ROMAIN VERGER

Romain Verger a 39 ans. Il est l'auteur de trois romans parus chez Quidam éditeur. Docteur en littérature française et Professeur de Lettres, il anime aussi des ateliers d'écriture. De nombreux textes (poèmes, nouvelles, microfictions et articles critiques) ont paru en revues. 


FORÊTS NOIRES | QUIDAM ÉDITEUR | 2010
GRANDE OURSE  | QUIDAM ÉDITEUR | 2007
ZONES SENSIBLES  | QUIDAM ÉDITEUR | 2006

ONIROCOSMOS | P. S. N. | 2005
PREMIERS DONS DE LA PIERRE | L'IMPROVISTE | 2003

SOL POUR L'ENFONCEMENT | CONTRE-ALLÉES | 2005
BLANCHE PAR-DESSUS LA MER | CONTRE-ALLÉES | 2002

LE SITE

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October 29, 08:00 PM

Très pratique ! Voilà qui me permet de rassembler mes morceaux.

October 29, 08:00 PM

Tous les travaux du site ont déménagé et sont regroupés sur une unique page. La sélection a été réduite.

October 28, 08:00 PM

Dans la nuit du 26 au 27 mars 2011, je gagnais une heure sur vous. Je ne l’ai pas pas laissé filer, et c’est à lire dans Jamais, le volume collectif qui paraît ce mois d’octobre aux éditions Brugger. Les auteurs : Emmanuel Adely, Robert Amutio, David Bessis, Bonhomme Daniel, Frederic Bourgeois, Antoine Boute, Nicolas Bouyssi, Véronique Daine, Charly Delwart, Rémy Disdero, Frederic Dumond, Tristan Garcia, Benoît Grimalt, Pierre Guéry, Hôtel Rustique, Jacques Josse, Caroline Lamarche, Jean-Michel Leclercq, Pascal Leclercq, Kathleen Lor, Mathieu Magerotte, Xabi Molia, Jean-Pierre Ostende, Bertrand Pérignon, Jérôme Poloczek, Frédéric Saenen, Vincent Tholomé, Jean-Philippe Toussaint, Claudine Vachon, Michaël Vandebril, et Romain Verger.

October 27, 08:00 PM

Plusieurs photos ont paru dans Black Herald Magazine #2.

Lundi 20 juin, de 16h à 18h, je suis invité par la MEL (Maison des Ecrivains et de la Littérature). J'y lirai notamment une nouvelle inédite. Les autres auteurs invités sont Frédéric Werst (Seuil), Jakuta Alikavazovic (L'Olivier) et Sébastien Rongier (Flammarion). MEL : 67 bd de Montmorency / Paris 16e (métro Jasmin ou Porte d'Auteuil). Réservation souhaitée au 01 55 74 60 98 ou m.herve@maison-des-ecrivains.asso.fr

March 09, 07:00 PM

Retrouvez-moi sur France Culture le 10 mars vers 23h50 dans "Du jour au lendemain", en compagnie d'Alain Veinstein. Et à retrouver en podcast après la diffusion.

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Jacob Sutton

NOBUO NAKAGAWA / JIGOKU (HELL) / 1960

Werner Herzog / Cave Of The Forgotten Dreams / 2011.

Un film terrible et magnifique, une sorte de version japonaise de Sisyphe, dont il est largement question ici.

CHAROGNE #3 / ASPHODÈLE ÉDITIONS

J’ai confié un os à la troisième Charogne, tout juste exhumée.

On peut emporter le morceau pour 6€ auprès d’Asphodèle-éditions, 23 rue de la Matrasserie, 44340 Bouguenai, ou en le commandant directement ici.

Au sommaire de ce troisième numéro : Stéphane Beau, Cyril Bérard, Marc Bonetto, Maëlle De Coux, Eric Dejaeger, Armand Dupuy, Jean-Marc Flahaut, Emmanuelle Le Cam, Farbrice Marzuolo, Pascal Pratz, Guillaume Siaudeau, Lucien Suel et Romain Verger. Illustrations : Magali Planès

Jean-Christian Bourcart / The Black Sheet/ 2010-2011.

