<sebastienrg@me.com>
Les filtres Instagram font de l’instant un souvenir immédiat, comme si c’était mieux maintenant. Angoisse de la perte de photos, par un mauvais clic ou un bug informatique, la matérialisation étant rare hors grands événements : voyages importants, mariages, noces, naissances (et encore). Bon, s’il s’agit de la capture d’un repas chez Bagel’s Family, c’était chouette mais c’est pas si grave. Les albums photo, que l’on feuillètera dans 40 ans, que l’on laissera derrière soi, se sont arrêtés en l’an 2000. Reprendront-ils ? Les images que l’on aurait voulu conserver ne sont-elles pas noyées dans une saturation de captures instantanées n’ayant pas d’autre utilité que d’être postées à la minute-même sur Facebook ? Ne regretterons-nous pas d’avoir appliqué des filtres standardisés, sur des photos voulant pourtant d’elles-mêmes dire quelque chose ?
La marque Montblanc a l’année dernière organisé le projet The beauty of one second. L’initiative consistait à inciter les internautes à envoyer des films d’une seconde. Le résultat est beau, l’esthétique est soignée, c’est agréable à regarder. Mais, si le concept est choral, il n’est pas pour autant collectif, ni interactif. Chaque seconde est interchangeable.
Une seconde multipliée par sept milliards. L’application One Second Every Day par Cesar Kuriyama permet à chaque propriétaire d’iPhone de filmer, comme son nom l’indique, une seconde de sa journée. Ici aussi, le résultat est beau. Moins esthétique, certes, mais émouvant. Même sans connaître le créateur de tel ou tel extrait, les souvenirs se révèlent sous la forme de micro-piqûres de rappel. Le paradoxe de la proposition est intéressant : une seconde permet tout juste de distinguer un décor, un visage, un mouvement. Tant d’ellipses donnent pourtant au spectateur une impression de hauteur, une vue d’ensemble. Une vue d’ensemble parcellaire, auto-filtrée. Qui n’est pas forcément destinée au partage.
Pour terminer, intéressons nous à Memoto. Memoto ne fait pas dans le sentiment, ni dans la beauté des images. Memoto est un petit objet électronique mémorisant chaque journée de son porteur : déplacements, etc. Ici aussi, cela semble répondre à une angoisse. Ce n’est pas forcément que les réseaux sociaux ont remplacé les journaux intimes, probablement peu courants une fois l’adolescence terminée. Mais, l’augmentation de cas Alzeihmer préoccupant de plus en plus les individus des pays développés, Memoto se présente comme un moyen hyperréaliste de sauvegarder sa mémoire, d’archiver son quotidien, d’enregistrer sa boîte noire personnelle. De conserver des souvenirs qui, Alzeihmer ou pas, n’avaient pas forcément pour vocation d’être gravés sur disque dur.
Les citations, c’est un peu pompeux… mais quand même :
Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine (…). – Tocqueville
Bertrand Lavier est un artiste-plasticien exposant présentement au centre Georges Pompidou. Lavier, dans la lignée d’Andy Warhol, de Marcel Duchamp, s’interroge sur le statut des objets de notre quotidien, au travers d’un prisme qui est celui de la marque, du branding.
La marque ainsi exposée dans un musée prend un sens différent de celui de la consommation au quotidien. Du chasseur-cueilleur au consommateur, la démarche de Lavier s’inscrit également dans la réflexion portée par le Product Displacement ; le détournement de produit à des fins dénonciatives.
Les marques ainsi érigées oeuvres d’art ou bien témoignages d’une époque lointaine mettent en perspective l’Homme et la société de consommation. Que restera-t-il de nous? D’autant plus si, comme les Maya et Lars von Trier le prédisent, le 21 Décembre prochain marque la fin de notre ère contemporaine.
D’autre part, une telle initiative fait également écho à la recherche sémiotique, en ce qui concerne la mythologie de marque ; les systèmes de signes, de valeurs et de sens étant redistribués par le déplacement géographique du supermarché au socle d’oeuvre d’art.
Enfin, une série de réalisations comme celle de la Citroën Picasso questionne le métier de designer. Qu’est-ce qui fait de Pablo Picasso un grand peintre? Qu’est-ce qui fait d’un designer industriel un employé anonyme?
Après 5 ans marqués par un débat récurrent autour de l’identité nationale, la campagne présidentielle de 2012 a vu émerger la thématique du « Made in France » : réindustrialisation de la France, propositions pour l’instauration d’une TVA sociale, jusqu’à la création d’un Ministère dédié il y a quelques mois, celui du redressement productif incarné par Arnaud Montebourg.
