Mathieu Langer

I'm a cosmologist at the Institut d'Astrophysique Spatiale, interested in the origins of stars, galaxies, magnetic fields...

Music (performing tenor in the choir Varia Voce), theatre (member of the Compagnie du Ciel) and linguistic studies & reflections fill most of the other half of my life.

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Profile

Associate Professor at Université Paris-Sud 11
Research | France, FR

Experience

  • Sept 2005 - Present
    Associate Professor / Université Paris-Sud XI
  • Sept 2005 - Present
    Research Scientist / Institut d'Astrophysique Spatiale
  • 2005 - Present
    Associate Professor / Université Paris-Sud 11
  • 2005 - Present
    Research Scientist / Institut d'Astrophysique Spatiale (CNRS)
  • Sept 2009 - Present
    Tutor in Mathematics / ESPCI
  • Sept 2003 - Present
    Research Fellow / The University of Oxford
    Marie Curie Individual Fellowship within the 5th European Framework Programme (FP5).
  • Sept 1999 - Present
    PhD Student / Université Paris VI - Pierre et Marie Curie
  • Oct 1995 - Present
    Téléphoniste d’émissions / Radio France
  • 1996 - Present
    Intervenant Technique DESK / Radio France Internationale

Education

  • 1994 - 2002
    Université Pierre et Marie Curie (Paris VI)
    PhD in Theoretical Cosmology

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  • リズムの外に調子外れの作曲家は 歌い,および彼女は私に迷惑を掛けた。それが好きではありません!
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  • Ouf! Pari tenu : représentation couronnée de succès, pour clore le festival. Pas question de laisser retomber la pression pour autant : on rejoue mercredi, à l'IAS. Avis aux amateurs...
    23 months ago
  • Au festival, les challengers sont très forts! Chapeau! Et la pression monte...
    23 months ago
  • Jet-lagged, running on battery, and stuck outside the IAS, due to a failure in the swipe-card reading system, on a Sunday morning... Some days, life sucks.
    23 months ago
  • Back in State College, seven years later...
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  • Takk fyrir rykið, Ísland, virkilega...
    2 years ago
  • upekl skvělý tvarohový koláč!
    2 years ago

Posts

June 04, 01:52 PM
Lurette : substantif féminin, qu'il vous arrive d'utiliser, je suis sûr, bien souvent, sans pour autant en connaître le sens exact, et pour cause... On trouve divers usages de ce mot à  travers les âges, comme l'illustrent ces exemples glanés sur le web et dans la littérature.

Exemples :
* Est-il besoin de rappeler l'occurrence la plus fréquente de notre mot vedette d'aujourd'hui? Sans doute vous-mêmes la pratiquez vous depuis belle lurette... pour désigner une durée incertaine, mais certainement longue. Cette expression familière est due à  l'altération de belle heurette, où heurette est un diminutif du mot heure. (Remarque: "Heurette : s.f. Les Flamands appellent ainsi la demi-heure qui marque par avance l'heure à venir", Abrégé du Dictionnaire universel françois et latin: vulgairement appellé Dictionnaire de Trévoux..., Pierre Charles Berthelin, 1762.) Certains auteurs d'aujourd'hui tentent de remettre au goût du jour la forme d'origine : "Il y a des noms dont certaines gens se gargarisent comme si le nom seul suffisait. Vous avez tous rencontré la hauteur imbécile du vigneron bellâtre qui, vous refilant une piquette imbuvable, vous la sanctifie à grands coups de goupillon d'un : « C'est du Grrrrand Crrru! ». Il y a belle heurette que je ne mords plus à ce genre d'hameçon, le temps du doute est révolu, je les envoie à Dache, c'est-à-dire au diable." (Voyage dans ma bouteille, JPR Lédé, 2007)

