J'ai encore chargé un tas de mp3 en fouillant les serveurs sur le Web. Je suis tombé, par hasard, sur You can get it if you really want de Jimmy Cliff. Je ne peux pas dissocier ce morceau du souvenir de Wolfgang, prostré depuis plusieurs jours parce qu'il sortait de la prison d'Algésiras pour trafic de cannabis. Trahi par le frère de sa femme, vendu à la police des frontières, il avait tout perdu : ses économies englouties dans l'acquittement de sa caution, sa Mercedes saisie par la douane espagnole, et même son unique paire de chaussures qu'il venait de se faire voler par S. alors qu'il dormait à la belle étoile dans un bois d'eucalyptus, près de la merja de Moulay Bousselhem. Je ne sais plus comment il avait atterri là, alors qu'il tentait de rejoindre, en auto-stop, Marrakech où il s'était marié quelques mois auparavant. J'avais hébergé Wolfgang à la maison après avoir convaincu S. de lui rendre ses chaussures. Malgré tout, l'Allemand — je crois me rappeler qu'il venait de Hambourg — broyait du noir. On se réunissait tous les soirs à quatre ou cinq pour d'invariables séances de km'ia ou tassa. Sur fond musique — bien souvent du reggae - produite par un sound-system japonais, on buvait des litres de Moghrabi rouija, versés dans un unique verre à thé en pyrex que l'on faisait tourner, tout en fumant des monceaux de zentla, qualité se'm — mieux que le double zéro —, fourni régulièrement par un capitaine de gendarmerie originaire de Fez. On passait toutes nos nuits à reconstruire le monde, un univers improbable, une sorte de haschich'cosmos. Lorsqu'on était sur le point de perdre conscience, l'esprit bien m's'mok, les neurones déconnectés, les synapses court-circuitées, on tentait de revenir à la réalité en fumant du kif mélangé à du tabac de la région, au goût très âcre, consumé dans le chkef en argile fragile d'un long sepsi taillé dans le bois jaunâtre d'un laurier rose. Wolfgang, qui, hormis sa langue maternelle, ne parlait que l'anglais, ne pouvait pas participer à nos délirantes conversations si l'on ne faisait pas l'effort de le tenir, de temps à autre, au courant des thèses portées par notre fulgurant discours, dans une traduction anglaise approximative. Aussi, pendant ces interminables nuits — le temps était aboli —, il se contentait de se perdre dans les méandres de ses propres pensées, en de sombres méditations. Ou bien, il nous observait silencieusement en affichant involontairement l'air triste d'un chien battu. Mais un soir, ou peut-être un matin peu avant l'aube, c'est la musique de Jimmy Cliff qui le ramena à la vie. Comme si cela venait de se produire à l'instant, je le revois clairement se lever d'un bond pour se mettre aussitôt à danser en murmurant, un large sourire aux lèvres, les yeux au ciel : "You can get it if you really want, you can get it...". Wolfgang était sauvé.
Depuis ce matin, après le petit-déjeuner, depuis l'instant où j'ai jeté un oeil sur l'affichage de l’horloge du PC, je ne décolère pas. Dans la nuit, les enculés, qui régissent la vie du troupeau des crétins-citoyens, ont avancé l'heure de 60 minutes. Pour le moment, je n'ai toujours pas synchronisé la seule horloge de l'appartement, un antique réveil électronique dont l'affichage digital indique encore l'heure d'hiver, mais je finirai par m'y résoudre, ne serait-ce que pour m'éviter de faire, mentalement et malgré moi, la conversion en horaire d'été. L'idée de me soumettre à ce dictât débile, même si ça ne changera rien à mon comportement, dans le sens où je ne vis qu'en fonction de ma propre horloge biologique, me rend vert de rage. Ça me rend vert de rage, parce que le fait que quelques types puissent obliger des millions d'individus à rogner sur leur sommeil, en les faisant lever au milieu de la nuit, pour les expédier avant l'aurore aux travaux forcés, me semble quelque chose d'absolument intolérable. C'est signifier ouvertement aux membres du troupeau que rien ne leur sera épargné, que tout sera fait pour les abrutir autant que possible, en préservant uniquement leur force de travail, la seule chose qui importe à tous les charognards assoiffés d'argent et de pouvoir. Mais, je crois que ce qui me rend encore plus enragé, c'est de savoir que des millions de crétins acceptent ça sans broncher, et pire, qu'une large partie d'entre eux trouvent ça formidable. Connards !
Rien à lire sur ces images qui puisse étonner, surprendre, choquer, bouleverser celui qui prendra le temps de les faire défiler sur son écran. Ni plus ni moins de ce type d'émotions n'est à attendre des séries d'images précédentes, idem pour celles qui suivront. Rien de grave, d'important, de mémorable n'est inscrit dans les textes qui accompagnent les images. La somme des photographies et des textes qui s'affichent sur les pages que je publie sur Traverses, depuis une dizaine de jours, maintenant, peuvent être assimilées au genre photographique bien connu qui est celui du reportage, c'est vrai. Mais, comme je l'ai déjà fait remarquer, et en admettant qu'on puisse parler de reportage, aucune volonté d'instruire le lecteur ne guide mon entreprise. Aucune prétention à une quelconque objectivité, non plus. Ce n'est donc pas du reportage, car je me tiens loin du désir d'informer, d'éduquer ou de persuader qui que ce soit.
Par ailleurs, j'ai cru, il y a déjà quelque temps, que je cherchais à révéler, par mes photographies, des pans obscurs de la Beauté dissimulée dans des objets ou dans des scènes ordinaires. J'ai cru cela parce que je me suis laissé aller à écouter d'une oreille le discours de ceux qui luttent avec une volonté farouche pour que la Beauté du monde ne soit pas ensevelie sous un amoncellement d'immondices, produits inévitables de la marche en avant de notre ignoble civilisation. C'est vrai, notre civilisation — plutôt la leur, parce que rien dans cette chose ne m'appartient — n'est pas des plus ragoûtantes. D'accord pour dire que nous vivons une époque absolument merdique. Mais, je dois être honnête. Aucune recherche du beau ne préside à ma pratique quotidienne de la photographie. Pas plus de ce côté que du côté "poids des mots, chocs des images", c'est-à-dire du côté illusoire du reportage. Je m'en suis rendu compte en remarquant qu'il ne viendrait jamais à l'idée d'un reporter, d'un touriste, ou même d'un artiste — quoique... de nos jours, les artistes ne reculent devant rien —, de prendre pour objet ce que je photographie habituellement.
Autre chose : je ne peux pas faire entrer ces images dans le cadre de la photo souvenir, car les scènes figées et numérisées par le Nikon ne sont pas à verser dans un précieux album que je regarderai la larme à l'oeil dans quelques années — en supposant que je vive si longtemps. Tout simplement parce que tout ce qui se trouve transcrit en images sur ces séries n'a, pour moi, aucune valeur affective. De l'église Sainte-Thérèse, au quartier de La Paillade, en passant par les berges du Lez ou les vignes de Vendargues, tout me laisse totalement froid, indifférent sur le plan émotionnel. Cette ville n'est pas la mienne, cette région encore moins. De toute manière, aucune ville, aucune région ne sont à moi, aucun pays n'est le mien. Et sûrement pas la région de Montpellier que je trouve particulièrement moche et abîmée, et même ravagée sous certains aspects. Pas d’appropriation possible, pas même l'idée d'une adoption.
Alors, pourquoi faire ces photos ? C'est simple : parce que si je ne les faisais pas personne d'autre ne les ferait, sauf, peut-être les cameramen de Google Street. Je suis d'ailleurs persuadé qu'ils travaillent dans un état d'âme similaire au mien, sauf qu'ils y apportent beaucoup moins de soins que moi. Ce qui m'amène à préciser, parce que je viens d'y penser, que je ne fais pas mes photos comme ces types munis d'un smartphone qui bombardent Instagram d'images insignifiantes, prises n'importe comment, sous le coup d'une émotion quelconque. Mes prises de vue ne sont pas comparables à celles d'Instagram affichant une pizza, un cornet de frites, un verre de bière, une image furtive prise de la fenêtre d'un bus, d'un métro, d'un train, les branches d'un arbre à contre-ciel, une affiche collée contre un mur, un graffiti, une silhouette sur sa moto, l'inévitable autoportrait, l'enfant gazouillant dans son berceau, l'ivrogne affalé sur le tapis au pied de son canapé, c'est-à-dire l'adulte que sera l'enfant dans quelques années, etc.. Non, rien à voir avec ces images faites pour immortaliser l'instant présent. Ces photos, prises au smartphone, sont produites avec encore moins de soins que ne leur prodiguent les opérateurs de Google Street, par contre, elles se veulent chargées d'instants vécus, d'émotions... Émotions à la con... Mais bon, passons...
Donc, c'est plutôt du côté de la photographie, comme peut en produire Google Street, qu'il faut ranger ces séries. Avec pour différences : le cadrage est soigneusement choisi, je ne prends pas tout et n'importe quoi, je n'ai pas besoin de flouter les visages, car j'évite de faire entrer dans le champ des personnages, je ne floute pas les plaques d'immatriculation des véhicules dont les propriétaires n'avaient qu'à pas se trouver là au moment de mes prises de vue, des prises de vue faites, la plupart du temps, à hauteur d'homme et non pas du haut d'une perche d'environ 2 mètres, et, dans l'ensemble, mes images sont de meilleure qualité que celles diffusées sur Google Street. Par contre, je retrouve l'atmosphère, l'ambiance que produisent les images de Google dans mes propres images. Celles de Google et les miennes ont un côté assez impersonnel, qui traduit bien le manque d'émotion de l'opérateur au moment de la prise de vue, ne cherchant ni à magnifier ni à déprécier ce qu'il a sous les yeux, mais seulement désireux de montrer les paysages tels qu'une caméra peut les restituer, dans un agencement plus ou moins complexe de formes et de couleurs.