#1 :  Amérique. Colorado. Voie ferrée à proximité de Trinidad. Photochrome originale d’époque. Circa 1902 / #2 : Amérique. Colorado. Le Grand Canyon. Photochrome originale d’époque. Circa 1900.

J’ai décidé de vider mon existence, la vider comme on vide un poisson.
Jean Laurent Poli / Peut-on aimer une morte ? / LC Éditions / 2011.

Eric Lareine, Frédéric Cavallin, Frédéric Gastard & Pascal Maupeu / “Fragments” / Et Leurs Enfants (Eric Lareine) / 2010.

Tomas Libertiny / The Unbearable Lightness / 2010 / via

Lower Dens / “Rosie” / Twin-Hand Movement / 2010 / via : rogueelephant

Mikaël Lafontan / À paraître demain : N de Eric Pessan et Mikaël Lafontan, éd. Les Inaperçus / via

Jana Hunter / “Valkyries” / There’s No Home / 2007.

“Nouvellement élu à la Présidence de la République française, Gaspard Delanoë, étrangement sous-titré en français, prononce en anglais son discours d’investiture, depuis le palais bling-bling de l’Élysée. La France est-elle devenue une terre d’asile psychiatrique et la république un stupéfiant ?
 
Newly elected President of the French Republic, Gaspard Delanoë, weirdly subtitled in French, delivers in English his inaugural address from the bling-bling Élysée Palace. Has France become a psychiatric haven and the Republic a psychoactive drug?”

Video Subtitled in English

Jules Cloquet / Haincelin / via : what-a-ride

Adrian Lyne / Jacob’s Ladder / 1990.

Lower Dens / “Brains”

“On qualifie de boustrophédon le tracé d’un système d’écriture qui change alternativement de sens ligne après ligne, à la manière du bœuf marquant les sillons dans les champs, de droite à gauche puis de gauche à droite.” Wikipedia

Dessin : Henri Michaux

 Lower Dens / “Alphabet song” / Nootropics / 2012.

Audio

  • Eric Lareine, Frédéric Cavallin, Frédéric Gastard & Pascal Maupeu / “Fragments” / Et Leurs Enfants (Eric Lareine) / 2010.
    37 plays
  • Lower Dens / “Rosie” / Twin-Hand Movement / 2010 / via : rogueelephant
    42 plays
  • Jana Hunter / “Valkyries” / There’s No Home / 2007.
    40 plays
  • Lower Dens / “Alphabet song” / Nootropics / 2012.
    70 plays
  • Henri Dutilleux / Marc Coppey, Orchestre philharmonique de Liège & Pascal Rophé / “Epiphanie-Fresque Musicale d’après Une Légende Éthiopienne Pour Violoncelle Et Orchestre: Cadence” / Dutilleux: Tout un Monde Lointain, Trois Strophes - Caplet: Epiphanie / 2008.
    318 plays
  • Hans Ulrik, John Scofield, Lars Danielsson, Peter Erskine / “Bossa” / Shortcuts - Jazzpar Combo / 1999.
    240 plays
  • Quentin Sirjacq / “Et le noir” / La Chambre Claire / 2010.
    67 plays
  • Miles Okazaki / “Volcano” / Mirror / 2006.
    72 plays
  • Winter Family / “Come” / Red Sugar / 2011.
    64 plays
  • Lars Danielsson & Leszek Mozdzer / “Praying” / Pasodoble / 2007 / via : yama-bato
    522 plays
  • The Pines / “Grace Hill” / Dark So Gold / 2012.
    98 plays
  • Paolo Fresu & Omar Sosa / “Inverno grigio” / Alma (feat. Jacques Morelenbaum) / 2012.
    102 plays
  • Miike Snow / “Black Tin Box” / Happy To You / 2012 / via : gregorgy
    460 plays
  • Bugge Wesseltoft & Henrik Schwarz / “Leave My Head Alone Brain” / Wesseltoft Schwarz Duo / 2011.
    69 plays
  • Guillaume de Chassy / “Silences, pt. II” / Silences / 2012. Photographie : Jérôme Orsoni
    80 plays
  • Lucky 7s / “Ash” / Pluto Junkyard / 2009.
    60 plays
  • Serge Gainsbourg / “L’Hôtel Particulier” / Histoire De Melody Nelson / 1971.
    180 plays
  • Iron & Wine / “Faded from the Winter” / The Creek Drank The Cradle / 2002 / via : Hinted by the winter
    80 plays
  • Peter Broderick / “I Am Piano” / http://www.itstartshear.com / 2011.
    253 plays
  • Fee Reega / “Dorian”
    221 plays