* Lurette, dans le contexte particulier de la sériciculture, désigne une maladie des vers à soie qui tend à les blanchir, connue aussi sous le nom de luisette.
(Dictionnaire des termes appropriés aux arts et aux sciences, et des mots nouveaux que l'usage a consacrés pouvant servir de supplément au Dictionnaire de l'Académie, ainsi qu'à la plupart des autres lexiques français, suivi d'un Traité raisonné de ponctuation, F. Raymond, 1824)

* Selon le Supplément au Dictionnaire de l'Académie Française (sixième édition, 1835), lure ou encore lurette désigne un refrain populaire. On retrouve cette définition dans l'exemple suivant :"Je ne serais pas éloigné de croire que luron est fait de ce mimologisme commun du chant et de la danse, de ce trala deri dera qui supplée aux paroles et quelquefois à la musique dans les fêtes joyeuses du peuple, et qui a fourni aux vieux chansonniers, entre autres gais refrains, luron, lurette, et lalure. Un luron ne demande qu'à chanter et à danser. Ma lurette est devenu dans ce sens un nom de femme."
(Examen critique des dictionnaires de la langue françoise. Jean Emmanuel Charles Nodier, 1829)

* Pour illustrer la dernière phrase de l'exemple précédent, on pourra se reporter, par exemple, aux oeuvres de Jean-Joseph Vadé: "Je ne regrette point la ville / Ni les bourgeois qui sont dedans / Ma lurette / Ni les bourgeois qui sont dedans" (extrait de l'opéra comique Les Troyennes en Champagne, 1777).

* Lurette sonne joli et affectueux à l'oreille, vous ne trouvez pas? Comme tant d'autres, Jacques Offenbach en a fait un prénom dans son opéra comique, Belle Lurette (posthume, 1890)

* Enfin, en plus d'être "le temps féminin", la lurette serait-elle la femelle de l'écureuil, comme le suggère Boris Vian dans sa préface (1946) à son propre recueil de nouvelles Les lurettes fourrées?
(voir aussi, par exemple, V comme Vian, de Marc Lapprand (2007) à propos de l'histoire non-linéaire de la publication des Lurettes fourrées)
July 02, 01:14 PM
Rabdomancie : substantif féminin, qui m'a été suggéré, il y a de cela quelques mois déjà, par quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'estime. Il est plus que temps d'évoquer ce mot aujourd'hui! Comme vous le savez peut-être déjà, il nous emmène dans ces lieux où la raison se dissout dans la croyance, et vice versa... Pour en donner une définition, il serait ridicule de tout prétendre réinventer : laissons plutôt la place aux Encyclopédistes, qui nous en donnent par la même occasion l'étymologie.

Définition : "Divination, art de deviner par des verges ou bâtons, comme l'indique son nom, composé du grec rabdos, baguette, & manteia, divination."
(Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts, et de métiers, Vol. 28, Denis Diderot, Jean le Rond d'Alembert, 1780)

La suite de l'entrée rabdomancie de l'Encyclopédie est très instructive. Je vous en recommande la lecture. Vous y serez, entre autres, invités à ne pas confondre la rabdomancie avec la bélomancie...

Exemples :
* "La façon de deviner de cette phrygienne était la rabdomancie, divination qui se faisait par le moyen des baguettes, & que le prophète Osée, chap. 4, vers. 12, reproche aux Hébreux en ces termes : «Mon peuple a interrogé du bois, & son bâton lui a prédit l'avenir.» Ce que S. Jérôme dans son commentaire sur ce prophète, dit être la rabdomancie. Cette espèce de prétention à la connaissance de l'avenir, remonte comme on le voit à la plus haute antiquité."
(Lettres grecques, par le rhéteur Alciphron: ou Anecdotes sur les moeurs et les usages de la Grèce, traduites pour la première fois en français, avec des notes historiques & critiques par l’abbé Jérome Richard. Lettre V, note (13), 1785)

