Tu m’avais dit : ” je t’embrasserai si je peux” Le zinzin sonnait, c’était de l’alcool à falloir Et la traversée était un pays trouble Aventurier aux charnels désirs Entre nous le ciel brûlait, effrayé. * * * Nous dormirons
En quoi avons-nous cru ? Cette musique qui monte A l’endroit où mes yeux Se rencontrent aux tiens Faire se croiser les courbes Duel des ombres mouvantes Mes lettres après tes mots Parmi d’autres Les pupilles dilatées A force de
Pour nous deux répète-moi Cette phrase où tu annonces Les provocations à provoquer Des supplices du désert Vers quelque part Nous sortir de l’extrême. ========================= In Cruel Fire by Rome http://ex.fm/song/4ejmx Filed under: // De Linéales
Chaque mélancolie et l’épaisseur S’accorde à cette blessure Que ne cesse le repentir – De mal t’aimer – Filed under: // D'Etreinte
Bousculer ses découvertes Levées Après les saccades On s’essaie La magie Est crapuleuse L’on pratique Comme si Rien n’était Aussi osé Morsures feutrées De ces baguettes Initie l’emprise Face à face D’abandon, oui De ces expressions Ne peuvent se contourner
A cet écrit que tu portes Toute la nuit découper Les ailes des ombres Pourquoi trembler Je ne tremble pas La chose ? Fourmillante Sa forme nous l’apportons Aussi distante que proche Aussi visible que béante Pourquoi trembler Je ne
Mon amante, mon amante Je te crie tout criant Que nul ne t’approche A toi je te confie La flèche perçante A l’écorce irradiante. ============================= Veine de lumière. Elle donne l’éclair Filed under: // D'Etreinte
L’« Espoir » est la chose emplumée – Qui perche dans l’âme – Et chante la mélodie sans les paroles – Et ne s’arrête – jamais – C’est dans la Tempête – que son chant est – le plus suave – Et bien mauvais serait l’orage – Qui pourrait intimider le petit Oiseau Qui a réchauffé tant de gens – Je l’ai entendu dans les contrées les plus glaciales – Et sur les Mers les plus insolites
Vous voyez ce je ne peux pas voir – le déroulement de votre vie – Je dois devinez – Combien de fois – aujourd’hui – il a souffert pour moi – Confessez – Combien de fois pour moi qui suis loin Ses yeux braves se sont embués – Mais je devine que deviner fait mail – Mes yeux – se troublent tant ! Il est trop flou – ce visage – Que le mien – convoite – si patiemment – Elle est
Je connais des Maisons solitaires à l’écart de la Route Elle plairaient à un Voleur – Barreaux de bois, Fenêtres basses, Donnant sur – Un Portique, Où l’on peut se glisser à deux – L’un – passe les Outils – L’autre jette un coup d’œil furtif – Pour s’assurer que tout est endormi– Des yeux d’antan – Pas faciles à surprendre ! Comme la Cuisine aurait l’air en
« Le Ciel » – c’est ce que je ne peux attraper ! La Pomme sur l’Arbre – Pour autant qu’elle – pende – inatteignable – Ça – c’est « le Ciel » pour Moi ! La Couleur du nuage qui fuit – La Terre interdite – Derrière la Colline – la Maison derrière – C’est là – qu’on trouve – le Paradis ! Ses Pourpres qui titillent – l’Après-midi – Leurrent – les crédules – Enamourés – du
Tue ton Baume – et ses Arômes te bénissent – Abandonne ton Jasmin – à l’orage – Et il lancera son parfum le plus fou – Qui peut-être – Charmera ta nuit d’Eté – Poignarde l’Oiseau – qui a construit dans ton sein – Oh, as-tu pu saisir son dernier Refrain – Gazouille ! « pardon » – « encore mieux » – Gazouille ! « Chante pour Lui – quand je ne serai plus » !
J’ai assez respiré pour en saisir le Mécanisme – Et maintenant, privée d’Air – Je simule si bien le Souffle – Que d’aucuns, pour être tout à fait sûrs – Les Poumons étant immobiles – doivent descendre Parmi les cellules rusées – Et mettre – Eux-mêmes – le doigt sur le Pantin, Comme les Soufflets , sont engourdis !