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May 17, 12:34 PM
© Romain Verger / le 9 mai 2012
March 25, 03:54 PM
© Romain Verger
March 25, 03:52 PM
© Romain Verger
November 12, 05:25 AM
© 2011 Romain Verger / Prises de vues et vidéo de l'exposition Rafael Lozano-Hemmer / Trackers / Gaité lyrique / Paris
November 03, 06:20 PM
© 2009 Romain Verger
October 29, 05:46 PM
© 2011 / Romain Verger / Série
October 24, 10:41 AM

© 2009 | Romain Verger / Autres cailloux

October 24, 10:41 AM

© 2009 | Romain Verger / Autres cailloux

October 22, 12:19 PM
© 2011 Romain Verger
October 18, 12:38 PM
© 2010 Romain Verger

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November 05, 01:02 PM

Après s’être occupés des cochons, nous passons une heure ou deux au bord de la rivière à quelques fermes de l’abattoir. Nous y lavons nos mains empuanties et nos affaires gorgées de sang, ce qui excite toutes sortes de poissons à affluer et frétiller dans nos jambes. Parmi eux, il en est de belle taille qu’il me prend l’envie d’assommer d’un caillou bien placé.  Pourquoi nous fuiraient-ils ? Le poisson est un met ignoré des gens de la colline, voire méprisé ou interdit. Après quoi, nous suspendons le linge à quelque branche d’arbre et nous nous allongeons dans l’herbe fraîche, pieds baignant dans l’eau glacée, en attendant que la lessive sèche. Puis Graut — c’est ainsi qu’elle s’appelle et que j’ai pris la liberté d’orthographier son nom — se tourne vers le soleil, tirant fièrement sur la peau de son ventre pour que je voie ce qu’elle couve pour nous. Toutes les femmes d’ici sont-elles comme la mienne, taiseuses, d’une peau élastique et d’un ventre aquarium ? Sans doute, car elle fait les choses avec un naturel désarmant, sans la moindre hésitation ni reprise. Il faut pourtant donner à l’épiderme la tension idoine et plus encore la maintenir sans bouger le moins du monde pour que la transparence opère, d’un léger flou qui ne compromette pas la vision. Un tour de main dont je suis encore bien incapable. À quelques semaines seulement, l’on remue là-dedans d’une vigueur qui fait plaisir à voir et à sentir. Il arrive que le petit se colle à la peau et suive d’une traque obstinée la course de mon doigt le long du périnée, comme s’il cherchait à le gober. À moins que je ne prenne pour la tête — dont je consacre déjà les moues à toutes sortes de ressemblances familiales, extrafamiliales et plurigénérationnelles — une autre partie de son corps trouée d’orifices évocateurs d’yeux et de bouche. Soudain (est-ce parce que le frottement de mon doigt aurait déclenché d’effrayantes vibrations ?), l’enfant se dérobe dans l’obscurité organique en arrachant un cri et quelques larmes à sa mère. Je me retiens alors de déchirer la membrane de mon ongle pour aller le débusquer et le corriger d’avoir blessée ma Graut.

September 06, 04:41 PM

Ils ont une église. J’y vais tous les soirs, la nuit tombée, seul, tandis que le ventre de ma femme grossit. À cette heure-là, le prêtre, un homme qui porte un surplis noir sur une robe blanche, est toujours auprès de quelque mourant, homme ou porc. Il n’y a plus que des vieilles qui me regardent en clignant de l’œil. Elles feignent d’arranger des fleurs de montagne — gros lis aux pétales gras d’un rouge qui rappelle encore trop la langue de leurs animaux — et parlent entre elles. L’une mime, la main sur son estomac, la maternité, l’autre glisse la main sous son jupon et ricane en tendant vers moi un doigt couvert de sang. 

