Mercenaire Cinématographique.
Prod, Distrib, Comm.
Voir revenir les Hommes en Noir de Barry Sonnenfeld pourrait être interprété comme le chant du cygne d’une franchise qui n’a jamais réellement démarré. Pourtant le premier, culte, et le deuxième, sympathique, marquait la rencontre entre une équipe de producteurs (Spielberg-Sonnenfeld) et des comédiens (Will Smith en tête) qui ne demandait qu’à s’amuser. Loin d’être innocent, ce MIB 3 se veut avant tout divertissant et familial. Est ce un crime? Certes non.
MEN IN BLACK 3 n’inaugure pas de grandes originalités dans son scénario. Une menace extraterrestre menaçant le monde, un voyage dans le temps pour réparer, et voilà « J » nez à nez avec la version jeune de son partenaire K. Idée plutôt intelligente de convoquer Josh Brolin en version jeune de Tommy Lee Jones, et nous voilà nous promenant dans les années 60 en plein New York. Quelques vannes plus tard, l’esprit MIB est bien au rendez vous, les créatures de Rick Baker et ILM pas loin non plus et le show Will Smith a son apogée. Que demander de plus?
Pas grand chose. Car si MIB 3 n’est pas désagréable, c’est loin d’être le film de l’année. Confirmant tout le bien que l’on peut penser de Sonnenfeld, le film ne tente pourtant pas grand chose, limité dans son costume tout public. Mais au-delà de la recherche de performance, MIB 3 ne prend aucun risque et cherche à divertir. Pas de souci, on est au rendez-vous.
Ne le nions pas, de toute la quinzaine cannoise, nous n’aurons vu que quelques films, et les récompenses ont été malheureusement à des films encore inconnus à ce jour. Respect du palmarès donc, nous découvrirons les films bien après. Avec la hâte de voir Haneke encore plus grand que son RUBAN BLANC. Seule exception, ce BEAST OF A SOUTHERN WILD, petit bijou de premier film, justement récompensé de la Caméra d’Or. Loin des polémiques, voici donc le résumé de l’édition 2012 du Festival de Cannes. Enjoy. Ou pas.
SELECTION OFFICIELLE
Palme d’or : Amour de Michael Haneke
Grand Prix : Reality de Matteo Garrone
Prix d’interprétation féminine : Cosmina Stratan et Cristina Flutur (Au-delà des collines)
Prix d’interprétation Masculine : Mads Mikkelsen (La Chasse)
Prix de la mise en scène : Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas
Prix du scénario : Au-delà des collines (Beyond the Hills) de Cristian Mungiu
Prix du jury : La Part des Anges de Ken Loach
Caméra d’Or : Les Bêtes du sud sauvage (Beasts of the Southern Wild) de Benh Zeitlin (présenté à Un Certain Regard)
Palme d’or du court métrage : Silencieux (Sessiz-Be Deng) de L. Rezan Yesilbas
Toutes les récompenses sur Allociné.
S’il est un prix à remettre ce soir à Cannes (le festival 2012 s’achève ce dimanche – si vous lisez ceci 2042!), ce serait au moins celui de la meilleure vente au public d’un film. Bande annonce ravageuse, brutale (inspirée par les précédents Millenium ou Enter The Void, quand même), qui laisse à penser que David Cronenberg, réalisateur devenu métamorphe, reviendrait avec un film uppercut et nous embarquerait pour un fabuleux voyage. Méfions nous de ces a priori car COSMOPOLIS est tout l’opposé de ce que l’on veut nous vendre. Film à l’encéphalogramme plat, plutôt basé sur un débit de texte eppileptique, COSMOPOLIS se veut cérébral et insondable. L’ensemble donne une étrange impression.
Golden boy paradant dans sa belle limousine blanche (qui lui sert de bureau), le héros se pose des questions existentielles avec ses invités, hommes ou femmes, et tente de trouver un nouveau sens à la vie alors que son empire financier est en passe de s’effrondrer. Avec le minimum nécessaire de sexe et de violence, COSMOPOLIS est une adaptation littérale de l’histoire de Don deLillo, auteur à l’écriture nébuleuse, entre réflexion socialo-financière et existentialisme à deux francs. Malheureusement Cronenberg croit bien faire en l’adaptant stricto sensu, laissant un Robert Pattinson à la moue un peu plus appuyée que dans les TWILIGHT pour faire le boulot. Nous voilà alors devant une succession de scènes, à la limite du passage de casting, certes bien foutues mais l’excitation cinématographique au plus bas après en avoir compris le principe.
