts avec ses chers et tendres voisins en règle générale mais vu l'air niais et empli de bonheur qui l'assaille aujourd'hui, je ne peux que me résoudre à lui sourire en retour et ne pas prétexter quelque rendez-vous pressé - pour une fois. Vous m'avez l'air bien en forme Monsieur D. aujourd’hui dites donc. Un peu que je le suis, regardez donc ma boite aux lettres. Un nom vient de se greffer au sien, charmante étiquette qu'on ne saurait manquer à vrai dire vu la blancheur de son papier et la taille démesurée qu'on a pris soin de lui tailler.

Monsieur D. affiche donc cet air victorieux parce qu'il vient de se ramener une femme philippéenne. Enfin. Une demi-heure d'épanchements sur le ton de l'aimable confidence dans laquelle il a le temps de me parler de ses trois précédentes femmes vietnamiennes avec qui ça n'a jamais pu se faire - dont une avec une paire de nibards, vous n'avez jamais vu ça sur pareille vietnamienne. Un canon : rare ! Rare. De la chirurgie peut-être ? C'est qu'elles sont difficiles et bornées les vietnamiennes quand même. Alors que je me demande si je dois le savoir mieux que lui - Bornées et fières, la question me reste en suspens et je suis soudainement prise de fascination pour le personnage. Yeux grands ouverts et appétit naissant pour mon voisin - jusque là entité vague et indéterminée - et le flot d'insanités qu'il s'apprête à m'abattre. Ça y est : il va se dévoiler. Je souris de nouveau, j'aime les gens qui jouent cartes sur table comme ça. Monsieur D. m'évoque alors la triste réalité des mariages mixtes lorsque l'on ramène une femme étrangère dans sa propre patrie : elles deviennent feignantes ici, de vraies petites princesses qui s'habituent au luxe et à la paresse - C'est quand même mieux d'aller là-bas. Enfin, Manille, c'est mieux pour la retraite, un paradis fiscal en prime. Les militaires américains sont heureux là-bas. La retraite à 40... avec une petite minette de 25. Ça donnerait envie d'être à la retraite à 30 ans.

01_The_Girl_From_Ipanema_1.m4a Listen on Posterous

 

 

Stan Getz & Joao Gilberto Featuring Antonio Carlos Jobim, The girl from Ipanema (Getz/Gilberto 1964)

Photo : Marseille, juin 2009

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October 02, 01:04 PM

Pourquoi ne pas tout mettre au même endroit ? Bonne question... Mon côté psychomaniaque peut-être ? Première question évacuée, hop, je fais ce que je veux de toute façon.

Ce qui semblait être loin approche à tous grands pas, tic tac fait la montre et rien fait de ce que je pensais. La feuille de route, le semi réapprentissage de la langue, rêver un peu des endroits vers lesquels je pourrais trainer un peu mes guêtres, appareil photo dans une main, produit anti-moustiques dans l'autre.

Rien. Évidemment.

L'organisation et moi ça fait deux

la projection et prévoyance trop de [pr] qui m'écorchent le cerveau

le temps file un peu vite

mon sens de l'exagération marseillais est proportionnel à mon emploi de l'euphémisme.

Il est aussi beaucoup plus simple pour moi d'ouvrir un nouveau blog. Mais combien de comptes a-t-elle ? Retour à la première question, n'en parlons plus. Partons d'ici.

 

J - 30

J'ai déjà tout ce qu'il me faut en réalité.

Je l'ai mentionné : l'appareil photo, le produit anti-moustiques.

À cela rajoutez mon ordinateur parce que ce ne sera pas les vacances

mon Ipod - où je meurs avant même d'avoir atterri

3 bouquins - dont le premier est déjà fixé et sera Cent ans de solitude.

 

J - 30

J'aime Posterous et ce service sera beaucoup plus simple pour y déposer plusieurs images en même temps et quelques bribes de mots entre deux villes, deux habitations.