C’était – dis-je – chose solennelle – D’être Femme – vêtue de blanc – Et de porter – si Dieu me pensait apte – Son mystère immaculé – C’est chose très sainte – de laisser tomber sa vie Dans le puits de pourpre – Trop insondable – pour qu’elle revienne – Avant – l’Eternité – Je me demandai à quoi ressemblait cette félicité – Et si elle aurait l’air aussi grande – Quand je
Un ami Ombreux – pour les jours Torrides – Est plus facile à trouver –- Qu’un ami chaleureux Pour les moments – Frigides de l’esprit – La Girouette qui tourne un peu vers l’Est – Effraie et fait s’enfuir – les âmes de Mousseline Si les Coeurs de Popeline sont plus résistants Que ceux d’Organdi – Qui blâmer ? Le Tisserand ? Ah, quel fil déroutant ! Les Tapisseries du
Et si je dis que je n’attendrai pas ! Et si je fais éclater cette Porte de chair – Et m’Echappe – vers toi ! Et si je lime les barreaux – de cette mortelle – Et regarde là où ça fait mal – Ça suffit – Et passe à gué vers la Liberté ! On ne peut plus – me rattraper ! Qu’appellent les Cachots – qu’implorent les Canons – Ça n’a pas plus de sens – pour moi – Que le rire – il y a une
Le Rêve le plus proche s’éloigne – non exaucé – Le Paradis que nous pourchassons – Comme l’Abeille de Juin – devant l’Ecolier – Nous invite à la Course – Elle s’abaisse – vers un Trèfle qui s’offre – Plonge – s’évade – taquine – se déploie – Puis – jusqu’aux Nuages royaux Soulève sa Barque légère – Sans se soucier du Gamin – Qui – ébahi – fixe le ciel moqueur –
Seule, je ne peux l’être – Car des Multitudes – me rendent visite – Compagnie non Archivée – Qui se rit des Clés – Ils n’ont ni Robes, ni Noms – Ni Calendriers – ni Contrées – Mais leur Foyer est universel Comme celui des Gnomes On peut savoir, quand ils arrivent Grâce au Courrier intérieur – On ne peut savoir – quand ils partent Puisque jamais ils ne s’en vont –
C’est comme la Lumière – Un Délice hors mode – C’est comme l’Abeille – Une Mélodie – sans date – C’est comme les Bois – Secret – comme la Brise – Sans phrases – et pourtant ça agite Les Arbres les plus fiers – C’est comme le matin – A son mieux – accomplie – Et que les Horloges Eternelles – Sonnent – Midi !
Il y a un An – que faut-il noter ? Dieu – épelez le mot ! Moi je – ne peux pas – Etait-ce la Grâce ? Non pas – Etait-ce la Gloire ? Ça – ira – Epelez plus lentement – la Gloire – Un tel anniversaire sera célébré – De temps en temps – pas souvent – dans l’Eternité – Quant Séparés par une plus grande distance que le Malheur commun – Il regarderont – ainsi – se nourrissant du
Les Grecs déjà utilisaient des machines au théâtre pour faire surgir des êtres surnaturels. Le théâtre médiéval ne les a pas ignorées. Les XVII et XVIIIe siècles en usent de préférence à l’opéra mais le théâtre les emploie quelquefois : Andromède de Corneille, Psyché et Amphitryon de Molière sont des « pièces à machines ». Il s’agit d’éblouir les spectateurs par des illusions calculées selon des formes dramatiques topiques : nacelles mues par des cordages et dissimulées par des nuages peints, chars volants, effets de mer et de tonnerre, effets pyrotechniques, apparitions, envols et chutes. Relèvent aussi de la machine les apparitions de spectres dans le théâtre du XVIIIe siècle (Sémiramis de Voltaire).
« MACHINE (Littérature) en poème dramatique se dit de l’artifice par lequel le poète introduit sur la scène quelque divinité, génie ou autre être surnaturel, pour faire réussir quelque dessein important, ou surmonter quelques difficultés supérieures au pouvoir des hommes. Ces machines, parmi les anciens, étaient les dieux, les génies bons ou malfaisants, les ombres, etc.
Shakespeare, et nos modernes français avant Corneille, employaient encore la dernière de ces ressources »
(Encyclopédie). Presque toutes ces machines, dont l’Encyclopédie nous a conservé les plans et des images, ont disparu. Les doctes, à la suite d’Aristote, ont toujours traité ces formes théâtrales avec un certain dédain. Le XXe siècle les a redécouvertes avec une certaine fascination.
(n.m., du vénitien macaroni, « pâte en forme de tubes »). Genre de composition littéraire burlesque où les mots français sont accommodés avec des formes latines de fantaisie, comme à la fin du Malade imaginaire de Molière :
Puissent toti anni
Lui essere boni
Et favorabiles,
Et n’habere jamais
Quam pestas, verolas,
Fievras, pluresias,
Fluxux de sang et dyssenterias.