Parallèlement, une agence comme W&Cie a, en 2010, créé un « Observatoire de la Marque France ». La Marque-Lieu est une notion qui, que cela concerne le tourisme (« Be Berlin », « Incredible India », « Québec Original », etc.), l’industrie textile (la marque « Yves Saint-Laurent » devient « Saint-Laurent Rive-Gauche ») ou bien encore l’industrie automobile (« Deutsche Qualität » dans une récente campagne publicitaire pour Opel), semble de plus en plus intéresser les politiques publiques.
Mais, si la cohérence est nécessaire à l’efficacité d’une stratégie de marque réussie, la Marque-France a beau bénéficier d’un capital crédibilité important lorsqu’il s’agit de gastronomie ou d’habillement, ce n’est pas le cas dans l’industrie lourde. Malgré un savoir-faire et une qualité indéniables, le discours et imaginaire de marque ne sont pas en adéquation avec les objectifs poursuivis.
C’est dans ce contexte que nait la jeune marque française « Le slip français » fin 2011, répondant avec humour par la même occasion à une tension d’opinion autour de la crise identitaire et économique que traverse la France. Le « Made in France », associé à la marque et inscrit à même le logo, assure de nombreuses publicités gratuites, tant la thématique sera présente dans les années à venir. D’autre part, la greffe identitaire à un imaginaire et des références nationaux étant un sujet où puiser facilement narration une fois l’effet-concept passé, le discours de marque « Le slip français » pourrait perdurer. En attendant, en seulement quelques jours, la vidéo virale La surprise du chef a déjà comptabilisé un demi million de vues sur Youtube et le chiffre d’affaires annuel de la jeune entreprise dépasse d’ores et déjà les 300 000 euros.
Cela ressemble un peu à un grand bouleversement. The Economist le présente comme la troisième révolution industrielle. Nombreux sont les articles d’anticipation à son sujet. Cela ressemble un peu à l’idéal marxiste, mais en geek. Il s’agit du réplicateur, dit Imprimante 3D. Le concept, qui s’est concrétisé depuis plusieurs années, prend une place de plus en plus considérable dans les médias, depuis quelques innovations majeures mais surtout une démocratisation toujours plus forte de son prix, qui commence désormais à moins de 800 euros. Obama y voit une possibilité de relocaliser la production aux Etats-Unis. Amazon vient d’investir chez MakerMot, et la technologie intéresserait fortement le géant Google – ce qui laisse forcément imaginer que le réplicateur quittera bientôt les laboratoires universitaires et les starts-up pionnières pour progressivement intégrer les foyers, comme internet par le passé. Le réplicateur, qu’est-ce que c’est ? C’est une imprimante capable de reproduire des objets en 3 dimensions. Le réplicateur propose un objet sur-mesure et offre à chacun la possibilité de concevoir – admettons – sa décoration d’intérieur et divers objets du quotidien, comme c’est par exemple déjà le cas avec les coques d’iPhone. Quelques exemples de réalisations sur Shapeways. Voilà qui pourrait révolutionner le métier de designer en très peu de temps.
Sera-t-il bientôt possible de télécharger un fichier-matrice de chaise plutôt que d’acheter une chaise déjà matérialisée ? Anticiper tout ce qu’engendra une telle innovation ne relève pas de l’ordre du possible, tant le potentiel de l’évolution et son impact-domino sont vastes. Quoiqu’il en soit, n’est-ce pas là la preuve que l’innovation prime sur la production de masse ? Qu’en très peu de temps, de grandes puissances industrielles, qui fonctionnent sur le principe de l’économie d’échelle ne soient plus pertinentes ? A contrario du savoir-faire, de la création à forte valeur-ajoutée – enjeu du Made in Occident. L’idée et la capacité à innover serait plus que jamais le pillier de cette nouvelle économie. L’interminable guerre dispersée des brevets et du copyright semble d’ores et déjà… plus que prévisible. Pendant longtemps, le réplicateur a été capable de matérialiser des objets en utilisant seulement des molécules de plastique. Ce lundi 12 Novembre, Andars Frogacs, co-fondateur d’Organovo, a fait part de son intérêt quant à la bio-impression à base d’encre biologique ; liquide cellulaire. La fabrication de tissus humains est désormais envisageable, puisque certains chercheurs sont déjà parvenus à répliquer/imprimer des vaisseaux sanguins. Du débat autour du clonage, du mythe de l’éternelle jeunesse.