August 09, 09:52 AM

Ne valait-il pas mieux être enterré vivant que marié de force à cette jeunette qui n’est même pas formée ? Pardonne-moi, Vera. L’on m’a beaucoup fait boire. Un breuvage aigre, épais et chaud. Du lait de truie macéré et distillé sans doute, mêlé d’herbes à perdre la tête, et qui me fait amèrement regretter celui de tigresse qui en comparaison valait nos meilleurs Riesling. Qu’ont-ils d’autre à offrir ici ?  Leur supprimer les porcs et c’est les condamner. J’en rêve toutes les nuits, vois-tu. Qu’au réveil ils aient tous disparu, à commencer par la petite. Mon lit vide, un village fantôme et nos collines à l’horizon. Porville, Porcheville, Cochonneville, Truiville, Goretville, Nourrainville, il n’est pas de nom assez laid pour te parler d’ici. Avec le temps, ils se sont confondus avec eux. Et leurs allures de bipèdes ne trompent que les idiots dans mon genre. Dire qu’il y a quelques jours encore, je m’enorgueillissais de posséder leur langue ! Leur langue grasseyante par laquelle je me voyais déjà intronisé ! Peut-on seulement la comprendre… “suuer” signifie roi tout autant qu’époux. J’en ai fait les frais. Mais n’apprendrai-je pas demain qu’il veut dire mille autres choses… Il ne me reste que quelques bribes de cette affreuse nuit. Et combien de choses dois-je me réjouir d’avoir oubliées dans l’alcool ? Je les revois, le père, la mère, leurs filles, et tous les villageois me jeter à chaque bolée une gerbe de fleurs aux pieds. Et combien de porcs aux sabots plus délicatement ornés les uns que les autres éventrés pour saluer notre union. Le sang a coulé toute la nuit, et tandis que les hommes abattaient à tour de bras, les femmes entonnaient en chœur des chants lancinants. Puis elle se sont succédé en file indienne, traçant de leurs doigts d’étranges figures de sang sur nos cuisses et nos mollets. Je garde au nez cette odeur de viscères et d’urine, le regard fixe et aviné de la petite. Dieu sait s’ils l’ont fait boire elle aussi ! “Aruaa’r mor suuer… aruaa’r mor suuer” me répétait-elle inlassablement. Tu es mon roi, croyais-je alors…

July 20, 05:26 PM

On me réveille en pleine nuit alors qu’entre mes porcs j’avais trouvé le sommeil. Je ne rêvais ni de Vera ni de la vie que j’eus autrefois et dont les détails depuis longtemps se sont effacés, mais d’un cheval né sans tête dans la province de Vestraa (dont je ne sais rien). Homme sans esprit, je chevauchai cet acéphale aux quatre pattes sur une route riante. C’est l’enfant de mes hôtes qui vient me chercher. Nous partons au village ; elle me parle. J’ai fini par comprendre quelques mots de leur langue, si bien que je sais avant d’arriver à l’église (kuruk) que nous allons enterrer (maermate) un roi (suuer) mort (sueen). Je ne sais pas comment lui demander, à cette enfant qui pour l’occasion s’est coiffée d’une couronne de trèfles et d’herbe-aux-porcs, la raison pour laquelle on m’a trouvé digne d’assister à pareille cérémonie. En chemin, nous rejoignons des villageois hilares qui portent des lanternes et d’autres fillettes aux cheveux fleuris. Il y a de la bonté dans leurs sourires et leurs regards, mais me voilà en proie aux pires appréhensions. On va me pousser dans la tombe après m’avoir enfoncé sur le front un cercle d’épine — je suis ce roi. Pire encore, deux ou trois de ces innocentes me donneront le coup de grâce. Ou bien elles seront livrées à je ne sais quel monstre dont je n’ai pas encore entendu parler.

March 20, 04:03 PM

Je ne me déferai pas de l’animalité. Mon petit compagnon tout juste disparu, me voilà attendri par les truies, goûtant leurs larmes et maudissant ma mère de ne m’avoir tendu dans mon premier âge d’aussi douces mamelles. La cadette de la famille m’a pris en affection. Aux heures creuses du matin, elle m’exhorte de la main à battre la prairie. Va doucement, lui dis-je. Moins vite ! Mais ne comprenant rien, elle n’en fait qu’à sa tête, me tirant hors d’haleine jusqu’en des fermes reculées. Alors elle guette et tend l’oreille, me tire pour s’approcher d’un vantail inconnu. Là, elle me martèle le ventre de ses minuscules poings, me mordille les doigts et geint, comme agacée de mon étonnement quotidien, puis elle sort de ses lourdes poches deux poignées de dents et quelques osselets — de porc je présume — qu’elle aligne tout contre la porte avant de fuir. Ainsi nous passons ces heures matinales à courir de ferme en ferme.