(n.m. sing., plur. mabinogion). Terme gallois qui désigne des contes du pays de Galles inspirés par la mythologie celtique, et dont la composition et les réécritures s’étagent entre le IXe et le XIIIe siècle. Les relations entre les mabinogion et la littérature arthurienne ont été très discutées : trois de ces contes sont très proches des romans de Chrétien de Troyes (Gereint et Enis, Owein et Lunet, Peredu), mais l’influence a pu jouer dans les deux sens.
La poésie lyrique est dans un premier temps une poésie chantée, accompagnée d’abord à la lyre puis par tout autre instrument, comme l’a d’ailleurs été la poésie jusqu’au XVe siècle. Les genres hérités de l’Antiquité (ode, élégie, ïambe) appartiennent à la poésie lyrique, mais aussi des formes fixes comme le sonnet.
Au début du XIXe siècle, la notion de lyrisme en poésie met l’accent sur un aspect qui se faisait déjà jour depuis l’Antiquité – l’expression de sentiments personnels, favorisée par la montée du romantisme. C’est ainsi que, abandonnant la référence concrète à la musique pour n’en plus garder que l’idée d’harmonie et de mélodie, le lyrisme désigne plutôt en poésie une subjectivité vibrante et une émotion personnelle (amour, élan religieux, admiration devant la nature, etc.).
Avec l’effacement de la narration à la fin du XIXe siècle, la poésie devient entièrement lyrique, alors que le je se trouve largement remis en cause et que Baudelaire convoite une « impersonnalité volontaire ». Le lyrisme moderne devient ainsi problématique, et à la fin du XXe siècle, le retour d’un chant plus personnel chez les néolyriques se trouve fréquemment opposé au littéralisme.
Image utilisée pour désigner un vaste mouvement qui marque la littérature, l’art, la philosophie, la culture, les pratiques politiques au XVIIIe siècle. Il ne concerne pas seulement la France mais l’ensemble de l’Europe et atteint les colonies américaines (la formation des Etats-Unis est marquée par les Lumières). L’image de la lumière a été associé à ce mouvement presque partout : Aufklarung, Enlightemment, Illuminismo. Ces termes ne recouvrent pourtant pas partout exactement la même réalité. La lumière qui était associée depuis longtemps à l’intelligence divine, devient désormais lumière « naturelle », celle de la raison et de l’intelligence humaine, du progrès et de la science. Elle a valeur universalisante. Le pluriel « lumières » suggère à la fois pluralité des intelligences, la relativité des croyances et des formes de pensée, la variété dans leur mode d’action et l’étendue des domaines qui tombent sous leur juridiction. Donc unité et diversité des Lumières.
Il n’est pas simple de les définir, car il ne s’agit pas d’une école littéraire ou d’une philosophie précise mais d’un mouvement de pensée qui s’incarne dans plusieurs philosophie différentes et dans des attitudes diverses. La définition la plus célèbre de Kant dans un texte répondant à la question Qu’est-ce que les Lumières ? : « Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-mêle responsable […] Sapere aude ! [ Ose avoir du jugement !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement sans la conduite d’un autre.» Courage donc de la pensée libre, indépendante et adulte, qui s’affranchit de la tutelle religieuse et politique.
Les Lumières se sont aussi incarnées dans une devise, proposée par Dumarsais dans un essai souvent repris et qui définit le philosophe, devise empruntée à Térence : « Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.» Cela revient à souligner le lien des Lumières avec l’humanisme de la Renaissance. Cette attitude philosophique prend sens dans différents domaines. Du point de vue métaphysique et religieux, les positions sont assez variées : Voltaire est déiste, Diderot et d’Holbach athées, d’Alembert sceptique, mais tout s’accordent pour donner à la métaphysique une importance secondaire par rapport à la morale. C’est l’intervention active du philosophe dans le monde qui est importante et non pas la spéculation abstraite. Cette intervention doit être dirigée contre toutes les formes de préjugés, qu’ils soient religieux ou sociaux. Les Lumières luttent ainsi pour la tolérance religieuse. On sait les combats menés par Voltaire dans ce domaine au moment de l’affaire Calas, du nom d’un protestant injustement condamné à mort et dont le philosophe obtint la réhabilitation (Traité sur la tolérance).
