CEDRIC LE MERRER

blogger, community manager

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March 29, 04:45 AM

Les geeks des fois je les aime bien. J’en suis probablement un, bien sûr. Mais je ne voudrais pas forcément être membre d’un club qui m’accepterait comme membre. Le problème, c’est que maintenant que les geeks sont les nouveaux maitres du monde, leurs travers peuvent devenir carrément insupportable. Et en numéro un dans leur longue liste de travers, il y a pour moi le sexisme. C’est compliqué parfois de faire des généralisations sur les geeks, parce qu’on a du mal à les définir précisément. D’un côté on a 4chan, Reddit, Anonymous, de l’autre on a la blogo-twitto-sphere high tech avec TechCrunch, Mashable, et TOUT Google+. Et puis il y a les gamers, les fans de comics, et tout un tas d’autres communautés disparates qui n’ont finalement pas forcément tant de choses en commun. Sauf une : ce sont tous de gros misogynes.

Vous pourriez bien entendu me citer plein de contre exemples dans chaque catégorie, vous allez peut-être même me parler des geekettes, et je ne vais pas pouvoir nier qu’elles existent. Mais les femmes ne sont pas toutes féministes.

Commençons par 4Chan, parce que 4Chan, comme toujours, c’est le pire. Ils ont cette super défense d’être un rassemblement d’anonymes, dont personne ne peut connaitre avec certitude la composition exacte. Du coup ça les énerve quand on imagine qu’ils sont une bande d’ados boutonneux et mâles. Pourtant il suffit d’aller sur Google Ad Planner 4chan : 84% des visiteurs du dite sont des mecs (et 48% ont moins de 25 ans).

Chez Reddit, ce sont 72% des visiteurs qui sont des hommes. On trouve des statistiques plus équilibrées sur Twitter (55% d’hommes) et une égalité parfaite sur Facebook. Sur Pinterest, par contre, c’est l’inverse : 74% des visiteurs sont des visiteuses. Mais ces staitistiques ne vont pas très loin. Si j’avais accès à des statistiques d’usages de sites aussi “sexués” que Reddit et Pinterest, je parie qu’on verrait que par un effet d’entrainement, les hommes sont X fois plus actifs que les femmes sur Reddit et inversement sur Pinterest.

Reddit c’est sans doute le pire endroit à fréquenter si vous êtes un geek mais que vous n’êtes pas particulièrement misogyne, parce que contrairement à 4Chan, on s’y prend vraiment très au sérieux. Même si comme moi vous ne que jeter un oeil de temps en temps à la frontpage, vous voyez souvent remonter des messages de mecs qui blaguent sur le fait que les femmes seraient sexuellement excitées par un gros compte en banque qui ne comprennent pas pourquoi on ne punit pas plus sévèrement les nombreuses femmes qui ruinent la vie d’hommes innocents en les accusant de viol (d’ailleurs, essayez de raconter votre viol sur Reddit, les filles, vous verrez, on mettra votre parole en doute).

Le pire c’était le subreddit “Jailbait” et les justifications libidineuses des redditors pour expliquer que c’est OK de publier des photos sexy d’adolescentes sans leur consentement. Reddit, après moult tergiversations, a du fermer cette grosse source de traffic après un énième cas d’échange de photo relvant des loi sur la pedopornographie. Les pauvres redditors se sont plaint de la tyrannie du politiquement correct, bien entendu.

Si vous explorez les subreddits vous trouverez encore des horreurs comme “Men’s Rights“, où on débat de toutes les horribles façon dont les hommes sont oppressés dans nos sociétés et où on s’échange des images comme celle ci pour se conforter de vivre sous la tyrannie des femmes :

Pour résumer, une grosse frange de Redditors vit dans la peur des succubes qui n’en veulent qu’à leur argent, craignent à tout moment de se faire accuser à tort de viol ou de harcèlement sexuel par une féministe frigide, alors qu’ils n’y peuvent rien ss’ils sont cernés de gamines de quinze ans qui mettent des jupes exprès pour les provoquer. Les pauvres.

Alors bien sûr ce serait idiot de rejeter tout le culture web/geek/memesque (je refuse d’écrire “du lol”). Si j’ai appris un truc des films de mafia, c’est qu’il vaut mieux régler ces problèmes en famille. C’est pour ça que mon mème préféré du monde est sans doute privilege denying dude, une parodie du mec incapable de voir plus loin que le bout rose de son penis à la couleur d’endive.

Il est intéressant de noter tout de même que ce mème a été créé sur Tumblr, dont 47% des visiteurs sont des femmes selon Google. Et il a été créé par une femme. Le problème est bien sur loin d’être réglé : Privilege Denying Dude est avant tout utilisé pour dénoncer des attitudes racistes, mais les quelques instances où il a été utilisé pour dénoncer le sexisme ont quand même mis suffisamment de monde en colère pour inspirer le mème réac “feminist cunt” (Ne me dites pas que c’est un mème sarcastique, ça n’existe pas).


March 22, 04:00 AM

C’est la crise.

Ouais, jolie façon de commencer 2012, je sais, merci. En plus, c’est la fin du monde.

Sauf que l’année prochaine, tout le monde aura arrêté de nous polluer le cerveau avec le calendrier Maya, mais on continuera à nous parler de la crise. Et comme c’est la crise, on voit émerger plein d’articles sur les façons alternatives de vivre, consommer et s’exprimer. Un melting pot de tendances, plus ou moins justes, sont mises en lumière, et gonflées façon baudruche dans des articles qui commencent par 3 mots : “C’est la crise“.

Parfois, elles éclatent et on en entend plus parler, parfois elles s’instillent dans les esprits et tout le monde fait mine d’oublier qu’elles étaient là depuis toujours (très rarement, il s’agit de vraies nouveautés et le monde saute de joie pendant qu’Apple cherche un moyen de se les approprier). Exemples: le calendrier Maya, les disques des Pixies, le community management, la crise… et le crowdfunding.

Il y a plein de choses que le crowdfunding n’est pas, malgré les élucubrations de la presse, souvent contente d’avoir déniché une belle tendance web 3.0 de son museau humide. Je le sais bien, j’ai été community manager du meilleur site européen pendant 18 mois : Ulule. Mais bon, vous imaginez bien qu’on est toujours heureux d’une jolie citation presse, alors on ne va pas s’amuser à moucher le journaliste qui te dédie un papier, même s’il a parfois l’impression d’être un fin limier en redécouvrant l’eau chaude.

Remettons les aiguilles sur le droit chemin, camarades de la Presse et du Blog, voici pour vos futurs papiers quelques petites choses que le Crowdfunding n’est pas :

1/ Le Crowdfunding n’est pas une nouvelle tendance

Comme le rappellait Alexandre Boucherot (fondateur d’Ulule et Fluctuat.net) en commentaire d’un vil article du bel ami 2goldfish (même les horloges pas cassées ont tort de temps en temps), et ainsi que le rappelle régulièrement Yancey Strickler, co-fondateur de Kickstarter : le crowdfunding ne date pas d’hier.
Le principe de souscription en échange de cadeaux date des troupes de théâtre Shakespeariennes, qui finançaient le montage de leurs pièces en invitant les gentils mécènes à assister en exclu aux répétitions. On en retrouve même trace en 1618 chez John Taylor, un poète itinérant anglais qui avait mis en place un système d’accès au chapitrage par palier d’investissement.

Parler du crowdfunding comme d’une nouvelle tendance de l’économie, camarade de la plume, c’est un peu comme de dire que le courrier est une invention révolutionnaire depuis l’invention de l’e-mail. Nombre de joyeux drilles ont financé leur projets en récoltant des dons sur Paypal bien avant l’apparition des sites comme Fundable ou Kickstarter. “An old concept with a new twist“.