* "En 1826, la théorie que nous venons d'apprécier fut reprise et exposée, sous une forme un peu différente, par le comte J. de Tristan, dans un ouvrage ayant pour titre : Recherches sur quelques effluves terrestres. N'osant plus prononcer le nom, trop discrédité, de la baguette divinatoire, M. de Tristan la désignait sous le nom de furcelle ou bâton fourchu. Il avait encore changé le nom de tourneur de baguette, ou de rabdomante, en celui de bacillogire, qui lui paraissait moins voisin de charlatan."
(Histoire du merveilleux dans les temps modernes. Tome deuxième, Louis Figuier, 1860)

* "Les gestes des fées sont aussi en relation avec la création des fontaines : la fontaine de Notre-Dame de Larré en Plessé, celle de Plante en Campbon, celle de Riowen Guenronet doivent leur origine à la baguette des trois fées qui étaient soeurs. [...] La baguette magique communiquant aussi à la source certains caractères, elle était dite agréable ou excellente, dans certains cas guérissante, et même fatidique. Cette croyance à la vertu magique des baguettes est encore à l'origine d'une science moderne, la rhabdomancie, qui remonte elle-même à la plus haute antiquité."
(Mystique des Eaux Sacrées dans l'antique Armor. Essai sur la conscience mythique, Madame de Marmier, 1947)

* Notez enfin que ceux qui pratiquent la rabdomancie, avec ou sans 'h', sont parfois appelés rabdomanciens, comme l'atteste par exemple l'extrait suivant : "J'ai vu travailler des radiesthésistes ou des rabdomanciens que nous appellerons plus convenablement des sourciers."
(L'Ombre des Ailes, Maurice Maeterlinck, 1936)

Ainsi, sous l'activité du rabdomante, on désigne de nos jours celle du sourcier, qui n'a rien de scientifique en dépit de ce que laisse entendre l'avant-dernier exemple ci-dessus, et malgré les tentatives, infructueuses, de trouver des fondements physiques et rationnels à cette pratique (cf. par exemple cette étude, en allemand, ou bien sa présentation anglaise).
April 03, 02:36 PM
Raquedenare : substantif masculin, parfois de valeur adjectivale, sur lequel j'ai trébuché par chance en parcourant mes sources de mots tombés en désuétude. Pour le faire renaître, ne serait-ce que sur cette page, on ne saurait être chiche en mots, ni en exemples...


Définition: homme avare, ou mieux encore grippe-sou, n'hésitant guère à aller jusqu'à la rapine.


Exemples :

On trouve notre mot vedette d'aujourd'hui par exemple sous la plume de Rabelais, promu au rang des noms propres :

* "A l'artillerie feut commis le grand escuyer Toucquedillon, en laquelle feurent contées neuf cent quatorze grosses pièces de bronze, en canons, double canons, baselicz, serpentines, coulevrines, bombardes, foulcons, passevolans, spiroles, & aultres pièces. L'arrière guarde fut baillée au duc de Raquedenare."
(La vie inestimable du grand Gargantua, Père de Pantagruel, jadis composée par l'Abstracteur de quinte essence, Chapitre XXIV, Comment les habitans de Lerné par le commandement de Picrochole leur roy assaillèrent au despourveu les bergiers de Gargantua, François Rabelais, 1534 ou 1535)

* "Praeclarissimi Juris Utriusque Doctoris Maistre Pilloti Raquedenari, De Bobelinandis Glosse Accursiane Bagenaudis Repetitio Enucidiluculidissima.", c'est-à-dire "Du très-illustre docteur en l'un et l'autre Droits, Maître Pillot Raquedenare, Sur les baguenaudes de la Glose d'Accurse à repetasser, nouvelle œuvre très-élucidée", qui est le titre d'un "ouvrage certainement imaginaire" du Catalogue de la Bibliothèque de l'Abbaye de Saint-Victor au Seizième Siècle rédigé par Francois Rabelais (P. L. Jacob, 1862). Dans son commentaire, P. L. Jacob note "un des bergers qui gardaient les vignes de Gargantua, nommé Pillot, accourt vers son maître pour lui raconter les dégâts que fait l'armée de Pichrocole dans la contrée envahie. Remarquons encore, à propos du nom de Raquedenare, que Rabelais avait pu connaître aux Écoles de Décret, à Paris, un nommé Thomas Pinchemaille, de la Nation de Picardie, qui professait le Droit canon en 1532" et qu'on ne peut manquer d'associer à pinsemaille, autre synonyme ancien d'avare.