Mon quatrième voyage là-bas. D'aucun n'ont été semblables. Ni les lieux ni les gens ni les conditions. Il y a des gens qui partent, un peu trop tôt à mon goût, il y a ceux qui restent, il y a ceux qui partent mais ailleurs par-delà les mers, il y a les paysages qui changent, il y a les circonstances qui diffèrent aussi. La vie.

 

Lorsque j'ai pris mes billets il y a quelques mois de ça, j'imaginais faire ce voyage seule, du moins ses trois quarts. Atterrir au Nord, découvrir le Nord Nord du pays que je ne connais pas.

ce pays que je ne connais pas

jamais eu le temps de remonter plus au Nord que le Sud du Centre

alors c'est pour dire

je ne connais pas ce pays

ses gens du Sud, peut-être un peu plus oui

au-delà non.

 

Atterrir au Nord. Poser ses affaires quelques jours dans un hôtel à Hanoï, se balader autour du lac et plus loin

se balader

dîner tard

manger à n'importe quelle heure du jour et de la nuit

dans des échoppes ridiculement petites 

à même le trottoir

sur les marchés

manger encore

à n'importe quelle heure du jour et de la nuit

 

Surpasser les limites de mon vietnamien dans des contrées où il y a autant de disparités linguistiques que l'occitan puisse être différent ici du chti

ne pas me faire comprendre

me faire rire au nez

de ma pratique calamiteuse de la langue

en rire

pour la première fois

ne plus complexer de ce manque - car c'est un manque

me faire arnaquer

peau trop blanche, fringues trop blanches

peau trop mâte, origines incertaines

 

Aimer

 

Repartir

où je ne connais pas

Aller dormir deux trois nuits sur une jonque dans la Baie d'Ha long ou sur l'un de ses îlots

seule encore

paysage dégagé

ou brume tout feu tout vent

la brume me plairait

Tout le monde s'écrie : "J'espère que tu auras beau temps là-bas. Tu ne verras rien sinon, tu n'en profiteras pas."

ça me plairait la brume

je ne dis rien mais je ne suis pas d'accord avec ce qu'ils disent.

La Baie d'Ha Long.

J'ai l'impression de fantasmer en écrivant. Ce lieu n'existe pas, je l'invente en l'écrivant.

Il n'est pas possible que j'y sois un jour

de chair et d'humeurs.

 

Revenir à Hanoi, monter vers Sapa, humer l'air des montagnes, ouvrir grands les mirettes et tendre les oreilles parmi ces populations que je ne connais pas

humer l'air et les odeurs toujours

 

Ne connaitre ces populations que par les mots encore

ceux de ma littérature scolaire passée

ceux d'études autant passées que désuètes

avec quelques relents colonialistes

il ne faut pas le nier

- euphémismes poussés.

 

aujourd'hui et depuis toujours mises sous silence

des médias

du monde

du dehors

sauf pour l'artisanat

ah ça oui l'artisanat des minorités ethniques, c'est bon pour le tourisme

on peut laisser cette extériorité-la venir jusqu'ici

pour l'artisanat et le folkore

mais pas trop

pas plus

Des populations dans un pays qui pratique autant l'étouffement de ses minorités que son principe de gouvernement est celui du parti unique

un pays qui s'ouvre aujourd'hui aussi autant aux capitaux étrangers, à la modernité, aux Iphones et autres gadgets qu'il conserve le contrôle des médias et chérit l'imagerie soviétique

encore

Le temps n'est plus au paradoxe, il faut concilier face et nécessités.

 

Prendre le train

encore le train

et quelques bus

Redescendre tranquillement vers le Centre, son Sud, ma grand-mère.

Continuer encore,

Revenir là où je suis allée

là où je connais

là où il y a ma famille

le soleil, la mer, toujours.