Je vais pas vous refaire l’histoire, mais vous savez bien que de tous temps, l’art sous toutes ses formes a été financé par un ou plusieurs mécènes. Beethoven, Molière, Goya et tant d’autres ont pu vivre et créer grâce au patronage et aux financements privés. Il n’y a rien d’alternatif là-dedans. D’un point de vue historique, c’est les subventions qui passeraient pour alternatives.

Le truc, c’est que la création n’a jamais été aussi foisonnante et visible que depuis l’arrivée du net et du matériel semi-pro à bas prix, il est donc tout à fait normal que, émergeant de cette lame de fond, les sites de crowdfunding apparaissent comme la vitrine d’un mouvement beaucoup plus vaste et tentaculaire qu’une simple et “bête” réaction à la crise. You need to go deeper, bitch.

2/ Le crowdfunding n’est pas magique

En tant que CM d’Ulule, j’ai vu passer des propositions de projets. Des milliers. Elles sont loin d’être toutes bonnes.

Il n’y a d’ailleurs qu’une petite partie de projets qui passent la première modération, qualitative. Pourquoi ? Parce qu’en dehors des arnaques et des trucs non-conformes (illégaux, prOn, etc…)… ils sont trop pourris. Dans le crowdfunding, on essaye de sauver ou d’améliorer ce qui peut l’être, mais il y a simplement trop de projets sans la moindre magic touch qui sont jetés aux modérateurs pour la bonne raison que c’est “la réalisation d’un rêve, lol“. Ben non.

Le crowdfunding n’est pas une solution miracle pour trouver des thunes et monter un festival d’Eurodance poucrave dans la cave de l’immeuble. Le crowdfunding met en relation les gens qui ont de bonnes idées et ceux qui ont envie de participer à ces bonnes idées. Un site de crowdfunding fait l’implicite promesse de vous montrer des projets de qualité : vraisemblables, magiques, jolis, marrants, insolites, prometteurs, ludiques, etc… Tout sauf cheap.

C’est le grand mensonge d’un site comme IndieGogo de communiquer sur les + de 20 000 projets en ligne alors que le nombre de projets vraiment financés passe les 1 000 avec peine depuis la naissance du site. Sur IndieGogo : 95% du site, c’est du rebus, de la pure et simple mendicité en ligne. Des projets torchés en 3 minutes. Des embrouilles mal qualifiées. Des gens qui demandent 90 000 dollars sans avoir pris la peine de créer une image de présentation. IndieGogo, c’est la Roumanie du Web (no offense, t’as vu).

Le crowdfunding a pourtant besoin de créateurs de rêves qui prennent leur projet au sérieux. Des passionnés qui sauront faire preuve d’un peu de talent dans le marketing de leur projet. Certainement pas des bolosses en mode galère qui s’insurgent ensuite de ne pas recevoir de soutiens.

3/ Le crowfunding, c’est du branding

J’avoue, ça c’est un truc que j’ai mis du temps à piger. La communication d’un site de crowdfunding ne passe pas forcément par le meilleur outil, ou le plus simple, ou le plus sympa. Bien sûr, ce sont des paramètres importants, qu’il ne faut pas négliger, mais la bonne tenue d’un site de crowdfunding est sans doute d’abord… une histoire de branding.

Le branding ce n’est pas sale, bande d’altermondialistes aux pieds poilus. Le branding, si on la fait simple, c’est la façon dont vous vous présentez au public. C’est ce qui fait qu’en deux coups d’oeil, selon votre design, vos textes, vos partenaires et les projets que vous mettez en avant, vos visiteurs ressentiront, au plus profond de leur cerveau bouillant de génie, que c’est à précisément pour des gens comme eux que vous existez.

Des sites comme Kickstarter ou Ulule portent en eux l’ADN du projet arty et quali, l’écrin des bonnes idées bien réalisées. Les créateurs s’y retrouvent, et plus important, s’y identifient. Beaucoup de porteurs de projets rejetés par Kickstarter aux US le vivent comme un drame et ce n’est pas un hasard si nombre d’entre eux se retrouvent, évidemment, sur IndieGogo. Il est important pour un site qui ambitionne d’attirer et d’aider des créateurs à se financer (et peut-être trouver le succès) de travailler un tel positionnement quali et moderne. Un positionnement délicat qui, s’il disqualifie nombre de projets sur le court terme, est bien plus payant en terme d’image de marque sur le long terme .


En France, le moins bon élève du branding est KissKissBankBank, dont le nom mérite seul une gommette rouge. On passera poliment sur la partie éditoriale, plus proche du cabinet de notaire campagnard que de l’acteur moderne de l’internet communautaire. Les partenaires sont bombardés “mentors“, ces mentors organisent des “challenges” (RIP Intervilles), on y parle de “dons” sans s’attarder sur la définition légale et tout est organisé en “clubs“, comme dans un teen movie des années 80s… Ca fait beaucoup. Les porteurs de projets sont des passionnés, des artistes, des rêveurs, des designers… pourquoi leur causer comme à des commerciaux de province qui networkent sur Viadeo ?


Le crowdfunding ne sera pas mort dans 10 ans…

…mais de tous les nouveaux sites qui fleurissent chaque mois, on n’en dira pas tant. Internet a de la place pour deux leaders : les mecs qui n’aiment pas Google iront sur Bing, les mecs qui n’aiment pas Facebook iront sur Diaspora, les mecs qui n’aiment pas LinkedIn iront sur Viadeo, les mecs qui n’aiment pas Spotify iront sur Pandora, les mecs qui n’aiment pas Tumblr iront sur WordPress, les mecs qui n’aiment pas Apple iront chez Android…

Aujourd’hui, il y a très (très très très) peu de chances que quiconque réussisse à renverser Kickstarter. Le site américain gravite autour de la lune quand tout le monde cherche à fabriquer une fusée. La seule question, c’est qui sera le numéro 2 ? IndieGogo ne le sera pas. Les gars sont là pour la thune, ils ont développé une machine automatique qu’ils laissent ronronner dans son coin. Ni effort, ni branding, ni émotion. Leur trouvaille aura été de taxer 9% aux projets ratés contre 5% aux projets réussis.

En plus, ils ont une dégaine de site porno.

Le besoin est réel, la demande grandissante, le modèle prouvé… et la place à prendre. Bien sûr, Ulule est dans la meilleure position. Bien sûr, mon avis est biaisé. Bien sûr, vous savez aussi que j’ai raison.

Alors messieurs dames qui tenez les plumes, allez donc faire un tour du côté des bonnes idées et shootez quelques mails à goodidea@ulule.com pour leur proposer interviews et partenariats médias. Vous avez tous envie de rencontrer Alex & Alix, ces deux là vont vous rallumer des étoiles dans les yeux. Les étoiles du bon vieux DIY sur lequel le Web s’est bâti.


February 15, 11:00 AM

(Vexé de ne pas avoir été appelé par les Inrocks pour leur dossier “la génération Y prend le pouvoir”, Boum Box a décidé de répondre en dressant son propre portrait de sa génération, sans complaisance ni fact checking. En fait on va tout inventer)

Génération Y, prononcé génération “ouaille”, ou génération “pourquoi”, en anglais. Une génération en quête de sens, donc. Une génération de la crise grecque. Une génération qui vaut dix points au scrabble. Mais surtout, une génération qui suivait la génération X dans l’alphabet. Dans dix ans, on vous fera le coup de la génération Z comme Zorro et vous n’y verrez que du feu. Il faut espérer qu’elle soit stérile, cette génération, parce que “Génération [” pour la suivante, c’est assez ridicule.

Bref, la génération Y, c’est celle des digital natives, nous dit-on. Ils sont nés après 1980 alors ils ont toujours connu internet à en croire les articles écrit par des gens qui ont déjà oublié le Minitel. Aujourd’hui, cette génération arrive sur le marché du travail, et ce n’est pas l’école qui lui a dicté ses codes. Nan nan.