Puisqu'il est question de couleurs, je me dois de faire remarquer aux éventuels spectateurs qu'aucune de mes images n'a échappé au traitement Photoshop. Là encore, rien de "naturel", aucune volonté d'objectivité par rapport à la réalité perçue. Dernière remarque qui, dans le cas des séries photographiques regroupées sous l'intitulé « Zones urbaines et suburbaines », m'amène à conclure quant à ma motivation principale. En dehors du fait de rendre à mes yeux perceptible l'extension inexorable et presque invisible — tant la situation semble banale, normale, inévitable — de la ville en direction de la campagne, je ne vois que la volonté de produire des images au contenu esthétique. Il faut alors entendre esthétique au sens premier du terme formé sur le grec : α ι ̓ σ θ η τ ι κ ο ́ ς, « qui a la faculté de sentir ; sensible, perceptible » et α ι ̓ σ θ α ́ ν ο μ α ι « percevoir par les sens, par l'intelligence ». La photographie n'étant rien de plus qu'un médium, un canal, un outil au service de l'intelligence. Et, comme tout outil, la photographie s'utilise avec plus ou moins de dextérité, de discernement afin d'obtenir de la transformation d'un objet, d'un sujet, le meilleur résultat possible, le plus intéressant.
C'est cyclique, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive : le Web me fatigue ! J'ai beau passer d'une page à l'autre, de Google Plus à Twitter, jeter un oeil sur Google News ou faire défiler quelques images sur Pinterest, rien ne retient mon attention. Pire, je n'y vois qu'un ramassis de conneries. Un désintérêt qui s'est plusieurs fois produit par le passé, mais qui qui n'a jamais duré bien longtemps, quelques jours tout au plus. C'est un peu différent dans le cas présent : le rejet du Web prend de plus en plus d'ampleur et s'étale sur plusieurs semaines. Je n'alimente presque plus mes blogs, et encore moins mes Tumblr. Une réaction probablement liée au manque de tonus provoqué par la fin de l'hiver. Pourtant, je sens que le malaise est plus profond. Le Web peut sembler vaste et donner l'impression qu'il regorge de trésors cachés. Je ne prétend pas que je n'y trouve plus rien. Il m'arrive encore de pousser une légère exclamation en découvrant un site ou un autre. Mais ce sont là des trouvailles qui se font de plus en plus rares. Il faut garder à l'esprit que, si le nombre d'internautes est maintenant phénoménal, très peu d'entre eux produisent véritablement du contenu, et ceux qui produisent des données se contentent trop souvent d'imiter des sites qui ont préalablement obtenu une certaine reconnaissance et qui généralement n'ont pas échappé à mes recherches. Aussi, au bout d'une quinzaine d'années passées à surfer, je ne devrais pas être trop étonné de pousser autant de soupirs en tombant sur des choses sans originalités, du déjà vu et revu, parfois des dizaines de fois. Mais, là, les soupirs sont beaucoup trop fréquents. Il va falloir que je me décide à opter pour une solution plus radicale que celle qui consiste à déplorer l'inutilité, la vacuité, la stérilité de mes navigations en ligne. Il me faut changer d'activité ! Faire plus de siestes en compagnie de mes animaux, par exemple. Et, surtout, passer beaucoup plus de temps avec eux. Ils ont des conversations bien plus savantes que celles que je pourrais avoir sur les réseaux sociaux. Ils m'enseignent mille fois plus de choses que ce que toute la Webosphère réunie ne pourra jamais faire. Ça sera tout pour aujourd'hui.
Je viens de publier Au loin, La Paillade, septième et peut-être dernière page de la série Zones urbaines et suburbaines. J'écris que je viens peut-être de mettre en ligne la dernière page de cette série de photographies, parce que créer de toutes pièces des pages HTML demande d'avoir pas mal de temps devant soi, alors qu'il est bien plus facile de publier des photos en utilisant une plate-forme conçue pour un blog, telles que Blogger, WordPress ou, encore plus simple, Tumblr. Outre le fait que, pour les besoins de cette série, j'ai retravaillé toutes les images avec Photoshop, ce qui m'a aussi demandé pas mal de temps, c'est la rédaction des textes qui me dissuade, aujourd'hui, de poursuivre bien longtemps dans cette voie.
Écrire est certainement l'activité qui, de toutes celles qui permettent généralement d'occuper "intelligemment" son temps, me semble la moins attrayante. Je préfère parfois encoder une page en HTML, plutôt que d'avoir à rédiger du texte dans la langue de Molière. J'aime lire les écrivains qui savent écrire, je lis beaucoup plus que la moyenne de mes contemporains — ce qui ne demande même pas d'être un athlète de la lecture —, mais je n'ai jamais caressé l'envie d'imiter un écrivain.
Écrire est une entreprise qui exige énormément d'ingéniosité, un entraînement intensif, une longue expérience. C'est une véritable industrie qui oblige à s'engager sur un parcours semé d'innombrables embûches, à se déplacer la peur au ventre sur un terrain miné. Et, pour peu que la production de textes réussisse plus ou moins bien, cette entreprise ne rapportera rien au final, sinon des montagnes d'emmerdements, de déceptions et désillusions en tout genre. Il faut être quasi-illettré, presque inculte et vraiment niais pour imaginer une carrière faite de l'exploitation d'une langue naturelle quelconque. Un orpailleur installé sous l'un des ponts de la Seine a de meilleures chances de réussir sa vie, que n'importe quel professeur agrégé de Lettres en possession d'un PC équipé d'un traitement de texte. Ne parlons pas des autres, de tous ceux qui ne possèdent qu'un ordinateur et quelques bandes dessinées rangées à proximité, sur des étagères Ikea-Roche-Beau-Bois régulièrement dépoussiérées. Ces petites cervelles, umeris gigantum sedentes credentibus, peuvent toujours fantasmer, rien ne leur interdit d'y croire, aucune loi ne pourra leur défendre de mettre en forme les epub qui font la gloire des catalogues mis en ligne par d'héroïques éditeurs de « littérature exigeante » — soit le meilleur slogan pour ces choses culturellement misérables. Je suis convaincu de pouvoir facilement produire des textes bien plus lisibles que ce que ces niais peuvent rédiger. Seulement, comme je le dis plus haut, je ne trouve aucun plaisir à patauger des deux pieds dans ce type d'activités.
Je me plie aux règles de la syntaxe uniquement les jours où je n'ai rien de mieux à faire, histoire de donner un peu plus de volume à ce blog, ou alors, quand je pense que quelques phrases, une fois éditées sur deux colonnes, auront un joli petit effet esthétique dans la présentation d'une page HTML pleine de photos.
Voilà, pour le moment, je n'ai rien de plus à dire.
Expliquez quelque chose clairement et simplement à quelqu'un, il ne vous écoutera pas. Racontez-lui n'importe quoi, une histoire sans queue ni tête dans un sabir abracadabrantesque qui lui donnera l'impression que vous êtes un expert ou, mieux, un poète, il vous remerciera d'avoir éclairé son esprit et vous dira qu'il vous a parfaitement compris. Connard !
Il a plu toute la journée. Je n'ai donc presque pas quitté mon poste, je suis resté rivé au siège du fauteuil, face à l'écran du PC. J'en ai profité pour créer deux pages que j'ai ensuite mises en ligne sur Traverses : Zone Urbaine et Avenue d'Assas. Deux pages composées de photos faites vendredi dernier, accompagnées d'un texte. Ça parle de quelques aspects de la charmante ville de Montmerdier. Je me suis promis de créer d'autres pages sur ce modèle, parce que les photographies ne subissent pas la compression infligée aux fichiers .jpg par les serveurs des plates-formes comme Tumblr et sont donc de meilleure qualité. De plus, elles s'affichent directement au format original, alors que, sur Tumblr, WordPress ou Blogger*, il faut souvent ouvrir trois pages consécutives pour visionner des images publiées en grand format. Éditer en créant ses propres pages demande plus de temps que pour éditer sur une plate-forme qui supporte des blogs. C'est un inconvénient. Pourtant, je vais quand même essayer de recourir plus souvent à mon serveur que par le passé. Le temps que je perds inévitablement sur Google Plus, par exemple, devrait être employé à poursuivre la construction et l'amélioration de Traverses. Ce qui me procurera de plus grandes satisfactions.
*ce n'est plus le cas pour Blogger depuis le 23/03/13 : le slider, mis en place l'année dernière, est supprimé.
Explorer le disque dur de ma machine à la recherche de photos qui méritent d'être recadrées au format carré, puis les travailler avec Photoshop, pour finalement les publier sur CNN sont des opérations assez prenantes qui occupent une bonne partie de mes soirées depuis le début de l'année. Cette activité m'a permis d'envisager, encore une fois, la photographie sous un nouvel angle et m'a renforcé dans l'idée qu'il ne sert à rien de courir des milliers de kilomètres pour faire de bonnes images, ni même de se creuser indéfiniment la tête pour trouver le bon objet à saisir sur la carte mémoire d'une caméra électronique.