* "Je ne doute point que l'exemple aussi des cinq que j'ay proposez quand je parlois de l'avaricieux, ne nous puisse beaucoup proufiter. J'entens ces cinq Pinsemaille, Racledenare, Serredenier, Serremiette, Pleurepain, lesquels composez je maintien estre autant beaux et autant significatifs qu'aucuns que sçauroit faire la langue Greque."
(La précellence du langage françois, Henri Estienne, 1579)

* "J'ai aujourd'hui dîné en ville avec un honnête homme du Languedoc [...] Il dit [...] que M. L. Soliniac est ici à la poursuite des affaires de leur école au conseil; qu'il est plus habile, mais grand charlatan raquedenaze, et qu'il tâche de faire croire à tous ses malades qu'ils ont des abcès cachés dans le corps."
(Lettres, Gui Patin, lettre 291 datée du 7 novembre 1656. Voir aussi ce que rappelle par exemple D'Israeli des Lettres.)

* "Mais qui représentera donc le dernier acte?... Voicy une trouppe de vieils usuriers morfondüe qui joüeront leur personnage à visage descouvert. Mais, à propos, se peut-il trouver plus parfaicte comédie que de voir un raquedenare à robe rempiécée, enharnaché de je ne sçay quel chappeau fait en crouste de pasté et aussi gras pour le moins, se pourmener en plain hyver devant sa porte, avec une plantureuse roupie au bout du nez, et trépigner des pieds pour les échauffer, en attendant quelque pauvre oyson de village pour luy arracher quelque plume en passant?"
(En faveur de la Comédie du monde, prologue de Bruscambille, paru dans les Prologues tant sérieux que facétieux, 1610, cité par Victor Fournel dans Les rues du vieux Paris: Galerie populaire et Pittoresque, 1879.)

* On parvient tout de même, mais avec peine, à trouver des occurrences plus récentes :

"Il craint de se voir pénétré
Et que la duègne n'ait flairé
La cache où l'or est enterré.
Le bruit se rapproche.
Mais le voici ! Grand bien vous fasse ! Je me sauve !
Car cet homme griffu, raquedenare et chauve,
S'il me trouvait ici, jacassant parmi vous,
M'irait au bric-à-brac vendre pour quelques sous. "
(La Farce de la Marmite, Plaute, traduction de Laurent Tailhade, 1909 )



Étymologie :
Plusieurs variantes orthographiques existent, comme on l'a vu, et la plus courante peut-être, racle-denier, suggère que le mot nous soit venu de l'Italie, au 16e siècle, où l'on disait raschia danari (selon Charles Esmangart et Eloi Johanneau dans leur édition commentée des Œuvres de Rabelais de 1823). Notons cependant que Nicolas Charbot et Hector Blanchet, dans leur Dictionnaire des Patois du Dauphiné (1974) le font venir du patois raca, vomir, rendre gorge (que l'on retrouve dans racailli, soit canaille) et du mot de denare (denier), "ayant pris delà son nom, comme pour dire qu'il regorge l'argent dont il est obligé de se défaire."
December 13, 09:32 AM
Chabraque : substantif féminin qui ma été inspiré par le mot précédent : on ne quitte ni le domaine équestre, ni celui des noms doux pour ces dames... Promis : la prochaine fois, on s'en prend à ces messieurs!

Définition: 1.Pièce de toile, de drap, ou de peau d'animal dont on recouvre la selle d'un cheval; 2. en parlant de quelqu'un: vielle peau; 3. par extension, surtout dans l'Orléanais, femme de mœurs légères, garce; 4. femme désagréable, ou excentrique, ou déséquilibrée.