Cyrillien a 30 ans. La première fois qu’il a été sur internet, c’était en 1997 et il avait 15 ans. “J’ai immédiatement cherché des photomontages du visage de Gillian Anderson sur des corps d’actrice pornos. On faisait tous ça à l’époque.”  Ainsi très vite il a acquis une véritable expertise du web, qui lui a permis de lancer un blog a succès en 2006 “Le Big Buzz”, où sa plume acerbe et ses réseaux font des ravages : il est le premier à publier les photos nues d’une ancienne miss france, grillant la politesse aux respectables instituions de la presse papier comme Entrevue ou Choc.

Très vite, il utilise son blog pour monter une agence de “viral buzzing”, appelée “Le Big Bang Buzz”, qui vend du conseil en social e-networking 2.0 et en crowd-storybranding à des agences de consulting consultées par les plus grands. Début 2011, Cyrillien est à la tête d’une équipe de cracks du web de pas moins de 25 stagiaires, et il se vante sur Twitter que chacune de ses slides powerpoints valent plus de 3000€. Il a un Klout de 82.

Gontran, 22 ans. Il était là aux tout début du web, nous raconte-t-il, quand il a regardé une vidéo d’Ilona Mitrecey en 2005 sur Realplayer. Tout de suite, il comprend la puissance d’internet. Il découvre un tout nouveau média, le “blog”, en 2008 et repère très vite un créneau porteur. “Il y avait des tas de blogs qui parlaient de trucs de geek comme les jeux vidéos ou la cuisine, mais aucun pour parler bagnole”. Modestement, il lance donc “Blog Voiture”, un site qui reprend les news de Caradisiac et Turbo, mais qui doit surtout son succès aux vidéos d’essai de voitures de luxe. “Au début, j’empruntais simplement les BMW ou les Audi de mes amis et de ma famille, mais maintenant, ce sont les constructeurs qui me les prêtent”. Son blog est devenu très vite une entreprise profitable, où les articles sont écrits par des pigistes.

Gontran, lui, affirme ne pas faire ça pour l’argent mais uniquement pour le plaisir d’être invité à conduire de superbes voitures dans des lieux exceptionnels par les constructeurs.

Ce désintérêt pour l’argent semble être un vrai marqueur générationnel, puisqu’il est partagé par Tounette, 21 ans, dont l’histoire est assez similaire. “J’ai toujours été une geekette : ado je jouais à Nintendogs constamment, et aujourd’hui je passe mes journées sur Facebook”.

Mais Tounette a une autre passion, la mode, et c’est en devenant fashion blogueuse qu’elle devient une star du web. Début 2011, encore en première année de psycho à la fac, elle s’achète un simple Reflex numérique 5D avec son argent de poche et demande à “un ami geek” de lui ouvrir un Tumblr. Elle se prend en photo elle même dans des vêtements prêtés par “des petits créateurs qu’elle connait bien” comme Diderock’n'Roll Design ou Maison Ninja 21 et en quelques jours elle devient la nouvelle coqueluche de la fashion blogosphere. Deux semaines après l’ouverture de son blog, elle apparaît dans une campagne de pub nationale de la marque branchée “Caravelle & Boeuf Bourguignon”, en compagnie de sa mère Sophie, rédactrice en chef d’un célèbre magazine de mode.

“Si j’ai pu le faire, tout le monde peut le faire” s’enthousiasme Titoune.

Tout n’est pas rose pourtant pour la génération Y, parfois c’est la galère : l’agence de Cyrillien a fermé les portes au début de l’année, après un exercice 2011 catastrophique. “On a tout perdu dans la révision de l’algorithme Klout” explique Cyrillien, dont le kloutscore n’est plus qu’a 38. Plus personne ne veut de ses slides et il est obligé de revendre ses deux Porsche. Ses 25 stagiaires vont devoir trouver une nouvelle entreprise. Heureusement, nous confie l’un d’entre eux sous le couvert de l’anonymat, ils ne comptaient pas sur ces stages non rémunérés pour subvenir à leurs besoins. “Avoir fait partie de l’aventure Big Bang Buzz, c’est une super carte de visite pour nous, ça devrait nous permettre de décrocher de meilleurs stages.” En attendant, il survit en vendant des témoignages sur ses galères à Rue89.

Mais on a beau être un “digital native”, on n’en n’échappe pas moins aux pièges de l’internet. C’est ce qui est arrivé à Jonatien, 26 ans. Il ne se doutait pas, quand il a pris une photo de ses abdos pour Facebook en 2009 qu’un jour 4chan s’emparerait de cette photo et le rendrait célèbre sous le nom de “Involuntary homo-erotic nigga”.

Jonatien a mis du temps à comprendre pourquoi on se moquait de lui, mais quand ils ont découvert le mème, il a été mis au ban par son crew “Mâles 2 Vivre”, qui a depuis rencontré le succès sans lui en apparaissant sur la compilation “Ma 6T DTC A Sec”. Depuis il a déménagé et s’est laissé poussé la barbe, mais on le reconnait encore dans la rue. Nouvelle tragédie pour Jonatien : Hollywood s’apprête à lancer le tournage de Big Black Queen, une adaptation d’Involuntary Homo Erotic Nigga, avec Martin Lawrence dans le rôle principal, mais Jonatien ne touchera pas un centime.


December 16, 07:27 AM

J’ai lu pour la première fois “No Logo, la tyrannie des marques” de Naomi Klein il y a peu. Pour ceux qui ne le savent pas, c’est le livre de chevet des antipub, de Thom Yorke et de tous les alter-mondialistes. Un peu plus de dix ans après sa publication, ça reste une lecture plutôt intéressante, mais ça l’est en partie parce que le livre a drôlement vieilli.

L’auteur a fait le choix assez malin à l’époque de ne pas faire de prêchi-prêcha : elle expose simplement les fait, laissant l’indignation du lecteur venir d’elle même. Sauf qu’en lisant le livre en 2011, on se rend bien compte que l’indignation qui nous serait venue il y a dix ans sur certains passages n’est plus là aujourd’hui. Tout ce qui porte sur les marques semble d’une grande naïveté alors que c’était si révélateur à l’époque : Nike ne vend pas des produits mais un style de vie ? Les joueurs de la NBA sont managés comme des marques ? Les marques emploient des “chasseurs de cool” pour tenter de s’approprier le langage des jeunes ? No shit.

A l’époque on s’amusait à détourner les logo FNAC pour leur faire dire Fuck et c’était une vraie déclaration de guerre contre le système. Aujourd’hui on s’amuse à mettre un costume de Megaman sur la mascotte Android parce qu’ils sont trop mignons et qu’on les adore.

Tout ça, c’est bien sur la faute d’internet. No Logo a été publié par Knopf Canada, filiale de la multinationale de l’édition Random House, qui venait alors de se faire racheter par le Grand Ancien Bertelsman AG. Le livre aurait beaucoup inspiré Radiohead lors de l’enregistrement de Kid A, un album anti-corporate et anti-commercial et distribué par EMI et numéro un des charts aux USA, au Royaume Uni, en France, au Canada et ailleurs.

Nul doute que la marque Radiohead a pas mal aidé commercialement la marque No Logo avec ce bel exemple de synergie, qui ne serait plus tout à fait possible depuis que nous avons détruit l’industrie de la musique en utilisant Napster, Soulseek, Oink et Megaupload.