Là où les conditions ne sont plus les mêmes

les mêmes qu'au Centre, qu'au Sud du Centre, que sur la route de Di Linh

où il y a beaucoup de pluie

de pluie

et encore de pluie

de la terre rouge aussi

des caféiers

des théiers

et de la pluie encore

Redescendre

 

Là où la richesse a pris le pas sur la pauvreté

où les chemins de terre ont été remplacés par le bitume encore fumant, les ronds point mégalos

l'aménagement des plages

le petit Dauville des Saigonnais

 

Là où les gens ne sont plus tous les mêmes

partis trop tôt

partis ailleurs

nouveaux arrivants

départs

revenants

les enfants

ça grouille de partout

ça court

on chahute, on s'amuse

on fait des bonhommes avec des épluchures de fruits

on va au karaoké

au karaoké

 

puis mon père aussi

 

J -30

Je ne vais pas faire ce voyage seule.

Il sera tout différent de ce que j'avais imaginé il y a quelques mois.

Du monde s'est greffé à mon périple depuis

quelle émotion

par-delà les mers on aura réussi à se donner rendez-vous là-bas.

l'expérience que plus enrichie

d'impressions, de sentiments et de regards

J'espère que ces carnets pourront s'enrichir d'autres voix que la mienne.

 

novembre

en attendant

 

 

 

 

Photographies : Marseille été 2010 / Phan Thiet, Bao Loc, Dalat, Vung Tau, Vietnam août 2006)

 

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January 30, 04:18 AM

 

"Quand je reviens de voyage, quoique ayant songé à lui bien souvent dans mes heures de mauvaise humeur et de faim d'autrui, je suis d'abord quelque temps à coqueter avec mon désir, n'allant pas directement à lui, ni même le regardant.

Après des dizaines et des dizaines de minutes seulement, après avoir lancé un coup d'oeil comme à demi indifférent, et découvert avec flegme puis refermé l'instrument, tout à coup de désir plein, trop longtemps retenu, je m'y jette, je m'y rue (n'ayant pas depuis lontemps un piano, je dois avoir encore la peur de le perdre et de ne plus en avoir jamais), cette fois je ne me retiens ni des doigts ni du coeur, je m'y allonge par dessus les touches d'où émane la nappe sonore, je m'y trempe, je m'y masse, je m'y dénoue et m'y noie.

Cette fois, c'est bien le retour."

Michaux, Passages, 1950, Gallimard (nouvelle édition de 1963)

 

 

Il y a quelques mois déjà, j'écrivais ceci : Se réapprivoiser. Sentiments et comportement toujours autant partagés depuis l'âge de mes... deux ans ?

Je crois que j'ai dû naître dans l'antre d'un piano.

 

 

Variations_I.mp3 Listen on Posterous

 

 

En bande son, un rush d'impro de nos retrouvailles, tant de chantiers ouverts qui à la fois m'exaltent et me désespèrent.

 

 

Photographie : Paris, Mai 2007

 

 

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September 23, 11:49 AM

Je relis à tête reposée et je suis bien obligée de partager de nouveau : Arnaud Maïsetti : Internet | temps réel et ses fragments de réflexion non fragmentaires mais plutôt denses, bien ouverts sur ce qui se joue et trame aujourd'hui autour et dans les rapports entre internet, écriture, question de l'auteur, de la polyphonie, des échos qui se propagent dans la toile et trouvent parfois - souvent, réponse dans un temps très court voire dans l'instant. Les portes se sont déplacées, celles de la bibliothèque, celles de la solitude du lecteur, celles oserai-je dire aussi, celles de l'écriture, un peu, beaucoup.

Quatorzième fragment :

"Internet, ça voudra dire : en lisant en écrivant dans tous les sens, et comment ça nous a maintenu vivant de nommer le monde, un endroit du monde non localisé, en déplacement constant, lieu qui existait quand on le faisait fonctionner sous nos doigts, et la solitude en partage qui circulait : et la vie entre qui battait."