Exemples :
* "La malpropreté de leur longue barbe rendait ces soldats encore plus hideux. Les uns étaient enveloppés dans des châles de femme; les autres portaient des chabraques de cheval, des couvertures crottées, des haillons empreints de givre qui fondait; quelques-uns avaient un pied dans une botte et l'autre dans un soulier; enfin, il n'y avait personne dont le costume n'offrît une singularité risible." (Adieu, H. de Balzac, 1830)

* On trouve différentes variantes orthographiques (schabraque, sabraque, etc.), comme dans cet exemple : "La coquetterie de la jeune fille qu'avait été Françoise affinait alors pour M. Jupien le visage ronchonneur de notre vieille cuisinière alourdie par l'âge, par la mauvaise humeur et par la chaleur du fourneau, et c'est avec un mélange charmant de réserve, de familiarité et de pudeur qu'elle adressait au giletier un gracieux salut, mais sans lui répondre de la voix, car si elle enfreignait les recommandations de maman en regardant dans la cour, elle n'eût pas osé les braver jusqu'à causer par la fenêtre, ce qui avait le don, selon Françoise, de lui valoir, de la part de Madame, «tout un chapitre». Elle lui montrait la calèche attelée en ayant l'air de dire: «Des beaux chevaux, hein!» mais tout en murmurant: «Quelle vieille sabraque!» et surtout parce qu'elle savait qu'il allait lui répondre, en mettant la main devant la bouche pour être entendu tout en parlant à mi-voix: «Vous aussi vous pourriez en avoir si vous vouliez, et même peut-être plus qu'eux, mais vous n'aimez pas tout cela.»" (Le Côté de Guermantes, M. Proust, 1920)

* "Sa beauté ne diminua pas. Elle résistait à toutes les avaries. Et, cependant, la vie qu'elle menait devait faire très vite d'elle ce qu'on appelle entre cavaliers une vieille chabraque, si cette vie de perdition avait duré." (Les Diaboliques, Barbey d'Aurevilly, 1874)

* "Vous vous fichez de moi, la mère ?... Dites encore un mot, un seul mot, je vous fais fermer votre baraque pour huit jours. C'est compris, hein?... Qui est-ce qui m'a bâti une vieille chabraque comme ça !" (Les Gaietés de l'Escardon, G. Courteline, 1886)

* Enfin, La Chabraque a été chantée par Michèle Arnaud, sur un texte de Marcel Aymé et une musique de Guy Béart (1960).


Étymologie :
l'origine de ce mot est vraisemblablement le turc çaprak (« couverture de selle ou de cheval »), qui nous serait venu à la faveur des guerres napoléoniennes, via les langues slaves (cafrak, hacafrak, ...) qui l'auraient elles-mêmes emprunté au hongrois, csáprág...
December 04, 05:26 PM
Haquenée : substantif féminin dont il n'est pas rare, en Angleterre, de voir la parenté attribuée, à tort, au Français, comme dans l'exemple de cet article sur l'histoire du Taxi londonien, à l'origine appelé Hackney Cab.

Définition: 1.Petit cheval ou poney qui va à l'amble, et qui autrefois était chevauché par les dames; 2. femme laide, d'allure masculine, mal bâtie; 3. courtisane, femme de mœurs légères.

Exemples :
* "Quand le bon M. de Bois-Doré, armé jusqu'aux dents et bien assis en selle sur le beau Rosidor, eut franchi l'enceinte du village de Briantes, il vit Adamas, monté sur une bonne petite haquenée fort paisible, se faufiler à son côté." (Les beaux messieurs de Bois-Doré, George Sand, 1857)

* "Mlle Goujet était une de ces filles dont le portrait est fait en deux mots qui permettent aux moins imaginatifs de se les représenter: elle appartenait au genre des grandes haquenées. Elle se savait laide, elle riait la première de sa laideur en montrant ses longues dents jaunes comme son teint et ses mains ossues." (Une ténébreuse affaire, Honoré de Balzac, 1841)