Dans les années 1990 les artistes “alternatifs” signé par des majors avaient assez de thunes pour se permettre de refuser de prêter leur musique à une pub, et ceux qui collaboraient avec l’ennemi portaient pour toujours la marque de l’infamie. Même s’ils prêtaient leurs morceaux, beaucoup d’artistes plus mainstream rechignaient quand même à apparaître en personne dans les pubs Tchin Tchin ou Madrange. Aujourd’hui, on peut être cool et apparaître dans une pub pour Blackberry, personne ne vous reprochera de faire un DJ set pour une soirée Absolut et on lève à peine un sourcil lorsque vous faites une séance d’enregistrement dans le studio Converse. On comprend bien que les artistes qu’on a ruinés doivent trouver de l’argent quelque part, et c’est toujours mieux que s’ils venaient nous faire chier dans le métro.

Aujourd’hui, pour être crédible, No Logo devrait être un eBook auto-publié (ou du moins chez un tout petit éditeur) sous licence creative commons. D’ailleurs, aujourd’hui Radiohead s’autodistribue.

La guerre du branding est fini : les marques veulent-être nos amis sur Facebook et ça ne semble pas un problème pour la nouvelle génération de les accepter. Comme on l’a heureusement vu ces derniers mois, ça ne veut pas dire que nous sommes tous indifférent, au contraire, la crise nous a poussé à être plus malin et, comme des flics, on a suivi l’argent. Le problème n’est plus que des marques nous laissent vivre dans une illusion de confort en exploitant le tiers monde, le problème ce sont les institutions qui financent tout ça et qui risquent de nous transformer nous en tiers monde.

C’est bien, c’est du serious business, il était temps qu’on s’en préoccupe. Une autre de nos grosses préoccupations collectives, c’est internet. Facebook, Google, l’open data, la vie privée, tout ça. C’est peut-être que je lis un poil trop OWNI, mais ça a quand même l’air de bien faire flipper les gens, ces questions. Boum Box est probablement au moins aussi coupable que n’importe quel webzine : nous sommes un peu comme le JT de TF1, sauf qu’au lieu de faire peur avec les immigrés et les assistés, on fait peur avec les bases de données et les mouchards dans les smartphones.

Ce n’est pas totalement injustifié, mais on peut vite tomber dans l’excès, voire la paranoïa, et se retrouver à écrire avec le plus grand sérieux du monde des articles sur pourquoi l’obligation d’avoir un compte Facebook pour Spotify est scandaleuse et dangereuse et pourquoi il ne faut absolument pas utiliser ces deux services. J’ai perdu le lien que j’aurais du vous mettre, là, mais là où je voulais en venir, c’est qu’à l’époque de No Logo, on ne se préoccupait pas encore tant de ces questions, on se contentait de se créer un faux compte avec une adresse e-mail bidon pour accéder à ce qu’on voulait. C’était une forme de hacking primitive, si vous voulez, et c’était bien moins chiant que d’adopter des positions idéologiques sur tout et n’importe quoi.

Quand j’étais petit, j’ai passé des heures avec mon frère et ma soeur à jouer à SRAM, un jeu d’aventure avec une interface textuelle sur le CPC d’Amstrad. Soyez patients s’il vous plaît, je suis en train de faire ce truc où je semble passer du coq à l’âne mais où au bout d’un ou deux paragraphe, je révèle que ce que je raconte est en fait bien dans le sujet.

Quand on commençait à tourner en rond, on finissait toujours par entrer des gros mots, un cas qui avait été prévu par les développeurs, qui à la moindre insulte vous envoyaient vers un écran présentant une image de cochon, et la légende disait un truc genre “Pas mal vos photos de vacances!”. C’était les années 1980, on était tous beaucoup plus innocents, vous comprennez. Enfin pas tant que ça… Pour reprendre la partie et quitter cet écran, il fallait présenter ses excuses. Le jeu, pour nous, c’était de trouver une façon d’insulter le programme tout en s’excusant sans que celui-ci ne s’en rende compte. Par exemple si on écrivait “je te demande pardon, connard”, il n’acceptait pas nos excuses, mais si on écrivait “Accepte mes excuse et mets les toi où je pense”, ça marchait.

Ca aussi, quelque part, c’était une façon de hacker le système. Ou du moins de le contourner. Et à mesure que les interfaces comprennent de plus en plus le langage naturel, il va être de plus en plus faciles de pratiquer ce genre de détournement. SIRI (et Majel) comprennent ce que vous leurs dites ? Racontez n’importe quoi. Gmail vous emmerde avec ses pubs ciblées ? Incluez quelques “mots tabous” dans votre signature et les pubs disparaîtront. Le hacking comme ça, c’est facile, même Idiot Nerd Girl peut le faire !

Je ne dis pas qu’on devrait cesser de se préoccuper de Facebook et de Google et de Carrier IQ, d’Hadopi et Loppsi et SOPA, etc… Peut-être que nous devrions avoir très peur de Marc Zuckerberg. C’est mon fond de commerce après tout.

Mais avant de monter sur nos grands chevaux au prochain petit couac de Timeline, rappelons nous qu’on a a faire à des machines idiotes, et que nous aurons toujours des moyens de les tromper. Il est peut-être plus productif de pirater le système que de faire de grands discours de principe. Après tout, No Logo ne nous a pas sauvé de la tyrannie des marques, mais à chaque fois que vous coupez le son et changez d’onglet en attendant la fin d’une pub en pré-roll sur Youtube, le mot tyrannie semble un peu moins adapté.


December 01, 06:13 AM

Qui sont les gentils et qui sont les méchants ? C’est le boulot d’Hollywood que de nous le dire. A travers les années les méchants ont été : les allemands, les russes, les arabes, les français, les extra-terrestres, les geeks, le gouvernement américain, l’armée américaine… Et es gentils ont été l’armée américaine, le gouvernement américain, les ET, les enfants… La dernière fois que j’ai regardé, le nouveau héros qui cartonnait était le chef d’entreprise visionnaire, modelé sur Steve Jobs : Iron Man joué par Robert Downey Jr.

Et puis le marché de l’immobilier américain s’est effondré et Hollywood a laissé tomber tous ses projets de films sur des super capitalistes. Des commerciaux en charge du “développement” dans les grands studios hollywoodiens ont présenté des projets de films dans des powerpoints plein de cliparts comme ça…

… Et deux ans après, on se retrouve avec des films hollywoodiens comme “Le Casse de Central Park” (tagline française : la comédie anti-crise”) et “Time Out” où les méchants sont les riches capitalistes américains. Les 1%. Et les films racontent l’histoire de pauvres travailleurs qui tentent de prendre leur revanche sur le système.

Le fait que les poducteurs d’Hollywood font parti des 1% ne les empêche pas de produire ces films qui font d’eux les méchants de l’histoire : s’il y avait de l’argent à se faire avec des films où leurs mamans étaient les méchantes, ils donnerait le feu vert sans hésiter un instant.

Parlons un peu d’autre chose maintenant.

Si on compare Occupy Wall Street et le mouvement des indignés aux manifestations alter-mondialistes guerrière des années 1990-2000, la transformation est saisissante. Ils n’ont pas de revendication collective claire, pas d’affiliation politique, et leur rhétorique ne se veut pas clivante : s’ils représentent les “99%”, ça doit forcément inclure les petits bourgeois, les religieux, les républicains et tous ces gens qu’ils détestent. Leur plus grand succès aura été ce mème de 99% qui dit “nous sommes tous dans le même bateau”.

A chacun ensuite d’interpréter cette idée comme il veut. C’est un peu la logique du mème internet appliqué à la contestation (d’ailleurs leur plus gros coup de com’ est justement un Tumblr). Le mouvement est du coup très populaire aux états-unis, plus qu’aucun mouvement de contestation gauchiste ne l’a jamais été, et on se retrouve avec des choses comme ça, le dernier clip officiel de Miley Cyrus, ex-starlette Disney, qui met des images des affrontements avec la police sur sa chanson “Liberty Walk” :

Pour en revenir à Hollywood, il est évident qu’un film hollywoodien avec Justin Timberlake et Olivia Wilde qui jouent des pauvres ne peut pas vraiment être crédible. Time Out, comme le Casse de Central Park et tous les futurs films  hollywoodiens inspirés par la crise sont bien sûr incapables d’une véritable critique du capitalisme. Tout comme il est très difficile de faire un film anti-guerre en filmant la guerre, parce que c’est beaucoup trop pleins de moments sexy, héroïque et spectaculaire, il est difficile, surtout pour un réalisateur oeuvrant pour les studios hollywoodiens, de ne pas fétichiser le luxe et la richesse. L’inégalité, c’est glamour.