Parce qu'aujourd'hui, à travers Internet et aussi le basculement dans quelque chose que j'ai encore bien du mal à percevoir clairement : la génération deux point zéro - alors même que c'est partie intégrante de mon travail et environnement * -, les solitudes se rencontrent, se font face et se répondent ensemble dans le même temps, les espaces différents autrefois isolés convergent dans "cet endroit non localisé du monde, en déplacement constant". La(/à), les fenêtres ouvertes devant soi ne sont plus celles que de l'auteur, de ses mondes, de ses mots, mais deviennent aussi celles du lecteur, des lecteurs tous en même temps tout en même temps - des fenêtres allumées. Il y a de la lumière allumée là oui, dans ce qui semble être un dédale de flux, masses informes d'informations et d'expériences. Derrière ces flux, de vrais gens, qui se répondent, des portes qui se déplacent, des murs qui éclatent, des écritures et des lectures qui se lient, des processus en vie.

Un putain de raffut ça fait quand on y pense que ça me donnerait presque le vertige. Mais là c'est dû aussi à mes activités qui font que je dois parler beaucoup, constamment, tous les jours, à ce que j'appelle avec tendresse mes tamagoshis, expression reprise d'une personne autre bien présente aussi sur la toile, et que je trouve délicieuse pour plaisanter de nos inclinaisons à ne pas aimer que nos relations IRL mais à chérir aussi ces nouvelles solitudes qui se vivent ensemble. Bref, je m'éloigne. Ou pas. J'ai perdu le fil, je ne sais plus où je voulais aller. On me pardonnera de la non-clarté de mes propos ici : c'est que ça fait déjà bien longtemps que je n'ai plus réfléchi, pas le temps.

On dit "pas le temps" à propos d'Internet du côté François Bon, moi je dis "pas le temps" à propos de réfléchir actuellement - le contemporain me tue : je suis noyée dans ce surplus d'informations que je n'ai pas le temps de digérer mais surtout pas la force d'avaler - les gens qui me connaissent diraient peut-être l'envie. Ça a commencé avec la télévision dont j'ai fini par me séparer, ça a continué avec ce flot d'images dont le nombre est devenu totalement insensé avec le passage de l'argentique au numérique (je parle là des photographes amateurs et aussi professionnels qui prennent un milliard six cents mille photos en une heure et ne savent plus faire le tri, se séparer, jeter, ne garder que la sève pour ne montrer plus qu'elle), ça continue avec les mots, les blogs, les articles, les billets, les gazouillis, la "TIMELINE", mais quel mot étrange - pas si étrange que ça **, ça n'en finit plus, ça défile très vite, trop vite, qu'on en oublie cinq minutes à peine après ce qu'on vient de lire, de dire, de vomir.

 

* peut-être justement à avoir le nez trop dedans on en oublie de reculer, peut-être qu'on surestime aussi ces changements (moi), peut-être pas, et alors toutes ces questions vaseuses que je me pose subrepticement, je devrais me les poser un peu plus (beaucoup plus) clairement.

** tous ces derniers sujets qui font partie d'un même ensemble pour moi qui m'obsède un peu et qui mériteraient encore 600 autres heures de réflexion intense mais bon, je ne vais pas redire "pas le temps" ou que ces trucs d'intello c'est pour ceux qui crèvent pas la dalle

Tindersticks_02_Yesterdays_Tomorrows.mp3 Listen on Posterous

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September 06, 12:55 PM

« Là où l'imaginaire est le plus fort c'est entre l'homme et la femme. C'est là où ils sont séparés par une frigidité dont la femme se réclame de plus en plus et qui terrasse l'homme qui la désire. La femme elle-même, la plupart du temps, ne sait pas ce qu'est ce mal qui la prive de désir. Elle ne sait pas, beaucoup plus souvent qu'on le croit, ce qu'est le désir, comment il se présente à la femme, elle croit qu'il y a des choses à faire pour qu'elle ressente à son tour comme certaines autres femmes. Il n'y a rien à dire sur ce point sauf ceci : c'est que là où on croit que l'imaginaire est absent, c'est là qu'il est le plus fort. C'est la frigidité.