March 12, 01:26 PM

Je te dirais cette chose, Véra. Mon univers désormais se limite aux flancs rose-brun des porcs. Le soir, je dors avec eux, tête contre groin. Je leur parle : “Amis porcs ! Amies truies ! Nous ne sommes pas nés semblable et cependant bien peu de choses en ces collines nous séparent ! j’ai péché autrefois et mangé de votre chair, je l’avoue ; j’ai en moi de votre rude vitalité. Je ne vous demanderai jamais pardon : vos frères, vos sœurs étaient délectables !” Concert joyeux des porcs. Je crois, Véra, qu’ils ont de leur destin une vision si lucide que les larmes me viennent aux yeux. Véra, as-tu jamais vu un porc pleurer ? Larmes claires sur cils pâles. Parfois, le soir, je me couche près du cochon qu’ils vont, au village, sacrifier. “Cochon de mon cœur, c’est demain que le prêtre t’ouvrira la poitrine, c’est demain que tu pousseras ton dernier hurlement.” Et délicatement je lèche sur ces paupières roses les gouttes salées que dans son angoisse l’animal secrète. 

January 19, 09:29 AM

Qu’aurait-on dit de moi si j’étais venu là, flanqué de mon compagnon ? M’aurait-on seulement hébergé, sur cette colline où l’homme se dispute l’existence avec le porc ? Depuis mon arrivée, je n’ai croisé ni chien ni chat. Le ciel même est vide d’oiseaux. Et l’on s’en accommode fort bien semble-t-il. Ces gens sont les plus heureux qu’il m’ait été donné de fréquenter sur les collines. Mais je n’ose imaginer ce que donnerait ici un soulèvement porcin digne de Orwell… Eux n’en ont sans doute aucune idée : la lecture leur est inconnue.

Une famille m’a rapidement offert l’hospitalité en échange de quelques services qui occupent une à deux heures de mes soirées. Le plus souvent, j’aide leurs six fillettes à décorer les sabots des cochettes. Par décalcomanie, on applique sur la corne une feuille de plastique préalablement peinte par les petites. On entoure le tout quelques secondes d’un linge humide et brûlant, puis l’on découpe la feuille au niveau de la fente de l’ongle pour en rabattre les bords sous le sabot. Certains jours, il me faut percer des groins à la chaîne pour y passer de grands anneaux d’argent ouvragés et je supporte mal le braillement des bêtes qui résonne jusque dans mes rêves.  Mais ce que j’ai pris en horreur par-dessus tout, c’est le repas du soir qu’ils me servent invariablement : une demi-tête de porc qu’il me faut fouiller à la curette, accompagnée d’un bouillon clair. Pour partager leurs morceaux, il me faudrait mettre la main à la bourse — et je n’ai plus rien — ou à la pâte, et les seconder dans leurs travaux nocturnes.

January 12, 04:01 PM

J’ai couché mon petit compagnon dans un fossé où les fourmis n’ont pas tardé à le recouvrir, ayant senti de loin l’odeur de sang qu’il dégageait. J’étais couché près de lui, souhaitant peut-être qu’elles me croquent, moi aussi, mais je suis bien trop sec. Les bras en croix, je regardais le ciel, y cherchais des yeux des étoiles connues, ne voyais que paquets blancs, poignées de riz sur un sol de boue. Je me suis retourné et j’ai pleuré, me suis endormi la morve au nez me suis retrouvé bientôt à flotter sur la mer de mes larmes. Dans mes songes je voulais retrouver la porte de la montagne de chair, le chemin de l’idole et m’offrir, pour partie ou tout entier, en expiation de mon infanticide. Cet enfant, idole, c’est le nôtre, bien sûr ! L’idole ricanait et me crachait au visage. Pauvre imbécile que tu es, pauvre idiot que n’intéressent que ses tourments infantiles, va, lève-toi, retrouve tes villes, tes foules, tes pauvres désirs d’aventure, tes fauves domestiques ! Le lendemain, j’ai vu, sur le bord du chemin, un homme en veste noire qui poussait devant lui six ou sept cochons.