Il en va de même pour la vidéo de Miley Cyrus : il ne s’agit pas d’un revirement à 180° de son discours. Ces films Disney dans lesquels elle s’est fait connaitre disent tous la même chose : les jeunes sont cools et veulent s’amuser et les parents sont des has been qui les empêchent de s’exprimer, alors les jeunes se rebellent, font des bêtises, mais à la fin chacun fait un pas vers l’autre, les parents comprennent les enfants et les laissent voler de leurs propres ailes… C’est l’histoire capitaliste du jeune qui prend la place du vieux, d’Apple qui double Microsoft qui avait doublé IBM. Le mouvement d’Occupy Wall Street ferait simplement partie du cycle capitaliste, au bout du compte, un processus de réajustement qui mettra les manifestatants d’aujourd’hui à la place des 1% demain.

C’est l’histoire de la vie, le cycle éternel, c’est la nature, les mecs, vous ne pouvez pas y échapper.

La génération d’activistes hipsters d’Occupy Wall Street n’est pas naïve. Ils savaient dès le début que la récupération était inévitable, alors ils l’ont encouragé, en tentant de devenir un mème, plutôt que de vainement la combattre. L’idée de “99%” a fait son chemin dans la conscience collective et face aux virus mentaux lancés par le tea party en face, c’est peut-être la meilleure arme.

Appelez ça un manque d’imagination ou de la résignation, mais Occupy Wall Street n’est sans doute pas tellement plus anti-capitaliste que Miley Cyrus et qu’un film avec Ben Stiller. Deal With It.


November 10, 08:13 AM

Comme nous le rappellent souvent les ministres et les présentateurs télé, le problème d’internet c’est qu’il dérape ou qu’il dérive tout le temps (sans doute selon qu’on pratique l’internet terrestre ou aquatique). Longtemps, on n’a pas trop su quoi faire contre ça. On construisait des sites avec des forums, des boites de commentaires, des wikis puis des outils de plus en plus sophistiqués de “partage” et de “participation” web 2.0, et on laissait les gens s’en servir jusqu’à ce qu’ils dérivent/dérapent. Alors on les modérait. Certains diraient censurait.

Malheureusement, on ne peut pas faire du vrai, bon argent comme ça. La modération, ça ne coûte pas très cher mais c’est violent, ça nuit à l’user experience. Pourtant ne pas modérer, c’est pire : 4chan n’a jamais rendu Christopher Poole riche. Malgré l’énorme trafic sur le forum, aucun annonceur respectable ne voudrait y associer son nom.

La question qui se pose, c’est donc celle là : comment faire du web participatif quand on n’aime pas les participations ? C’était aussi un problème pour Myspace et Skyblog, qui étaient trop plein de gifs blingee et autres images trop moches pour être vraiment respectable. Facebook doit une grande partie de son succès au fait qu’il n’a jamais proposé (jusqu’à Timeline) de véritablement personnaliser l’esthétique minimaliste du site. Les gens pouvaient écrire n’importe quoi, visuellement, Facebook restait le même (la politique du “vrai nom” a bien sûr aussi joué son rôle).

Cette époque était donc celle des sites minimalistes, avec pour seule fantaisie des logos colorés qui se reflétaient sur la grande surface blanche du site :

C’était une esthétique suffisamment distinctive et répandue pour que quelqu’un lance le parodique Logo Creator. Cette approche s’est cependant montrée problématique en quelques années. Facebook a réussi à créer la plus grande “communauté” du monde, mais c’est aussi la moins créative. Comment faire quand on construit une plateforme basée sur le visuel et la créativité comme Tumblr, Pinterest ou Etsy ?  Il faut trouver un moyen d’attirer les gens créatifs, mais de les inciter à rester tout de même dans les clous.

C’est Twitter qui le premier (ou un des premiers, difficile d’en être certain) a trouvé la solution  : l’oiseau bleu. Comment écrire des choses sales quand vous êtes sur un site bleu ciel et orange et que cet oiseau vous regarde de ses petits yeux mignons ? Je ne dis pas que ça a jamais vraiment arrêté personne, mais l’oiseau bleu permet de créer un “ton” qui sera celui par défaut de la communauté. Twitter a inventé l’oiseau bleu, mais n’a pas poussé le concept trop loin, parce que finalement la plateforme fonctionne très bien en restant très libre. Mais l’oiseau bleu était sorti de sa cage.

L’oiseau bleu se retrouve sur Etsy, où on le brode sur des coussins ou on le sculpte pour en faire des boucles d’oreille, mais s’il n’est généralement pas explicite chez d’autres sites, son principe se retrouve partout. Sur Tumblr, l’effet “oiseau bleu” est obtenu par a un fond bleu à la fois neutre et chaleureux, et des thèmes par défaut qui semble faits pour accueillir des photos passées à travers le filtre Polaroïd d’Instagram.

Sur Pinterest, le site de découverte visuelle qui monte, lors du processus d’inscription un message vous demande de faire attention à ce que vous publiez parce que vous allez donner le ton pour l’avenir du site. Mais avec un logo tout en rondeurs et couleurs pastels, vous saviez déjà que vous n’étiez pas venu là pour créer une collection de gifs de booty-shaking.


Quand il a lancé Canv.as
avec le but d’attirer les annonceurs qui ne voulaient pas de son 4chan, Christopher Poole a fait un choix esthétique similaire. Il a beau avoir rameuté une grosse partie de la communauté de dépravés hardcore de /b, qui “dérapent” encore à l’occasion, son esthétique même a invité des créations plutôt mignonnes. Sur canv.as on a des cadres à bord rond, des rayures, des carreaux et des pois façon scrapbooking. Surtout, le principal moyen d’expression proposé est de distribuer des coeurs, des smileys et des cookies. C’est l’équivalent de la bibliothèque d’émoticones d’un forum il y a dix ans, sauf que cette bibliothèque proposait en général des smileys qui vomissaient, qui fumaient des pétards ou qui s’attaquaient avec des tronçonneuses sanglantes.

Aucun autre site que Twitter n’utilise d’oiseau bleu dans son logo, évidement, mais sortit du web design, on trouve donc des oiseaux bleus sur les produits faits main vendus sur Etsy, mais aussi dans les films avec Zooey Deschannel, les clips de Zooey Deschannel et les faire-parts de mariage.

Mais quel est le point commun entre tout ces trucs ? Ce sont des créations “occidentales”). De l’occident jeune. Et aisé. Et donc blanc. Comme l’immense majorité des start ups de la Silicon Valley. L’esthétique de l’internet de demain, l’esthétique du monde, c’est celle des riches blancs occidentaux. Grâce à eu, la créativité sur internet reste bien cadrée, bien normée, bien polie. Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes.


November 03, 10:06 AM

Le gros problème de l’économie mondiale, dit-on parfois, c’est le manque d’imagination. Les alter-mondialistes américains qui occupent Wall Street, les grecs qui vont voter contre le “plan de sauvetage” de leur économie et le reste des indignés du monde entier savent ce dont ils ne veulent pas, mais ils sont infoutus d’imaginer une véritable alternative au capitalisme tel qu’on le connaît aujourd’hui. Ils ont parfois des idées, et elles ne sont pas forcément nulles, comme de taxer la spéculation, de séparer les banques d’affaire et les banques de détail… et en général, ce qu’ils veulent c’est injecter un peu de “morale” et “d’éthique” dans le “système”. Bref, poser des gardes fous ou des pansements, pas faire la révolution.