Je remarque surtout que, si parmi les plus anciennes prises de vues numériques, beaucoup restent vides, sans contenu esthétiquement exploitable, c'est bien moins fréquent pour les prises de vue les plus récentes. J'en arrive à penser que je sais, aujourd'hui, à peu près ce que je veux révéler de mon environnement lorsque je me donne la peine de faire quelques images. Je me dis surtout que la photographie représente pour moi un long, très long apprentissage, et que je ne suis pas au bout de mes difficultés dans ce domaine.
Contrairement à ce que la plupart des gens pensent au sujet du numérique, un procédé qui suppose une facilité accrue dans l'obtention de bonnes images, je me rends compte que le fait de pouvoir si commodément déclencher l'obturateur pousse vers une gigantesque prolifération de prises de vues qui, sur le plan esthétique, amène rapidement à la confusion générale. Ce qui ne facilite rien pour celui qui cherche à orienter la création photographique dans un sens réellement significatif.
J'ai l'impression que, par rapport à la photographie au temps révolu de l'argentique, le fait qu'aujourd'hui tout objet, toute scène de la vie quotidienne pouvant être photographiés sans restrictions — financières en particulier — amène à faire une sélection a posteriori des images valables, alors qu'auparavant cette sélection se faisait, en partie, mentalement avant même d'être amené à enfoncer le déclencheur des anciennes caméras. En résumé : on ne photographiait pas, du temps du film argentique, dix fois n'importe quoi, sous n'importe quel angle, par n'importe quelle lumière en se disant qu'on ferait un tri plus tard, ce qui est très souvent le cas actuellement.
Cette situation conduit à voir sur les écrans des milliers de photos qui, sans la réduction phénoménale du coût d'une prise de vue, n'auraient certainement pas vue le jour. Et, bien entendu, on doit aussi prendre en compte la facilité avec laquelle cette prise de vue peut être montrée à de nombreuses personnes lorsqu'elle est mise en ligne sur le Net, alors que, développée sur du papier, elle n'aurait été visible que pour très peu de gens.
Indubitablement, ce nouvel état de fait, modifie le regard que l'on porte sur la photographie en elle-même, mais aussi, en tant que pratique, création d'une forme esthétique. Même si l'on ne considère la photographie que pour sa fonction mémorielle, jalon chronologique numérisé pour rappels à souvenirs, ce qui est sûrement et largement la pratique la plus fréquente, la prolifération vertigineuse des clichés modifie, là encore, notre perception du monde photographique, mais aussi notre rapport au monde tout court en le surchargeant de représentations qui laissent de moins en moins de place à notre imaginaire.
J'ai donc eu de grandes difficultés à me faire une idée de ce qui était réellement intéressant — pour moi, tout au moins — au milieu de cette immense carrousel pictural présenté sur le Web. J'ai voulu choisir les images qui, subconsciemment, me serviraient en quelque sorte de référence lorsque je serai amené à déclencher l'obturateur de ma caméra. Opérer un tri, parmi les centaines de photos que je regarde quotidiennement défiler sur l'écran pour ne retenir que celles sur lesquelles ma pratique pourrait éventuellement s'appuyer, fut un long travail qui m'a souvent procuré une certaine satisfaction, chaque fois que mes recherches occasionnaient la découverte de belles images. Les belles images rendent sage.
Au court de ce tri, mon regard a changé. Cette évolution dans ma façon d'envisager les caractéristiques d'une bonne photographie m'a ramené, ce mois-ci, à revisiter avec un oeil légèrement différent mes archives qui, en réalité, ne sont pas très épaisses. Je me suis surpris à sélectionner des images que j'aurais d'emblée écartées, il y a seulement quelques mois.
Je pense aussi que le fait de manier Photoshop avec un peu plus de subtilité qu'auparavant a joué dans cette nouvelle sélection. Mais là encore, il me reste de sérieux progrès à faire, non pas dans la manipulation de ce logiciel qui n'a plus de secrets pour moi, mais des progrès à réaliser quant au dosage des modifications, des opérations que je fais subir aux photos que je travaille. Il me faudrait obtenir une meilleure unité, surtout dans les tonalités des images qui pourraient composer des séries. Ce que je suis encore incapable de faire correctement, parce que je traite chaque image individuellement sans prendre en compte son insertion future, lors de la publication, dans un groupe de photos assez volumineux.
Si ce n'est BBL, qui commente franchement mes photographies, je ne bénéficie d'aucune critique qui me permettrait d'avancer plus rapidement dans mes tentatives d'améliorer la qualité de mes images. Je suis obligé de me guider en essayant d'être le plus objectif possible vis à vis de ce que j'affiche en ligne, mais ça ne me mène pas très loin. Aussi, tant bien que mal, je compare mes photos à celles de quelques photographes reconnus dont j'aime le travail, ce sont les seuls repères dont je dispose, mais ça ne m'aide pas vraiment.
Enfin, de tout manière, je pense que tout ça n'a pas beaucoup d'importance. Je n'ai pas pour ambition de voir un jour mes images publiées sur du papier glacé par un éditeur quelconque. D'ailleurs, je n'ai jamais pris la peine de développer sur papier aucune de mes photos depuis que j'utilise une caméra numérique, c'est à dire depuis une dizaine d'années. C'est quelque chose que je n'ai pas une seule fois envisagé.
Je crois que si j'écris, comme je viens de le faire ici, c'est avant tout pour un usage personnel, histoire de mettre de temps en temps un peu d'ordre dans mes idées. Concernant la photographie, c'est à peu près pareil. Si je m'adonne régulièrement à la prise de vues au moyen d'un appareil numérique, c'est non pas pour mettre de l'ordre dans mon paysage mental, mais pour permettre à ma cervelle de faire des allés retours entre la réalité ordinaire et mouvante, perçue quotidiennement par mon regard, et le reflet fixé, immobilisé, réifié d'un infime fragment de cette réalité, transcrit photographiquement — ce qui veut dire qu'une photo n'a qu'un très lointain rapport avec la réalité. Ainsi, par cette transcription, j'offre à mon imaginaire une manière supplémentaire d'appréhender le monde, de l'approcher sous un angle différent. De plus, je peux modeler ce reflet, canalisé en électrons numériquement circonscrits et ordonnés, ne serait-ce qu'en le recadrant, sous une forme qui me sera plaisante à voir, soit la traduction de la transcription original. J'aurais alors la possibilité de montrer cette traduction, de la communiquer, d'exprimer autrement que par la parole un point de vue, une opinion sur le monde.
Oui, tout compte fait, pour moi, la pratique de la photographie est avant tout, un véritable moyen de compréhension du monde, puis d'expression, et non pas un simple procédé d'enregistrement afin de produire du souvenir visant à palier une déficience de la mémoire. Un photo ne représente pas à mes yeux une police d'assurance faite pour un homme apeuré par l'éventualité d'une dégénérescence cérébrale engendrée par la maladie ou la vieillesse. Certains — ils sont nombreux — voient la photographie sous cet aspect là, mais pas moi. Je pense que ce procédé vaut mieux que ça.
Ça ne se produit pas souvent, mais ça m'arrive de temps en temps : je ne sais pas quoi faire. Je n'ai pas envie de lire, encore moins de surfer sur le Web, et si je me mets à écrire, c'est seulement pour m'occuper, pour ne pas rester le nez en l'air à regarder les mouches voler, d'autant plus, qu'à l'orée de l'hiver, il est bien peu probable que mon regard puisse suivre le vol nerveux d'une mouche zigzaguant sous le plafond. Alors, en attendant de déterminer à quelle activité intéressante je pourrais me livrer, je déroule quelques phrases sur Traverses. Je pourrais dire que, depuis hier, le froid s'est installé sur la région, porté par le Mistral qui passe sur les Cévennes où il a peut-être commencé à neiger. C'est-à-dire que je pourrais m'étendre sur les conditions climatiques, car c'est souvent la première chose qui vient à l'esprit quand on n'a rien à dire. Je pourrais donc le faire, mais je ne le ferai pas parce que je pense avoir la possibilité de parler d'autre chose que de météorologie... D'astrologie, par exemple. Pour cela rien de plus simple, il me suffit de lire l'annonce du jour relevée sur n'importe quelle feuille de chou éditée en ligne et de dire ensuite si les prévisions faites ce matin correspondaient ou non aux événements de la journée qui est, maintenant, sur le point de finir. Mais, ça non plus, je ne le ferai pas. J'ai la flemme d'aller chercher cette information sur le Net. Je pourrais évoquer les conversations tenues avec mes animaux après le repas, quand nous sommes réunis et rassasiés autour des gamelles presque vides, pour parler de choses et d'autres, des aléas de l'existence, de la marche du monde. Mais non, c'est sûr, je ne ferai pas çà. Tout simplement parce que la teneur de nos discussions ne regarde personne : ces échanges de paroles entrent dans le cadre de la vie privée que je n'ai pas l'intention de dévoiler, sachant que n'importe qui peut lire ce billet. De toute façon, c'est sans importance, puisque mon but est presque atteint : arrivé ici, là, sur ce mot, j'ai allègrement dépassé les 2100 signes, ce qui est largement suffisant pour composer un billet. Je viens d'ailleurs de faire la preuve que je suis en mesure d'employer mon temps à autre chose que de suivre des yeux les mouches qui ne zigzaguent pas sous le plafond, sachant que nous sommes presque en hiver et qu'il fait vraiment froid depuis hier. Mais, encore une fois, laissons les conditions météorologiques de côté, et finalement applaudissons des deux oreilles pour avoir su si bien employer la fin de la soirée en rédigeant un billet qui, par son insignifiance criante, chagrinera celui qui aura la patience de le lire en entier, mais qui me procure la douce illusion de ne pas avoir perdu mon temps en regardant voler les mouches qui, de toute manière, ne volent pas. N'oublions pas que nous sommes en hiver et, qu'en cette saison, un blogueur doit occuper ses soirées du mieux qu'il le peut. Ne pas désespérer, l'été viendra !