La frigidité c'est l'imaginaire du désir par cette femme qui ne désire pas l'homme qui se propose à elle. Cette frigidité est celle du désir de la femme pour un homme qui n'est pas encore venu à elle, qu'elle ignore encore. La femme est fidèle à cet inconnu avant même que de lui appartenir. La frigidité c'est le non-désir de ce qui n'est pas cet homme. La fin de la frigidité est une notion imprévisible, illimitée qu'aucun homme ne peut tout à fait rejoindre. C'est le désir que la femme n'a que pour son amant. Quel qu'il soit, (…) cet homme sera l'amant de la femme si c'est pour lui qu'elle éprouve du désir. La vocation à un seul être au monde, incontrôlable, elle est féminine. Il arrive qu'entre amants, dans l'hétérosexualité, le désir soit de même attaché à la personne, que l'homme de même que la femme devienne frigide, impuissant s'il change de compagne mais c'est beaucoup plus rare. Même si ce sont là des notions radicales, désespérantes, ce sont celles qui s'approchent le plus de la vérité. [...]

Là où nous sommes atteintes par le désir de notre amant, c'est dans cette cavité du vagin qui résonne comme un creux dans notre corps. Un endroit duquel la verge de notre amant est absente. Nous ne pouvons pas nous tromper sur cet amant. C'est-à-dire que nous ne pouvons pas imaginer une verge étrangère dans cet endroit qui a été fait pour un seul homme, celui qui est notre amant. Quand un homme étranger nous touche, nous crions de dégoût. Nous possédons notre amant comme lui nous possède. Nous nous possédons. Le lieu de cette possession est le lieu de l'absolue subjectivité. C'est là que notre amant nous assène les coups les plus forts que nous le supplions de donner pour qu'ils se répandent en écho dans tout notre corps, dans notre tête qui se vide. C'est là que nous voulons mourir. »

Duras, « Les hommes » in La Vie matérielle (éds. Gallimard, Folio n°2623, pp. 43-46)

 

Je me dis qu'à force de lire, je finirais bien par écrire.

Je me dis aussi qu'il faudrait que j'arrête ce genre de lectures, qu'alors peut-être, je n'aurais plus cette boule au ventre.

05_Waves_feat._Syd_Matters.mp3 Listen on Posterous

 

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August 11, 07:30 AM

Voilà un blog pour me séduire et qui accompagnera mes prochaines soirées : Les idées heureuses. Non non détrompez-vous du nom qu'il porte, ce n'est pas un blog de psychologie féminine pour Bridget Jones dépressives mais plutôt celui d'un auteur qui jalonne des mots et égrenne des notes de piano, et qui partage des morceaux de choix d'écrivains et de compositeurs variés.

Un billlet datant du 21 Septembre 2009 nous annonce la fin de l'aventure puis finalement paraît en ce jour un nouveau billet sur l'asile et le piano comme "l’une des formes les plus adéquates de la fameuse “pensée qui ne pense à rien”..." : Cortège de phénomènes.

 

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July 28, 02:46 PM

La toile, un dédale. Des blogs par milliers, des textes par millions, des mots par milliards. Et parfois, rare, une écriture qui touche mon âme, une surprise, heureuse : Le Petit Monde de Nicolas Esse qui regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir et qui nous offre ici de bien jolies Promenades du dimanche.

Dégustez chers amis,

et celle-ci en particulier : Deuxième Promenade : entre demain et aujourd'hui

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June 12, 08:16 AM

Cela fait des semaines et des semaines maintenant que je n'ai rien posté. Des bribes de textes deci delà, commencées dans le train pour la plupart ou jetées à une heure bien trop tardive de la nuit pour mon cerveau, éparses, sans queue ni tête, insuffisantes ou non assumées. De belles lectures cependant, et nombreuses, dont celle-ci : Jean-Philippe Toussaint, La Télévision. Je recommande vivement. Et c'est seulement à cette lecture que je me suis rendue compte pourquoi j'aimais Toussaint, Duras ou encore Colette dans une moindre mesure... La narration à la troisième personne me dérange, je lui préfère le "je" - sans raisons.