October 16, 04:33 PM

Toi comme moi Vera nous refusons de voir ce qu’il y a tout là-haut. Souviens-toi des crêtes hérissées des épicéas qui se détachaient dans le froid sec du haut Schwarzwald, le double clocher de St. Johannes et les monts enneigés du Lauterbrunnental, nous ne craignions pas d’en imaginer de toujours plus hauts, se surpassant à l’infini : c’était autant de temps gagné passé ensemble, à marcher, de ce temps arraché aux montagnes, aux monolithes, et qui nous éloignait de la vallée. Combien d’histoires nous sommes-nous inventées… tu avais ce don d’imaginer les chutes! Et là, c’était tout l’inverse : chaque pas qui me rapprochait de ce nouveau sommet me faisait craindre le pire. La bête s’était soudée à moi, son abdomen moulé sur mon épaule. Il n’y avait guère que ma peau pour la retenir de se vider. J’ai bien pensé à en finir plus vite, à ramasser une pierre sur le bord du chemin et lui fracasser la tête d’un coup sec. Mais je savais qu’en la détachant de moi je la tuerais avant d’avoir atteint le sol.

J’ai fait cela Vera, en homme lâche, la soulevant à bout de bras — ça a si peu tiré — et fixant le sommet, aveuglé de lumière, pour ne pas voir :

un bruit de bassine qu’on déverse, des matières chaudes plein le torse, et la nausée qui vient de se retrouver seul.

October 10, 10:25 PM

que le jour est rouge derrière mes paupières

que le pas de l’homme est rapide sur le chemin

que sa pensée m’échappe

que ma peur est grande

qu’il m’a enfanté au temps de sa détresse

que son sang est un chaud manteau

qu’il a honte de mon aspect et de mon existence

qu’il me tuera avant la ville dont il ne me parle pas

qu’il m’enterrera sous un arbre 

qu’il est doux de l’avoir aimé

July 21, 08:57 AM

C’est arrivé. D’un coup, sans douleur. Comme une dent morte extirpée d’une gencive blette. À chaque pas, la membrane gluante qui nous enveloppe se lézarde au coude et au genou, se déchire et tombe au sol en lambeaux.
Corps aimé j’étais, devenu étranger, rejeté et abandonné au jour cru, à pied d’œuvre : l’impressionnante ascension qui m’attend! Droit devant, mais jusqu’où ? C’est une cascade inversée de pâturages et de frisons ponctuée d’enrochements d’une blancheur d’os ou de meringue. Et ça monte vers la lumière, se répétant à l’infini. Un sol étagé, hérissé de séracs curieusement souples, qui appesantissent le pas. Et l’écorchée qui pèse, enroulée autour de mon cou, la tête engoncée dans ma peau pour fuir la lumière. Quand je détache le regard du sol, j’ai bien les yeux qui brûlent encore un peu — depuis quand n’ai-je plus vu le jour ? — mais elle… l’a-t-elle seulement connu ? Exposée au soleil, sa chair cramoisie ruisselle dans mon cou, d’un sang mêlé d’humeurs. Elle sue ou saigne, quelle différence ? Une caresse, une simple torsion de ma tête et la bête se liquéfie. Alors je sens ses griffes et crocs s’enfoncer dans ma peau, y fouiller pour retrouver le noir d’où nous venons.
Je monte. Je monte ébloui. La colline étincelle. Au loin, certains rochers ont des allures de villes suspendues. On y grouille et le lait de tigresse coule en abondance. Allez petite ! Accroche-toi !