Caché dans les buissons, moi, le moujik affamé en haillons, blafard et déchaussé, je chante de belles chansons, je danse, je dessine au crayon, j'apprends, j'écris et je récite des poèmes à la con. Hier, à midi et demi, je sortais de prison. Mon âme est morte dans la nuit, noyée dans la fontaine où, ivre d'avoir perdu mes chaînes, je suis tombé. Mon âme de poète clamsée, noyée dans les tourbillons, mes vers ne sont plus très bons, moins bons que ceux que j'écrivais en prison ; mais ces vers restent très chers à mon coeur. Lecteur, toi qui lit mes poèmes à la con, ne soit pas si sévère, je ne suis qu'un pauvre moujik hagard et en haillons qui a perdu son âme, à deux pas de la gare, dans une fontaine où sourd l'eau marron. Aide-moi à retrouver mon âme, ne t'empresse pas de me couvrir de blâmes. Si tu penses que mes poèmes sont vraiment mauvais, passe près de la fontaine qui a volé mon âme, rends-toi donc à la gare, saute dans le TGV bourré de Mallarmé bien inspirés et de Chateaubriand bien croustillants. Lecteur, fonce à quatre cent à l'heure vers La Capitale, va au café des Fleurs, installe-toi parmi les poètes, ces travailleurs bien nourris, bien habillés, bien branchés, écoute leurs conversations à la con. Et puis reviens, lecteur, reprends le TGV, reviens vers mes buissons, pour me dire qui sur cette terre fait les meilleurs vers, qui sont les véritables poètes à la con. D'ici là, j'aurai sûrement repêché mon âme, jeté mes vieux crayons, reprisé mes haillons. Quand tu seras de retour, lecteur, alors sonnera, pour le vieux moujik que je suis, l'heure de quitter les buissons. Ainsi, viendra l'instant du retour vers ma première maison. J'irai jusqu'au bout du champ retrouver le grand chêne au pied duquel j'enterrerai mes poèmes à la con, tous ces longs vers amers écrits en prison.
Je n'aime pas écrire le matin. Je n'aime rien le matin. Si Pat, le plus glouton de mes animaux, m'oblige à sortir du lit quotidiennement, lorsque le jour se lève — vers 7:00 AM en cette période de l'année —, pour lui servir son petit-déjeuner, je ne me sens véritablement réveillé que 4 ou 5 heures plus tard. Étant donné que je considère l'écriture comme une corvée, on peut comprendre aisément que je ne suis pas en état d'aligner dix mots quand pèse encore lourdement sur ma cervelle la sensation d'avoir encore sommeil. Une douche à l'eau froide, quelque soit la saison, et quelques litres de café ne sont pas suffisants pour me délester de cette somnolence matinale qui paralyse en grande partie mon activité. Voilà pourquoi, généralement, mes rares billets ne sont écrits et publiés que tard dans la soirée.
Le matin, je me contente souvent de lire des textes sans importance qui ne demandent aucun effort intellectuel, des choses informes, sans relief, publiées sur des blogs que les moteurs de recherche classent sous le thème "Littérature". Dire que je lis, n'est pas exactement ce qui correspond à ce passe-temps matinal, car en réalité je ne fais que survoler les billets d'auteurs à l'avant-garde de "la web-littérature" [sic] d'un oeil à peine entrouvert, en n'allant que très rarement au bout du texte qui défile sur mon écran, car, de toute façon, même en étant bien réveillé, ces billets restent illisibles et n'ont aucun intérêt.
Alors, pourquoi passer du temps à survoler des choses insignifiantes ? Pour ne pas perdre de vue que je vis dans un monde peuplé de gens médiocres, inconscients de leur médiocrité, mais animés par la volonté de prendre ne serait-ce qu'une parcelle de pouvoir sur l'autre afin de l'amener à penser, puis à agir comme ils croient bon de le faire. Individuellement, ces gens se savent impuissants. Mais, ils savent qu'en se regroupant, d'une manière ou d'une autre, ils seront peut-être en mesure de peser sur les mentalités et de faire passer leurs idées — en admettant qu'on puisse parler d'idées.
Ces pauvres gens font ce qu'ils peuvent pour tenter de disposer d'un compte bancaire culturel suffisamment important, ce qui les placerait dans une position dominante au sein de la société, mais ils ne s'en donnent pas vraiment les moyens, et passent ainsi leur existence à se casser le nez. Comme le faisait remarquer, il y a quelques années, un sociologue médiatique bien connu du public français : « Tout prédispose le petit-bourgeois à entrer dans la lutte de la prétention et de la distinction, cette forme de la lutte des classes quotidienne d'où il sort nécessairement vaincu, et sans recours, puisqu'en s'y engageant il a reconnu la légitimité du jeu et la valeur de l'enjeu. »
Par charité, je me dis qu'il faudrait faire comprendre à ces pseudo-lettrés qu'ils s'épuisent inutilement. Et que, même s'ils parvenaient à vendre dix epub dans leur vie, le jeu n'en vaut pas la chandelle. Car, comme le dit Le sociologue, caresser l'espoir de devenir un écrivain reconnu, en s'attelant en dilettante à cette tache, est une entreprise forcément vouée à l'échec. De surcroît, je pense qu'il faudrait leur faire entendre que se renforce par cette pratique, animée par de vaines prétentions, le système hiérarchique opprimant qui est à l'origine de leur mal-être.
Les petits bourgeois bohèmes rêvent d'une société égalitariste, débarrassée de toute passion élitiste, où la production intellectuelle de l'un n'aurait pas plus de valeur que celle de l'autre. Un rêve qui les déchargerait d'être en permanence dans une compétition pour laquelle ils sont très mal préparés, les obligeant à vivre dans un monde où il se font en permanence marcher sur les pieds.
Au lieu de foutre le feu aux écoles, aux journaux, aux TV, aux cinémas, aux théâtres, aux salles de concerts, aux galeries d'art, aux musées, aux librairies, aux bibliothèques, ce qui les affranchirait du joug de la Culture et, par conséquent, du grappillage intellectuel quotidien auquel ils se livrent pour se constituer un petit pécule symbolique, les petits bourgeois bohèmes font tout le contraire : ils sacrifient leur temps libre et ce qui leur reste d'énergie, après une journée de labeur, à renforcer un système solidement appuyé sur "la distinction" qui les contraint à « la fréquentation des antiquaires, la prédilection pour un intérieur confortable et pour une cuisine de tradition, la fréquentation des musées du Louvre et d'Art Moderne, le goût du Concerto pour la main gauche dont on sait qu'il s'associe presque toujours à la pratique du piano » et, bien sûr, à la production d'epub, summum sur l'échelle des valeurs distinctives.
Ce type d'activités va à l'encontre de l'idéal égalitariste des créateurs de "la web-littérature", de leur volonté de démocratiser la production artistique, comme le souhaitait une professeure certifiée de Clermont-Ferrand en conclusion d'un échange de commentaires sur Google Plus : « Un dernier mot..... une conversation, qui fait réfléchir sur ce qu'est l'art, et qui me conforte ds l'idée d'humilité, et de proximité, je n'aime pas les hiérarchies, ou les classifications, qui donnent des prix, mais j'aime l'idée d'un art proche, accessible, encore une fois, un art populaire, je n'ai pas dit folklorique, encore moins démagogique, mais tissé, ds la vie de tous les jours, et de tous, travaillant la vie de tous les jours, et de tous, comme un ferment....! » Aussi, les intellos du Web doivent faire face à une structure bien connue, celle du dilemme du prisonnier : la situation à laquelle parviennent les protagonistes, s'ils ne coordonnent pas leur décision, est inférieure pour chacun d'eux à celle à laquelle ils accéderaient si collectivement les acteurs s'entendaient avant d'agir.
Si, d'un commun accord, tous les bobos intellos renonçaient à écrire des epub, leur capital symbolique resterait intact, leur vie ne serait pas travaillée tous les jours par "le ferment de l'art", et ils n'auraient plus à se tuer sur le Net où tous bataillent pour briller sans jamais y parvenir réellement ; en revanche, ils y gagneraient en siestes plus fréquentes, se coucheraient plus tôt dans la semaine, ne seraient pas agrippés au clavier du PC tous les dimanche et jours fériés, et, bien sûr, ils vivraient plus heureux en maltraitant beaucoup moins souvent leur petite cervelle improductive toujours au seuil de la rupture d'anévrisme.