* "Tournure de grande haquenée, de catin, de Mme Thibaudeau, frappante surtout lorsqu'elle danse. Sotte dignité, contentement d'elle-même." (Journal, Stendhal, 1805)


Alors, savez-vous d'où provient ce mot? Sur cette question, fort heureusement le TLFi et le Oxford English Dictionary sont d'accord : haquenée viendrait de l'Anglais, par antonomase lexicalisée de "Hackney" qui désignait une bourgade de la région de Londres où l'on élevait des chevaux, dont le Merriam Webster's nous offre une illustration.
July 27, 05:44 PM
Va-te-laver : substantif masculin qui provient, ça ne vous aura pas échappé, de la lexicalisation d'un syntagme verbal constitué d'éléments tout simples. Ah, le miracle du trait d'union! Le mot composé qui en résulte est peu fréquent, il me semble, mais riche de deux sens au moins. Vous ne le trouverez pas dans un dictionnaire ordinaire, car il relève d'un niveau plutôt familier de la langue.

Définition: 1. volée de coups; 2. (en parlant d'une personne) grossier, malpropre.

Exemples :
* "Quand ils sortaient tous les trois, le dimanche, il obligeait sa femme et le chapelier à marcher devant lui, bras dessus, bras dessous, histoire de crâner dans la rue; et il regardait les gens, tout prêt à leur administrer un va-te-laver, s'ils s'étaient permis la moindre rigolade." (L'assommoir, E. Zola)

* "Il faut vraiment que cette Acacadémie ne soit pas dégoûtée de la... chose pour accorder ses faveurs au vilain personnage, à l'anti-français, au malpropre, au va-te-laver, au lâche qu'est le nommé Romain Rolland qui depuis le commencement de la guerre n'a pas cessé de lancer son venin de serpent sur notre pays [...]" (Une saleté, article d'Albert Terrade paru dans l'Écho de Versailles et de Seine-et-Oise le 17 novembre 1916, consultable via le Ky'osque, et repris dans le Journal des années de guerre 1914-1919, R. Rolland)
June 27, 05:09 PM
Pèbre : substantif masculin, emprunté à l'Occitan et qui, à ma connaissance, ne vit en Français que dans deux occurrences.

Définition (ou plutôt traduction): poivre (lou pèbre = le poivre).

Mais quand donc rencontre-t-on pèbre en Français?


Occurrences :

* Avez-vous déjà goûté au vin au pèbre d'aï? Ou bien avez-vous régalé vos convives d'agneau rôti à la broche, aubergine et socca, jus au pèbre d'aï? Il ne s'agit pas de recettes au "poivre d'ail", non non! Le pèbre d'aï s'écrit d'ailleurs dans certaines régions pèbre d'âse, où l'on devine encore mieux l'étymologie... Il s'agit en effet de "poivre d'âne" (asinus en latin), c'est-à-dire de sarriette. Remarquez, c'est aussi un fromage à pâte molle (enrobé de sarriette?), et il ne faudrait pas se tromper...

* Mais peut-être vous souvenez-vous de l'an pèbre? Non? Ça ne m'étonne pas, ça ne date pas d'hier ... En effet, "ça remonte à l'an pèbre" veut dire que cela a eu lieu il y a fort longtemps. Exemple : "La mer m'allège, je flotte. Je retrouve des sensations que je n'avais pas éprouvées depuis l'an pèbre", écrit G. Del Pappas dans Massilia dreams (2000). Et c'est bien à Marseille et en Provence que l'on emploie beaucoup cette expression (cf. par exemple Zou, Boulégan! - Expressions familières de Marseille et de Provence, Philippe Blanchet).

D'où viendrait cette locution nominale particulière? A dire vrai, personne ne semble savoir, mais peut-être n'est-elle pas sans rapport avec la pébrine, cette "maladie épidémique des vers à soie caractérisée par l'apparition de taches semblables à des grains de poivre" (TLFi) qui a ravagé les élevages de vers à soie du Midi de la France au 19e siècle, et que Louis Pasteur contribua à éradiquer.
June 08, 04:36 PM
Ababouiné : adjectif qualificatif, dont le sens n'a rien à voir avec nos amis les babouins! Il s'agit en vérité d'un terme de marine...