Comprenez, David Cronenberg n’est pas le premier venu, et aurait pu sortir une histoire viscérale bien sentie au lieu de se contenter de recréer une ambiance malsaine dans une limo. Mais David a semble t-il décidé de ne pas trop se fatiguer sur ce coup là, et l’ensemble n’élève aucune forme d’intérêt, au-delà de voir défiler quelques bons acteurs récitant un texte appris par cœur. Loin d’être inutile, le film comportait de nombreuses idées à creuser, un monde à explorer. On se contente de titiller nos cerveaux sur des débits de paroles entre psychanalyse de base et capitalisme sauvage. Et une coupe de cheveux.
Voir Dario Argento sélectionné à Cannes relevait du fantasme voici quelques mois, mais pourquoi pas… Le maître du giallo italien méritait, aux vues de sa carrière, de fouler les marches. On espérait qu’après ces derniers déboires, ce serait pour le film du renouveau. Peine perdue, si le film se veut un vibrant hommage (avec la patte d’Argento, oui) entre film à l’ancienne et nouvelle technologie, toutes les intentions passent inlassablement à côté du film.
DRACULA, retour sur grand écran. Le comte esseulé dans son château, un scribouillard venant le seconder, des goules à gros seins errantes dans la forêt pour séduire le voyageur de passage et enfin un Van Helsing mythique (Rutger Hauer!), Argento ne trompe pas sur la marchandise, et impose sa patte sur une vieille technique. Décor peint à la main, costumes mal fagoté et jeux d’acteurs réduits au minimum, la série B n’est pas loin. Mais vu l’amoncellement de choses et l’attente autour du film, on se dit que le réalisateur latin souhaite nous rappeler au bon vieux temps du cinéma carton pâte. Peine perdue, la succession de scènes passent difficilement le spectateur conscient, et bien que la 3D soit irréprochable (peut être plus efficace avec ces décors immobiles que sur les sfx modernes), ce DRACULA se prend les pieds dans le tapis.
Choix hasardeux, ou simplement avis différent, Argento s’évertue à vouloir nous en imposer, des effets spéciaux cheap au jeux grand guignolesques de sa troupe d’acteurs. Difficile de se concentrer, malgré quelques scènes plutôt funs (du découpage de tête à mains nues, toujours un plaisir), ce DRACULA nous sert donc un chant du cygne pour Argento, décidément tombé de son piedestal. Arrivera t-il à y remonter?
Retour sur grand écran du terrible duo Delépine-Kervern. Ex-trublions de la bande à Moustic (C+), plus vraiment catalogué dans ce registre, les voici aux commandes de leur sixième long métrage. Déjà. Et de divagations en imaginations, les voici désormais pleinement libres de leur folie. Une envie démesurée de raconter, d’aller à la limite de la société chercher des personnages presques caricaturaux (proches de la bande dessinée quelquefois..) mais toujours sincères, ce GRAND SOIR est un peu leur façon de s’exprimer pleinement, presque trop simplement, après une première série de films aussi riches que variés. Et si le cinoche français, c’était ici?
Dans LE GRAND SOIR, Poelvoorde et Dupontel campent deux frères diamétralement opposés que tout va réunir. Not, plus vieux punk à chien d’Europe, va entraîné son frère fraîchement licencié dans la spirale de la punk attitude, lui donnant le nom de Dead. We are not dead, exergue final d’une histoire sans fond comptant les déambulations de deux frangins paumés et libres. Une histoire presque inutile et pourtant révélatrice pour De Kervern et Délépine, duo terrible qui, non comptant de se libérer d’un sujet fort comme MAMMUTH, peut ici promener sa caméra comme il veut. Ok, entre centre commercial et pataterie, il y avait plus glamour.
Et pourtant, si ce GRAND SOIR n’est pas l’élévation supérieur à LOUISE MICHEL et MAMMUTH, c’est un moment terriblement jouissif. D’abord pour un Poelvoorde rarement vu aussi bon depuis très longtemps, et un Dupontel pour une fois assez juste. Ensuite pour une mise en scène qui cherche les personnages, tour à tour trop près ou trop loin, mais rarement en dehors de son sujet. Avec LE GRAND SOIR, les deux réalisateurs se trouvent un nouveau ton, moins complet que MAMMUTH (bis repetita) mais très juste dans le ton et plutôt accrocheur sur l’ironie de l’époque (même si c’est facile de se moquer des iPhones). Punk un jour, punk toujours.
LA PROMOTION DE PROMETHEUS SE FAIT SOUS TERRE
Installation temporaire, PROMETHEUS fait le show sous terre dans une station fantôme de la RATP (sur la ligne 9, entre République et Strasbourg Saint Denis). Original.