Évidemment, les producteurs acharnés d'epub ne se mettront jamais d'accord pour faire cesser collectivement leur manie consistant à remplir de mots inutiles des montagnes de pages électroniques, parce qu'ils sont arrivés à se persuader que leur vie dépendait de cette activité. Il n'est pas rare de lire, çà et là, sur les blogs constituant "la web littérature", des phrases qui disent peu ou prou la chose suivante : « J'écris d'accord mais pourquoi ? Merci de m'avoir permis d'évoquer cette question. Écrire, lorsque c'est un besoin vital, une pulsion impérieuse, une évidence comme respirer et manger, c'est amener de la lumière, de l'oxygène, de la nourriture à soi d'abord. Puis, aux autres peut-être... au monde pourquoi pas. Écrire c'est être un témoin transmetteur sans savoir ce qui sera transmis et avec l'espoir fou que cela amènera peut-être à une personne un supplément d'âme, une seule personne et c'est bien suffisant pour écrire toute une vie. Faute de témoin transmetteur, il me semble que des pans entiers de vie seraient voués à l'oubli, ... rien que pour ces morceaux d'humanité sauvés sur une page, dans une lettre, ça vaut toutes les peines d'écrire. — Sandrine » Enfermés dans un état d'esprit pareil, les graphomanes du Net semblent actuellement incurables. D'autant plus que pas l'un d'entre eux n'essaye de se départir du cette espèce de dogme, ni d'en élucider l'origine qui pourtant me semble assez évidente.
Mais, bon... Loin de moi l'idée de modifier le comportement de pauvres gens, qui se complaisent à embrouiller leur petit cerveau en s'adonnant à des exercices périlleux pour leur équilibre mental, prêts à engager en vain une bonne part de leur faible énergie et même à sacrifier des jours fériés, puisque ça leur procure la douce illusion de faire progresser dans le meilleur des sens possibles l'entité la plus importante à leurs yeux : l'Humanité. Chacun sa religion !
Je m'intéresse à la politique comme à la religion, mais aussi à un tas d'autres choses qui meublent le quotidien des hommes et des femmes avec qui je partage une portion de territoire sur cette maudite planète. Je veux savoir ce qui les anime, comment leur imaginaire est travaillé par les mythes, et les conséquences que cela peut avoir sur le paysage qui s'étend sous mes yeux. Mais, je ne participe en rien à toutes ces histoires : je ne me sens absolument pas concerné par tout ça. Si je m'y intéresse, c'est justement pour deviner où se cachent les espaces, les interstices qui restent inoccupés, à l'abri des tentacules des idéologies, hors du merdier habituel, pour pouvoir les investir en espérant toujours échapper à cet immense bordel. Car j'essaye en permanence d'avoir la paix, ainsi que le maximum de liberté — c'est-à-dire pas grand chose, mais toujours plus que n'importe quel citoyen, n'importe quel dévot républicain qui barbotent volontairement dans la démocratie, l'eau bénite de la politique, ce cloaque pour lequel ils sont prêts à se battre.
Selon la critique toujours aussi fumeuse de Pierre Assouline, « le miniaturiste en Echenoz n’a pas son pareil pour dire en passant "le ronflement rauque du couteau à pain sur la croûte" suivi du "tintement de petites cuillers dans les effluves de chicorée" ». Deux phrases qui d'emblée me dissuadent de lire un type comme Echenoz, alors qu'elles sont censées m'y encourager. Je demande ce qui pousse les lecteurs à parcourir actuellement, c'est-à-dire depuis un demi-siècle, les textes des auteurs de fiction français, ce qu'ils y cherchent et ce qu'ils y trouvent. De Tournier à Djian — ou qui vous voudrez à la place de Djian —, en passant par Le Clésio, chaque fois que j'ai essayé d'entrer dans l'univers de l'un de ces écrivains — appelons-les ainsi —, j'ai rapidement reculé pour refermer solidement la porte : les vingt ou trente premières pages, dans lesquelles je m'étais engagé, me hurlaient de fuir, de ne pas perdre mon temps.
Quand je pense que certains éditeurs — appelons-les comme çà — tentent de me vendre des textes illisibles, qui n'arrivent même pas à passer les barrières, pourtant très peu élevées, des grandes maisons d'éditions françaises, en qualifiant ces ramassis de mots — souvent mal orthographiés —, de "littératures d'avant-garde", je me demande s'il me faut rire ou pleurer. Je me demande surtout comment ces textes sous forme de .pdf ou de .epub trouvent des lecteurs, sachant que j'ai déjà pas mal de mal à comprendre qu'il puisse y avoir de gens pour acheter et lire Tournier, Echenoz, Djian et compagnie...
J'ai parlé de ça à mes animaux. Je leur ai demandé ce qu'ils en pensaient. Ils n'ont pas mis longtemps à délibérer : « Ne te casse pas la tête, la cause est évidente : ces lecteurs sont bêtes, tout simplement bêtes et incultes, bien qu'ils prétendent le contraire. Ils ont surtout beaucoup trop de temps à perdre. Et la littérature — employons cette dénomination — française actuelle est le meilleur moyen de perdre son temps, avec un rapport vacuité / prix inégalable pour les textes "non-matérialisés", fabriqués et vendus par une flopée d'imposteurs quasi illettrés, déguisés en écrivains d'avant-garde et poussés sur le devant de la scène Web par de petits techniciens déclassés du monde industriel, mais néanmoins malins, avides d'argent facile. »
L'équinoxe d'automne aura lieu dans trois jours, mais on sent bien que l'été est déjà fini. Depuis plus d'une semaine, les températures maximum ne passent pas la barre des 25°C. Hier, le ciel est resté gris presque toute la journée. Aujourd'hui, le vent frais soufflant du nord n'a pas chassé tous les nuages qui, furtivement, voilent assez souvent le soleil. Je ne regretterai pas cet été moribond, avec son atmosphère trop fréquemment chargée d'humidité faisant de cette saison une période désagréable à vivre. De toute façon, mes animaux et moi, nous sommes contents de voir venir l'automne parce que c'est la saison que nous préférons.
A cette époque, l'homo festivus est généralement déprimé, car il doit reprendre un travail qu'il déteste et sait qu'il va avoir des difficultés répétées pendant onze mois. Comme il n'a pas beaucoup le moral, il a tendance à la mettre un peu en veilleuse, d'autant plus qu'il faudra qu'il tienne le coup jusqu'aux premiers congés, c'est à dire jusqu'en novembre. Le beau bronzage, récolté en même temps que les mycoses sur les plages de la région, a déjà disparu — restent les mycoses —, ce qui accentue la mine maladive et l'impression que ce malheureux travailleur connaît toutes les peines du monde à reprendre le chemin de son existence routinière. Il a dansé tout l'été, le voici en train de claudiquer. D'ailleurs, les médias, à la solde des puissants — c'est bien connu, mais rarement admis —, font tout pour lui faire voir l'avenir sous le jour le plus sombre, histoire de calmer même les plus festivus de son espèce.
Alors, quand je délaisse un moment mes animaux pour aller au ravitaillement, je croise sur mon trajet, dans les rues et les supermarchés, des ombres blafardes* presque silencieuses, de tristes individus faciles à ignorer, accentuant ainsi la merveilleuse illusion d'être presque seul au monde, le dernier des hommes, des vrais, des sapiens.
Vive la fin de l'été, vive la rentrée, vive le début de l'automne, vive l'augmentation du pétrole et du gaz, et même des cigarettes ! Vive la crise !
* Notez l'oxymore, fait pour hausser d'un cran la valeur poétique du texte
C'est en lisant la news letter du quotidien suisse, Le Temps, que j'ai appris les résultats du second tour des élections législatives qui s'est déroulé hier : "Le Parti socialiste remporte la majorité absolue, mais l’échec de Ségolène Royal à La Rochelle ternit la victoire aux élections législatives. Marine Le Pen rate son entrée à l’Assemblée nationale, mais sa nièce et l’avocat Gilbert Collard entrent, eux, au parlement".
Je n'avais pas branché la radio depuis samedi matin. Et, il m'arrive de moins en moins souvent de lire la presse en ligne. Je ne pense plus à ouvrir mes comptes Twitter — il me faut être complètement désœuvré, en panne d'idées récréatives, pour être incité à le faire. Et quand ça m'arrive, je quitte généralement les pages de Twitter au bout de cinq minutes, tellement l'insignifiance des messages m'accable. Dire que j'ai passé des heures face à l'écran de mon PC, fasciné par les flux de ce réseau social... En y repensant, je me demande ce que je pouvais trouver d'attrayant dans cet infâme marécage.
Si j'ouvre encore Google Plus assez régulièrement — une ou deux fois par jour —, c'est pour me tenir au courant de ce que peuvent annoncer en ligne deux ou trois de mes contacts les plus proches. Autant dire, pour résumer, que la façon dont tourne le monde, et particulièrement le monde virtualisé, m'est de plus en plus indifférente.
Dans le domaine des réseaux sociaux, seul Pinterest trouve encore grâce à mes yeux, bien que progressivement le temps que je passe quotidiennement à construire une collection d'images se fait de plus en plus bref. Pour le moment, je ne suis pas sur le point d'abandonner ce réseau : j'y trouve encore des choses qui animent la curiosité qui me porte vers la découverte en ligne des arts plastiques. Par son fonctionnement, Pinterest me procure aussi le plaisir de contempler en photos une foule de beaux animaux — "beaux animaux" est un pléonasme, les animaux sont toujours beaux, seuls les quadrupèdes humains sont laids, et très exceptionnellement beaux.