Faire l'Amour de Toussaint vaut le détour aussi. Une sorte de Lost in Translation par les mots, tranche de vie étalée sur à peine un peu plus d'une nuit. Étant rentrée enfin chez moi, je vais peut-être retrouver le temps d'écrire mais j'ai d'abord à finir mes peintures.

 

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March 27, 09:12 PM

Il faut que je me penche sur la question d'une écriture jetée aussi rapidement sur la toile, sans corrections, relectures ni même le recul de vingt quatre heures.
Me pencher également sur la question plus troublante encore pour moi d'une écriture modifiée a posteriori et de textes remaniés en ligne directement ni vu ni connu.
Me pencher enfin sur la disparition du "brouillon", des traces des différentes versions, chronologiques et tout ce qui s'ensuit.

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March 27, 09:14 AM

 Je suis retombée sur un manuscrit qu'un soir dans un troquet, un client m'avait donné. Cela doit faire bien trois ou quatre ans, je ne sais plus. Je ne l'avais jamais lu, allez savoir pourquoi. Le bon dans tout ça, c'est l'énorme surprise que de retomber sur ce genre d'objets alors même qu'on n'y pense plus voire même dont on avait complètement zappé l'existence. Sorte de bouteille à la mer, quelque chose qui regorge de bonnes surprises, peut-être - intérêt soudain, appétit, yeux tous ronds.

 

Feuilletage, il n'est pas signé. Cela pique encore plus ma curiosité à vif, pour les mots qui s'y cachent. Je ne connais pas le nom de son auteur et ne le rencontrerai jamais plus a priori (même s'il ne faut jamais dire jamais).

Lecture, de nombreuses coquilles et fautes de grammaire, tiens, si je l'avais lu avant, j'aurais peut-être pu le lui corriger.

Puis le verdict, la découverte de l'objet est bien plus intéressante que l'objet en lui-même. Je dirai donc quand même merci. Mais merci à qui ?

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March 13, 06:29 AM

En voici encore de jolis mots : La notice.

Rien que l'exergue déjà pour séduire et puis ce texte, peut-être, datant du 6 Mars dernier : Du quai 6.

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March 05, 08:44 PM

Puisqu'il faut commencer. Rompre avec les points de suspension inutiles. Ceux qui jouent la fausse humilité, ceux qui s'imagineraient amener d'eux-mêmes par un côté faussement énigmatique un intérêt supplémentaire au sujet. Lorsque les mots manquent, lorsque la formule se fait capricieuse, lorsque l'esprit est à court : faire une pause et souffler. Leur rendre toute leur portée - dire les pauses, dire le souffle qui se prolonge, dire les silences. Mesurer, tempérer, bref arrêter d'en abuser.

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March 05, 07:08 PM

Il faut que je pense à faire mes notes d'écriture. Le raté intéresser, la coquille prendre sens, l'anecdote insérée. Bref faut que je m'y colle.

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March 03, 07:00 PM

Je lis là que toute vérité n'est pas bonne à dire. Dans l'hypothèse où celle-ci pèserait de trop pour la garder en soi, cela revient-il à dire que la dévoiler, c'est faire acte d'égoïsme - ou de faiblesse ?

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March 02, 04:27 PM

"J'aime mettre quelques mots entre deux virgules, comme un décrochement dans la grande avenue d'une phrase, une ruelle où deux amoureux iront se réfugier, le temps que dure un baiser."

"De "géniale" à "génitale", il n'y a qu'un thé."

C'est par ici :  Merlinades. Notes quotidiennes au cœur du royaume familier

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March 01, 09:07 PM

le troisième du mois... hum, un côté obsessionnel peut-être ?

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