Ca fait longtemps que ce manque d’imagination se fait sentir. Au moins depuis l’effondrement de l’URSS. J’ai moi même désespéré de voir un jour un génie débarquer avec une idée originale pour sauver le monde. Le problème, c’est qu’on ne peut pas vraiment compter sur les économistes pour avoir des idées originales. En fait, personne n’en a vraiment eu depuis Keynes, au point que la théorie économique prévalente aujourd’hui, la “nouvelle synthèse néo-classique”, dit deux fois qu’elle est nouvelle dans son nom pour masquer le fait qu’elle ne l’est pas du tout.

J’ai bien du prendre les choses en main, finalement, et trouver une nouvelle solution moi même.

Ils ont beau avoir décoré la théorie économique de constructions mathématiques complexes, de théorie des jeux et d’équations que je ne comprends pas, ses fondements restent les mêmes : chaque individu cherche à maximiser son intérêt personnel de façon rationnelle, et c’est à travers cet individualisme forcené qu’on parviendra au meilleur équilibre économique possible. C’est à dire la situation actuelle.

Dans le documentaire Pandora’s Box d’Adam Curtis, on découvre une machine, le “MONIAC Computer“, qui simule le fonctionnement de l’économie à l’aide d’un mécanisme hydraulique. L’idée, c’est que si vous avez un peu trop d’inflation, vous fermez le robinet “dépenses publiques” et tout s’arrangera :

Cette façon de penser keynesienne reste fermement implantée dans les esprits aujourd’hui encore, quand bien même on vous répète que l’ultra libéralisme l’a emporté partout, on n’en connaît vraiment qu’une version bâtarde, en particulier dès qu’une “crise” arrive comme en 2008 et que tout le monde se tourne vers le gouvernement pour “réguler” la situation, comme si le gouvernement était Warren G.

Le fait est que les pendants les plus libérés de notre économie, a savoir les marchés financiers, sont contrôlés par des ordinateurs. Oubliez le mythe du trader qui marche à l’instinct et qui flambe, les Jérôme Kerviel ou les Nick Leeson d’aujourd’hui finissent souvent en prison, et il y a une bonne raison pour ça : les décisions sont prises par des ordinateurs selon des algorithmes de plus en plus complexes, et ils font du trading à la vitesse de la lumière.

Les économistes croient que leur science, grâce à l’informatique, permettra de tout réguler, tout stabiliser, et ce depuis les années 1990 au moins. Les crises successives ne sont pour eux que des erreurs à corriger, causées par la faillibilité humaine, et il suffit d’améliorer encore et toujours les algorithmes pour qu’un jour on parvienne au meilleur des résultats possibles. Les passions, les cupidités et les soifs de pouvoir individuelles ne seraient que des données qu’il suffit de suffisamment bien quantifier, elles aussi.

Cette idée est tout sauf nouvelle, et elle a en fait été appliquée à grande échelle dans une expérience économique qui mériterait d’être reconsidérée aujourd’hui : l’URSS. L’URSS, ce n’était pas que des idéaux de partages, des chiens cosmonautes et des procès rigolos. Derrière tout le folklore, c’était surtout une grande expérience de planification : une économie entièrement contrôlée et régulée par la science. On peut rire aujourd’hui des histoires de pénurie de chaussures gauche ou des brosses à dent plus nombreuses que les tubes de dentifrice, c’est sûr, ça n’était pas un grand succès. Mais dans les années 1960, les russes n’avaient pour planifier que des ordinateurs à bande magnétique grands comme mon appartement et moins puissants que mon téléphone. Si je pouvais remonter le temps et leur passer un téléphone et un kit de développement Android, qui sait s’ils ne parviendraient pas à créer une application “Soviet Planification” beaucoup plus efficace ?

Mon idée originale, c’est donc ça : réessayer la planification, avec les moyens techniques d’aujourd’hui (vous pouvez appeler ça “néo-planification”, c’est toujours un “nouveau” de moins que les autres). Ce n’est, après tout, que pousser un peu plus loin le champ d’application des algorithmes des banques d’investissement. On pourrait prendre en compte les envies et les goûts des consommateurs bien mieux qu’à l’époque soviétique, et proposer au moins autant de choix qu’un catalogue Ikea, et on pourrait mettre un peu de cette “morale” et cette “éthique” à la mode, si vous y tenez. Ca serait compliqué à mettre en place, ça risque fort de déconner dans tous les sens et d’être inégalitaire et inefficace, bref, ça ne changerait pas grand chose, mais au moins, on ne pourra plus dire qu’on n’a pas essayé.


October 24, 08:04 AM

Ô Klout, ô joli Klout,
Tu as croisé ma route,
Et pis mes tweets et mon Facebook,
Et tous les autres endroits, tous ceux où tu m’écoutes.

Ça fait bientôt 7 ans que j’ai quitté l’école et j’en suis bien content. Vous aimiez être noté à tout bout de champ, vous ? Un de mes derniers posts en tant que chef de rubrique sur Fluctuat, c’était de râler sur les notes de Pitchfork. Mais Klout est parmi nous. Et Klout, comme The Game, ne vous laisse pas le choix, vous jouez et c’est comme ça. On vous le dit dès la home : everyone has Klout… (et everyone est transporté d’extase à cette idée tellement ça a l’air mieux que le crack).

Klout, pour les deux du fond, c’est un algorithme qui calcule votre influence sur le réseau. Klout veut devenir la vraie mesure, le bon gros standard juteux de cette nouvelle matière qu’est l’influence. C’est pas con, c’est important de faire ça à une époque où il n’est pas toujours facile de distinguer les vrais pros des gros tarés magiques qui vomissent des arc-en-ciels en mettant des bananes à tout le monde.

Ainsi, Klout donne des notes. Sauf que l’algorithme de Klout est loin d’être un truc à la Google, un algo surpuissant sur lequel 300 ingénieurs ont usé 600 calculatrices pendant 18 mois. L’algo de Klout, il est plutôt comme celui des ventes ciblées d’Amazon qui te propose Forrest Gump après que tu aies acheté The Devil’s Rejects… il est plutôt à l’ouest. Et comme tous les algos à l’ouest, il vaut bien moins de choses que ce qu’il essaye de faire croire. Il est superficiel, crâneur et rikiki dans son pantalon. Alors il compense à grands coups d’annonces et de communiqué de presse arrogants.

Pas convaincu ? Faisons un petit tour dans le monde de Klout.

  • Selon Klout, Joe Fernandez (CEO de Klout) est plus influent qu’Evan Williams (CEO de Twitter). Déjà c’est louche. Cependant, chacun des deux est moins influent que @Mi, quelqu’un qui doit être drôlement cool parce qu’en seulement deux tweets postés en juin et septembre, et sans avatar ni info, il/elle dépasse les CEOs de nos deux boîtes à renommée globale.
    Rencontrez également MrSarkozy, qui d’un tweet a déjà rejoint le score de la plupart des blogueurs français.
  • Klout a aussi lancé un programme de marketing social : les coupons (super original, folks). Le principe : vous êtes une marque, vous mettez à disposition des lots gratuits qui ne peuvent être demandés que par des gens suffisamment influents dans le domaine de votre choix. Audi s’en était servi cet été pour faire gagner des… fonds d’écran. Mais bref.
    En ce moment, y’a des coupons pour gagner des places pour le film Winnie l’Ourson, l’autographe de John Goodman, une place au défilé Macy’s, une réduction bizarre pour un sandwich Subway en partenariat avec le jeu Uncharted 3 et pour finir une sorte d’eau à la menthe qui a l’air fabriquée dans un laboratoire scandinave : Metromint.
    Klout cherche à faire de l’argent avec le jeu de la réputation : c’est pour ça que tout le monde a un score Klout, même sans le savoir. La méthode n’est pas très éloignée d’un Yatedo, et ne vous demande pas votre avis pour créer votre profil.