+ d’infos & d’images : thecreatorsproject.com/fr/
DES IMAGES DE VIDEOSURVEILLANCE PEINTES A L’AQUARELLE
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ELEGANCE SENSORIELLE ET ILLUSION VESTIMENTAIRE
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ET PLUS LOIN…
Masaki Fujihata nous offre une plongée stéréoscopique
Des lucioles artificielles sur la rivière Sumida
Des peintures néon inspirées du taoïsme
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LES BETES DU SUD SAUVAGE est un film à l’état brut qui sont à l’image de son sujet. Brouillon, rebelle, fantaisiste. Un film sauvage donc, et tellement plaisant. Un sentiment de liberté et d’insouciance à travers une histoire humaine au coeur de la Louisiane à travers les yeux d’une enfant. Un film vivant.
En Louisiane vivent reclus sur un bout d’île une communauté de gens, bien entre eux. Pas une secte ni des asociaux, mais un groupe installé là, vivant côte à côte de la pêche ou de la chasse, sans autre insouciance que le rythme des journées qui défilent. Jusqu’au jour où une terrible tempête ravage l’île, l’engloutit, pour mieux rappeler le gouvernement, qui veut déloger ces gens pour se donner bonne conscience. Image brute, cadre explosé, ces BETES DU SUD SAUVAGE ne respectent pas grand chose mais bénéficie d’une jolie image et d’un travail sur le son impeccable. Deux critères qui confirment qu’il s’agit bien d’un long métrage, un vrai, derrière cette idée de premier film. Car de premier film, ces BETES le sont. Pourtant la maturité et la maîtrise invisible qui impacte chaque scène (surtout le premier quart) est assez sidérante. Un uppercut visuel pour nous faire plonger dans le bayou.
Sur les traces d’une jeune actrice stupéfiante, cette histoire de rébellion humaine sans violence, d’idéalisme sociale en pleine nature et de vie (tout simplement) saura conquérir le public. Bien que brouillon, le film se tisse à l’image de son sujet, se relançant sans cesse, prenant des virages inattendus sans trop s’inquiéter des suites. Un film insouciant et libre.
Grosse journée côté bandes annonces hier, et alors que les Cannois célèbrent toujours le festival. Et il y en a pour tous les goûts ; de l’action, du rire, du sérieux.
JAMES BOND : SKYFALL
3e volet des aventures de l’espion anglais version XXIe siècle, avec un Daniel Craig qui court devant la caméra de Sam Mendes. Miam.
ANCHORMAN : THE LEGEND CONTINUES
Ron Burgundy is back!
Et la version Funny or Die!
THE MASTER
Le retour de Paul Thomas Anderson ET le retour de Joaquim Phoenix!
Brandon, fils de. Mais pas que. Brandon Cronenberg a mis beaucoup de son papa dans son premier long métrage. Enigmatique, clinique, sous cutané, cet ANTIVIRAL part sur un postulat très étrange, distille un malaise, fait durer. Pour un premier long, tordu et audacieux, mais avec le piège du débutant ; trop de textes, de réflexion.
ANTIVIRAL plonge dans un avenir proche, mixe avéré entre la technologie humaine d’un EXISTENZ, les traumas profonds d’un VIDEODROME ou la paranoia virale d’un CYPHER (tiens, Vincenzo Natali). Syd March travaille dans une clinique spécialisé dans le recyclage des maladies de célébrités. Ici un herpès, là un virus que les fans s’arrachent à prix d’or. Miam. Mais Syd fait aussi et de la contrebande de ce « matériel », et le jour où un virus est plus fort et le précipite vers sa faim, il cherche alors qui l’a injecté à la star du moment… Entre la figure inquiétante de Caleb Landry Jones et l’ambiance saturée de blanc des lieux, Brandon Cronenberg pose les bases de son récit et maîtrise le tout. Ce qui n’est pas donné à tous les premiers longs!
Pourtant trop loquace, il étire son récit (presque 2 heures) assez inutilement, tente de raccommoder avec des sursauts gores, et dissémine un peu partout la marque familiale. On voit du David (Cronenberg) dans beaucoup d’idées, ce qui ici est savouré mais aurait pu être défini comme plagiat assez rapidement. Peu importe, vu les qualités inhérentes au tout, même si on a vu passé la longueur, voilà la relève Cronenberg assuré. Seul problème, le père est toujours là, et bien en forme. Y aura t-il de la place pour deux?
Maelström d’ambiances et de frénésie cinéphile, le Festival de Cannes (qui fête ses 65 piges cette année) est l’un des grands rendez vous du cinéma mondial. Autant dire qu’il faut s’accrocher pour tenir dix journées, entre projections, files d’attente, course à la bonne accréditation et soirées sans fins… Jusqu’au lendemain! Pour cette année, passage express de 48 heures mais une belle réussite sous la pluie : 3 films, dont 1 séance nocturne pour le DRACULA 3D de Dario Argento, des rencontres, des cocktails, des concerts (merci Les Inrocks!). Aisément de quoi en repartir lessivé, sous une pluie d’orage qui dirige tous les festivaliers vers les salles obscures!
Crédits photos : MgCinema @ Instagram.