Cela ressemble aussi un peu à la boîte de Pandore. L’été dernier, un individu est parvenu à créer un révolver en parfait état de fonctionnement via son réplicateur et la conception d’un fichier matrice dédié.
Aux possibilités quasi-infinies, révolutionnaires et dangereuses, le réplicateur peut faire peur, mais représente surtout une grande innovation, qui exige et mérite la plus grande attention. Cela ressemble un peu à un roman de science-fiction, jusqu’à ce qu’un jour, le réplicateur puisse se copier lui-même.
Les combats de gladiateurs de la Rome Antique sont entrés dans l’imaginaire collectif, des livres d’Histoire aux blockbusters. Les liens entre combats de gladiateurs et spectacles contemporains sont nombreux. Pepsi en a d’ailleurs fait une de ses plus célèbres publicités. De la télé-réalité, huis clos géographiques, aux célébrités américaines, huis clos médiatiques sur fond de surveillance à téléobjectifs. Satisfaire la foule, de l’ascension à la descente aux enfers, si possible spectaculaire. Plus l’élévation est fulgurante, plus la chute semble violente. Kristen Stewart est passée d’actrice hollywoodienne la mieux payée à la plus détestée en l’espace de quelques heures. Ce qui n’est d’ailleurs pas incompatible. Construire pour détruire, comme si les publics, extirpés de la masse en revenaient irrésistiblement chroniquement à l’état d’âme collective. Selon la légende, le public des arènes de gladiateurs décidait de la vie et de la mort des combattants, d’un pouce levé ou d’un pouce baissé. Le lynchage médiatique de Britney Spears en est l’illustration, comme les déboires de Loana qui pourraient par certains aspects s’apparenter à un sacrifice humain. Loana doit sa carrière aux votes du public, qui a désormais fait d’elle un sujet de plaisanterie, dans un décors pourtant sombre, celui d’overdoses à répétition. Le principe de la Catharsis, c’est à dire la purge de ses propres émotions par l’observation des émotions extrêmes d’autres, n’est pas loin. La mise à mort avec participation du public est, dans le cadre des émissions de télé-réalité, métaphorique, comme avec la technique de l’applaudimètre. Mais, hors des sentiers des chaines de télévision, sans doute sensationnalistes mais aussi et surtout scénaristes, il n’y a plus de « narration mousqueton ». Il n’y a plus de narration unilatérale soumise au jugement général quant à la bienséance de la programmation. Et si la narration n’est plus personnifiée, si elle est dispersée, qu’on ne peut plus l’identifier, elle en devient alors incontrôlable et irresponsable. Du bac à sable à la fosse aux lions.
Vient d’être annoncée la mort prématurée de Rihanna, à l’instar d’Amy Winehouse, via une prétendue capture d’écran du site TF1 News. C’est un canular. Un canular qui, s’il avait été authentique, n’aurait pas surpris grand monde.
Les célébrités ne sont plus tout à fait humaines. Nous les idolâtrons, mais elles nous appartiennent. Aussi, les décors de maisons de poupées des huis clos de certaines émissions de télé-réalité pourraient faire écho à un jeu de marionnettes. L’identification est possible, mais elle est fragile. Avant d’être des gladiateurs, les combattants étaient des esclaves. Cette aspiration générationnelle à la célébrité pourrait-elle éventuellement résonner comme une volonté d’assouvissement ? Notre appréhension croissante à faire des choix fait écho à la peur de l’incertitude de l’âge adulte : « c’est VOUS qui décidez », répète la voix-off de Secret Story.
En 2011, les japonais ont passé plus de temps sur internet par Smartphones que par ordinateurs. L’année prochaine, d’autres pays suivront probablement.
Dave Morin, après avoir fait ses armes chez Apple, a travaillé pour Facebook plus de trois ans durant. Sa démission rendue, il a lancé son propre réseau social, le dénommé Path en 2010. Conçu spécialement pour téléphone, Path se veut exclusif. Il est impossible d’y avoir plus de 150 contacts. Pour la famille, pour les amis proches. Path ne remplacera pas Twitter, réseau phare du Personnal Branding. Ce n’est pas sa vocation. En revanche, le positionnement du nouveau venu semble clairement avoir l’ambition d’empiéter sur Facebook, d’en récupérer les mécontents et les suspicieux. Aussi, c’était à la sortie de Path, qui est pensé comme un journal de bord, que Facebook avait annoncé son Timeline. Du bleu couleur froide au rouge intimiste.