Définition : désigne un voilier soudainement arrêté en pleine mer faute de vent.

Exemples :
* "Le second capitaine, un mangeur d'orbiches, espère que le Trois-mâts ne restera pas ababouiné dans le pot-au-noir." (extrait de Grainasse sous les Tropiques, "La dictée maritime", Festival des Filets Bleus 2007, Claude Nédélec.) Notons que notre mot vedette d'aujourd'hui fait aussi le titre d'une chanson de l'artiste québécoise Gemma Barra, "Le voilier ababouiné".

* Enfin, on ne peut s'empêcher de vouloir employer ce terme en un sens figuré, comme l'illustre l'exemple suivant : "...Encore une fois, de ses bras étendus, il fit le geste évocateur de la croix, resta ababouiné, comme tronqué de ses ailes gigantesques, une plaie rutilante au centre de son être... immonde soleil... puis, les chœurs irrévocablement tus, l'orchestre, de trois accords puissants, ouvrait, à grands fracas, les portes extérieures et la foule, morne, s'écoulait." (Moganni Nameh, Blaise Cendrars)
May 21, 11:03 AM
Acumen : substantif masculin, qui a deux sens, le premier plus près de son origine étymologique, le second pas tellement plus éloigné, mais transporté dans les sphères du figuré. Si je vous dis qu'en latin acumen est une pointe, celle d'une épée par exemple, devinez-vous les sens modernes possibles?


Définitions : 1 En botanique, petit prolongement qui termine certains organes foliacés; 2 Au figuré, acuité de l'esprit, pénétration et subtilité de l'intelligence.

Du reste, en philosophie, l'acumen désigne ces (rares? - précieux!) "moments fugitifs de la vie intellectuelle ou spirituelle, atteignant tout de suite le sommet de leur intensité", comme on peut le lire dans le TLFi.

Exemple : "L'unicité n'est-elle pas l'extrême limite de la rareté? L'instant semelfactif n'est-il pas la fine pointe aiguë du rarissime? Le presque-rien occasionnel ne désigne-t-il pas sur le seuil de l'inexistence pure, l'instant en quelque sorte pénultième et l'acumen de raréfaction? Appelons hapax cette fois unique qui est une première-dernière fois, cette fois qui n'admet ni répétition ni réédition, cette apparition disparaissante en un mot où commencement et fin, alpha et oméga, premier et ultime ne sont pas les termes extrêmes d'une série, mais coïncident dans un même instant : car l'ultimité n'est qu'un autre nom pour l'imprévisible."
(V. Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957)
May 03, 11:43 AM
Cibation : substantif féminin, non sans rapport avec le mot précédent, mais réservé désormais au domaine unique de l'Alchimie... Et si nous le sortions du creuset philosophal pour le faire revenir du côté de la table au palais délectable?

Définition : "Action de nourrir, nourriture", nous dit le DMF 1330-1500 (Dictionnaire du Moyen Français. ATILF - Nancy Université & CNRS), venu directement du latin cibatio, cibationis, nourriture.

Exemple : "...la maladie ne demande pas cibacion, mais curacion" (Martin de Saint-Gille - Commentaires sur les Amphorismes Ypocras, 1362-1365)

A ma connaissance, les Alchimistes sont peut-être les seuls à encore employer ce terme, avec un sens plus spécifique.

Définition 2 : "Opération chimique par laquelle on donne à une substance plus de consistance et de solidité", dit le Dictionnaire Français en ligne d'après Littré.

Exemple 2 : "Certains Alchimistes donnent même à l'idée de nourriture toute sa force, tout son sens précis, alors même qu'ils travaillent sur la matière. Sous le nom de cibation, ils prétendent aider une réaction en la nourrissant de pain et de lait." (Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique, 1938)
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