L’Eglise est le grand adversaire de ce mouvement et pourtant elle-même n’y est pas insensible et connaît des évolutions dans ce sens. La laïcisation de la pensée juridique et politique enfin conduit à des attitudes politiques diverses qui vont d’un éloge de la monarchie tempérée au choix d’une république à l’antique, en passant par le despotisme éclairé dont on voit des modèles en Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie ou Joseph III en Autriche.
(n.m. plur.) Ensemble de textes médiévaux qui s’offrent comme une traduction en langue vulgaire, en vers ou en prose, de l’Elucidarium d’Honorius Augustodunensis (XIIe siècle). Ce sont des exposés de doctrines chrétiennes destinés à « éclairer » le lecteur sur les vérités transcendantes. Le Livre de Sidrac se rattache à cet ensemble mais se présente, par surcroît comme une encyclopédie.
(n.m., fabriqué en 1958 à partir du grec logos, « parole », et gramma, « lettre »). Poème calligraphié dans une écriture dessinée de telle manière qu’elle est pratiquement illisible, comme en témoignent les logogrammes (1964 et 1966) de Christian Dotremont.
Caractéristique du rapport occidental au langage conçu comme vecteur idéal du vrai : on considère qu’il est possible de former des énoncés qui rendront exactement compte du réel, et que produire de tels énoncés est le but principal de la réflexion humaine. Ce logocentrisme (cette obsession du mot) passe aussi par un phonocentrisme qui donne la priorité et le primat à l’oral sur l’écrit.
L’écrit serait au mieux une simple transcription de l’oral, au pire une représentation biaisée et morte de la parole en contexte.
La grammatologie se définit comme contestation de cette hiérarchie et de la métaphysique sur laquelle elle repose.
Depuis O. Ducrot, on distingue le locuteur qui produit les paroles et l’énonciateur qui les assume. Le plus souvent, locuteur et annonciateur ne font qu’un. Parfois, leur division est franche : le traducteur, par exemple, produit des énoncés sur le contenu desquels il ne s’engage pas ; parfois aussi, la distinction est plus subtile, par exemple dans le cas du discours indirect libre ou de l’ironie. Dans les lignes de Marivaux qui suivent, Sylvia est le locuteur de l’ensemble du passage, mais elle n’est pas l’énonciateur des mots soulignés, où elle reprend – pour s’en irriter – les propos de sa servante : Voyez-vous le mauvais esprit ! moi, je vous querelle pour lui ! j’ai bonne opinion de lui ! Vous me manquez de respect jusque-là ! (Le Jeu de l’amour et du hasard).
Le mot « valideur » est souvent préféré à « énonciateur », parce qu’il est moins ambigu.
Au sens propre, cela signifie « lieu agréable » : c’est un des « lieux » (au second sens de topos, celui que lui donne E.-R. Curtius : une image conventionnelle) les plus célèbre de la tradition littéraire occidentale. Cette expression désigne en effet le cadre idéal de la vie rustique, où les bergers, les bergères et les nymphes vivent leurs amours au son des fûtes et au rythme de la vie pastorale. Ses éléments sont avant tout l’ombre d’un arbre et les eaux d’un ruisseau – héritage de l’univers antique de la bucolique grecque et latine, où l’ombre et la fraicheur sont des biens précieux au regard de la chaleur méditerranéenne –, agrémentées de fleurs (car la saison attachée à ce lieu est la « reverdie », le printemps). Cela s’opposa au locus terribilis, escarpé et menaçant, où la sensibilité romantique ira chercher le sentiment du sublime. On le trouve donc dans les principaux genres liés à la postorale, théâtre, roman et poésie, et il inspire les décors concrets de la scène aussi bien que la peinture de paysage, au moins jusqu’à l’impressionnisme.
En ancien français, ce terme apparaît quelquefois dans le titre d’un ouvrage. Il peut alors désigner soit une mise en recueil (Livre des cent ballades, par exemple, fin XIVe siècle), soit un ouvrage qui prétend avoir un contenu à valeur spirituelle (Haut Livre du Graal, autre titre du Perlesvaus, début XIIIe siècle); soit une composition historique qui se présente comme le recueil des hauts faits d’un chevalier exceptionnel («Livre des faits» de Jacques de Lalaing ; ou de Jean le Meingre dit Boucicaut, ou encore de Gilles de Chin, au XVe siècle). Quelques traités techniques (Livre de Jean Roisin, recueil de législation flamande, XIVe siècle) ou encyclopédiques (Livre du trésor de Brunet Latin, XIIIe siècle) utilisent également ce terme issu de l’usage des traités en latin (qui s’intitulent fréquemment Liber de…).