Je m'égare un peu, mais pas tant que ça, puisque, si je me préserve des informations qui passionnent mes contemporains — la politique, le sport, l'économie, les divertissements, les produits de consommations, le travail, le sexe, les maladies, le tourisme, etc. —, en ne prêtant plus attention aux pseudos évènements dont ils sont abreuvés jusqu'à l'ivresse, on comprendra que c'est parce que je classifie tout ce qui apparaît indispensable à leur triste existence comme absolument inutile, et que je me contente, au contraire, de ce qui leur semble totalement futile, tel que le plaisir de discuter longuement avec mes animaux. Mes animaux m'en apprennent bien plus sur le monde que toutes les chaînes d'informations réunies.
Une mouche m'est dix fois plus précieuse qu'un connard comme ce Thierry Roland que la France entière vient de pleurer à chaudes larmes. C'est d'ailleurs pour éviter d'entendre les monstrueuses jérémiades qui, dès l'annonce de la mort de l'idole nationale du jour, commençaient à parasiter les ondes que je n'ai pas remis la radio au cours de ce week-end. Putain de civilisation !
Les jours passent et seul le volume d'images épinglées sur Pinterest m'indique que quelque chose sur le Web éveille encore pour moi un peu d'intérêt, que tout n'est pas complètement détérioré, que quelques terres vierges méritent d'êtres explorées. Perçue sous l'angle des réseaux sociaux, la Toile me paraît presque désagrégée, atomisée, car plus rien ne fait sens. Il me semble que tout a croulé sous le poids de la masse, suite à une trop grande accumulation de données triviales et totalement insignifiantes. J'ai l'impression, face à l'écran, de me perdre dans un univers extrêmement bruyant, un vacarme d'où il est de plus en plus difficile d'extraire un signal porteur d'intelligence. Si, sur Google Plus, la somme de mes cercles totalisaient 3694 profiles au début du mois, je n'en compte plus que 766 aujourd'hui. Je devrai encore réduire ce chiffre à 10 profiles environ pour refléter réellement l'activité des internautes qui postent, plus ou moins régulièrement, quelques informations passablement intéressantes. Bref, c'est le bordel !
Piloter sur cet immense marécage encombré de déchets, c'est prendre le risque de se retrouver prisonnier d'un amoncellement de merdes à la dérive. Pour éviter ce genre de déboires, il faut naviguer rapidement vers une destination connue, parmi celles inscrites dans nos bookmarks du temps où l'on pouvait encore se baguenauder sereinement sur le Net. Maintenant, quand on sort sur la Toile, on doit toujours pouvoir passer en force, donc penser à ne jamais trop réduire sa vitesse, garder à l'esprit la dangerosité des courants qui tentent de vous rabattre contre des monceaux de fadaises artistiques, poétiques, littéraires et autres. Ces mots qui ne désignent presque plus rien et ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils furent avant que ne déferle le tsunami soulevé par quelques petits malins voraces et tenaces qui ont su flatter une profusion de "créateurs" en mal de reconnaissance.
Car ils sont des milliers à se croire appelés par la Gloire, à penser qu'un epub changera bientôt leur vie. Bien sûr, ils ne vous l'avoueront jamais, et prétendent qu'ils polluent le Web uniquement pour le plaisir d'agiter leur petits doigts agiles sur un clavier. Le problème, c'est que ces créatures ne se rendent pas compte qu'elles participent de la même manière à ce que furent les débuts du tourisme de masse, quand les agents de voyages ont senti que le bon peuple était prêt à s'envoyer en l'air sur la Costa Brava ou, un peu plus loin, sur la Costa del Sol, et qu'il passerait bientôt le Détroit pour des destinations encore plus exotiques. Trigano a fait fortune avec son Club Méditerranée.
Aussi, certains pensent qu'il est temps de se lancer dans le business des agences culturelles de masse en se spécialisant dans le domaine du tourisme textuel. Ils montent des entreprises qui vous permettront de vivre dans la peau d'un écrivain, d'un poète, d'un plasticien comme le touriste d'antan a pu se glisser dans la peau d'un Stanley ou d'un Livingstone. Le passeport sera un peu plus épais que celui d'un aventurier moderne, puisqu'il aura l'épaisseur d'un petit livre et contiendra tout ce que vous voudrez bien y mettre : des mots, des dessins, des photos, etc.. Tout ça, dans l'ordre qui vous plaira. En contrepartie, la modique somme d'argent, qui vous sera gentiment réclamée, servira à la publication de votre oeuvre au format epub, ainsi qu'à la rapide promotion de ce livre non-matérialisé sur le site de l'agence culturelle. Cette officine en ligne se chargera de tout ou presque. En effet, peu importe que votre syntaxe soit approximative, votre orthographe lacunaire, aucune correction ne sera pour autant envisagée. D'ailleurs, vos improbables lecteurs seront de toute façon bien plus indigents que vous sur ce plan et ne remarqueront rien. Mais, pour vous, n'en doutez pas, le but sera atteint, car vous accéderez alors au titre d'écrivain, poète, plasticien, photographe, en un mot : artiste ! Immaginez !!!
En tout cas, ne venez surtout pas vous plaindre, plus tard, si la nationale 7 du Web est surchargée, si de belles et authentiques pages culturelles sont défigurées à jamais, si les cantines de Palavas les Flux RSS sont toujours débordées, et, si chaque fois que vous mettez le nez sur la Toile, vous vous heurtez à des montagnes d'inepties qui menacent de s'écrouler sur vos cervelles ramollies...
Ce n'est pas vraiment le bon moment pour rédiger un nouveau billet : j'ai légèrement mal au crâne depuis ce matin, peut-être parce que le vent souffle plein d'humidité, en provenance de la Méditerranée. Le printemps n'a pas réussi à s’installer — le printemps de légende, celui qui fait chanter les petits oiseaux sur les branches verdoyantes des arbres gonflés de sève, se balançant dans la brise légère, sous un soleil radieux. La plupart des gens oublient que, particulièrement ici, dans ce maudit pays, le printemps est plutôt synonyme de pluie, et, qu'en réalité, cette saison se déploie généralement sous un ciel gris, nuageux, terne, avec des températures qui oscillent, dans la journée, autours des 20°C et rarement plus. Mais, c'est sans importance. Je ne suis pas du genre à me plaindre des conditions climatiques, surtout depuis que je ne quitte l'appartement qu'une fois tous les dix jours — jamais plus d'une heure — pour faire des courses indispensables, acheter suffisamment de cigarettes, histoire de vivre quelques jours l'esprit tranquille, en compagnie de mes animaux. J'ai donc un peu mal de tête, et je mets ça sur le compte de la situation atmosphérique, alors qu'il s'agit peut-être d'une surdose d'informations : j'ai laissé hier la radio branchée sur France-Info, un peu plus de dix minutes. En y réfléchissant, il me semble que l'origine de la douleur vient de ce moment d'égarement ; imprudemment, j'ai écouté blablater des journalistes et des politiciens, alors que j'y étais mal préparé. En effet, j'évite de subir ces rafales de sornettes depuis le début de l'année, depuis que la fameuse "campagne" a submergé les ondes radiophoniques. Ce qui fait que, complètement désaccoutumé, privé d'immunité face à ce type de discours, il est bien possible que ma cervelle si sensible, si délicate, si subtile, dorénavant à l'abri des pollutions médiatiques, soit un peu irritée suite à l'incident sonore de la veille. Ce qui est réconfortant, c'est de savoir que ce cirque va bientôt prendre fin, que le taux de scories politiques va sensiblement baisser avec les premiers jours de l'été, et que les ondes radio redeviendront dans quelques temps une source sonore assez inoffensive, en n'émettant ce type de conneries qu'au niveau habituel, régulièrement, sans les déferlantes actuelles. Vivement l'été ! Mais, l'été vient...
Le vendredi 6 avril, j'ai redessiné le template de SCH 2009, que j'ai rebaptisé Traverses. J'ai fait en sorte que le design de ce blog soit dans la continuité de mon site qui était en rade depuis pas mal de temps parce que je ne me donnais plus la peine d'encoder régulièrement de nouvelles pages pour le développer. Redessiner l'ensemble du site m'a demandé une bonne dizaine de jours. Un travail assez fastidieux qui n'est pas complètement fini, mais qui m'a permis d'élaguer tout ce qui ne me semblait pas nécessaire à son bon fonctionnement, telles que quelques enjolivures inutiles ou des pages qui m'ont parues sans intérêt. Traverses présente dorénavant un contenu assez pauvre en quantité, mais avec un avantage : on ne peut pas se perdre dans les méandres du site. J'ai voulu que les pages s'affichent à l'écran le plus rapidement possible, d'où une architecture minimaliste. La sobriété de la présentation ne me déplaît pas. Je suis assez content de mon travail, sachant que j'ai presque tout construit, sans emprunter grand chose aux développeurs professionnels. Il me reste encore à apporter quelques améliorations, à fournir du texte et de nouvelles images. Mais, rien ne presse. L'été viendra...
Il est 11:45 AM. Nous sommes passés, dans la nuit, au rythme des horaires d'été. Je suis furieux d'avoir à caler mon emploi du temps sur ces horaires à la con. Il va me falloir près de trois mois pour m'y faire, pour parvenir à ne pas trop y penser. Je me demande pourquoi, tous les matins, des millions de quadrupèdes humains se présentent volontairement à l’abattoir, sans broncher, avec une à deux heures d'avance sur le rythme solaire naturel. Je pense aux Hopi de l'Arizona qui refusent ce décalage horaire, en ne se pliant pas à la législation étatique, et je maudis la masse informe des citoyens apathiques, incapables de réagir face à cette stupide oppression. J'ai du mal à comprendre pourquoi les foules de travailleurs déjà écrasées sous le joug insupportable des contraintes horaires acceptent impassibles le passage à l'horaire d'été qui fera uniquement le bonheur des touristes imbéciles et, surtout, la joie de ceux qui tondent régulièrement la laine sur le dos de ces idiots. Civilisation de crétins !