Alors, puisque tout le monde joue, passons en revue les règles du jeu et trouvons quelques cheat codes pour augmenter nos Klout tous ensemble !

1/ Klout aime les cool kids !
Et oui, tel un vilain personnage de teen movies des années 80s, Klout vous juge  par votre entourage. Si vous traînez avec les cool kids à gros score, votre Klout montera en flèche. Mais si vous engagez la conversation avec trop de petits scores : gare ! Votre score diminuera d’autant plus rapidement que vous vous éloignerez des sunlights. Arrêtez de discuter avec le petit peuple, Klout aime les snobs.

2/ Klout aime quand tu ne bouges pas
Ne. Partez. Jamais. Parce que Klout recalcule votre influence chaque jour. Si vous ne vous exprimez pas, Klout pétera les rotules de votre score. Tweetez tout le temps, tweetez un max, Klout ne vous pénalisera jamais pour ça. Le coup facile : checkez les trendings topics et retweetez les trucs qui marchent le mieux. Pour Klout, un mec bavard est un mec influent.
Ps : N’oubliez pas Facebook – un reshare sur FB vaut une trentaine de RT sur Twitter. Postez des images de cartes de marabout et comptez les likes, votre Klout suivra.

3/ Klout aime ton graphe
Klout propose aujourd’hui de pluguer 12 réseaux pour calculer votre Klout. Certains sont plus efficaces que d’autres, cela dit. Lorsque Fish a intégré le WordPress de BoumBox à son profil Klout… il n’a pas gagné le moindre point, malgré nos 800 000 visiteurs CSP+++ alpha prime quotidiens. Mais suffit de lier vos comptes Facebook, LinkedIn ou Google+ pour voir votre score bondir, même si vous y êtes inactif depuis des plombes. Pourquoi ? Parce qu’avec un air de ne pas y toucher, Klout s’intéresse de près à nos graphes sociaux. Remember kids :  si tu ne payes pas pour un service, c’est sans doute toi le produit vendu.

4/ Klout aime le personal branling
Le Roi et sa cour. Plus vous vous mettez en avant, plus vous retouittez et engagez la conversation avec les gros plein de Klout (y compris @Klout lui-même), plus vous gagnerez du Klout. N’hésitez pas non plus à vous immiscer dans les hashtags populaires, ainsi que dans ceux des conférences tech ou social medias qui risquent d’attirer de gros Klouteurs spécialistes. Il ne s’agit pas d’être intéressant ou de débattre, il s’agit d’être le plus visible dans les évènements cools. Pour Klout, le mec qui dit coucou à la caméra derrière le journaliste qui couvre le festival de Cannes, c’est un influenceur.

5/ Klout aime Klout
Klout aime à mesurer votre dévotion pour Klout. Pour gamifier tout ça, les bonhommes ont créé des bons points : les +K (wouhou, CM2 forever), que vous pouvez distribuer à vos amis dans les topics où Klout trouve qu’ils sont peut-être influents (sans doute en se basant sur une métrique super sérieuse comme le nombre d’occurrences). Ce qui est drôle, c’est que les échanges de +K ne sont pas anonymes, comme on le ferait si on voulait que le système se base sur le mérite plutôt que le copinage. Dixit Fish : “Là, tout est fait pour encourager le donnant-donnant et la branlette en cercle. Même chose pour les listes. C’est pour ça que j’ai crée la liste mafia klout.
Faites des listes sur Klout, mettez vous les uns les autres dedans et dépensez-y tous vos +K : le jeu de la biscotte, façon e-répute !

Et maintenant, que vais-je faire ?

Bah dommage, les beaux jours de la mesure de l’e-réputation vont durer encore longtemps. Vu les enjeux financiers et les budgets placés sur les réseaux sociaux (on prévoit 10 milliards de $ d’investissement pub annuel sur Facebook d’ici à 2013), la mesure du retour sur investissement est une problématique de taille pour nos copains les directeurs marketing. Et comme les métriques manquent, on se raccroche aux branches, ce qui permet l’émergence de soluces bancales comme Klout.

Mais Klout n’est pas seul sur le terrain… En tout cas, pas pour longtemps. Déjà la relève se prépare. Kred par exemple, qui se présente comme un Klout “transparent“, a d’ores et déjà eu les honneurs de TechCrunch, malgré son horrible logo (un choix de couleur malheureux). Ils promettent que leur super algo à eux sera super ouvert et super moins arbitraire que celui du grand frère. Ce qui peut être super positif ou négatif selon la façon dont vous voyez l’eau dans le verre.

Le truc, c’est que les gens du réseau ne changeront pas 18 fois de plate-forme. De la même façon qu’il va être compliqué de déloger les communautés créées sur Facebook ou Twitter, les nouveaux outils d’influence ne pourront compter que sur une infime portion des comptes déjà présents sur Klout. Pour les récupérer, il faudra à Kred (ou autre) beaucoup de RP afin que la presse donne une web-créd croquante au produit et de biens jolis scores pour flatter nos influenceurs du Dimanche, au risque qu’ils démontent le nouvel arrivant au profit de Klout… et du leur. Parce que les réseaux sociaux, c’est bien gentil, mais faudrait pas que leur dur travail de réseautage s’effondre devant une mesure trop réelle !

Personal Branling a de beaux jours devant lui.


October 19, 04:00 AM

Débarrassons nous en tout de suite : “You just lost the game“. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, “The Game”, c’est un virus mental à l’origine mystérieuse et dont le principe se résume en trois règles :

1 – Vous êtes en train de jouer à The Game (et par extension, tout le monde, partout, tout le temps, qu’il le sache ou non, joue aussi)

2 – Si vous pensez à The Game, vous avez perdu

3 – Chaque défaite doit être annoncée à au moins une personne.

Certains y voient un jeu amusant, d’autres une grosse perte de temps voire une source d’énervement. Notre ami Harry Tuttle considère plutôt la chose comme une métaphore de la vie avec un message épicurien. On peut aussi voir ça comme une métaphore de la vie avec un message nihiliste/zen, parce que toute tentative de gagner The Game est vouée par nature à l’échec.

The Game n’a pas de sens, mais il révèle sans doute plein de choses sur la psychologie des joueurs : la seule “stratégie gagnante” est en effet de faire perdre autant de personnes que possibles avec vous, de sorte que votre défaite perde de son importance. Du coup c’est une des sources de trolling les plus courantes sur 4chan, où on trouve toujours de nouvelles façons, subtiles ou pas, d’amener un “You Just Lost The Game”.

La question de l’origine de The Game reste (et restera à jamais, sans doute) irrésolue. Le site Losethegame.com a cependant fait des recherches approfondies, qui datent la première mention online de The Game sur un blog en 2002 et en à trouvé des origines possibles chez Tolstoï et Dostoïevski qui jouaient au jeu de l’ours blanc, jeu impossible dont le but est de se concentrer pour ne pas penser à un ours blanc.

Leur théorie la plus solide retrace l’origine de The Game à l’université de Cambridge dans les années soixante-dix. A l’origine, des mathématiciens auraient tenté d’inventer un jeu qui ne correspondrait pas à la définition de John Von Neumann, l’inventeur de la théorie des jeux. C’était un jeu complexe qui tournait autour du principe de “ne pas penser à la station de métro “Finchley Central”. Au milieu des années 1970, les membres du club de science fiction de l’université simplifient le jeu en ne retenant plus que cette règle là. A quel moment “Finchley Central” serait devenu “The Game”, personne ne peut le dire, mais en tout cas la geek cred du jeu est assurée.