On retrouve toujours derrière ce terme les connotations de dignité qui s’attachent au Moyen Âge à l’écrit.
Caractère de qui est littéraire, de ce qui appartient à la littérature. Le mot traduit le terme russe literaturnost forgé par Roman Jakobson. De nombreux théoriciens ont cherché à donner une définition satisfaisante de la littérarité, mais aucune ne s’est imposée à ce jour.
Notons néanmoins deux types d’approches dominent : on considère soit que la littérarité est à chercher au niveau de la nature et du fonctionnement langagier des textes mêmes (mise en valeur du rythme, densité des images et des figures, caractéristiques lexicales et grammaticales…), soit qu’elle n’est rien d’autre qu’un statut qu’on attribue par convention à certains textes et qui commande la lecture de plaisir qu’on en fait.
Courant poétique des toutes dernières décennies du XXe siècle, héritier pour une part de Ponge, qui s’attache à réduire la place de la métaphore et à ramener le langage à une certaine littéralité. Un représentant du littéralisme, Jean-Marie Gleize, oppose ainsi au vers célèbre d’Eluard : La terre est bleue comme une orange, celui de Marcelin Pleynet : Le mur du fond est un mur de chaux. L’ambition du littéralisme, à l’opposé de tout lyrisme, peut alors signifier le désir de dire la réalité au plus près, indépendamment du je, ou se radicaliser en des énoncés fragmentés, dépouillés, marqués par des blancs. « Quand je dis que ce j’écris est littéral, note Emmanuel Hocquard, je veux dire que mes énoncés sont à prendre au pied de la lettre, tels qu’ils sont reproduits noir sur blanc » (Cette histoire est la mienne, 1997).
(n.f.). Cette figure de rhétorique consiste à utiliser une tournure qui atténue l’expression pour faire entendre un signifié beaucoup plus fort. L’exemple topique qui est cité est celui de Chimène qui dit à Rodrigue : Va, je ne te hais point, pour lui faire comprendre qu’elle l’aime toujours passionnément.
(n.f., du grec litaneia, « prière »). Au singulier, le mot désigne une énumération longue et ennuyeuse, et au pluriel, une prière formée de courtes invocations telles les « Litanies de Satan » de Baudelaire, dont voici le début :
O toi, le plus savant et le plus beau des Anges,
Dieu trahi par le sort et privé de louanges,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
O Prince de l’exil, à qui l’on a fait tort,
Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,
O Satan, prends pitié de ma longue misère !
Selon R.Barthes (SIZ, 1970), tout texte littéraire obéit à l’une de ces deux esthétiques : celle du « lisible » (le lecteur n’a pas d’effort particulier à faire pour accéder à un sens qui lui est directement présenté par le texte ; c’est le cas de la plupart des œuvres littéraires dites classiques) ; celle du « scriptible » (le texte exige un fort investissement pour qu’il comprenne tout à la fois sa signification la plus immédiate et son sens le plus profond : c’est le cas de la plupart des œuvres dite modernes). Dans le Plaisir du texte (1973), Barthes doublera l’opposition texte lisible/texte scriptible d’une opposition texte de plaisir/texte de jouissance, selon une gradation fondée sur une analogie sexuelle. La distinction lisible/scriptible recoupe en partie l’opposition proposée par Umberto Eco (L’Oeuvre ouverte, 1962) entre « œuvres ouvertes » (qui ne proposent pas au lecteur une signification constituée).
(n.m., du grec leipein, « laisser », et gramma, « lettre »). Oeuvre littéraire fondée sur une contrainte : l’abandon, dans son écriture, d’une ou de plusieurs lettres. Voici les premières phrases du « Lipogramme en A, en E et en Z » de Raymond Queneau :
Ondoyons un poupon, dit Orgon, fils d’Ubu. Bouffons choux, bijoux, poux, puis du mou, du confit, buvons non point un grog : un punch. Il but du vin itou, du rhum, du whisky, du coco, puis il dormit sur un roc.
Liberté que donne l’expression poétique de transgresser certaines normes de la langue. C’est particulièrement vérifiable dans la poésie classique, soumise à des règles assez strictes (licences orthographiques, comme d’écrire « avec » avecque ou encore avecques selon les exigences du décompte syllabique, inversions grammaticales, ellipses, etc…). Dans la poésie moderne, le langage est en liberté, et parler de licence poétique peut paraître obsolète.