Lundi dernier, à 05:14 AM UTC, l’hémisphère Nord de la planète Terre est entrée dans la période du printemps. Mais, à l'heure qu'il est, les Français n'en ont certainement pas encore pris conscience, ne se sont pas rendus compte que la durée du jour primait sur celle de la nuit, puisque, depuis le début de cette semaine, ils sont incroyablement obnubilés, fascinés par un fait divers qui occulte toute autre information et relègue aux oubliettes n'importe quel autre événement. Je suis sidéré par l'ampleur qu'à pu prendre ce phénomène produit par les médias, exploité jusqu'à la corde par les politiciens. J'ai du mal à réaliser que des millions d'individus puissent, si rapidement, se faire laver la cervelle, se laisser poser des oeillères et manipuler à ce point sur la base d'un fait divers aussi insignifiant. C'est ça qui me semble véritablement effrayant. Cette civilisation sur le déclin engendre des mouvements de foule, de profonds remous vraiment inquiétants.
Je n'ai pas beaucoup de temps devant moi, j'ai un tas d'autres choses à faire, mais je ne résiste plus à l'envie de publier un post pour faire descendre, vers le bas de la page, le précédent billet qui me sort par les yeux à force de le voir s'afficher quand il m'arrive d'ouvrir ce blog. Je n'ai rien de particulier à dire. Je vais donc essayer de faire du remplissage avec ce qui me passe par la tête, dans l'immédiat.
J'ai l'impression que cette année l'activité des bloggers s'est encore amoindrie. Je parle d'impression, car je ne fréquente plus les cercles des bloggers francophones dont je suivais les publications, plus ou moins régulièrement, par le passé. Je ne suis pas allé chercher de statistiques qui confirmeraient ou non ce sentiment. Cette impression est fondée, en grande partie, sur le fait que j'ai coupé bon nombre de fils rss reliant des blogs, que j'avais sélectionnés pour FeedDemon, parce qu'ils ne sont plus alimentés régulièrement.
Il est bien possible que la campagne pour les élections présidentielles relance l'activité des bloggers qui se passionnent pour la politique, une passion, plus que toute autre, que j'ai du mal à comprendre. Si j'ai pu participer en ligne à quelques débats concernant certains faits de sociétés, il y a maintenant pas mal de temps que ce genre de choses ne m'intéresse plus. Progressivement, j'ai renoncé à la lecture des journaux, et je ne pense maintenant à allumer la radio qu'exceptionnellement, alors que ce geste était presque devenu un rituel matinal, une façon de reprendre mentalement contact avec la société des hommes. De plus, j'ai presque complètement délaissé mon compte Twitter sur lequel défilaient les messages de nombreux médias liés à l'information. Là encore, la séparation entre le monde de l'actualité et moi s'est creusée.
Si l'intérêt, que je portais à la marche du monde, s'est à ce point étiolé, c'est parce que la presse et la radio ne satisfont plus ma curiosité. J'ai l'impression que les événements rapportés par les journalistes n'en sont plus vraiment, mais que chaque "nouvelle" n'est qu'un avatar du passé, faisant retour avec quelques variantes : en lisant les articles de la catastrophe de Fukushima, je repensais à ceux sur Tchernobyl ; en suivant la révolution tunisienne, je revoyais des images de la contestation iranienne, deux ans auparavant ; il manquait dernièrement en Libye le piment et les meilleurs ingrédients qui avaient rendu digeste les informations sur la première guerre irakienne — la seconde fût bien moins intéressante ; la crise de l'euro me laisse complètement froid, aussi froid que la précédente crise des subprimes, sachant depuis longtemps à quel point l'économie relève plus de la boule de cristal ou du marre de café que d'une science quelconque ; quant aux prochaines élections présidentielles françaises, je crois inutile de mentionner ce que j'en pense, tellement cette affaire me parait insignifiante. La seule nouvelle, qui, cette année, a retenu mon attention pendant quelques jours, est, en réalité, un fait divers et les réactions qui ont entouré le scandale provoqué à sa suite : l'affaire DSK !
C'est sur cette affaire que SCH 2009 était resté bloqué, et c'est ce billet, celui que je m'apprête à publier, qui va enfin reléguer cette histoire aux oubliettes, ainsi probablement que l'année 2011, dont le seul grand événement — largement plus important, pour moi, que toutes les histoires à la con rapportées en un an par les médias — fût l'arrivée de Saki au 205, en plein milieu du mois d'août.
Hier, Pepe Le Perv, le plus célèbre des violeurs, en ce début de IIIème millénaire, a été "libéré sur parole". J'étais persuadé qu'il ne retournerait pas en prison, mais je ne pensais pas qu'il s'en sortirait si facilement. Bien sûr, le fait que le District Attorney Cyrus Vance Jr., soit complètement à la ramasse, et qu'il n'a donc pas dû être trop difficile d'exercer des pressions sur lui, sachant qu'il brigue un nouveau mandat, n'est certainement pas étranger à la libération du vieux libidineux. Évidemment, rien n'est définitivement joué dans cette affaire car, à ce stade, les accusations sont maintenues et la procédure suit son cours. Des interrogations sur les faits et la personnalité du pervers subsistent.
Mais, ce n'est pas simplement le fait que ce prédateur sexuel soit en liberté qui me pousse à réagir, c'est parce que j'ai pu lire que la majeure partie de la presse nationale et régionale française se félicite de savoir que ce type cours librement les rues, les restaurants et les lupanars new-yorkais. Si, je n'ai pas pris le temps de lire ce que les bloggers français en pensent, c'est parce que je sais par avance qu'ils sont dans le même état d'esprit que les vaillants journalistes, les faiseurs d'opinion de ce pays dont la population est majoritairement obsédée par l'argent, le pouvoir, la vinasse et le sexe. Je ne peux pas dire que l'affaire DSK révèle, en ce qui me concerne, quoi que ce soit sur l'ethos national, mais ça confirme, malheureusement, les représentations que je me suis faites, au fil des ans, au sujet du bon citoyen français, le démocrate parfait.
On me dit souvent que je vis en retrait, on me reproche - implicitement, la plupart du temps - de ne jamais participer aux activités et, encore moins, aux festivités du bon peuple français, on me tient pour un individu asocial, parfois marginal, mais peu de gens comprennent que je ne peux pas me laisser aller à la fréquentations de la majeure partie des habitants de ce pays sans réticences. Par ailleurs, plus d'une fois on m'a sorti la superbe tirade, celle que tout bon français connaît par coeur depuis son enfance : "Mais Monsieur, nous ne sommes pas du même monde !" Ceci avec l'air parfaitement indigné [cf. S. Hessel], comme savent si bien l'afficher ces quadrupèdes humains lorsqu'ils prononcent ce genre de formules magiques, en espérant vous écarter d'eux, le plus loin possible.
Et bien oui, et heureusement, connard ! Ça me ferait bien trop mal d’appartenir à ton monde de merde, à cette France moisie, rongée par la gangrène de l’hypocrisie, qui passe son temps à faire croire qu'elle prend la défense du faible, de l'opprimé, de la femme de chambre exilée et exploitée, mais qui célèbre sans vergogne le premier salopard qui leurs fait miroiter qu'en votant pour lui, puis en se soumettant à toutes ses volontés, il augmentera sensiblement l'épaisseur de leur misérable compte en banque ; que, grâce à lui, tous les foyers seront équipés d'un iPad ; et que les sexuels de tout poil pourront se donner autant de bon temps qu'il en a déjà pris dans les boites pour échangistes ou dans les chambres des Sofitel, aux quatre coins de la planète ; et, enfin, que ses intrépides électeurs au grand coeur pourront, à l'instar de son futur premier ministre humaniste, apporter du réconfort aux enfants du tier-monde en les initiant à la réflexologie plantaire, une méthode scientifique éprouvée, qui fait déjà le bonheur des petites secrétaires, même dans les régions les plus reculées de l'Hexagone.
Bref ! Mentalement, depuis que la campagne pour les présidentielles est lancée, je me prépare au pire. Je le dis, je le répète : je n'ai jamais voté, ni même pensé le faire une seule fois dans ma vie. Et, ce n'est sûrement pas en 2012 que je donnerai ma voix à qui que ce soit. Aucun des bâtards en lice pour la course au couronnement de la plus belle Ordure nationale ne pourra compter sur ma participation. Demain, encore moins qu'hier !
Je n'ai jamais vraiment aimé la télévision, peut-être parce que j'étais déjà adulte lorsque j'ai réellement eu affaire à ce type de média. C'est en m'installant en France, à l'âge de 23 ans, que, pour la première fois, un téléviseur est venu meubler mon appartement. C'était un appareil portatif, écran noir & blanc, sans télécommande, un Hitachi, si mes souvenirs sont bons. Je crois qu'en dehors des films, ce sont surtout les reportages, documentaires et débats sur des sujets de société qui m'intéressaient le plus ; du moins, dans une première période, le temps de me rendre compte que tout ça manquait franchement d'objectivité et ne collait que très vaguement à l'idée que je me faisais du monde, de la société, quand ça ne contredisait pas totalement mes propres expériences ou celles qui m'avaient été rapportées par des informateurs n'ayant aucun intérêt à falsifier le récit de situations vécues, des personnes non susceptibles de souffrir d'un syndrome mythomaniaque.