De mon côté je viens de trouver un autre élément qui pourrait être en partie à l’origine de The Game, et qui en plus convient à ma façon d’y penser. Vous savez sans doute que Sherlock Holmes est un personnage de fiction. Pourtant, comme avec sans doute beaucoup de personnages si populaires, anciens et ayant connu mille et une adaptations, un nombre significatif de personnes pensent que Sherlock Holmes était un personnage historique. Cette zone de flou entre réalité et fiction s’étend des deux côté : beaucoup de gens se demandent si Jack l’Eventreur était réel (et pas dans le sens “N’était-il pas avant tout une projection de l’inconscient collectif anglais à travers les médias ?”)

De son vivant, Conan Doyle recevait déjà des lettres de lecteurs qui voulaient embaucher Sherlock Holmes, mais parmi les lecteurs les plus passionnés et éclairés de Sherlock Holmes s’est développé dès le début du vingtième siècle ce qu’entre eux ils appellent aujourd’hui “The Game”, ou “The Great Game”. Le principe de ce jeu, c’est de faire tout comme si Sherlock avait réellement existé, ce qui implique généralement de trouver des explications aux incohérences dans les romans (la plus facile : Watson, le narrateur, s’est trompé).

Dorothy Sayers, elle même auteur de romans policiers, membre fondateur du Detection Club et essayiste, a évoqué le Great Game et ses règles en 1947 dans son recueil Unpopular Opinions, l’expliquant comme un outil de critique littéraire. Ca reste quand même avant tout un jeu de geeks, qui se termine aujourd’hui en murder parties.

Ca colle donc plutôt bien avec l’idée que je m’étais faite de The Game la première fois que j’ai rencontré le concept.

The Game c’est la réalité, c’est le monde, et c’est un jeu. Penser au Game, c’est se rendre compte que nous sommes dans la caverne de Platon, dans la matrice, dans un rêve dans un rêve dans Inception. Dans le vocabulaire des gangsters de The Wire, “The Game” c’est le business de la drogue, et au fur et à mesure des saisons on découvre que c’est un jeu auquel participent aussi la police, les politiciens, les profs, les journalistes… Tout le monde. Dans ce sens là, penser au Game, c’est prendre du recul et avoir une approche holistique de la société, et prendre conscience qu’on n’est qu’un pion.

Quel que soit le niveau choisi, penser au Game, c’est se rendre compte que comme Sherlock Holmes, notre individualité n’est qu’une fiction, que nous ne sommes que des pions sur l’échiquier le l’hyperréalité, que notre libre arbitre n’est qu’une illusion du multivers, ou bien que nous sommes des hologrammes. Je l’admets, c’est une interprétation très personnelle qui était sans doute bien loin de l’intention des créateurs du Game. Ne serait-ce que parce que dans ce sens, quand on pense à The Game, on gagne un peu.


October 17, 08:05 AM

J’ai vu La Gueule de l’Emploi et j’en ai opportunément imité le titre, mais je ne vais pas me plaindre et vous faire croire que mon expérience est traumatisante comme celle des candidats passés à la moulinette par les recruteurs de RST Conseil. J’ai la chance de bosser en freelance et de pouvoir faire un peu le difficile. Chercher un job sur Twitter, c’est pas stressant, c’est juste relou.

Trouver le bon tweet

Créez vous une recherche sur “emploi”, “poste”, “CDI” et le nom de votre job, et consultez la régulièrement. Ajoutez les quatre ou cinq autres façons dont on peut désigner ce que vous faites (digital web strategist, social project manager, chef de planning 2.0… )  Prenez conscience qu’on parle beaucoup trop de votre job dans toutes les langues du monde et, sauf si vous êtes intéressés par un job au Pérou, laissez tomber. A moins que votre job n’ait un intitulé en français, auquel cas c’est l’effet inverse : vous n’avez aucun résultat, parce que sur Twitter, plus personne ne veut embaucher quelqu’un qui fait un de ces vieux boulot qu’on désigne encore en français.

Contentez vous alors de trouvez les quelques comptes qui retweetent toutes les annonces dans votre domaine, et faites savoir à tous vos followers que s’ils voient passer une annonce pour vous, vous leur donnerez du Klout contre un petit DM.

Normalement vous devriez finir par voir passer plusieurs tweets-annonces par jour. Vous pouvez les classer en deux camps : d’abord il y a celles qui renvoient vers une annonce plus descriptive sur bale.fr, Monster, etc… A partir de là, on est dans le monde normal du marché du travail, et c’est pas marrant. Les annonces qui nous intéressent, ce sont celles qui ressemblent à ça : “Cherche community manager #CM. DM if intéressé. Merci de RT“.

Ca ne dit pas grand chose sur le job, mais justement, quand ça en dit trop, vous découvrirez neuf fois sur dix que si on a ressenti le besoin de rendre l’annonce intéressante, c’est que le “poste” est un stage non rémunéré.

Postuler pour un job inconnu

Vous allez donc probablement envoyer un CV et une lettre de motivation en connaissant au mieux le nom de l’employeur et l’intitulé du poste. Recherchent-ils quelqu’un de plutôt junior ou senior ? Quelqu’un qui sait parler anglais, qui est prêt à aller travailler tous les jours dans les Yvelines, qui connaît bien le marché du steack haché ou qui sait tricoter ?

Peu importe : le recruteur présume toujours que vous voulez de son job, quelles que soient les conditions. Et quand vous le rencontrez trois semaines plus tard, il se plaindra que le processus a été long parce qu’il a reçu “énormément de candidatures”.

Du coup, on découvre vraiment le poste en entretien, ce qui peut amener à des dialogues très sympas. “Je ne peux pas vous dire le nom du client ni où ils sont, mais rassurez vous, c’est à peine à une heure de voiture de chez vous. Vous avez le permis bien sûr ?”. “En fait, l’intitulé du job c’est “community manager” mais il faudra surtout répondre aux mails et faire du café”. Et le grand classique :

- Quelles sont vos prétentions salariales ?

- 50 Kinder Maxi par mois.

- Nous avons alloué 2 Schoko Bons au poste. Je peux peut-être convaincre la direction de monter à 2,5.

Les réseaux sociaux, c’est révolutionnaire.

Tout ça aurait pu être évité avec une annonce de plus que 140 caractères, mais c’est encore très normal. Il y a des employeurs, par contre, qui poussent le “recrutement par les réseaux sociaux” un peu plus loin, parce que les réseaux sociaux, c’est “révolutionnaire”.

La semaine dernière, un ami me fait suivre un tweet d’e-loue, start up française de location communautaire, qui recherche un community manager. Je ne sais rien de plus sur eux, alors je les contacte au cas où, c’est toujours marrant de rencontrer des start up. Leur réponse m’étonne, puisqu’en plus de mon CV ils me demandent “un article qui pourrait figurer sur notre blog”. Pourquoi pas. Sauf que je découvre, sur leur blog, qu’ils viennent de lancer le “premier concours CCM : un CDI pour un community manager“.

Le principe du concours : les billets “exemple” sont publiés, et la “communauté” est censée donner son avis et voter pour leur préféré. A travers un module de commentaire qui ne marche pas, au passage. Donc en gros, on est censé faire un billet et surtout un “buzz’ autour de leur site gratuitement pour un poste dont ne sait ni en quoi il consiste (en demandant poliment j’ai juste obtenu une annonce un peu vague sur Remix Jobs) ni combien il serait payé.

Et ils ne sont pas les seuls à organiser ce type de concours, la version cheap des concours “best job in the world”, sauf que là il y a un vrai job à la clé. Bonne chance pour eux s’ils se retrouvent au bout du compte avec comme “community manager” celui qui aura su créer le plus de faux comptes Facebook avec lesquels voter.

Bonne recherche !


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