Adjectif devenu substantif, ce terme désigne tout d’abord des libres-penseurs (du latin libertinus, « affranchi »), qui s’inscrivaient dans la lignée de la philosophie matérialiste défendue par certains courants humanistes ; il en est venu peu à peu à désigner toute personne vivant avec des moeurs très libres, comme on en voit dans la littérature du XVIIIe siècle, de Crébillon fils au marquis de Sade.
Le mot a donc une histoire complexe. En réalité, l’image du libertin est très difficile à bien cerner, car nombre des audaces qui lui sont attribuées viennent de ses adversaires (comme le P. Garasse). Mais cela a contribué à dessiner un type de convenances sociales qui triomphera avec l’esprit des Lumières, même s’il semble alors devenu plus soucieux de débauche que de critique philosophique, rejoignant ainsi l’image immorale qu’avaient esquissée les polémistes de la première moitié du XVIIe siècle. Ce courant a influencé la littérature : roman, avec Sorel (Francion, 1623) et Cyrano (L’autre Monde, 1657) ; poésie, avec Théophile de Viau (1590-1626) ou Mme Deshoulières (1637-1694).
Ensemble des mots, simples ou composés, des tournures que possède une langue ou dont dispose un locuteur. Lexique est le plus souvent considéré comme un synonyme de vocabulaire. La lexicologie, science du lexique, étudie la morphologie (formation) et la sémantique (sens) des unités lexicales ; la lexicographie recense ces unités et en dresse des dictionnaires. On considère traditionnellement qu’une langue (et donc un texte) est la mise en jeu d’unités signifiantes (le lexique), organisées selon des règles combinatoires (la grammaire).
Processus de figement d’une composition lexicale ; les conséquences syntaxiques de ce figement sont nombreuses (insécabilité, non-variation en degré…) : on peut dire : « Je tombe des nues », mais pas « Des nues, j’en tombe souvent quand…», « Je tombe des plus hautes nues »… L’expression « tomber des nues » est donc lexicalisée. Le sens du syntagme lexicalisé ne se confond pas avec la somme des signifiés des composants (« sage-femme » ne désigne plus une femme qui aurait pour caractéristique d’être sage) ; cependant, les textes littéraires ont souvent cherché à remotiver la composition première : elle accoucha de moi sans sage-femme, si l’on ne veut appeler sage celles de la compagnie qui étaient alentour d’elle (CH. Sorel, Histoire comique de Francion, 1623).
(n.m.). On utilise parfois le terme de lexème de préférence à « mot » jugé trop ambigu. Un lexème est donc, une unité lexicale formant un tout : « roman » est un lexème simple , « mise en scène » est un lexème composé, c’est-à-dire formé de plusieurs lexèmes ayant, par ailleurs, une existence autonome (mise, en, scène).
Courte pièce en un acte jouée avant la pièce principale à partir du XIX siècle mais, le plus souvent, après la grande pièce depuis Molière (aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait « la petite pièce »). On jouait parfois à la suite, et après un prologue, trois petites pièces au XVIIIe siècle, formant un « ambigu-comique » (usage, semble-t-il, inventé par Lesage). Ce « petit » genre à néanmoins connu des chefs-d’œuvre comme L’Ile des esclaves de Marivaux, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée de Musset, L’Affaire de la rue de Lourcine de Labiche ou Feu la mère de Madame de Feydeau.
Le mot « lettrisme » est inventé en 1942 par Isidore Isou. Son but est de mettre en avant exclusivement ce qu’il considère comme la base matérielle et première de toute poésie : la lettre. Les poèmes sont librement ordonnés sans souci de signification et cet art nouveau, à proférer comme une partition, porte le nom de « lettrie ».
Les productions lettristes sont aussi bien de nature sonore et ludique (cris, onomatopée, création de néologisme) que de nature graphique et typographique (idéogramme, dessins, signes)/
La recherche ne se limite pas à l’art poétique ; elle s’étend à d’autres domaines, artistiques ou non : essai, cinéma, collage, affiche, peinture, théâtre, économie, politique, érotisme, etc.
Lettre ornée dans un manuscrit médiéval. L’ornementation peut constituer en un simple coloriage (généralement en rouge ou en bleu), ou présenter une décoration plus élaborée (follicules, petits personnages ou petits animaux entrelacés avec la structure de la lettre, etc.). Le terme recouvre donc plusieurs types : la lettre historiée (comportant une représentation humaine ou animale), la lettre champie (dorée sur un fond de couleur, et décorée de fils blancs ou orange), entre autres variétés.