D’Apple, Path propose une interface soignée, fluide, épurée, intuitive. De Facebook, Path semble en avoir gardé le meilleur, pour le réinterpréter de manière à être plus en phase avec les attentes des utilisateurs : contrôle du partage des données, protection de la vie privée. Si l’application s’est récemment faite épingler avec Twitter pour s’être permise l’accès aux contacts privés de ses utilisateurs, c’est avec sobriété et finesse que Dave Morin a présenté ses excuses. Là où Mark Zuckerberg fait la sourde oreille, où Twitter ne réagit pas, Path mise sur la confiance de ses utilisateurs. En 2011, Facebook a, aux Etats-Unis, compté plus de désinscriptions que de créations de nouveaux comptes. Mais, de là à dire qu’une migration collective est vraiment possible… nombreux sont les réseaux sociaux, plein de promesses mais inutiles car manquant d’inscrits, d’inscrits participants je veux dire. D’autant plus que, si un internaute quitte Facebook, pas certain qu’il aille aussitôt reprendre là où il s’était arrêté ailleurs…
Path, le début de la fin de l’Empire Facebook ?
Depuis quelques années, l’un des rendez-vous des citadins à la mode a de quoi surprendre. Monoprix, enseigne de grande distribution en centre-ville, allie commerce alimentaire et généraliste de grande distribution et vêtements de niche. C’est un mariage unique en son genre qui semble pourtant parfaitement coller à la mutation qu’a entrepris Monoprix dans les années 2000. Monoprix est détenu à 50% par Casino et à 50% par les Galeries Lafayette. Deux vocations distinctes ? Du supermarché au concept store.
Nous pouvons penser à La Grande Epicerie (alimentaire) et Le Bon Marché (grand magasin) à Paris. Mais il demeure plusieurs différences. Tout d’abord, il y a la séparation des bâtiments. Chez Monoprix, le caddie côtoie le shopping bag. Ensuite, les publics. Le Bon Marché (LVMH) vise une clientèle adepte de luxe lorsque la Mode Monoprix est prisée par une clientèle bien particulière : le Paris averti. Enfin, si l’un est un magasin unique, l’autre est une chaîne.
C’est au début des années 2000 que Monoprix débute sa transformation. Face à la concurrence, l’enseigne prend alors le parti de monter en gamme. Ses prix augmentent, ses préoccupations évoluent : bio, équitable, terroir. Récemment, la marque repère s’est faite remarquer pour la refonte totale de son packaging. Là où l’industrie alimentaire nous avait habitué à un trop plein de couleurs et à des photos saturées, la marque Monoprix est en rupture. Design minimaliste où la plupart du temps, l’emballage et le contenant ne font qu’un. Seulement du texte ; police large sur bandes bicolores. A mi-chemin entre le Pop’Art et les réclames des années 50, le texte désigne l’aliment accompagné d’une accroche désuète mais efficace, comprenant la plupart du temps un jeu de mots ayant trait au produit concerné. Nostalgie d’un temps que nous n’avons pas connu. Pas révolutionnaire, mais intéressant.
Depuis le milieu des années 2000, les vêtements Monoprix tissent leur toile. En effet, nombre de blogueurs mode en font un lieu de trouvailles pour leurs armoires d’influenceurs avertis. Là où les rayons textiles dans les enseignes de grande distribution ont mauvaise presse, pour ne pas dire « pas de presse du tout », Monoprix détonne. S’habiller chez Monoprix, c’est chic et peu coûteux. La Mode Monoprix lance diverses collections Capsules : Erotokritos, Bash, Mont Saint-Michel, Mellow Yellow, American Vintage, My Pant’s. Bali Barret deviendra directrice artistique pour Hermès peu après une collaboration avec Monoprix. Les créateurs auxquels Monoprix fait appel sont prisés par les connaisseurs, ce qui fait de l’enseigne un œil à l’affut. La clientèle est confidentielle. Monoprix démocratise seulement par le prix, ce qui semble être à long terme un pari pertinent.
La double-clientèle Monoprix, des yaourts aux cashmeres, fait contraste. Mais, en rien incompatibles, semblent ici se nourrir l’une l’autre, dans une surface désormais atypique. Si certains festoient dans des supermarchés la nuit tombée, pourquoi ne pas également s’y habiller ?
Comment promouvoir efficacement, sans matraquage vertical, les jeunes poulains des grandes maisons de disque à l’heure de la saturation des lancements de nouvelles découvertes musicales ?