May 27, 04:36 PM


Vera ta voix me revient sans cesse je prépare notre sortie crois moi j’y travaille avec le labeur de ces chairs qui ne travaillent autour de moi que pour me préparer à toi je sais que je vais te retrouver ou te trouver telle que jamais je ne t’ai connue mon amour perdu dans ces collines autrement verdoyantes ne dis rien attends moi j’ai d’ici quelques signes qui me le laissent croire je marcherai sur toi de mes paumes de coton je ferai de toi la troisième colline

May 10, 05:46 PM

Il me vient l’idée que je suis, enfant à naître, prisonnier d’un utérus immense. Ce jour-là, de mes ongles, à présent longs et forts, j’écorche les murs et maudis ma fausse mère avec une telle rage qu’elle devrait m’expulser, ce qu’elle ne fait pas. Je me couche dans le sang et laisse la petite bête me lécher le visage et les mains. Ou bien souvenir errant dans une cervelle de géant ? Je pars à la recherche de mes semblables, l’écorché sur les talons. Partout et seulement la nuit déserte et rouge du labyrinthe ; et ne rencontrant que les chairs molles des parois, je finis par comprendre que c’est Vera qui m’aimante, Vera prisonnière comme moi de l’idole. “Va, trouve”, dis-je à la bête, mais je n’ai rien à lui donner qui puisse la mettre sur la piste. La voix de Vera, le visage de Vera, ses mains, la forme de ses doigts, de ses seins, de son ventre un peu rond : tout disparaît quand la mémoire approche. L’écorché se couche à mes pieds. Une illumination : c’est en Vera que je suis, parasite de ses intestins. Tandis que je caresse leurs muqueuses d’une main incrédule, ongles rentrés, Vera mange, dort, pleure, vit, m’oublie, bien que je sois en elle. 

April 30, 10:21 AM


April 11, 05:32 PM

Nous avons le temps. Tout le temps. Nous le décomposons l’un contre l’autre. Elle me réchauffe, je la nourris, elle me nourrit, je l’emmitoufle dans ma peau. Lorsqu’elle s’éloigne — pour chasser ou uriner contre l’idole — , je m’inquiète aussitôt et ressens cruellement son absence. Je m’affole, craignant de me retrouver seul à nouveau. Mais elle n’est jamais loin : lorsque j’ouvre un œil, je la retrouve couchée tout contre moi, pattes en l’air et tête renversée, tout offerte aux caresses. Je ne me lasse pas de l’observer. J’ai appris à lire ses humeurs à même ses muscles, à leur coloration, à leur brillance, au rythme de son pouls, palpable de partout. Je les déchiffre à la façon dont les lobes de son cerveau travaillent, remâchant et digérant les mots que je lui ai appris dans la journée. À la consistance du cortex, qui résiste ou s’enfonce sous le pouce. J’y lis ses rêves d’homme et les fais bêtement miens. Corps ouvert.

April 11, 09:23 AM


March 28, 06:46 PM

Ça vit mais ne parle pas. De ma langue parfois je voudrais lui sucer la cervelle, m’approprier sa bestialité et son absence de souvenir. Me laissera passer, revenir aux viandes vivantes, l’autre, la maîtresse, l’idole, si j’abdique ce qui me reste de raison. Un soir, la bête sur les talons, je me suis frotté le corps à sa charogne, l’ai grattée, frappée, mordue même, en grognant ; l’autre, la petite, dansait de joie. Mais lèvres et yeux fermés, n’est-ce pas, que rien d’elle n’entre en moi. Puis gonflé de rage me suis couché, et la petite m’a léché très soigneusement. 

Je lui parle. Je lui apprends un mot par jour — ou par heure peut-être, par semaine ou par siècle. Beurre. Mort. Mère. Viande. Main. Libre. Aime. Je chasse pour elle autant que pour moi les insectes gras — lucanes, termites, larves — qui grouillent dans la carne. Œil. Monde. Mange. 

March 15, 05:07 PM

Quand les parois enflent, l’air se réchauffe et devient irrespirable. Ça vit. Alors il me faut déguerpir du coin où je suis allongé ; sinon me voilà pris dans l’horrible gencive. J’ai certes à présent cette bestiole à mes côtés, dont je veux penser qu’elle veille sur moi, grognant quand la chair se met à suinter. Elle ne me lâche pas, se love dans mes genoux, sa tête de chat ou de tigre écorché posée sur ma cuisse. De temps à autre, elle ouvre un œil et bondit sur un coléoptère avec lequel elle joue, le poussant de ses pattes, le tournant et le retournant jusqu’à ce que plus rien ne bouge. Ou bien d’un coup de griffe, elle entame le mur et y fourre la gueule pour en mordre les fibres. Puis elle revient s’accoler à moi et s’endort. Faudra-t-il, Véra, pour me sentir moins seul, que je te tire toi aussi de ce dont l’écorchée est née… Pas une nuit, je ne revois l’idole empoigner la paroi, y enfoncer les doigts et fouiller dans la chair pour en tirer cette boule sanguinolente, et de ses ongles y tailler quatre pattes, lui fendre une gueule et lui ouvrir deux yeux, et me la tendre comme on offrirait un chaton à un enfant.