A l'évidence, au cours des reportages, documentaires et interventions, lors des débats sur les plateaux TV, la plupart des discours sonnaient faux et révélaient non pas une réalité possible, mais les fantasmes des producteurs des discours en question qui n'hésitaient pas à tordre les maigres faits recueillis au cours de leurs pâles investigations pour les faire entrer dans une perspective correspondante à leurs a priori, formulant de pauvres thèses faites d'idées reçues, de lieux communs et de stéréotypes qui ne pouvaient en aucun cas favoriser l'amorce d'une réflexion sur les objets qu'ils avaient la prétention de dévoiler et d'analyser. En réalité, ces journalistes, spécialistes et experts auto-proclamés ne travaillaient que dans un seul but : la fabrication de semi-fictions aux effets spectaculaires précédées d'une fausse promesse disant qu'ils donneraient à voir des choses exceptionnelles, extraordinaires, inimaginables, prodigieuses, sensationnelles, un tas de choses qui subjugueraient le téléspectateur. Dans l'esprit de ces professionnels, la réaction à distance du public fasciné par le son et l'image devait, au final, se traduire par des exclamations telles que : incroyable, pas-possible, lamentable, fantastique, c'est-pas-vrai, dégueulasse, salops-de-riches, merveilleux, putains-de-pauvres, révoltant, ou le désormais célèbre : je-suis-indigné !
Au bout de quelques mois, face à ce cirque, mon engouement pour ce genre d'émissions se dissolvait comme une goutte de sirop d'orgeat dans un verre d'eau pure. Il était alors devenu indéniable pour moi que ces reportages, documentaires et débats, souvent caricaturaux, n'étaient produits que dans le but d'orienter, dans un sens ou un autre, l'opinion du téléspectateur en jouant principalement sur ses affects. Se soumettre volontairement et passivement à la propagande idéologique d'une poignée de journalistes épaulés par un bataillon d'experts en tous genres était quelque chose d'inconcevable. De plus, une fois dévoilés les mécanismes grossiers de la machine à manipuler les esprits, ce carrousel médiatique n'offrait qu'un pitoyable spectacle qui ne se renouvelait jamais, avec une dizaine de thèmes repris en boucle selon les saisons ou l'humeur des rédacteurs-producteurs : violence, chômage, immigration, sexe, éducation, drogue, alimentation, port-ostensible-de-signes-religieux et, surtout, le fameux est-ce-que-cela-peut-nous-arriver-en-france-?.
Une cervelle dotée d'une once d'intelligence comprend rapidement qu'un téléviseur est un objet totalement inutile, sinon néfaste pour l'équilibre mental, sans même prendre en compte les dangers de l'incessant matraquage publicitaire. Je ne parle pas du sport car, dans ce domaine qui me semble encore plus désastreux pour l'intellect que la pub ; je crois n'avoir vu qu'une finale de tennis à Roland Garros, dont l'un des protagonistes était un Tchécoslovaque qui se nommait Yvan Landle - je ne me souviens pas de son adversaire.
Mais comme je n'ai pas toujours vécu seul, un poste TV a souvent encombré mon espace environnemental. Quand ARTE-TV a fait son apparition sur le réseau hertzien, j'ai fait l'achat d'un magnétoscope car cette chaîne diffusait de nombreux et bons films en V.O.. Je ne regardais que très peu de films en direct dans la nuit - un puissant soporifique pour BBL - mais je me faisais un plaisir de les visionner le matin, après avoir avalé une bonne dose de café. Et puis ARTE a cessé de diffuser directement ses films en V.O.. Il m'aurait fallu un téléviseur plus sophistiqué que le vieux Sony 30 pouces pour capter la version originale de la bande sonore des films. Alors que le DVD faisait son apparition et qu'un écran d'ordinateur était un bien meilleur vecteur de diffusion d'images qu'un écran TV, je renonçais irrévocablement à la contemplation de ce dernier.
Pendant quelques années encore, BBL s'affalait de temps à autres sur le canapé, face à la TV, sans jamais parvenir à me convaincre de suivre un programme en sa compagnie. Jusqu'au jour où, il y a environ deux ans, le vieux Sony - écran couleur Trinitron plat 30 pouces, portatif, télécommandé, remplaçant du Hitachi portatif, écran noir & blanc neigeux bombé 30 pouces, sans télécommande - est tombé définitivement en panne.
Je n'éprouve pas la moindre nostalgie pour ces appareils et encore moins pour les spectacles diffusés sur leur écran. Si je me suis longuement épanché sur ce thème, c'est je voulais seulement remplir une page afin de la publier sur ce blog qui souffre cruellement d'une très mauvaise et irrégulière alimentation. J'espère que les 4422 caractères qui précèdent lui tiendront au ventre jusqu'à la prochaine édition.
Ceci dit, si la télévision représente pour vous autre chose que ce qu'elle représentait pour moi, n'hésitez pas à me le faire savoir, je serais ravi de pouvoir en discuter. Je peux parler de tout et de n'importe quoi. Je suis expert en discussions. Je le suis devenu, il y a longtemps maintenant, en écoutant et en prenant exemple sur les intervenants conviés aux hallucinants débats produits par les cinq premières chaînes de la télévision nationale française.
L’imaginaire se loge entre les livres et la lampe… On le puise à l’exactitude du savoir ; sa richesse est en attente dans le document. Pour rêver, il ne faut pas fermer les yeux, il faut lire. La vraie image est connaissance. Ce sont des mots déjà dits, des recensions exactes, des masses d’informations minuscules, d’infimes parcelles de monuments et des reproductions de reproductions qui portent dans l’expérience moderne les pouvoirs de l’impossible. Il n’y a plus que la rumeur assidue de la répétition qui puisse nous transmettre ce qui n’a lieu qu’une fois. L’imaginaire ne se constitue pas contre le réel pour le nier ou le compenser ; il s’étend entre les signes, de livre à livre, dans l’interstice des redites et des commentaires ; il nait et se forme dans l’entre-deux des textes. C’est un phénomène de bibliothèque.
Michel Foucault, La bibliothèque fantastique
J’écrivais pour moi-même, c’est-à-dire pour le meilleur lecteur que je connaisse.
Il est évident que le poète écrit sous le coup de l’inspiration, mais il y a des gens à qui les coups ne font rien.
Juste au moment où je projette ma réapparition, consistant à renouer timidement des liens avec la vie extérieure, juste au moment où je projette tout cela, je m’aperçois, une fois de plus, qu’écrire, c’est traverser l’expérience toujours paradoxale de l’écriture, il suffit en effet de voir l’énorme contradiction qu’il y a dans le fait même d’être maintenant en train de disserter sur ma réapparition alors qu’en réalité, je suis ou je devrais être plus engagé, plus avancé que jamais dans la fin de l’histoire de ma disparition.
Enrique Vila-Matas, Docteur Pasavento
Moins on est intelligent, plus on a de chance d’être romancier. Sinon, on écrit des thèses.
Georges Simenon
La poésie est le plus périlleux des arts, car le poète n’y a le choix qu’entre le sublime et le ridicule. S’il ne transporte pas, il fait rire, et s’il fait rire, il est perdu.
Fernand Vandérem, La Littérature, 1927
Merci mon traducteur, merci mon éditeur, merci mon critique, vous portez mes lettres, c’est moi qui les écris.
Alexandre Pouchkine
À quoi bon lire, à quoi bon par exemple lire ce livre, quand je sais bien qu’au bout de très peu de temps il ne m’en restera pas même l’ombre d’un souvenir ? À quoi bon faire quoi que ce soit, si tout s’effrite et retourne au néant ?
Patrick Süskind, Amnésie littéraire
Un vers réussi dans une « langue cultivée » ne prouve en rien la force poétique de celui qui l’a trouvé ; il n’est pas si difficile, dans une langue éminemment cultivée, de se donner l’air d’un poète et d’un penseur.
Victor Klemperer, LTI. La langue du IIIe Reich. Carnets d’un philologue
Mon oeuvre est très chic, comme un nécessaire de voyage : une grande valise - ce sont mes romans, deux valises moyennes - ce sont mon Journal et mon théâtre, et une petite valise - ce sont mes contes.
Witold Gombrowicz à Rita Gombrowicz
Vie perdue pour la littérature par la faute de la littérature. Ainsi, en voulant faire de moi un personnage littéraire dans la vie réelle, j’échoue dans mon désir de faire de la littérature avec ma vie réelle, car celle-ci n’existe pas : elle est littérature.
Alejandra Pizarnik, 11 avril 1961
Je n’écris pour personne. Je le ferais si l’on pouvait publier des livres sur du papier empoisonné qui puisse tuer tous les lecteurs. Mais quand bien même. Comment toucher ceux qui ne lisent pas ? Car s’il existait une façon de tous les faire sauter, de les exterminer, comme j’aimerais le faire, je ne reculerais devant aucun moyen.
Alejandra Pizarnik, 12 août 1962
Je vis dans des conditions qui me sont données, est-ce que j’ai choisi la forme de mon nez, la force de mon poing ? Quand vous lisez ce que j’écris, ne l’oubliez pas, la vie est un langage, l’écriture un tout autre. Leurs grammaires ne sont pas interchangeables. Verbes irréguliers.
Louis Aragon, Traité du style