Nombreux sont les artistes en herbe voulant percer via Youtube. Ainsi, l’hébergeur de vidéos est envahi par les prestations plus ou moins réussies de milliers de jeunes prétendants au métier. Ce qui va suivre pourrait ressembler à un conte de fée.
La bulle internet l’a découvert avec Video Games en Septembre dernier. Il s’agit de Lana Del Rey, Elizabeth Grant de son vrai nom, jeune américaine émigrée à Londres, présentée comme la révélation musicale de cette fin d’année. Le premier clip, largement diffusé sur Youtube, est un savant mélange d’images d’archives et de playbacks de la chanteuse filmés via une simple webcam.
Autrement dit, c’est le parfait contre-pied à tout ce qui se fait en la matière, à savoir un trop-plein de production visuelle. L’anti-Lady Gaga, en somme. La jeune artiste, soigneusement mise en scène, tantôt mélancolique, tantôt aguicheuse, le regard franc, séduit les internautes. Ses mimiques seraient sans doute passées inaperçues dans un clip traditionnel. Mais, filmées en gros plan avec les moyens du bord, elles ont quelque chose de, plus qu’intimistes, naturalistes. Si Lana Del Rey fait immédiatement l’unanimité auprès des utilisateurs de réseaux sociaux, qui éprouvent alors la sensation de « faire une découverte à partager de toute urgence », ce n’est pas pour autant le cas dans les revues musicales internet, qui voient en son « estampillage » authentique une imposture. L’argumentaire ne va pas très loin, se limitant la plupart du temps au surplus de collagène de la jeune femme, dû à une chirurgie plastique des lèvres. Exagération qui s’est d’ailleurs rapidement imposée comme sa marque de fabrique. Quelques mois plus tard et sur le même schéma, Blue Jeans est à son tour propulsé au sommet de Youtube. La belle fait l’objet d’un bouche-à-oreille démentiel. Après quelques concerts très privés et sans image, à Londres, à New York puis à Paris, Lana Del Rey fait une prestation très remarquée au mythique Chateau Marmont. Plusieurs caméras, enregistrement sonore de grande qualité, c’est un film professionnel. Le mois dernier a été dévoilé le dernier clip de la chanteuse, Born to die. Probablement jamais une même vidéo n’aura été autant diffusée en une seule journée sur Facebook et Twitter. Le nouveau clip semble aller en totale opposition avec les deux précédents. Tourné dans le château de Fontainebleau en région parisienne, il s’agit assurément d’une production à gros budget. Photographie très soignée, logique contrastée. Lana Del Rey semble d’ores et déjà être au firmament de la gloire, tant ses admirateurs sont nombreux et le discours élogieux. Pourtant, son album, programmé pour le mois prochain, n’est pas encore sorti. Dans le « phénomène » Lana Del Rey, tout est fait pour laisser penser que la jeune femme a débuté artisanalement, avec les moyens du bord, avant de se faire repérer par un producteur. Aussi, nombreux sont ceux la présentant comme une « self made singer ». De quoi laisser le temps aux internautes de s’identifier, flirter avec l’artiste avant qu’elle ne soit propulsée tout en haut des charts. Effectivement, il ne faut pas omettre de préciser que l’accompagnement orchestral est de grande qualité et que la production, depuis le tout premier extrait, est très aboutie.
En réalité, la jeune femme est sous contrat avec Stranger Records depuis 2009. Lana Del Rey en est à son troisième album (le premier, sorti sous le nom de « Lizzy Grant », ne figure pas dans sa discographie et le second n’a finalement jamais été matérialisé). Délivrées au compte-goutte et très en amont, les chansons mises en ligne sur Youtube participent en réalité à la promotion très orchestrée de son nouvel opus. C’est bien le virage « amateur » qui a fait d’elle une artiste à ne pas manquer.