March 15, 04:10 PM

comment te dire Véra le sang qui perle l’humeur des viandes à toute heure qui m’emplit les narines et m’étouffe la nuit surtout comment te dire ce que tu ne verras ni n’entendras jamais ces mots nécrosés qui pourrissent et macèrent dans les murs

je m’oublie des heures des nuits entières dans leur contemplation faisant d’une veine un torrent et d’un paquet de nerfs cette moraine que nous aimions suivre au printemps marchant main dans la main

une trace de doigt sur le muscle et le bleu coule et le rouge s’éclipse et tu m’apparais furtive telle qu’en ce jour où je t’ai laissée

March 15, 02:12 PM


ATELIERS D'ÉCRITURE

EN COURS | 12 CLASSES DE COURBEVOIE (CM2 ET 6e) | CRÉATION D'UN LIVRE NUMÉRIQUE EN MAI 2012.

Un matin de septembre 2011, la presse se fait l’écho d’un étrange phénomène survenu dans la nuit : dans une dizaine de musées, les personnages de différentes œuvres à caractère mythologique se sont volatilisés. À leur place ne subsistent que des halos, des silhouettes floues qui témoignent de leur disparition de la toile. Certaines sculptures sont également concernées, descellées de leur socle. Mais ce n’est pas tout : libraires et bibliothécaires signalent que les reproductions de ces œuvres ont été affectées du même mal et que de nombreux recueils de contes ont perdu leurs héros. Toute référence à leur nom a été effacée. Les livres sont  bourrés de trous et de blancs, devenus illisibles et invendables.

Las d’être écrasés et consignés dans des volumes de papier poussiéreux, d’être accrochés depuis des siècles aux cimaises des musées, tous ces héros fondateurs de notre culture n’ont-ils pas décidé de reprendre leur destin en main et d’intervenir dans notre société contemporaine ?

Du Metropolitan de New-York au Musée d’Orsay, du Musée archéologique de Madrid à la Walker Art Gallery de Liverpool, l’enquête piétine. Sur Internet, un site spécialement dédié à l’affaire a été créé. Ouvert au public, il permet de collecter toutes les informations utiles à l’élucidation de cette énigme. Des enfants férus d’art et de nouvelles technologies, aidés de leurs professeurs, vont se prendre au jeu, tenter de relever le défi et de retrouver la trace de ces héros disparus.


MORPHÉUS, PLANÈTE OUBLIÉE | ROMAN NUMÉRIQUE DE SCIENCE-FICTION | 11 CLASSES DE CM2 | 2010-2011 | COURBEVOIE

Lorsque Arthur découvre qu'il est né sur Morphéus sous le nom d'Arthurius, l'univers lui tombe sur la tête. Et plus encore lorsqu'il s'aperçoit que des centaines d'enfants à travers le monde ont été adoptés par des terriens et partagent son histoire. Quelle est cette planète mystérieuse ? Qu'a-t-il bien pu s'y passer pour qu'elle en soit arrivée à abandonner ses enfants ? Afin d'obtenir des réponses, il faudra se connecter à la Morphéus-sphère et peut-être même entreprendre un incroyable voyage vers Morphéus, la planète oubliée, pour percer les secrets de Spectron, approcher au plus près Rêveurs et Cauchemardeurs...


MISSION GALACTICA | UNE PIÈCE DE THÉÂTRE | 3 CLASSES DE 6E | 2010-2011 | ACHÈRES 3 REPRÉSENTATIONS PUBLIQUES AU SAX D'ACHÈRES


MÉDÉE 2010 | TRAGÉDIE | 2 CLASSES DE 3E ET 1 CLASSE DE 6E | 2009-2010 | 3 REPRÉSENTATIONS AU SAX D'ACHÈRES




MAISON CENTRALE DE POISSY | GROUPE DE 10 DÉTENUS | 2008-2009.

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