Évoquons l’histoire de Marié Digby, dite « lonelygirl15 ». En 2007, lonelygirl15, guitare sèche à la main, fait des reprises de hits face à sa webcam et les poste sur Myspace et Youtube. Là encore, même si la fulgurante ascension de Lana Del Rey est incomparable, Marié Digby fait sensation, jusqu’à obtenir de plus en plus d’articles dans la presse papier. Puis, le Wall Street Journal révèle que la jeune femme est en contrat avec Hollywood Records depuis 2005. Aussitôt, la popularité de la jeune femme s’effondre, les internautes se sentant alors « trahis ». Lana Del Rey semble être le pendant glorieux de la stratégie avortée de Marié Digby. Ces deux jeunes artistes posent un problème intéressant. Chacune a su attirer l’attention de par sa voix, sans production musicale dans le cas de lonelygirl15. Même si sans doute coachées par leurs maisons de disques respectives, leur légitimité, remise en cause, ne devrait pas l’être. Le talent est ici perçu comme incompatible avec le principe de l’industrie, même si la preuve de ce potentiel est apportée avant une quelconque starification globale. De savoir qu’un artiste a été signé par une Major, même si la qualité est certifiée, semble en rebuter certains, en particulier les admirateurs de la première heure. Ceux s’étant appropriés la découverte de l’artiste, ceux ayant activement participé à sa visibilité. Eriger des internautes comme prescripteurs d’opinion lorsque les fins commerciales sont inavouées semble être un pari risqué, réussi dans l’amorçage Lana Del Rey.
A l’heure où Givenchy met à l’honneur une jeune transsexuelle (Lea T) dans ses campagnes publicitaires et où Jean-Paul Gaultier fait porter une robe de mariée par un jeune homme (Andrej Pejic), les mœurs évoluent-elles toujours vers un horizon androgyne?
Paradoxalement, nous assistons à l’affirmation de l’homme masculin et de la femme féminine. Depuis les années 80, ou bien même plus en amont avec le combat féministe et la volonté de rendre à l’homme sa sensibilité, nous pensions tendre vers un genre unique. Coupes garçonnes et cosmétiques pour hommes.
Pourtant, flippers et baby-foot font un come-back massif et réussi dans les bars parisiens, virilité affirmée et pintes de bières en main. A 10 000 lieues du métro-sexuel, à 5 000 lieues de l’uber-sexuel, appelons l’homme nouveau le Cro-Magnon-sexuel. Parallèlement, les talons aiguilles exagérés ne datent pas de la collection passée. Givenchy et Jean-Paul Gaultier dépassés ? Du tout. Le genre »nouveau » a de cela de changé qu’il ne correspond pas forcément à la biologie. Aussi, n’est-ce pas là l’idéal du créateur de mode, qu’un corps filiforme avec de la poitrine ? Dire à tout va d’Andrej Pejic qu’il est androgyne est faux, l’expression est davantage complexe.
L’observation des phénomènes de mode vestimentaire a cela de très pertinent qu’elle est le reflet parfait de changements plus profonds et moins évidents à identifier. La loi Poiret veut que l’apogée de chaque courant vestimentaire se solde par le carton plein et fulgurant de son exact opposé (du jean baggy sombre taille basse au jean slim fluo taille haute en 3 mois de temps). Cela pourrait s’appliquer à bien des domaines d’études.
Envie d’un pique-nique dans les champs ? Allons Place des Vosges. Les citadins s’exilant dans la verte campagne suite à un trop-plein de proximité n’est pas un concept nouveau. Partir élever des chèvres dans le Périgord, pourquoi pas. Surtout depuis l’explosion de la bulle internet, qui permet de travailler d’à peu près n’importe où.
De là à parler d’exode urbain, nous n’y sommes pas encore. Avec la communication sociétale et plus concrètement le marketing vert (« Green Washing », lorsque McDonald’s repeint son logo en vert), c’est l’inverse qui a commencé à se produire. A savoir, rendre à la vie de ville un semblant d’air pur.
Ci-joint la voiture publicitaire pour les jus de fruits « Innocent » recouverte de gazon artificiel. Étrange pour une voiture, d’autant plus pour une voiture traditionnelle.
Vous êtes sans doute déjà tombés sur le Laptop Concept d’Asus Ecobook, qui était recouvert de bambou. La performance informatique est ici inchangée. A préciser tout de même qu’il ne s’agit en rien d’un « ordinateur écologique ».
D’autrepart, Fubiz a récemment publié différentes structures immobilières et mobilières d’inspiration fortement nature. Tout d’abord en architecture avec la Meera House (par Gus Architects) ; résidence fondue dans la verdure.
Mais également de manière plus discrète avec cette bibliothèque en forme de branche par le designer Olivier Dollé, et cette chaise tout en bois « Triwing » conçue par Marc Hemmerling.
Les plantes vertes d’intérieur ne suffisent décidément plus à nos petits appartements. A quand des villes entières immergée dans la nature ? Pouvons-nous parler de récession, de décroissance symbolique ? Retour aux racines ou bien innovation ?
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